LONDRES
ques livres français. Je les lisais, et les relisais, et un livre nouveau me causait un vrai transport. Je me figurais toujours être l'un des personnages dont j'avais lu Thistoire dans un de mes livres favoris, et je me proposais de l'imiter. Mais j'y parvenais fort peu, car j'étais une très méchante petite fille, ayant peu de conscience et un faible sentiment du devoir. J'étais passablement compatissante et obligeante peut-être, mais inégale d'humeur, peu véridique, très désobéissante et paresseuse, hormis lorsque les leçons m'amusaient. — J'aimais l'histoire, mais je détestais l'arithmétique, et la géographie m'ennuyait.
Elle avait dix ans, lorsqu'on lui mit entre les mains le Génie du Christianisme; et ce fut, ditelle, une époque dans sa vie.
Ce livre m'ouvrit un nouveau monde et pour la première fois me donna quelques notions de ce qu'était l'Église catholique. Je fus comme fascinée par ce style et ces idées poétiques, surtout dans les chapitres où figurent les saints et les anges... et de tout cela, je dus tirer quelques conséquences assez pratiques, car un jour je fâchai fort ma gou- .vernante, en lui disant que, puisque les apôtres avaient fondé la Religion catholique, il me semblait qu'elle devait être la vrjiie.
Elle ne nous dit pas de quelle façon M"" Eward s'y prit pour manifester son mécontentement, mais probablement ce ne fut pas d'une manière plus prudente que de coutume, si on en Juge par ce qui suit •
J'eus, vers ce temps, un long accès de scrupule qui me fit beaucoup souffrir. Étant un jour très fâchée contre ma gouvernante, je m'étais dit en moi-même :
n CHAPITRE PKEMIER— (1812-1824)
Mâchante femme ! je te maudis / . • . Maîa à peine avais-je articulé ses paroles que je me souvins de ce texte de la Bible : Celui qui maudira ton père ou sa mère mourra de mort ! et je pensai que maudire une personne à laquelle j'avais été confiée depuis si longtemps devait être à peu près aussi coupable, et je fus horrifiée de la pensée que j'avais mérité la mort. Lorsque je rencontrais dans un livre .un passage où il était question de ceux qui avaient perdu leur innocence et commis de grands crimes» je me disais en gémissant que j*étais de ce nombre.. Si, dès lors, j'avais été catholique^ je me serais confessée, et un sage confesseur aurait discerné (a mesure exacte de ma. culpabilité et me Veut fait comprendre. Au lieu de cela, je me torturai toute seule» jusqu'au jour où je finis enfin par cesser d^y penser. Je ne m'en souvins ensuite que lorsque, bien des années plus tard, devenue catholique, je fis ma confession générale.
On trouvera, dans ce qu'on va lire, ce qu'il es.t permis d'appeler la première étincelle de la lumière religieuse qui devait plus tard illuminer sa vie. Le besoin instinctif de la confession devança en effet chez elle toute autre impression calho* lîque. Le désir d'expier ses fautes en les avouant et d'en obtenir l'absolution précédèrent toute connaissance du dogme catholique, et sur ce point il lui fut révélé directement par sa conscience.
Depuis le premier jour, où on me conduisit à réglisé, dit-elle, j'attachai une grande imporUnce^à l'absolution qui se donne d^ns le service anglican, et lorsque j'avais été encore, mpins sage qu'à l'ordinaire pendant la semaine, j'étais tt*ès contrariée si bous arrivioris trop tard pour la