‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 27 sur 196 · Guillaume IV, oncle et prédécesseur de la reine Victoria · texte numérisé non relu

Guillaume IV, oncle et prédécesseur de la reine Victoria

MORT de: son second frère 93

dire combien je me sens heureuse et pénétrée de reconnaissance. Combien je désire me rendre digne du sort qui m'attend, et à quel point aussi je sens mes défauts et toutes mes imperfections, maintenant que son bonheur va dépendre de mon caractère et de ma conduite. . .

Il doit rester dans Tarmée, mais quitter les Blues. . . et être mis on half pay (en disponibilité). Je suppose que nous retournerons à Paris, dans une quinzaine de jours. . . Il viendra nous y rejoindre, et je pense que notre mariage aura lieu vers la fin de juin ou le commencement de juillet. Cela me semble encore impossible à croire. . . et je me demande comment j'ai pu mériter d'être aussi heureuse !

Ce vif rayon de soleil fut assombri dès le lendemain par la mort soudaine de ce jeune fils que Lady Granville avait été voir à Brighton, où sa santé de plus en plus délicate l'obligeait à séjourner. Sa vie, on le savait^ ne pouvait se prolonger; mais rien toutefois n'en faisait prévoir la fin prochaine, lorsqu'une chute qu'il fit, au moment même où sa mère venait de le quitter, amena sa mort en peu d'heures. Il était doué de toutes les qualités de l'esprit et du cœur, et ce malheur subit, quoique redouté depuis longtemps, causa à sa famille la plus vive douleur.

Georgiana raconte tous les détails de cette catastrophe à M*^" Eward ; puis, après être revenue un instant sur ce qui la regarde, elle se reproche ce retour sur elle-même :

Gomment puis-je être assez égoïste pour songer à mon bonheur en ce moment ? . . • Pauvre frère ! . . . Dieu sait

M CHAPITRE IV — (183a-i8S4)

ponrUnt si mon cœur se gonfle en pensant à lui. . . Mais les meillenrs médecins avaient dit (je viens seulement de l'apprendre) qae sa vie ne pouvait plus durer qu*un temps bien court ; il est donc permis d'espérer que cette mort rapide lui a épargné de grandes souffrances. . .

Le retour de Lady Granville et de sa fille à Paris, où le mariage devait se faire^ eut lieu au commencement de juin. Peu après son arrivée Lady Georgiana écrit :

Ma bien cbère Eda, ... Le jour n'est pas fixé encore. Peut-être sera-ce samedi, peut-êtfe lundi prochain, peut-être seulement au retour d'une course que papa est obligé d'aller faire à Londres pour donner sa voix à la Chambre; ce qui retarderait le départ de mes parents pour Aîx, jusqu'au commencement d*août. . . Nous aurions dû y aller avec eux, mais au lieu de cela nous passerons le temps de leur absence à Fontainebleau', et nous reviendrons les attendre ici. Les Hivers les accompagnent, je me réjouis de la pensée que tu pourras venir voir Suzanne à Aix, juger par toi-même de l'étendue et de la réalité de son bonheur ! Le mien est plus grand que je ne puis Fexpfimer. . . Je ne sais ce que j'ai fait pour le mériter. J'espère tous les jours en devenir un peu plus digne.. . Nous faisons de longues promenades ensemble. Gela te prouve. que je deviens active, et tu sera^ bien aise de savoir que je me lève tous les jours à huit heures, et que je suis dehors une partie de la journée. . . Granville* est ici. Nous attendons Freddy* la semaine

1. Elle nomme enqore ainsi soq frère aine, devenu alor» lord Leveson.

2. Son troisième frère, Frederick Lereson Gofwer, âg^ alors de seize anS) «vec lequel plus tard et jusqu'à la fin de sa vie

MARIA6E n

prochaîne. • . Dès que le jour de notre mariage sera fixé, je te récrirai... Je me sens un peu tremblante et agitée quand j'y pense;... mais heureuse cependant, plus heureuse que je ne puis le dire ! . . .

Le mariage de Lady Georgiana avec M. Fullerton eut lieu à Paris, à l'ambassade d'Angleterre, le 13 juillet 1833, et le même jour, ils partirent pour Fontainebleau, tandis que Lord et Lady Granville se rendaient à Aix. Les nouveaux mariés passèrent en Angleterre l'automne suivant et une partie de l'hiver. Ils revinrent ensuite s'établir à Paris, où M. FuUerton, après avoir quitté son régiment, fut attaché à l'ambassade, et y occupa ce poste jusqu'en 1841.

Les premières années du mariage de Lady Georgiana devaient donc se passer sous le même toit où s'était écoulée son enfance, et, par conséquent, dans des conditions qui se rapprochaient davantage des habitudes de notre pays que de celles du sien, ce qu'elle ne songea jamais à regretter, tout au contraire.

Mais avant d'entamer le récit de cette phase nouvelle de sa vie, terminons ce chapitre, consacré au souvenir des incidents qui précédèrent son mariage, par le passage suivant d'une lettre da-^ tée de Londres, le 28 janvier 1834, c'est-à-dire,

elle devait être liée de cette intimité étroite et douce, qui lorsqu'elle existe, rend ramitié d'un frère Tun des plus grands bienfaits de la vie.

quand depuis six mois déjà, elle était mariée. Elle revenait alors à Londres, après un séjour à la campagne chez des parents de son mari, et après avoir parlé de sa nouvelle famille avec la plus vive affection, elle poursuit :

... Je suis vraiment de toutes manières la plus heureuse personne du monde. Je suppose pourtant que mon mari n^est pas parfait, puisque personne ne Test dans ce monde, mais certainement il est très près de Têtre, la douceur la plus inaltérable est unie en lui à beaucoup de fermeté et à la gaieté d'un enfant. Il aime l'application et a un besoin d^occupation qui ne lui permet pas d'être oisif un seul instant. . . Si, avec un maître comme celui-là, je n'acquérais pas aussi l'amour de l'occupation, c'est que je serais vraiment incorrigible. . .

Je ne croyais pas qu'il y eût sur la terre un bonheur pareil au mien. Je l'aime de cette manière qui fait trembler, car je sens trop qu'il m'est tout au monde ! . . . Si je continue sur ce sujet, chère £<ia ! je n'en finirai plus, et pourtant je voudrais te parler d'autre chose. . .

Quant à ma santé, elle n'est pas très bonne en ce moment, mais comme on me fait espérer qu'il y a pour cela une bonne raison, je ne puis que m'en réjouir.

Le bonheur, que Lady Georgiana sait si bien exprimer, fut complété par la naissance d'un fils qui vint au monde à Paris, le 15 juillet 1834, et reçut les noms de William Granville ^

1* Selon l'habitude anglaise, déjà signalée, de donner souvent comme prénoms, des noms de famille.

M. Fullerlon et Lady Georgiana à l'ambassade de Paris. — Voyage en Ilalie. *— Gênes. — Le palais Brignole* — Lady Augusta et M. Fox. — Turin. — Le comte et la comtesse de Bombelies. — Shelley. — Saint François de Sales. — Retour à Paris. — Ayënement au trdne de la Reine Victoria. — - Mort de Lady Burlington. ^-> Mariage de Lord Leveson avec la fille du duc de Dalberg (Lady Acton). — • Premières prédications entendues à Paris. — Le curé de Saint-Rocb. — Correspondance de Lady Georgiana avec sa sœur. — Education de son fils. — Fontainebleau.

Lorsque la naissance de son fils vint apporter à Lady Georgiana ce complément de bonheur^ elle avait vingt et un ans. Jusque-là on ne voit pas encore se dessiner nettement dans sa vie les deux grands traits qui, lorsqu'elle fut achevée, semblèrent l'avoir dominée tout entière. On a déjà pu sans doute lui reconnaître une imagination vive et poétique, mais rien n'a révélé encore le talent, voisin du génie, qui devait se développer en elle, et mûrir presque en un jour. Sans doute aussi dans plusieurs des passages que l'on a lus, on a aperçu une pensée sérieuse et religieuse, sinon toujours présente, du moins toujours facilement éveillée. Mais rien ne nous a encore préparés au grand combat qui devait se livrer dans son âme, et, au

prix d'inexprimables souffrances, lui donner, un jour, la paix immense de la certitude. On pourrait dire qu'en toutes choses la profondeur même de ses sentiments en rendait le développement très lent et qu'il leur fallait plus de temps, chez elle, que chez d'autres, pour arriver à la surface.

Pendant les six premières années qui suivirent leur mariage, l'ambassade d'Angleterre à Paris fut leur demeure habituelle. Ils la quittèrent souvent pour faire des voyages où sa correspondance nous permettra de les suivre; mais, ils y revinrent toujours et, jusqu'en 1841, ils n'eurent pas d'autre chez eux.

Durant le cours de ces années, nous la verrons encore maintes fois rendre compte de tout ce qui se passe dans le monde au milieu duquel elle se trouve ; mais les inquiétudes passagères qu'elle éprouva pour la santé de son mari et pour celle de son fils répandirent bientôt sur son bonheur cette gravité, qui appartient en ce monde à tout ce qui est profond, je dirai même à tout ce qui est heureux. Est-il, en effet, un seul bonheur digne de ce nom, hormis celui qui provient de Dieuseulj qui ne nous cause par son étendue même une secrète épouvante, et cette locution vulgaire : Cela est trop beau pour durer , n'exprime-t-elle pas trop exactement la pensée qui si souvent trouble nos cœurs à' l'heure même, à l'heure surtout, de ses Jmes les plus intenses?...

Nous allons, le plus possible, en puisant dans sa correspondance, la laisser parler elle-même. Outre que dans ses lettres on . trouve déjà le style qui devait faire le charme.de ses écrits, il est, ce nous semble, très intéressant d'y suivre la transforma* tion graduelle et presque insensible qui s'accomplit en elle. Nous la laisserons donc se montrer à nous, telle qu'elle se fait connaître là. Gela ne sera pas toujours sans doute la vérité sans rétù» cenccy comme la continuation de son autobio* graphie nous l'eût révélée. Il est probable que, sur certains sujets, elle n'ouvrit jamais le fond de son cœur, môme à ses correspondants les plus chers. Mais il n'en est que plus intéressant d'observer nous-mêmes, à travers cette réserve, les idées qui bientôt se dégagent de tontes les autres, et s'emparent de plus en plus de son esfprit.

Le premier voyage de Lady Georgiana en Italie eut lieu au printemps de l'année qui suivit la naissance de son fils (1835) et fut assombri parla nécessite de se sé)>arer de lui pendant quelques mois. Le but de ce voyage étant de procurer à M. Fullerton un changement d'air, devenu nécessaire à la suite d'une maladie dont il avait été atteint pendant son séjour cette année-là en Angleterre, le petit Granville, qui n'avait pas encore un an, demeura à Paris, .confié aux soins de sa grand'mère qui revint d'Angleterre pour s'en charger. Ce voyage, au

surplus, devait se borner à une courte tournée dans le nord de l'Italie.

Leur première étape fut Gènes où ils séjournèrent quelques semaines. Lady Georgiana y retrouva son ancien ami Henri Fox et sa jeune^ jolie j petite y charmante femme^ (c'est ainsi qu'elle les décrit), qui plus tard devaient devenir Lord et Lady Holland. Mais à cette époque Lord HoUand, père de M. Fox, vivait encore et jouait dans le monde politique et social de l'Angleterre un rôle fort important. Ce fut lui qui, aidé par sa femme, dont la personnalité remarquable et originale marqua aussi dans l'histoire de ce temps, rendit sa magnifique demeure de Holland House, près de Londres, le rendez-vous de toutes les illustrations du monde. Ceux qui, peu après, héritèrent de leur titre, et devinrent possesseurs de cette habitation célèbre, surent en continuer les traditions; tous les agréments de Holland House se perpétuèrent, on le sait, et s'y retrouvent encore aujourd'hui, ainsi que peuvent l'attester tous ceux qui ont habité ou visité l'Angleterre. Mais pendant les premières années de leur mariage, Lady Augusta et M. Fox habitèrent presque toujours l'Italie. En ce moment c'était au palais Brignole, à Gènes, qu'ils s'étaient établis, et là, comme en tous lieux, leur maison était plus brillante, plus animée et plus hospitalière qu'aucune autre. Lady

1 Lady AugusU, fille du comte de Coventry.

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