AVÈNEMENT AU TRONE DE LA REINE VICTORU
princesse Victoria depuis son avènement au trône. Tous ceux qui Tont vue, de quelque parti qu'ils soient, en sont enchantés. Au premier conseil qu'elle a présidé, elle a fait un discours excellent, avec une grâce et une dignité extrêmes, et un calme surprenant ; et cependant, lorsqu'on l'a proclamée à Saint- James, et qu'elle s'est présentée au peuple sur le balcon, les cris de joie et les acclamations l'ont tellement émue, qu'elle a fondu en larmes. On cite d'elle des traits charmants. Elle a voulu écrire sur-le-champ à la reine, sa tante, pour lui demander de rester à Windsor le plus longtemps possible, et de fixer elle-même le jour où elle (la Reine] pourrait venir la voir. Lorsqu'on lui dit qu'il fallait adresser cette lettre à la reine douairière, elle s'y refusa et dit qu'elle ne voulait pas être la première à la désigner ainsi. . .
Elle refusa de même de recevoir {lasise la duchesse de Northumberland, son ancienne gouvernante, et quand on insista en lui disant que l'étiquette le voulait ainsi, elle dit : Au moins vous le lui expliquerez bien, f€ est-ce pas ? Puis, quand le moment vint, elle ne put y tenir, elle se leva, courut à elle, et se jeta dans ses bras.. . Nous sommes tous, tout à fait enthousiastes de notre petite Reine. Dieu veuille qu' elle vive, et qu'elle nous préserve d'un roi tel qu'eût été le duc de Cumberland, maintenant roi de Hano« vre !...
Puis, quelques mois plus tard :
... Je tâche de me procurer une bonne gravure du couronnement de la jeune Reine, pour te l'envoyer. Tout s'est passé à merveille. L'enthousiasme est à son comble^ et jamais règne n'a commencé sous de plus brillants auspices. Dieu fasse qu'il soit long et heureux !
Tu me demandes si mes frères étaient au couronnement? Leveson, certainement ; mais je ne sais encore si
lia CHAPITRE V -* (1834-1841)
Freddy a pu se procurer un billet pour l'intérieur de l'Ab* baye... Tous deux, en ce moment, nous écrivent si rare* ment, que c'est plutôt par les autres que par eux-mêmes que nous savons de leurs nouvelles...
A LA MÊME
as août 1S37.
... Mon oncle (le duc de Devonshîre) est à Ghatsworth, et maman me dit dans sa dernière lettre qu'il lui a écrit que M. Beamîsh (un ministre évangélique et prédicateur éloquent] venait de dîner tète à tête avec lui, et qu'il trouvait sa conversation des plus intéressantes. II lui a demandé de venir passer quelque temps à Ghatsworth ; Je te dis ceci^ seulement parce que je sais que cela te fera plaisir, comme à moi, qu'il l'ait désiré...
Après un court séjour à Spa, elle se rendît en Angleterre où elle passa, avec son mari, la fin dé l'automne.
▲ M»** EWARD
Chatswortfa, 18 octobre 1838.
... J'aime toujours Ghatsworth avec passion. Les bois et les jardins me donnent des plaisirs continuels.
Tu me demandes de te parler encore de mon oncle. Je l'aimé tous les jours davantage ; il a un tel charme I une gaieté si contagieuse ! Et maintenant que tout ce qu'il fait est réglé par les plus solides principes religieux, on sent qu'on l'estime autant qu'on l'aime. Quoiqu'il ait à faire dans la matinée, nous avons toujours maintenant les prières du matin en famille, et le dimanche il ne manque jamais d'aller deux îois à l'église. Mercredi soir, lui et moi, nous avons été ensemble au service du soir, dans une vieille église, presque en ruines, à Buxton. L'aêsistance était entièl*e« luei^ composée de pauvres gens, des enfants de l'école.
LB Dire DE DfiVONSHIRE lU
L'église était très peu éclairée. Nous étions assis sur ua banc de bois. Le chant était simple mais beau, le sermon touchant. Tout cela, et la vue de l'attention et du recueillement de mon oncle, m'a fait une vive impression...
Elle aimait à se rappeler une conversation qui eut lieu à Chatsworth, pendant ce même séjour, dont le sujet était le bonheur de l'autre vie et la manière dont on se le figure ici-bas. Les personne» présentes, parmi lesquelles se trouvait le vieux D'^Hodgson (ancien gouverneur du duc de Devonshire et alors Provost du collège d'Eton), donnèrent chacune leur avis. Toutes semblaient ne rêver pour le Ciel qu'une sorte de transfiguration des bonheurs de la terre. <( Quant à moi », dit le Duc, « je n'en désire et je n'en demande qu'un seul : Voir Dieu ». Le vieux docteur fat frappé de cette parole^ et il dit : a Vous avez raison, et ce que vous dite» est beau, parce qoé cela est le çrai. »
Dans une lettre à sa mère, où elle parle de ceux qui se trouvaient en même temps qu'elle à Chatsworth, on lit les lignes suivantes sur Lord Ashley, qui devait devenir ce vénérable comte de Shaftes-» burj, mort il y a un an, plus qu'octogénaire, ayant consacré toute sa vie au soulagement des classes souffrantes :
J^aime tout particulièrement lord Ashley^. Il est si excellent, si sérieusement sincère. On l'appelle visionnaire, on
1. II avail épousé Lady Emily Cowper, la fille ainée de Lady Palmerston par son premier mariage.
dit que c'est un enthousiaste. Pour moi, c'est avec une sorte de soulagement que je rencontre un homme du monde capable de mettre en action une foule de choses, dont d'autres ne font que parler.
Un autre individu qui me plaît, c'est le speaker^. Il est si aimable! et m'a parlé de Leveson avec tant d'intérêt... Il dit que ceci est un moment décisif dans sa vie. Que s'il se laisse aller plus longtemps à l'indolence, toutes ses remarquables facultés se dissiperont et deviendront inutiles, tandis que, s'il veut faire maintenant un effort résolu, il est convaincu qu'il peut parvenir très haut dans la vie publique.
... J'ai reçu une lettre de Freddy ; il me parle avec enthousiasme des prédications deNewman (à Oxford). J'en suis heureuse, et le serai plus encore si cette impression est durable...
Au commencement de 1840, la mort prématurée de sa cousine, Lady Burlington, jeta dans un deuil profond toute sa famille. C'était, de toutes les filles de sa tante Lady Carlisle, celle que Georgiana aimait le mieux, et nous verrons en quels termes elle s'exprime sur son compte.
Lady Blanche Hoveard (comtesse de Burlington] avait épousé le neveu et l'héritier du duc de Devonshire (c'est lui qui porte, aujourd'hui, ce titre). Elle était donc ainsi doublement la nièce de celui-ci^ Il avait pour elle l'affection -d'un père, et la douleur que lui causa sa perle demeura inconsolable.
1. Le président de la Chambre des Communes, alors M. Abercrombie.
LADY BURLINGTON lt3
Lady Burlington, enlevée ainsi à la fleur de Page, laissa une fille (aujourd'hui Lady Louîsa Egerton) et trois fils, dont Fatné, le marquis d'IIartington, joue en Angleterre le grand rôle politique que tout le monde sait. Le second fut Tinfortuné Lord Fré«déric Cavendish, assassiné dans le Phénix Park à Dublin, en 1882. Le troisième est Lord Edward Cavendish.
A M**® BWARD
29 avril 1840.
... Tu seras bien affligée d'un évëaement qui nous cause la douleur la plus vive. Lady Burlington vient de mourir à l'âge de vingt-huit ans. Heureuse fille, femme, mère, sœur! adorée de tout ce qui l'entourait ! Oh ! mon Dieu, c'est douloureux! et cette nouvelle m'a bouleversée. Dieu a rappelé à lui cette femme angélique. Nous ne devons pas murmurer^ pas même nous en étonner ; mais le cœur saigne, et on ne peut penser ni à son mari, ni à sa mère, ni à mon pauvre oncle qui la chérissait plus que personne au monde!..., qui me disait encore l'autre jour : a Si je perdais Blanche, ma vie serait brisée. A elle seule, elle me tient lieu d'enfants, d'intérieur, de tout. » Morpeth a écrit à ma mère la lettre la plus belle et la plus déchirante, la plus touchante aussi, par sa piété et sa résignation... Une heure avant sa mort, elle a paru redevenir parfaitement calme, un doux sourire est revenu sur ses lèvres, et elle est morte sans la moindre agonie. Tous ont été frappés de la céleste expression de sa physionomie. Suzanne sera profondément affligée, je le suis aussi. Je l'aimais déjà beaucoup, mais pendant mon dernier séjour en Angleterre je l'ai vue si souvent et si intimement, que j'ai pu apprécier, comme elle devait l'être, cette femme dont la profonde piété avait effacé tous les défauts et lui avait
donné toutes les vertus ! Elle était un ange de paix dans la famille. C'étaient ses conseils et ses exemples qui guidaient mon oncle. Je suis inquiète de ma bien-aimée Panny Howard ^^ qui l'aimait comme on aime une sœur unique et chérie... N'est-ce pas, chère Eda, que tout cela est bien triste?... Notre Suzanne chérie va être bien douloureusement saisie... Je voudrais être près d'elle.
Henri Howard vient d'arriver et me donne des nouvelles de la famille... Ma tante a montré un counige et une résignation admirables. Elle a été à l'enterrement avec ses cinq filles. Gela devait être une scène déchirante. Après le service, elles sont toutes descendues dans le caveau et se sont agenouillées près du cercueil de cette fille et de cette sœur chérie. Ma tante écrit à ma mère : « J'ai perdu la joie de mon existence, mon enfant de prédilection, celle qui était la gloire et le bonheur de ma vie. Ce coup est accablant I Mais j'espère qu'il me fera chercher dans la religion une ressource, et j trouver une force inattendue. > Ma tante était toujours disposée aux sentiments religieux. Mais cette affliction semble avoir réveillé en elle une piété et une confiance vraiment admirables! Quelle bénédiction ! Mon oncle a peut-être souffert plus que tous. Il est très pâle et changé, me dit-on. Sa vie, son intérieur, sont tellement bouleversés, que je serais inquiète de lui si je ne savais pas qu'il peut et qu'il sait chercher des consolations dans la religion.
A la même occasion Lady Georgiana écrit au duc de Devonshire là lettre suivante :
Le 9 nui 18i0.
Mon cher, très cher oncle , Je voulais et désirais vous écrire depuis plusieurs jours, mais je ne l'ai pas osé. Il me semblait que vous saviez