Saint Paul, II Cor., v
A LADY GRANVILLE
10 mai 1848.
... Je viens de voir M"* de Montjoie, qui est venue passer quelques heures en ville.
Elle a reçu hier un petit livre qu'on lui a renvoyé de Paris. Depuis trente ans, elle avait l'habitude d'y écrire des passages extraits de livres religieux. Il était resté sur sa table aux Tuileries. II a passé par les mains de la foule, qui y a ajouté des paroles injurieuses signées de plusieurs noms. . , Cela est horriblement pénible à voir ; mais dans quelques années ce sera un curieux çionument d'une époque extraordinaire. . .
La France semble' approcher de plus en plus de l'heure de la guerre civile. Le parti de Ledru-Rollin ne sera bientôt plus tolérable. On l'appelle déjà Ledru- Co^ii//t, et le Gouvernement provisoire est appelé le Gouvernement dérisoire.
En tout, l'état du monde est effroyable. Hier, le Père Faber a parlé sur ce sujet, et il a fait le plus éloquent sermon que j'aie jamais entendu, dont plusieurs passages vous auraient beaucoup plu. Il a une parole surprenante t Il produit une sensation plus profonde encore que Newman. . . II a fait de l'état général des choses une peinture propre à nous épouvanter, mais non à nous désespérer.
Nous avons eu très beau temps hier pour notre course à Claremont. Nous n'avons pas vu la Reine, qui était très fatiguée d'une course qu'elle avait fait à Weybridge ; mais nous avons vu M"* la duchesse de Nemours. Elle est très maigrie, mais elle est toujours bien belle ! Je ne puis pas dire à quel point je les plains dans ce moment, où les nouvelles de Paris ajoutent une anxiété poignante au poids de la tristesse et de la monotonie de leur vie ! . . .
J'espère que vous savez déjà que mon cher Levesoa. a
aaS CHAPITRE X — (1848)
prononcé jeudi quelques paroles à la Chambre pour protester contre les reproches adressés au pape par lord Brougham. Le mot charité, qui, je le suppose, n'a pas été compris par celui-ci, signifie, vous le savez, en langue catholique, amour, et ce que le pape veut dire c'est que, quoique son amour pour tous les peuples ei toutes les nations catholiques ne lui permette pas de dire que L'Italie et les Italiens lui sont plus chers que les autres, en le plaçant au milieu d'eux. Dieu semble néanmoins leur avoir donné un droit particulier à son affection. . •
Il est impossible de comprendre aujourd'hui ce que l'irascible Lord Brougham avait pu trouver à attaquer dans ces paroles du pape Pie IX.
Lorsqu'elle apprend au mois de juin la fatale réalisation de toutes les craintes exprimées plus haut sur l'état de Paris j Lady Georgiana écrit :
A LAOY GRAKVILLfi
S9 juin 1848.
Je vous envoie un petit billet de M™' de Montjoie. Ils sont tout bouleversés des nouv.elles de Paris. Mais le Roi répète «qu'il bénit Dieu que taut oe sang n'ait pas été versé en Février pour le maintenir sur le trône ». M. Peel, arrivé hier, a apporté la nouvelle que l'archevêque de Paris avait été assassiné sur une barricade, tandis qu'il portait un message de paix aux insurgés... Tout ce qu'on apprend de Paris est affreux au delà de toute description... Mais c'est une glorieuse mort que celle de l'archevêque ! . . .
On dit que Gavaignac offre de se retirer, mais qu'on le forcera d'accepter la dictature. Puisse-t-xl la prendre et l'exercer d'une main ferme.
30 Jain 1848, Sfc-Anne's Hill.
^. . On croit qae €avaignac est honnête et très BÎneé-