‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 60 sur 196 · LE P. BROWNBILL · texte numérisé non relu

LE P. BROWNBILL

veines et y trouva à l'heure nécessaire de quoi renouveler les forces que la longue persécution avait appauvries, c'est-à-dire des prêtres et des fidèles, qui, en même temps que leur zèle et leur dévouement, lui apportaient cette éducation distinguée et complète sans lesquelles un homme, en Angleterre, a peine à se faire considérer comme un gentleman^ et mettaient au service de la vérité une force puissante dont elle avait été privée jusque-là. Le P. Brownbill reçut paternellement, on peut le croire, sa nouvelle pénitente, sans être, comme de raison, plus ébloui qu'à son ordinaire par l'éclat de son rang, ni celui de l'auréole littéraire qui l'environnait alors. Au milieu de la douleur qui était venue frapper Georgiana pendant ses derniers combats, et du tumulte où tant de causes diverses jetaient ses pensées, rien ne pouvait être plus puissant pour apaiser son esprit et son âme, que la calme et douce autorité avec laquelle le P. Brownbill accueillait les expressions parfois incohérentes et désordonnées de sa pensée, et y répondait avec l'absence de toute surprise, la laissant marcher au pas qu'elle choisissait, facilitant sa marche sans jamais la hâter, et l'attendant paisiblement au terme où sa bonne volonté, sa sincérité et son amour pour Dieu devaient infailliblement la conduire.

. Un jour, peu avant celui où elle allait définitif

208 CHAPITRE Vlll — (1844-1846)

vement atteindre ce terme désiré, par une de cee fluctuations connues de tous ceux qui ont traversé des crises de ce genre, elle arriva chez le P. Brownbill dans une disposition toute différente de celle qu'elle lui avait montrée la veille.

<c Je viens vous dire, mon Père, dit-elle d'un ton résolu, que j'ai changé d'avis ; je ne pense plus ce que je pensais hier, et décidément, ce n'est pas dans l'Église catholique que je veux -entrer, »

Le P. Brownbill était assis dans un fauteuil, près de sa table, dans le petit parloir où il recevait ceux qui venaient le voir. 11 écouta cette déclaration sans s'émouvoir et demeura en silence, comme cela lui arrivait souvent, les yeux attachés sur le bout de ses ongles. Enfin, il leva la tète et dit tranquillement :

« Et dans quelle Église alors comptez-vous entrer ? »

Cette calme demande, à laquelle aucune réponse n'était possible, dissipa comme par enchantement le brouillard passager qui avait obscurci les derniers pas de sa route, et la lumière lui revint pour ne plus se voiler jamais. Certes, les peines de la vie n'étaient pas finies pour elle; de grandes éternelles épreuves l'attendaient encore^ mais celle du doute ne vint plus effleurer Mm âme. A dater de ce jour, elle fut à l'abri de ce mal qui aggrave tous les maux, et entra en possession

Page 1