LETTRES DE LORD BR0U6HAM
noté que ce que je critiquais. Si j'avais voulu noter tout ce qui me semblait digne de louange et d'admiration et toute la puissance qui me semble révélée par ce livre, .je vous en aurais écrit un aussi long qn^Ellen Middleton,
Vous comprendrez, du moins je l'espère, par la minutie de mes critiqués, l'intérêt que je prends à l'ouvrage et à son auteur. J'ai beaucoup d'amis qui ont écrit des livres, et, quelques-uns, des livres qui n'étaient pas du tout mauvais; il m'a toujours été impossible d'écrire une seule ligne sur aucun d'eux.
Encore une fois, pardonnez-moi la liberté de mes remarques, pour la plupart sur de vraies bagatelles... J'espère que vous me ferez savoir que vous ne m'en voulez pas de ma franchise et que vous n'êtes pas offensée de mon ton dogmatique et judiciaire. Voilà dix-sept ans que je suis chargé de corriger les ouvrages de notre Biblio'^ thèque des connaissances utiles. J'efface, j'ôte ou j'ajoute des mots, sans jamais pour cela en donner mes raisons, et cela m'a habitué à pTononcer judiciairement en matière de style.
Je désire aussi que vous me répondiez au sujet du manuscrit d'un de mes amis que je voudrais vous faire lire.
A vous affectueusement, H. Brocgham.
Broughâm; Samedi.
Ma chère lady G.
Je vous envoie ceci à Addingham, où j'enverrai aussi le manuscrit dont je vous ai parlé. QuoiquMl n'ait que dix chapitres, il est volumineux (mais pas ennuyeux) ', je vous prie de lire attentivement le chapitre ix ; il vous fera corn* prendre, selon moi, que les sujets pathétiques sont les plus simples, et doivent être exposés dans un langage qui le .soit aussi, autant que possible ; si quelque chose peut réellement faire nattre l'émotion, c'est cela.