CHATSWORTH
elle pouvait y demeurer, et comme beaucoup d'autres qui lui futent chères, y mener une vie irréprochable. Elle entendit un autre appel. Sans rompre aucun de ses liens de famille ou d'amitié, elle quitta ces sentiers trop faciles pour en prendre d'autres où nous la suivrons pluà tard; mais, il est bon, dès à présent, de remarquer que cette transformation qui rendit sa vie plus austère ne modifia jamais le souvenir qu'elle conserva de cette première phase de sa jeunesse. Cinquante'^ quatre années plus tard elle y pensait encore avec la même émotion, quoiqu'elle fût parvenue alors à cette partie du chemin oii l'on tend à monter toujours plus haut, et où les bagatelles qui occupaient la jeunesse apparaissent dans toute leur vanité. Nous trouverons toujours dans sa vie cette sorte d'unité et de conséquence avec elle-même; C'est que, si parfois elle pouvait reprocher à ses jeunes années quelque exaltation, quelque erreur de jugement, quelque passion trop vive, tout était demeuré cependant noble, pur et limpide dans ses pensées et dans son àme ; en sorte que,' lorsqu'aux approches de la vieillesse elle regardait en arrière et revoyait ces lointaines images, elle pouvait encore sourire ou s'attendrir, car même dans la grande lumière où elle marchait alors, elle n'apercevait rien dont elle eût à rougir, rien dont elle dût bannir ou effacer le souvenir!
\ L'intelligence 1 l'imagination t la passion elle-^
même, ce sont, j'aime à le redire, de grands dons, que l'usage seul qu'on en fait peuvent avilir. Sans doute, ce sont des dons dangereux, des dons qu'on ne peut posséder ici-bas sans avoir à lutter et fort souvent à les combattre eux-mêmes. II faut avec eux, et parfois contre eux, avoir du courage, mais pour qui en demeure le maître, ce sont les plus nobles instruments que Dieu ait accordés à l'âme humaine pour s'élever jusqu'à lui, et exercer envers les autres cette charité qu'il a placée à l'égal de l'amour que nous devons à Lui-même !
Parmi les personnes qu'elle rencontra, à Chats* worlh, pendant ce mémorable séjour, il s'en trouvait une qu'elle était destinée à revoir souvent, à chérir et à vénérer pendant le cours tout entier de sa vie. C'était la comtesse de Newburgh, amie intime du duc de Devonshire et de toute sa famille. Veuve déjà depuis quelques années, fille du marquis d'Ailsa, elle appartenait à une famille écossaise, rigoureusement protestante, mais celle de son mari était catholique, il l'était lui-même, et Georgiana et ses jeunes cousines se demandaient dès lors avec curiosité si elle avait embrassé ou non la religion de son mari. Par le fait, elle était catholique, et le déclara ouvertement peu après.
Depuis cette époque, jusqu'au jour où, cinquante, quatre ans plus tard» j'écris ces pages, à l'approche de sa quatre-vingt-dixième année» Lady