‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 97 sur 196 · PARIS POLITIQUE ET RELIGIEUX S · texte numérisé non relu

PARIS POLITIQUE ET RELIGIEUX S

représentatif a totalement échoué. Je ne sais pas si ce fait est vraii mais en attendant je n*ai confiance dans aucun des deux autres moyens. J'ai aussi un peu peur pour la France et pour rÉglise (qui même humainement est la seule puissance qui pourrait la sauver) des deux branches de la mai- 'son de Bourbon. L'une chercherait à Tentraver, etTautre à la protéger, peut-être mal à propos, ce qui pourrait être pire encore. L*état actuel, avec la liberté nécessaire à rÉglise pour étendre de plus en plus Tœuvre immense qu'elle accomplit dans le peuple, voilà ce qui me semblerait le plus désirable, mais il est fort difficile pour des spectateurs, d'apprécier les souffrances qui naissent de l'instabilité de ce genre de gouvernement, et l'impatience que doivent ressentir ceux qui le subissent, d'être replacés sur une base plus solide. Seulement j*ai peur qu'en quittant le terrain sur lequel ils sont, ils ne parviennent pas à en atteindre un meilleur.

Dimanche j'ai été à une réunion d'ouvriers et de leurs familles, dans la crypte de Saint-Sulpice. Nous n'étions entourés que d'uniformes et de blouses. Le P. Mellerio qui est au milieu d'eux, comme un véritable apôtre, leur a parlé, et après lui, quelques laïques leur ont adressé la parole. La messe avait été dite auparavant à un petit autel, sans musique, excepté celle de cantiques chantés par six cents voix. Jamais je n'ai assisté à rien de plus intéressant et de plus parfaitement approprié à l'auditoire qui se trouvait réuni, Le clergé est accusé d'être socialiste à cause de sa profonde sympathie et de son dévouement sans exemple pour les classes ouvrières. Sympathie et dévouement qui seuls, selon moi, pourront sauver la France de Tanarchie, et la préserver du retour d'un règne de terreur.

Je vous quitte pour écrire à maman. Adieu, cher Freddy. Tendresses à Leveson et à Marie....

Gborgiana Fullbrton.

SOO CHAPITRE XII — (185»<i853)

En quittant Paris, au commencement de novembre, les voyageurs se rendirent à Pau, où ils séjournèrent quelque semaines, puis ils allèrent aux Eaux-Bonnes, et ensuite à Cauterets, voyageant lentement, jouissant du beau temps, s'arrétant souvent pour voir à loisir les lieux les plus célèbres et les plus beaux paysages. Après s'être arrêtés à Toulouse et à Montpellier, ils passèrent quelques jours à Marseille, avant de se mettre en route pour Rome, où ils devaient passer Thiver.

Ce retour, au bout de dix ans, sous le ciel du Midi, devait faire mesurer à Lady Georgiana* tous les changements survenus autour d'elle et en elle-même, depuis l'époque où, pour la première fois, elle avait vu cette nature enchanteresse» avec une admiration froide, presque voisine de l'indifférence.

Paime mieux s^oir un buisson d^aubépine en fleurSy disait-elle naguère, que tous les beaux fruits (Por des orangers. — Cette Méditerranée calme et sans marée^ disait-elle encore, meplatt moins que nos tumultueuses mers du Nord.

Maintenant, elle tient un autre langage : elle voit tout avec d'autres yeux; elle a acquis un sens nouveau qui revêt tous les objets d'un charme inaperçu auparavant. C'est bien toujours l'attriait de la patrie qu'elle éprouve ; mais cette fois> c'est celui de la patrie de son âme I

Nous, catholiques, nés au sein de l'Église, habi-

RETOUR AU MIDI 30i

tués, jusqu'à ne plus assez les sentir, aux bénédictions singulières dont elle accompagne chaque pas de notre vie, nous ne nous rendons pas compte de ce qu'éprouvent ceux qui entrent en possession de ses trésors, non pas graduellement, comme nous qui en héritons dès Tenfance, mais tout d'un coup, lorsque l'âge, la raison, l'expérience, et surtout les épreuves leur ont appris à en estimer le prix, et souvent leur ont mérité la grâce de les apprécier mieux que nous, et de s'en montrer plus dignes !

A la fin de cette tournée, lorsqu'elle va quitter la France pour aller en Italie, elle écrit (en français) :

7 janvier 185a,

C'est aujourd'hui que j'ai revu la Méditerranée... Jamais ce bleu de la mer ne m'avait semblé si profond. Ce ciel si pur, ce soleil si brillant !.. . Je ne puis dire quelle sensation étrange j'éprouve en revoyant toute cette végétation méridionale. La beauté du ciel et de la terre m'émeuvent d'une façon irrésistible, et je me aens pénétrée de reconnaissance, tandis que passent devant mes yeux toutes les images qui s'impriment dans ma mémoire pendant ce ravissant voyage 1.

Ce fut pendant qu*ils étaient dans les Pyrénées que leur parvint la nouvelle du coup d'État du

1. Un petit cahier, dont les notes écrites en français pour accompagner des dessins recueillis çà et là pendant ce voyage, fait supposer que ce fut alors qu'elle reprit cette habitude d'écrire en notre langue, qui lui inspira bientôt le désir de composer en français.

2 décembre 1851. Cet événement eut peu de retentissement dans ces localités paisibles, où la révolution de Février s'était à peine fait sentiramais nous saurons ce qu'en pensa Lady Georgiana, en lisant ses lettres à son frère cadet, avec lequel sa correspondance était devenue et demeura toujours fort active. Elle aimait également ses deux frères; mais le temps du plus jeune (bien qu'il fût membre du Parlement) était moins rempli que celui de Lord Granville, dès lors et toujours activement engagé dans la vie publique, ensuite ayant occupé un poste important dans le ministère, chaque fois que, depuis cette époque, son parti a été au pouvoir.

En arrivant à Gènes, Lady Georgiana écrit à son frère :

THB HON^I« FREDERICK LBVBSON GOWBR.

Gdaes, 36 Janvier 185a«

J*aî reçu hier votre intéressante lettre, dont je vous remercie d'autant plus que mon inexactitude, pendant notre séjour à Pau, ne me donnait pas le droit de l'attendre

Je pense que vous voulez que je vous parle politique, et je crains cependant que nous ne soyons pas du tout d'accord, ce qui fait que Je n*ai pas tout à fait envie d'aborder ce sujet, de peur de vous impatienter. II me semble que les opinions, très souvent, dépendent uniquement de&faits. Or, c'est précisément sur les faits que la vérité est plus difficile que jamais à connaître. Aujourd'hui, nous venons de traverser la France, nous y avons voyagé en plusieurs directions, et séjourné en beaucoup de lieux différents. Partout ceux que nous avons rencontrés noua ont répété :

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