ADIEUX A PARIS
tons encore, le lieu où son âme et son intelligence avaient aperçu de nouveaux horizons, et avaient eu le pressentiment confus d^une vie nouvelle.
Sous ces impressions diverses, elle écrivit des vers dont nous traduisons ici quelques fragments :
Adieu, chère demeure! je pars. Tes grandes portes, en roulant sur leurs gonds pour me recevoir, ne feront plus battre mon cœur de joie par leur bruit, cher à mon oreille... présage de bienvenue, de douces causeries, de plus doux repos.
Je me sépare tristement de toi pour une absence aussi longue que ma vie... Je pleure les joies écoulées... les peines éprouvées, le passé évanoui. . .
J*ai parcouru pour la première fois, enfant, tes vastes salles^ j'ai joué sur tes gazons, et couru sous les arbres de ton jardin...
Jeune Glle, c*est là aussi que j*ai rêvé... et depuis... c*est encore là que ma vie a subi l'empreinte d'impressions sé«rieuses, profondes. . . capables de la transformer, et, plus encore que je n*ose lé reconnaître et le dire, que ma pensée 8*est agrandie, et a pris un essor plus vaste. . . Joie, douleurs, leçons de la vie, tout pour mol se rattache à ces murs. . .
Ma mémoire retourne avec tendresse vers des heures trop douces pour ce monde I des heures qu*entre toutes je voudrais revivre. Celles passées près de toi, ma mère, dans cette chambre que je ne reverrai plus, où nous avons échangé tant de pensées, partagé tant de joie et tant de peines , tant lu, tant causé, tant rêvé ensemble où les joies me semblaient plus vives, les tristesses plus légères!...
i4( CHAPITRE: VJ( — (1841-1843)
Uayeuir le plus beau pourra-t*îl jamais me rendre ce passé ?. . .
Toutefois, en voyant tristement des portes se fermer, chère maison ! un doux sentiment de tendresse et d'orgueil filial console mon cœur. Mon père ! . . . je le vois toujours à l'œuvre avec la même pensée et dans le même but : La paix. La paix gardée et maintenue entre deux grandes nations, vrai fils de l'Angleterre et véritable ami de la France, c'est ainsi qu'il a vécu et agi, et j'ose dire qu'il n'a point agi ni vécu en vain.
Lorsque , naguère, s'élevait entre elles un nuage épais de discorde» un nuage qui semblait receler l'horrible spectre de la guerre, et menacer de ses maux les deux royaumes, il lui fut donné, dans la rectitude de son cœur, dans sa courageuse sincérité que nul ne contesta jamais, dans cette honnêteté, art suprême de l'homme d'État; il lui fut donné d'être conciliateur, pacificateur et guide, et de jeter sur les vagues irritées le baume qui les apaisa.
Bienheureux lès pacifiques ! on les nommera les enfants àe Dieu,., Oh ! qui mesurera cette bénédiction! qui comprendra la récompense promise à cpùx que le Christ a nommés de ce nom !
Cette" récompense, quelle qu'elle soit, avec, humilité, avec joie, avec reconnaissance, mon père!... j'ose l'attendre pour toi !
Ces vers, mieux qu'il n'arrive d'ordinaire, expriment avec vérité ses sentiments les plus intimes, peut-être même en est-il qu'elle eût hésité à formuler plus clairement. Peut-être h'eût-elle point osé, par exemple, parler en prose de ces impres*
ADIF.UX A PARIS 1^7
sions sérieuses, capables de transformer sa çie, ni de Vessor plus vaste de sa pensée agrandie. Nous en savons maintenant assez pour être assurés que ces paroles étaient littéralement vraies, et pour nous rendre compte des sentiments sous l'influence desquels elle écrivit le premier livré qui devait illustrer son nom^ et dans lequel tant de fois elle épancha, sous la forme d'une fiction, les pensées qui s^agitaient au fond de son âme.
Ce fut au mois d'octobre 1841 que Lady Georgiana et M. Fullerton quittèrent Tambassade pour n'y plus revenir et que Lord Gowley vint remplacer Lord Granville à Paris.
Ils allèrent d'abord à Cannes , presque encore inhabité alors, excepté par Lord Brougham, lequel prêta à Lord et Lady Granville sa villa, à peu près la seule maison qui y fût habitable.
De là, ils se rendirent à Nice^où les attendait une vive inquiétude. Nous laisserons Lady Georgiana en rendre compte elle-même :
A h}^* bward
Nice, 24 décembre 1841.
Mon fils a été bien malade... Depuis quelques mois, il avait perdu sa santé habituelle et paraissait faible et souffirant. Gela à augmenté et pendant quelques jours il a eu une forte fièvre, et le cerveau légèrement affecté*
11 est, Dieu soit loué I presque tout à fait rétabli mainte*
lis CHAPITRE VI — (1841-1843)
nant, mais son état exigera, pendant longtemps, de grands soins... Je ne conçois pas comment je pourrais supporter la moindre anxiété au sujet d*un enfant si uniquement précieux, sans ma conviction profonde de la constante bonté de Dieu et de son pouvoir sans bornes, qui peut préserver, selon sa volonté, la vie d'un enfant délicat et unique, comme aussi II peut enlever (ainsi que tant de fois cela se voit) de nombreux enfants pour lesquels on n'avait jamais tremblé. Le docteur Verity qui l'a traité avec soin et talent nous défend, pour le moment, de lui faire apprendre la moindre chose, il voudrait même qu'on ne le laissât pas lire. Il croit qu'à force d'avoir toujours vécu avec de grandes personnes, son cerveau s'est trop développé et qu'il lui faut un repos absolu. Il nous presse, avec les plus vives instances, de le mettre en pension. Il dit que la société d'autres enfants, des jeux actifs et du mouvement lui sont indispensables, et quoique cela nous répugne et nous afQige excessivement, nous comptons le faire dès que nous aurons trouvé un lieu complètement satisfaisant où nous pourrions le placer sans crainte. Pour •cela il nous faudra retourner en Angleterre au mois de février. Le climat d'Italie serait mauvais pour lui, et pendant le voyage sa petite tète travaillerait trop, il ne trouverait pas là la. société d'autres enfants qui lui est si nécessaire... Je ne puis pa6 te dire combien il m'en coûte de mettre cette distance entre ma mère et moi! la pensée d'une séparation même momentanée d'avec elle me fait une peine extrême, mais il faut m'y soumettre...
Les tristes prévisions contenues dans cette lettre ne se vérifièrent point. L'enfant malade se rétablit alors complètement, et ses parents n'eurent rien à modifier au projet formé, ea quittant Paris, de ne