‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 23 sur 196 · M. FULLERTON 8S · texte numérisé non relu

M. FULLERTON 8S

rentrer toute seule dans notre chambre ! Non, je ne le puis. Je me suis quelquefois déjà dans ma vie sentie malheureuse (et je ne veux pas même dire que maintenant je le suis réellement) , mais c'est la première fois que j'éprouve la sensation d'une chose finie pourne jamais revenir / , . .

Elle poursuit dans la même lettre :

Tu me demandes de te parler aussi de ce qui m'intéresse personnellement. . . et quelles nouvelles me parviennent de celui dont je t'ai déjà parlé. Mes amies les Hardys le voient souvent, l'aiment beaucoup, mais comme de raison, il ne parle jamais de ce qu'il éprouve, ni de l'année der* nière, mais j'ai une grande confiance dans la fidélité de ses sentiments, et si je suis déçue ce sera pour moi une douleur et une surprise ... Lu pensée de retourner à Londres m'agite beaucoup maintenant. . . J'espère retrouver mon oncle ce qu'il était. Je compte sur son opinion pour influencer celle de mon père.

Ce retour en Angleterre s'effectua dans les premiers jours de mai, et Georgiana écrit de Londres le 15 :

Ma chère £da, j'ai remis de jour en jour à t'écrire, espérant toujours pouvoir t'annoncer sur moi-même quelque chose de certain. Mais comme un plus long silence t'inquiéterait, je ne veux pas tarder à te dire que rien n'est décidé encore... Avant de t'en dire plus long sur mon compte toutefois, laisse-moi d'abord te parler de Susey que nous avons retrouvée ici heureuse, radieuse, et, grâce au ciel, remise d'une alerte qu'elle a eue, et nous avec elle. Lord Hivers était allé chez lui, pour quelques jours. Au retour d'une longue course à cheval, un jour qu'il faisait très froid, il a été pris d'un grand malaise^

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puis de la 8carlatiae« Alors, Susey est partie sur-le* charop pour le soigner. Il est guéri maintenant. Mais, on n'ose encore leur permettre de revenir : en sorte que je ne la reverrai plus avant le 20 ou le 21 ! Au reste, quand elle est ici, je la vois bien peu, car il ne supporte pas qu'elle s'éloigne ; il s'agite, dès qu'elle quitte la chambre.

Et maintenant, ma chère Eda, venons-en à ma propre histoire :

Mon oncle a écrit deux ou trois fois 4 maman. M. Fui» lerton a passé avec lui à Brighton plusieurs jours, et mon oncle dit que plus il le connaît plus il l'aime. . . Il est parti maintenant pour le Glocestershire, où il espère réussir à persuader ses parents. Ils disent qu'il est trop jeune pour se marier : il a 24 ans f et moi près de 20, cela ne me semble pas si jeune. Ils disent que le rang et la fortune où j'ai été élevée rendront difficile que je me contente d'une situation qui (aujourd'hui] sera modeste. Je crois qu'ils se trompent. . . Papa est la bonté même; il dit que si c'est possible il y consentira ; mais qu'il ne veut pourtant pas que je me marie sans avoir un bien-être convenable. — S'il arrive que tous les consentements soient obtenus, ce que je n'ose espérer, il viendrait ici tout de suite pour demander formellement le mien I et comme il ne serait pas très difficile à obtenir, ce serait bientôt une affaire arrangée ; mais, je le répète, je ne m'y attends pas, ce serait trop de bonheur 1 . . • Mon père me témoigne la plus grande affection. . . et Suzanne ! ah I voilà un ange sur la terre I . . . jamais, jamais je ne pourrai oublier ce qu'elle a fait et ce qu'elle a été pour moi ! Darlingl. . « que je l'aime h • .

Les obstacles n^étaient ni très nombreux ni très difficiles à vaincre. L'incertitude cependant ^e prolongea, on le voit, assez longtemps. Pen-

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dant cette période de tristesse et d'anxiété, Georgiana trouva chez son oncle, le duc de Devon* sbire, non seulement la plus tendre affection, mais un appui utile et puissant.

D'abord, il chérissait sa nièce; ensuite, il aimait les mariages d'incliaation , et d'autant plus qu'il ne s'y mêlait point de considération mondaine et qu'ils avaient une certaine couleur romanesque. Comment avec ce faible, fort rare il faut en convenir chez un homme du monde, n'eût-il pas favorisé celui-ci ?

Du reste, il faut dire que M. Fullerton, qui était alors dans l'armée, appartenait à ce régiment des Blues^ en tous temps l'un des plus brillants de Tarmée anglaise, et qui, précisément à cette époque, possédait un corps d'olDîciers dont les bonnes manières et la haute naissance donnaient à ce régiment un prestige exceptionnel. Bref, en faire partie, c'était être à la mode, à une époque où la mode (faskion) était une royauté, et où, dans cette royauté, le duc de Devonshire exerçait une autorité suprême, que quelques dames, en particulier Lady Cowper (qui devint plus tard Lady Palmerston), Lady Jersey, ia princesse de Lieven et deux ou trois autres partageaient seules avec lui. Leurs arrêts faisaient loi, et ouvraient ou fermaient les portes de ce paradis de l'élégance, dans lequel nul ne pouvait pénétrer sans leur assentiment.

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En parlant ailleurs de Charles et de Henry Greville ^ (que leurs Mémoires ont fait depuis lors connaître au public français), et qui, dans ce cercle privilégié, se trouvaient tous deux au pre<* mier rang, j'ai eu occasion de rappeler cette phase évanouie du passé. Elle semble aujourd'hui, à nos yeux démocratisés ^ avoir été le comble de la frivolité et de l'insolence, et cependant ceux, en petit nombre, dont les souvenirs remontent jusque-là, pourraient dire que si le dernier de ces reproches était peut-être quelquefois fondé, il n'en était pas de même pour l'autre, et que, bien qu'il suffit, en effet, souvent, d'un avantage futile ou même d'un simple caprice pour être admis dans ce monde fermé, jamais le talent, l'esprit, le mérite réel, n'en furent exclus. Le duc de Devonshire ne discernait pas seulement la distinction des manières, il savait promptement aller au* delà. Il aimait les lettres et les arts dont il était le généreux patron, et sans avoir jamais occupé de fonction publique, si ce n'est celle d'ambassadeur extraordinaire à Moscou pour le couronnement de l'empereur Nicolas, il exerça une influence politique réelle dans le parti auquel il appartenait, le parti Whig, alors aux plus beaux jours de son histoire, c'est-à-dire au lendemain de cette grande victoire parlementaire, qui donna à l'Angleterre cinquante années d'une prospérité sans égale,

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