‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 34 sur 196 · LADY BURLINGTON · texte numérisé non relu

LADY BURLINGTON

mieux, que je n'aurais jamais pu vous l'exprimer, tout ce que j'ai éprouvé avec vous et pour vous depuis que cet ange a été enlevé d'auprès de vous !,.. Parler de mes propres regrets, de mon propre chagrin, en présence d'une douleur telle que la vôtre, je ne le dois pas. Mais pourtant... si l'avoir admirée, aimée, appréciée; si l'avoir regardée comme le type et le modèle de tout ce qu'on pouvait rencontrer de meilleur, de plus excellent et de plus charmant ici-bas ; et maintenant contempler son âme bienheureuse comme parvenue là où nous pouvons humblement espérer la revoir un jour ; si tous ces sentiments me permettent de parler d'elle, je les ai éprouvés et les conserverai jusqu'au dernier jour de ma vie... Je me souviens avec reconnaissance de son angélique bonté pour moi, de son indulgence, de sa douceur, des effets de son exemple, pour me faire comprendre la hauteur du but que la religion doit nous faire atteindre. C'est pour moi un grand bonheur de l'avoir connue intimement, quoique cela n'ait été que pour me faire comprendre l'étendue de la douleur que vous devez éprouver.

Ma mère se porte assez bien maintenant. Son affection pour vous eat bien profonde I Dans le premier élan de sa douleur, c'est votre nom qu'elle a prononcé, et c'est à vous qu'elle pense sans cesse.

Mon cher oncle, puis-je aussi vous dire combien tendrement je vous aime, combien profondément j'ai toujours été pénétrée de vos bontés, et combien je vous suis à jamais affectueusement dévouée. G. Fullbrton.

Quelques mois après, le mariage de son frère vint un peu dissiper la tristesse, que la mort de Lady Burlington avait causé à toute sa famille.

Puis, le 18 Jullot 1840.

... Le mariage de Leveson est décidé at doit se faire trèd

prochainement *, Si ce n'est pas trop tôt, nous partirons pour y assister. Ma mère est enchantée de Lady Acton, et mon père aussi, quoiqu'il eut certainement préféré que Leveson épousât une Anglaise. Tu voudrais savoir comment elle est ? Je vais tâcher de t'en donner l'idée. Figuretoi Suzanne (à laquelle quelques personnes trouvent qu'elle ressemble), moins grande ; des yeux pas très grands, mais d'un joli bleu; un teint blanc et rose, une quantité de cheveux blonds, de beaux bras..., un cou blanc, seulement un peu trop d'embonpoint pour une si jeune femme. Elle parle bien anglais, quoique avec de l'accent, mais un accent agréable. Elle est très aimée de tous ceux qui la connaissent bien. Je crois qu'elle a l'humeur un peu vive, mais jamais désagréable, et une gaieté qui fait du bien à voir... Ma mère m'écrit de Chiswick :

c Voici Leveson et Lady Acton qui arrivent dans une petite voiture, heureux comme des enfants ; elle apprend à mener. Ils vont tous les jours en bateau ; elle apprend k ramer... Elle s'étudie à plaire à toute la famille. » Ils doivent passer la lune de miel à Ghiswick, puis ils iront à Fulham, où ils ont pris une petite maison de campagne, et plus tard chez elle, à Aldenham... Ce qui me plaît chez ma belle-sœur (future), c'est une parfaite franchise, une droiture extrême, des sentiments religieux très profonds, quoique ce ne soit pas tout à fait, selon mes idées, une personne très religieuse î elle aime un peu trop le monde peut-être, mais elle a des principes très arrêtés, une désapprobation marquée, et qu'elle marque toujours, pour toute parole le moins du monde légère, ou peu respectueuse sur des sujets graves. Elle est parfaitement exacte à remplir les devoirs de sa religion.

1. Avec Marie Pelline de Dalberg, mariée en premières noces à sir Richard Acton,

LADT ACTON !i7

A ce portrait exact, quoique incomplet, il nous faut ajouter quelques traits omis par Lady Georgiana à Tépoque où elle le traçait et qu'elle y ajouta, elle-même, plus tard. Dans cette esquisse rapide, il n'est guère permis d'apprécier, en effet, que les qualités extérieures de celle dont elle parle, et on n'y trouve point assez mis en lumière sa rare intelligence, le charme de sa conversation et la fermeté de son caractère. Quant à son goût pour le monde, elle le perdit très promptement, si on entend par ce mot la vie mondaine dont la plupart des conditions lui étaient à charge. Sa simplicité et sa sincérité lui rendaient insupportables les conversations oiseuses, les phrases, les conventions sans nombre dont elle se compose. A cela s'ajouta, plus tard, la profondeur de ses sentiments religieux, et peut-être aussi le pressentiment confus d'une fin prématurée. Longtemps avant l'époque où sa santé s'altéra, elle refusait déjà toutes les invitations qui lui étaient adressées, sauf celles auxquelles les devoirs de sa position l'obligeaient absolument à se rendre, et elle prit cette habitude de ne jamais sortir de chez elle le soir, ce qui eut pour résultat d'ouvrir à Londres (contrairement aux usages anglais) un salon où, comme à Paris, on était admis tous les soirs, sans invitation. Ce furent naturellement ceux avec lesquels elle était le plus intime qui en profitèrent le plus souvent. Mais aucun de ceux qui firent partie de ce

cercle, ou qui même y furent introduits un instant, n'en ont jamais oublié le rare agrément, ni le charme spécial qu'elle savait y répandre.

Paris.

Les Leveson ont passé dix jours ici. Cela a été bien court, mais bien satisfaisant de les voir, et de les voir si heureux.,. Nous la trouvons charmante. Elle est si bonne, si affectueuse, si gaie, si franche. Elle est très vive et se fâche facilement, mais cela ne dure qu'un instant ; et avec le calme habituel de Leveson, cela ne gâte en rien raccord parfait qui règne entre eux.

La duchesse de Dalberg a été parfaite pour lui, et on voit qu'elle est satisfaite de voir sa fille heureuse. Marie (Lady Leveson) paraît aimer beaucoup mon père et ma mère.

Les Hardys * sont ici. Plus je les vois, plus je les aime. Nous avons été ce matin à l'ouverture de la Chambre. Le roi a fait un discours fort raisonnable et pratique. Il a été reçu avec enthousiasme par les centres, mais un silence froid régnait à droite et à. gauche. On s'attendait à des émeutes aujourd'hui, mais tout a été parfaitement tranquille. J'espère que le ministère se maintiendra, mais M. Thiers est un terrible adversaire. La Presse est une gazette fort intéressante, je suis bien aise que tu la reçoives. Mon fils se porte très bien ; il lit couramment en français maintenant, et il écrit très passablement...

A LA MÊMB

Paris.

... Il y a longtemps que je ne t'ai écrit, ma bien chère

1. Trois sœurs charmantes, et aimées de tous ceux qui les connurent; elles étaient filles de l'amiral Sir Thomas Hardy, qui, à la bataille de Trafalgar, commandait la Victoire, et reçut Nelson dans ses bras lorsqu'il tomba mortellement blessé.

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