‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 98 sur 196 · COUP D'ÉTAT · texte numérisé non relu

COUP D'ÉTAT

c que Louis Napoléon avait sauvé la France » I Partout on nous a dit que la confiance renaissait^ que le commerce se relevait. La haine du gouvernement parlementaire semble régner dans toutes les classes , hormis celle des politiciens désappointés.

Si vraiment L. N. commet des atrocités, s'il pratique un système organisé de déception et de mensonge, il est bien clair que je ne pourrai que le détester, et qu'il me sera impossible d'espérer aucunbien de l'exercice de son pouvoir. Mais on nous affirme que c'est le parti pris des salons de Paris, de le calomnier de toutes les manières, et en Angleterre vous n'entendez que les opinions de ceux qui sont le plus disposés à représenter ses actes sous les couleurs les

plus noires Vous n'estimez pas assez non plus les dan^

gers qui menaçaient la France si le parti rouge avait eu le temps de mûrir et d'exécuter ses desseins. Comment alors le parti de Tordre aurait-il pu se lever comme un seul homme pour écraser cette minorité désastreuse et puissante, sans autre main pour le guider, que cellct de cette malheureuse Assemblée nationale dont les misérables fragments n'ont pu réussir à s'unir le 2 décembre, ou bien celle de M. Thiers qui semble être entièrement dénué de principes ? Malgré tout cela, je ne suis nullement parmi les partisans aveugles de Louis-Napoléon. Son caractère, sa conduite personnelle, sont malheureusement faits pour inspirer peu de confiance. Il peut d'un instant à l'autre devenir un tyran, peut-être l'est-il déjà. Il peut, ce qui m'intéresse infiniment plus que touty se montrer tout d'un coup l'ennemi de l'Église, qu'au* jourd'hui il protège. Mais, qu'en ce moment il ait rendu à la société un immense service, qu'il soit populaire dans le vrai peuple de France, qu'ils l'aient élu spontanément, et qu'ils préfèrent son gouvernement à celui de l'Assemblée nationale, c'est ce dont je suis absolument convaincue.

Dans un sens, vous le savez, j'ai des tendances très démo-

cratîques. Mais c'est Tintérét du peuple véritable que j*ai à cœur, et non celui de certaines classes moyennes dont la tyrannie est plus dure pour les pauvres, que celle des sou* verains les plus absolus. Au surplus, un gouvernement absolu, fondé par le suffrage universel e^ une telle nouveauté qu*on ne peut, en vérité, le juger, avant de Tavoir vu à Tœuvre. Si Louis-Napoléon était un homme personnellement recommandable, j'avoue que je ne serais pas fâchée de voir tenter cette expérience ; étant ce qu'il est, je reconnais que cette expérience est inquiétante, et périlleuse, mais je ne la crois pas désespérée et réellement avant le coup d'État, la situation elle-même l'était.

Ceux à qui le temps et les événements postérieurs n'ont pas fait perdre le souvenir de ce qu'était, à cette époque, l'impression générale, même parmi ceux qui, plus tard, furent les plus ardents adversaires de l'empire, admettront, je le crois, que Lady Georgiana jugeait bien de l'état des esprits en France, au moment où elle écrivait cette lettre.

Ce qui suit sur l'Italie sera peut être contesté aujourd'hui par quelques-uns, mais non certes par la généralité de mes lecteurs. En tous cas, pour Lady Georgiana, ses opinions sur ce sujet ne se modifièrent jamais, et les événements ne servirent qu'à les confirmer de plus en plus. C'est donc pour nous une double raison d'en consigner ici l'expression, telle . qu'elle se trouve dans la même lettre :

Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en lisant qu'à

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