Sœur cadette de Fanny Kemblé
LlïlTTRES DE CHARLES GRËVILLE 179
œuvres de ce genre. J'étais d'ailleurs pressé de tâter le pouls du public par son entremidej et en même temps de Yous procurer Tavantage. de ses conseils. Ce matin, j*ai reçu un billet d'elle, et depuis je Tai vue, nous en avons discuté le contenu. Son admiration pour votre ouvrage est très vive. Elle dit qu'il y a des années qu'elle n'a rien lu qui Tait aussi vivement intéressée ; que cet intérêt commence au début et se soutient jusqu'à la fin. Elle ne trouve pas du tout que l'Introduction diminue l'intérêt de ce qui suit. Ensuite nous avons relu et revu ensemble tous les passages où il lui semble qu'il pourrait y avoir quelque chose à reprendre ou à corriger... J'ai retrouvé des correction^ à faire qui m'avaient échappé précédemment, je ne sais comment (si ce n'est que, comme je vous l'ai dit, il y a toujours des choses qui échappent) ; je les ai faites sur l'heure. Mais il s'en trouve que je ne puis prendre sur moi d'opérer, car elles entraînent la suppression ou le changement de passages tout entiers, et sur ceux-là il faut que nous nous concertions ensemble. — J'en ai pris note. — Je dois dire que si vous pouviez consentir à ces changements, ils seraient avantageux pour le livre. Il se peut toutefois que ces exécutions vous semblent trop dures à accomplir sur des passages auxquels vous tenez probablement... Mais vous accepterez sans peine ses avis sur quelques endroits, où il lui semble que le style est un peu ampoulé et que les pensées manquent de naturel. Elle dit qu'après avoir écrit des passages admirables vous diminaez leur effet en les prolongeant et ne vous arrêtant pas à temps, et vous les affaiblissez par des conclusions qui ne semblent pas en rapport avec la vigueur de votre pensée au début.
Voici un vrai volume. Mais je trouve votre ouvrage si excellent, je désire si vivement son succès que je suis aussi inquiet de ses moindres défauts que pourrait
I*ètre une mère qui surveillerait la toilette de sa fille le jouroù pour la première fois elle va la conduire àAlmack's *.
Lorsque l'impression du livre fut commencée, la sollicitude de M. Greville ne se ralentit pas et il continua à faire ses remarques et à donner ses conseils tandis qu'il aidait Lady Georgianà à en corriger les épreuves.
. . . J'ai revu, écrit-il le 17 septembre 1844, les épreuves de Moxon, et je les lui ai renvoyées après avoir jeté les yeux sur les corrections. Je n'ai pas tout revu cependant, mais j'espère que vous avez soigneusement corrigé les gui et les que [the who and whoms) quand il le fallait. J'ai changé par ci par là quelques mots, et à la page 147 du deuxième volume j'ai changé tout une phrase. Je ne puis pas souffrir le mot bouffée (^hiff), et j'ai changé le passage où il se trouve ainsi qu'il suit :
a L'air arrivait du jardin, répandant à l'entour le délicieux parfum de réséda dont il était embaumé. »
Cela est peut-être un peu poétique, mais cela est correct, car en faisant cette variante je songeais à un passage de Milton :
a Un soufQe doux et embaumé répandait les parfums de la nature, et révélait à quelles fleurs il les avait dérobés*. »
' Le lendemain, il reprend :
Comme je n'ai pas négligé de vous informer de toutes les critiques que je recueillais, j'aurais dû ne pas oublier de vous dire hier que l'incident de la morsure du chien
1. Le bal dont j'ai parlé plus haut, où, pour étire admis, il fallait obtenir le suffrage du petit groupe de dames que la mode plaçait alors à la tête de la société.