PREMIERS VOYAGES
Elle ajoute après ce que nous venons de citer :
Quoique rinstruction religieuse que je reçus dans mon enfance fût insuffisante, il est certain qu^elIe m'inspira un très profond sentiment de respect et me fit regarder toutes les paroles et tous les objets qui se rapportaient à la religion comme saintes et solennelles. Il ne nous était jamais permis d'ouvrir la Bible ou un livre de prières quelconque avec négligence, ou de parler sans respect d'un membre du clergé.
Ces germes de respect religieux, déposés dans son âme par l'esprit de sa mère, portèrent leurs fruits dans l'avenir.
Lorsque la petite Georgiana eut quatre ans, elle fut transférée de la chambre des enfants (nursery) à la salle d'étude (schoolr-room) et confiée aux soins de la gouvernante suisse de sa sœur aînée. Cette gouvernante, qui se nommait M"' Eward, était une personne d'une véritable valeur. Mais il est évident qu'elle était d'un caractère trop sévère pour être chargée d'une enfant aussi jeune. Elle se trompa souvent sur la méthode à suivre avec elle, et, plus tard, elle reconnut elle-même que la plus jeune de ses deux élèves avait été placée entre ses mains beaucoup trop tôt.
Un jour, pendant le premier voyage de Georgiana avec ses parents, lorsqu'elle avait quatre ^ns, une petite scène eut lieu entre elle et sa gouvernante, qui démontre ce que nous venons de dire, et qui fera sourire peut-être ceux qui ont connu l'ab-
sence de toute recherche et de toute vanité en matière de toilette, qui caractérisa Lady Georgiana toute sa vie. Cela se manifesta chez elle de si bonne heure, que l'on pourrait penser qu'elle ne iit que couronner par un motif supérieur un pen* chant naturel, lorsque, jeune encore, elle abjura sans retour toutes les parures et tous les ajustements du monde.
Quoi qu'il en soit, le jour dont nous parlons, tandis qu'elle et sa sœur voyageaient avec M"® Eward dans une grande berline, Georgiana reçut de sa gouvernante l'injonction de cesser de chiffonner su collerette. Cette collerette empesée, ornement habituel à cette époque des vêtements d'enfants, était (peut-être non sans raison) insupportable à la petite voyageuse; et elle faisait d'incessants efforts pour s'en débarrasser, accompagnant cette habitude de murmures également incorrigibles. Une fois encore elle iit comme de coutume, sans se soucier des adjurations de M"' Eward. Celle-ci les renouvela en la prévenant que, si elle n'obéissait pas, elle allait jeter son lapin par la fenêtre l Ce lapin n'était qu'un joujou, mais tellement favori que la petite Georgiana ne s'en séparait jamais, et qu'en ce moment il était, comme de coutume, entre ses bras. La menace de sa gouvernante parut si cruelle à l'enfant, qu'elle ne put la croire sérieuse, elle n'en tint pas compte et continua à tourmenter sa collerette. Alors, M"® Eward