‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 86 sur 196 · PARIS. JOURNÉES DB JUIN · texte numérisé non relu

PARIS. JOURNÉES DB JUIN

riment républicain ; mais quant à ses talents, autres que ceux qu'on lui connatt comme militaire, personne n'en sait rien,

Il est Tamide Thiers. Lamartine s*est rangé décidément du côté de Tordre, et dans la séance de TAssemblée nationale qui avait lieu pendant qu'on se battait dans les rues, il a pris place entre Thiers et Berryer... J'ai vu le jeune Delessert. Il semble accablé. Un de ses plus intimes amis, le jeune de Rémusat, est dangereusement blessé, et comme on ne publie aucune liste des nombreux gardes nationaux et officiers qui ont été tués, les Français qui sont ici sont dans l'angoisse et tremblent pour tous... M"^* Delessert est arrivée pendant qu'on se battait encore... Le bruit a couru que le duc de Mouchy avait été tué. J'espère que la pauvre Sabine n'en a rien su. Ses trois frères se sont battus comme des lions. Quel peuple de héros I mais tout cet héroïsme sans principes ni bon sens ne fait que rendre plus redoutable l'avenir qui leur est réservé.

Quelle scène a dû être cette mission et cette mort de l'archevêque t 11 faut reconnaître pourtant que la conduite des insurgés dans ce moment-là leur fait honneur... Par le fait, an milieu d'atrocités (qui ne peuvent surprendre si on se souvient que mille forçats libérés, le rebut du bagne, combattaient de ce côté-là], il ne semble pas qu'un très mauvais esprit ait régné parmi les insurgés. Il faut avouer que les ouvriers avaient été cruellement déçus, et, en vérité, on voudrait presque que Louis Blanc eût été tué dans la mêlée.

J'ai peur que nous ne recevions bientôt les mêmes nouvelles de Vienne, où on est obligé de nourrir des milliers d'ouvriers. C'est là aussi un état de choses qui ne pourra pas durer longtemps.

. Ici nous devrions vivre à genoux pour rendre grâce à Dieu d'avoir été épargnés! Je pense quelquefois à cette

prédiction qu'on nous a montrée, vous en Bouyenez-vous ? peu après le 24 février.

« Deux partis se feront une guerre à mort en France. Le sang coulera par torrents dans les principalesvilles. Après s'être entre-déchirés longtemps, le plus faible (cela veut-il dire les ouvriers ?] aura le dessus pour un moment, et ce moment sera si horrible qu'on se croira à la fin du monde b, etc., etc., etc.. Il est certain qu'on en a vu assez pour être assuré que si le parti des insurgés avait le dessus, la République rouge, comme ils l'appellent, commettrait des horreurs dont la pensée fait frémir» Il est déjà fort curieux qu'on ait découvert un complot formé pour brûler Paris (ce qui était encore une des choses prédites] , et je crains encore que nous ne la voyions un jour arriver. En tout, c'est une tragédie terrible, dont l'intérêt devient chaque jour plus poignant.

J'ai vû M"* de Lieven hier. Elle venait de recevoir une longue lettre de Marion EUice, une lettre (écrite dans un français parfait d'ailleurs), très intéressante et curieuse. Elle se hasarde jusqu'à exprimer à M** de Lieven les opinions les plus libérales, se déclare enthousiaste des grandes qualités que les Français viennent de manifester, remplie d'espérance pour l'avenir qui s'ouvre devant eux et certaine aussi de la libération de l'Italie... « C'est une jacobine que cette petite Marion, » dit la princesse. Mais malgré cela, elle en raffole.

Le duc de Broglie a écrit à M. Guizot une lettre dont voici un passage remarquable :

oc Nous sommes plongés dans le calme de la stupeur et de l'hébétement. Croyez tout ce qu'on vous dit, tout ce qu'on vous écrit. Si l'on vous assure que Paris est parfai-* tement tranquille, que l'ordre y est complètement rétabli, croyez-le. Si, au contraire, on vous dit que demain tout sera peut-être à feu et à sang, croyez-le aussi. Rien ne

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