Toutes les deux alors déjà dangereasement malades
parle pas des lieux et des personnes que j^aime hors d*Angleterre, parce que, même auparavant, je n'avais qu'un vague espoir de les revoir I Les mots plus jamais ont toujours eu sur moi un étrange effet ; il m'est arrivé de fondre en larmes en quittant des lieux et des personnes qui ne m'étaient pas particulièrement chères, uniquement parce que je croyais ne plus jamais les revoir. Cela m'est «irrivé en yoyage, lorsque je quittais un endroit où je ne devais plus revenir... J'ai donc souffert beaucoup, lorsque j'ai eu la pleine connaissance de mon état, et la conviction de ne pouvoir jamais guérir. Dix jours avant la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, j'ai reçu de dom Bosco une image de la sainte Vierge, et sur cette image il avait écrit : O Maria! Ajuto dei Crisiiani, poriaie una benedizione spéciale alla iH>8tra figlia in ferma, e otteneie dal vostro figlio
GesÙ TCTTA LA SANITA CHE NON È CONTRARIA AL BBNE DBLL'
ANIMA SUA. Noi pregheremo (O Marie I secours des chrétiens, accordez une bénédiction spéciale à votre fille malade. Obtenez-lui de votre fils Jésus-Christ toute la santé qui ne sera pas contraire au bien de son âme. Nous prierons). Nous fîmes ici, à Notre-Dame Auxiliatrice, une neuvaine qui finissait le jour de la fête, le 24 mai. Jusqu'alors, rien de particulier ne m'avait frappée dans la prière de domBosco, mais ce jour-là je fus saisie avec une irrésistible force de la pensée que cette maladie m'avait été envoyée comme un moyen de faire à Dieu, avec une prompte et joyeuse acceptation, les mêmes sacrifices que j'aurais eu à faire si j'avais été libre et appelée à la vie religieuse.
En ce cas, comme maintenant, j'aurais eu à sicrifier la joie d'aller chez mes frères et de voir leurs enfants grandir autour de moi ; j'aurais cessé de voir des amis qui n'auraient pas pu venir me trouver [et parmi ceux-là se trouvent quelques-uns de ceux qui me sont les plus chers) ;
j'aurais dû renoncer aux églises que je préfère, et même aux directeurs spirituels de mon choix, et me priver pour toujours de la vue des beautés variées et nombreuses de la terre et du ciel... Ces sacrî&ces, qui m'eussent tous été imposés st j'étais devenue religieuse, il m'est permis aujourd'hui de les offrir joyeusement à Dieu : mon lit, c'est ma cellule; mon petit salon, c'est mon parloir ; cette habitation, c'est la maison religieuse dont je ne dois plus sortir... Tout semble depuis lors prendre à mes yeux un nouvel aspect. Chaque fois qu'un de ces plus jamais vient me serrer le cœur, je sens presqu'à l'instant une grande joie remplacer la souffrance, et une profonde conviction que, selon la prière de dom Bosco, l'état de santé où je suis est le meilleur qui puisse être pour mon dme. Cette maladie entraîne une dépendance d'où il résulte des humiliations qui, si je sais bien en profiter, peuvent sans doute remplacer celles de la vie religieuse. Pourrez-vous comprendre à quel point, depuis ce Jour, j'ai été plus heureuse? Ces pensées ont été pour moi la réponse de la sainte Vierge « Secours des chrétiens » le jour de sa fête. Je ne puis plus maintenant prier pour ma guérison. Si la volonté de Dieu était de l'opérer, il me donnerait la grâce qu'il me faudrait €Uors pour rentrer dans une vie relativement active; mais je ne m'y attends pas. Cependant il me semble qu'il me reste assez de vie et de force pour pouvoir durer encore un peu. Dieu seul sait pour combien de temps ce sera. Je vous écris avec moins de réserve qu'à toute autre.
Ce que vous me dites du mieux dans l'état d'Elisa me réjouit. S'il plaisait à Dieu de la guérir, faites-le-moi savoir sans retard, afin que j'envoie vite mon offrande d'action de grâce.
Nous voici bientôt en plein été. J'espère que vous irez à Monabri. N'oubliez pas de me parler de votre sœur,
et de ce qu'elle prévoit relativement à sa résidence champêtre.
Adieu, bien chère amie. Que Dieu vous bénisse!
A vous affectueusement,
Vous n'êtes pas une de celles que je me sens assurée de ne plus revoir. Il me semble, au contraire, que Dieu nous réunira peut-être encore ici-bas!...
Hélas ! celte prévision ne se réalisa pas, nous ne devions plus nous revoir en ce monde ; mais ses lettres, plus précieuses encore peut-être que ses paroles, me conservent, à Tabri de toutes les défaillances de ma mémoire, la trace des sentiments admirables dont son âme fut remplie pendant ces jours suprêmes.
A cette même époque, elle écrivait à sa pieuse amie, M*^* Teulière * :
Lorsque j'ai su mon état, j'ai eu un moment de larmes et d'émotion, en pensant que je ne pourrais plus jamais revoir la France et les amis que j*ai sur le continent, et que peut-être même je ne pourrais plus aller chez mes frères; mais cela a peu duré. La vie que j'aurai à mener sera la tranquille et dernière phase de mon existence. J'ai beaucoup demandé à Dieu en tous temps de devenir sainte avant de mourir, voici la réponse, et je l'en bénis. Quand je pense à tous les bienfaits dont je suis comblée, je ne sais comment en rendre assez grâce à Dieu... Mes souffrances me sont utiles, et le genre de vie qu'elles nécessitent aide au recueillement et à la prière. Saint