‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 7 sur 196 · RÊVERIES · texte numérisé non relu

RÊVERIES

recevoir. Un dimanche que ma gouvernante ne se hâtait pas assez selon moi de partir pour Téglise, je me disais avec impatience : Oh I si elle savait tout ce que j'ai fait de mal cette semaine , elle ne m'exposerait pas à manquer l'absolution !...

Cette tendance ne devait point, chez elle, être passagère ; mais, peut-être, comme toutes ses impressions à cette époque, devint-elle d'autant plus profonde qu'elle pouvait fort peu épancher les pensées que lui suggéraient, dès lors, sa vive imagination et son esprit réfléchi. Sa gouvernante, on le sait, lui préférait sa sœur, et la santé délicate de celle-ci lui servait de légitime prétexte pour s'occuper d'elle presque exclusive* ment. La petite Georgiana, qui du reste ne s'en plaignait nullement, passait de longues heures toute seule, se promenant dans le jardin, se livrant à mille rêveries, et vivant dans un monde imaginaire où elle se déplaisait si peu que, lorsque, pour quelque faute commise, on lui infligeait la punition d'être enfermée seule dans une chambre, elle en était ravie.

. Je suis sûre, dit-elle, à ce sujet, que rien n'est plus mauvais que d'enfermer un enfant seul, sans lui donner une occupation précise, laissant ainsi son esprit errer dans toutes les directions, bonnes ou mauvaises.

Ce furent ces longues rêveries solitaires, et le peu d'encouragement qu'elle rencontrait ensuite pour s'épancher, qui donnèrent probablement à

Digjtized by LjOOQ IC

sa pensée l'intensité qu'elle conserva toute sa vie, aussi bien que la réserve extrême dont elle ne se défit jamais.

Pendant ces heures de solitude, elle commença il tenter d'écrire des vers en français^ qui furent ses premiers efforts de composition, et auxquels la hardiesse ne semble pas avoir manqué, car elle parle d'une tragdTdie imitée de Shakespeare dont le roi Jean et le prince Arthur étaient les principaux personnages ! . . .

Parmi ces souvenirs d'enfance ^ cette époque se plaçait celui d'un bal d'enfants annuel, au Palais (alors royal) de Carlton House, où elle se souvenait d'avoir été assise sur les genoux de Georges IV, et de lui avoir dit qu'cifc ne pouifait pas y rester^ parce qiûelle ne coulait pas perdre une des danses.

On la menait aussi, une fois par an, au théâtre, avec sa sœur et son frère * âgé alors seulement do cinq ans.

... La première fois que nous y allâmes ce fut à Astley's [sorte d'hippodrome de cette époque}. On donnait une pièce intitulée : Le siège de Londonderry, où mon frère* Granville manifesta, à Tâge de cinq ans, le bon sens pratique dont il a fait preuve toute sa vie. Lorsque dans cette pièce les assiégés réduits aux dernières extrémités de la famine voient enfin arriver le pain qu'on réussit à leur faire parvenir, ils expriment leur satisfaction par un chœur, qui

Page 1