GÈNES
Georgiana et M. Fullerton devinrent leurs habitués de tous les jours, et toutes leurs soirées se passèrent au palais Brignole, selon les habitudes faciles et cordiales du continent qui, particulièrement en Italie à cette époque, avaient un charme et un agrément tout spécial.
A coup sûr, dans ce charmant et brillant salon, on ne parlait pas souvent de religion et on ne faisait pas du tout de controverse. Toutefois Vair ambiant , pour me servir à propos d'une expression à la mode, y était catholique, surtout n'y était pas du tout protestant, et sans ajouter ici que M. Fox et Lady Augusta avaient pour le catholicisme une prédilection qu'ils prouvèrent plus tard en l'embrassant l'un et Tautre, c'était autour d'eux la religion de tout le monde. On pourrait presque dire que c'était, en Italie, la seule religion qui fût connue. Lorsque parfois M. Fullerton et Lady Georgiana quittaient le salon de leurs amis, c'était pour descendre à l'étage qu'occupaient, au-dessous du leur, les propriétaires de ce beau palais, le marquis et la marquise de Brignole, dont le nom est demeuré à Paris si connu et si respecté. Là ils se trouvaient entourés de fervents catholiques, parmi lesquels l'aimable marquis de Durazzo (Gian Luca), avec la vivacité italienne de sa foi, ne craignait pas d'aborder des sujets de controverse, que sa femme, la belle marquise de Durazzo, était
prompte à poursuivre, et auxquels le marquis de Brignole, qui peul-être eût préféré voir traiter plus sérieusement de si graves q\iestions, n'hésitait pas cependant à se mêler. Tout cela, pour Georgiana, étaient de grandes nouveautés, qui l'intéressaient vivement sans toutefois ébranler alors ses convictions religieuses. Le catholicisme lui avait toujours inspiré un vag^e intérêt, mais elle n'avait jamais vécu auparavant -dans Tintimité d'aucun de ceux qui le professaient.
Depuis l'époque dont nous parlons (1835), un -mouvement puissant né au sein dé l'anglicanisme lui-même, et auquel les catholiques eurent directement peu de part, a ramené en Angleterre vers le catholicisme une fraction notable du monde ecclésiastique et laïque. L'un des effets de cette crise mémorable (qui dure toujours, et dont les derniers résultats ne se sont pas encore développés) •fut de mettre fin au mutisme qui régnait jusque-là sur tous les sujets religieux et interdisait pour ainsi dire de les mentionner en bonne compagnie, comme si cela eût été une inconvenance. •Lorsque les croyances et la liturgie catholiques eurent été remises en lumière par les anglicans, elles devinrent, au contraire, matière à discussions et à conversations générales , et cessèrent d'inspirer l'es[>èce de mystérieuse répulsion qu'elles avaient causée jusque-là. D'autre part, les