SAINT-ROCH
de mieux entendre, avait tiré de sa poche un calepin où elle inscrivait les paroles qu'elle écoutait. C'est ce que font encore, à tort ou à raison, beaucoup de dames catholiques, sans qu'on leur en fasse de remontrances, surtout publiques ; mais il parait que cette habitude déplaisait particulièrement à l'abbé Olivier, lequel, après avoir jeté deux ou trois regards sévères sur la coupable, qui ne s'en aperçut pas, prononça tout d'un coup des paroles qui attirèrent sur elle l'attention de tout l'auditoire, tant il était évident que, bien qu'elles eussent l'air d'être des réflexions générales, elles lui étaient directement adressées. On peut s'imaginer l'embarras que dut éprouver une personne timide et aussi naturellement réservée que l'était Lady Georgîana, et l'on comprendra combien dans cette circonstance le prédicateur avait mal rempli son rôle d'apôtre. Beaucoup d'années plus tard, l'excellent abbé Olivier (qui mourut évêque d'Evreux) apprit à qui s'était adressée son intempestive leçon, il eut l'occasion d'en exprimer ses regrets et de reconnaître après coup la portée qu'elle avait pu avoir.
Tout d'abord, en effet, cette leçon déconcerta tellement Lady Georgiana, qu'elle s'abstint pendant un temps de retourner à Saint-Roch. Mais les pensées éveillées dans son esprit n'étaient pas de celles qu'un moment d'embarras ou d'impatience fait évanouir.
Les passages suivants, extraits de ses lettres à sa sœur, se rapportent à cette même phase intellectuelle de sa vie *, et sur plusieurs points, ils complètent ceux que nous avons cités/
LÀDT GB0R61ANA k LADT ftIVBBS Ma chère Susey, ... Je vous remercie de votre dernière et si chère lettre... Je vous félicite aussi sincèrement de la nouvelle que vous me donnez 2, — d'autres peut-être n*y verraient pas un si grand sujet de félicitafion, mais, quant h moi, qui désirerais le même bonheur, et dont l'amour que j'éprouve naturellement pour les enfants n'a pas diminué depuis que j'en possède un à moi, je le fais de tout mon cœur. Tous les enfants que je vois m'intéressent. J'ai pris en grande tendresse le petit de Vallombrosa : il est si beau, si gentil, si gai, avQc ses beaux yeux noirs, et si caressant, ce que le mien n'est pas. Sous ce rapport, il ne me gâte pas, il aime à être près de moi, il voudrait ne jamais me quitter, mais il n'est pas de ces enfants qui songent à embrasser, ni h caresser ceux qu'ils aiment.
Vous aurez vu dans les journaux le nouvel affreux atten* tat contre la vie du Roi. C'est un commis-voyageur qui a tiré sur lui, au moment où il venait de monter en voiture aux Tuileries. Il inclinait sa tête pour saluer, dans ce moment-là, c'est ce qui l'a sauvé — la balle a été trouvée dans le coussin, derrière lui 1 — Nous avons été avec papa et maman à Neullly le même soir. Le Roi est calme et courageux, ainsi que la Reine, mais tous deux sont très affectés...