‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 93 sur 196 · C. Greville · texte numérisé non relu

C. Greville

Voici la réponse de Lady Georgiana :

Je vous renvoie, avec mille remerciements, cette admirable esquisse. Je l'ai lue deux fois avec un ardent intérêt. La cause que vous plaidez me semble exposée d'une façon Habile et sans réplique. Oh! que je suis heureuse de ne pas être Irlandaise! Je haïrais trop l'Angleterre! Cette opinion de l'archevêque Usher que vous citez, relativement aux conflits religieux qui précédèrent la Réforme de plusieurs

1. Contenant un article de Lord Brougham sur le dernier ouvrage de Lady Georgiana.

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siècles en Irlande, est fort curieuse. . . Quel historien vous seriez ! Votre style est si clair et si incisif, votre jugement si droit, si exempt de passion I Ce qui est regrettable dans cette esquisse, c*est précisément que ce ne soit qu'une esquisse. Vous passez trop vite sur plusieurs parties, et, quoique vous en disiez assez pour appuyer vos arguments, re£fet serait meilleur si vous en disiez davantage. Vous me semblez injuste pour Charles !•', lorsque vous dites « qu'il n'a agi avec suite que dans son dessein de tromper tous les partis et de ne tenir sa parole à aucun ». Il me semble que s'il les a trompés, c'est par la faiblesse de son caractère et non de propos délibéré. . .

Je ne puis assez vous dire encore combien cette lecture m'a intéressée ! Elle m'a remis sous les yeux le cours tout entier de cette terrible histoire, et je ne puis pas imaginer comment il est possible de se soustraire à la conclusion que ces surabondants témoignages, tirés de tant de sources diverses, doivent faire accepter.

Affectueusement à vous. ' '

Midgham. — Moayement anti-catholique en Angleterre (dit de y Agression papale), — Lettre de Lady Georgiana à son frère cadet l'honorable Frederick Leveson Gower. — Lettre du R. P. Faber. — Voyage dans le midi de la France. — Pau. — Coup d'Etat. — Premiers jours de l'Empire. — Florence. ^- Gènes. *- Rome. <— Correspondance de Lady Georgiana avec son frère.

Le 16 juillet 1850, nous trouvons dans le journal de Lady Georgiana les lignes suivantes :

Arrivés à Midgham aujourd'hui. Puisse Dieu nous bénir, préserver de tout danger nos âmes et nos corps pendant notre séjour en ce lieu, et nous accorder sa grâce afin que nous fassions sa volonté en toutes choses t

Lady Georgiana se plut très vite à Midgham, et , sans perdre de temps à considérer que ce lieu n'était pas encore devenu sa propriété, elle se mit à l'œuvre, et en un clin d'œil, elle eut ouvert aux enfants catholiques du voisinage une petite école qui fut la première de celles auxquelles, en si grand nombre, elle donna plus tard son temps et son cœur.

Au milieu de ces occupations nouvelles, elle ne négligeait pas son travail ordinaire. <t Avec un livre à écrire et une école de pauvres à visiter, disait-elle, on est en possession de tous les plai-

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sirs de ce monde. » C'était alors en écrivant Lady Bird qu'elle faisait la première expérience de ce double emploi de son temps. Il faut signaler ici cette promptitude à agir comme le secret de tout ce qu'elle parvint à accomplir, et son exemple est utile à rappeler sans cesse aux indolents qui doutent de la vérité de ces paroles si souvent citées en Angleterre : Procrastination is the thief oftime^ — Les délais sont les {voleurs du temps. On peut dire qu'elle sut défendre le sien contre ces voleurs, et ne s'en laissa jamais dérober un seul instant, par sa faute.

L'année 1850 fut marquée dans le monde religieux par un mouvennent populaire hostile aux catholiques. Mouvement vif et court, demeuré notable comme la dernière explosion de No po^ pery^ qui se soit produit en Angleterre. Le feu flamba très fort un instant, mais s'éteignit vite pour ne plus se rallumer jamais. Jamais : nous pouvons, je pense, aujourd'hui Taflirmer, après les années qui viennent de s'écouler, et lorsque nous venons d'entendre un ministre de la Couronne, appartenant au parti jadis le plus intolérant, déclarer publiquement quHl ne pensait pas quHl y eût aujourd'hui un seul Anglais qui ne désirât effacer jusqu'au dernier souvenir des mesures jadis mises en vigueur contre les catholiques^.

1. Lord Randolph Churchill, réponse à la Société protestante d'Ecosse.

292 CHAPITRE Xil — (1850-1853)

L'agitation antipapale de 1850 surgit, on le sait, du rétablissement de la hiérarchie épiscopale par le pape Pie IX, ou peut-être serait-il plus exact de dire qu'elle fut amenée par les termes dans lesquels le cardinal Wiseman annonça ce fait aux catholiques anglais ; il en résulta un malentendu formidable et un bruit qui, pour être sans cause et sans raison, n'en fut pas moins étourdissant. Articles de journaux, discours à la Chambre, cris dans la rue, affiches sur les murs, pétition à la Reine contre ce qu'on nomma V Agression papale : rien ne manqua au tumulte, et pendant quelques jours, on eût dit que l'on retournait à cinquante ans en arrière.

Pendant cette tempête, la veille même du jour où la pétition devait être portée à Windsor, Charles Greville manifesta encore une fois son esprit et son bon sens ordinaire en écrivant au Times une lettre signée CaroluSy où il signalait la folie de ce mouvement, en prédisait la durée éphémère, et promettait en particulier un échec certain à la députation qui allait^ disait-il, composer le lemde-» main à la Reine un grief imaginaire^ et demander une réparation impossible.

Ces prévisions se vérifièrent très vite. Le bruit, toutefois, ne s'apaisa pas sur-le-champ. Lord John Russell jeta de Thuile sur les flammes, en écrivant à l'évêque de Durham une lettre demeurée célèbre, où il était dit, entre autres choses.

AGITATION ANTIPAPALE 293

que le catholicisme rétrécissait les intelligences et asserçissait les âmesj et que Pacte émané du pape était insolent et « insidieux ». Le Parlement se rassembla et on proposa une loi pour imposer une peine aux évéques qui adopteraient les nouveaux titres^ et à ceux qui les leur décerneraient. Mais tandis qu'on discutait cette loi, les esprits commençaient déjà à s'apaiser; lorsqu'elle fut votée, ils s'étaient tout à fait refroidis, avant même que fussent achevés les préliminaires qui auraient permis de l'appliquer, elle fut regardée comme non avenue, et il est littéralement exact de dire qu'elle tomba en désuétude avant d'avoir été mise en vigueur. Les évéques catholiques prirent dès lors les titres qu'ils ont toujours portés depuis, sans que personne ait jamais songé à les leur contester, et encore bien moins à demander l'application des peines si chaudement réclamées pendant cette émotion passagère.

Il faut dire qu'une fois revenu de cette panique insensée^ le bon sens public reprit ses droits, et on comprit bientôt que personne n'était lésé, ou seulement touché par cette mesure tout ecclésiastique, dont les effets n'existaient que pour les catholiques'. On reconnut même que le souverain Pontife avait ménagé les susceptibilités de l'Eglise anglicane, aussi bien que respecté la loi, en ne rendant aux évéques catholiques aucun des titres portés par leurs prédécesseurs jusqu'au seizième

siècle, et devenus aujourd'hui ceux des évéques anglicans, mais des titres nouveaux dont ils étaient les seuls investis.

Vers la fin de cette crise, Lady Georgiana écrivait à son frère cadet, alors absent d'Angleterre :

THB HON^^® FRBDBRICK LBVBSON GOWBR. Londres, 18 noyembre 1850.

Cher Freddy,

Vos lettres de Gibraltar et de Malte nous ont tous rendus heureux, et maintenant nous attendons avec impatience les nouvelles de votre arrivée en Egypte. Ces premières lettres nous ont rapprochés de vous et actuellement nous suivons tous vos pas... Jusqu'à présent nous n'avons pas eu d'hiver. Mais sous peu j'imagine que cq sera avec envie que nous penserons à l'air que vous respirez et au soleil brillant qui vous éclaire. Maman va bien, elle a retrouvé ses forces, sans avoir encore perdu sa prudence, et nous avons passé ici, avec elle, un temps doux et heureux. Le 3 décembre, elle part pour Bournemouth, et nous pour Midgham. ^

Pourquoi étiez-vous si loin, vous le champion de la liberté politique et religieuse ? Pourquoi n'avez-vous pas pu combattre pour nous, pendant r«igitation incroyable qui commence à s'apaiser? J'aime à ne pas douter de votre indignation en lisant la lettre de Lord John Russell. Lord Cla« rendon en a été révolté, et lui a écrit fort vivement à ce sujet : « que de semblables paroles contribuaient à rendre l'Irlande ingouvernable ! » Je suis certaine que Carlisle et bien d'autres seront du même avis. Le cardinal Wiseman va publier un appel a au bon sens du peuple anglais ». Il a pris pour épigraphe le passage d'un discours de Lord John Russell, en 1845, dans lequel il déclare ne pas com-

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