‹ Lady Georgiana FullertonChapitre 99 sur 196 · LADY GEORGIANA SUR L'ÉTAT DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LADY GEORGIANA SUR L'ÉTAT DE LA FRANCE

VOS yeux l'état actael du Piémont est le point lumineux de V horizon.,. Ceci démontre combien les mêmes choses ont un aspect différent, selon le point de vue d*où on les envisage. Quant à moi, ce pays me fait l'effet d'entrer précisément dans la voie qui a été si fatale à la France, et où, avec tant d'efforts, de souffrances, d'humiliations, elle s'efforce maintenant de rétrograder. Les publications abominables , les caricatures blasphématoires , les mauvais livres de toutes espèces qui sont permis et encouragés plutôt que réprimés par le Gouvernement ; le mépris qu'il cherche à inspirer pour le clergé ; le monopole de l'éducation (cette détestable tyrannie inventée par le premier Napoléon, qui est Tinconséquence la plus criante de toutes, dans un pays qui se prétend libéral)... tout cela conduira promptement à la démoralisation du peuple, et à moins qu'ils ne soient écrasés auparavant par leurs voisins, amènera sous peu, comme en France, le socialisme et l'anarchie.

Je puis juger d'une partie de tout ceci par moi-même. Mais, je le reconnais, tout ce que j'entends dire est probablement inûuencé par l'esprit de parti. Les Brignole, les Genturionî, les Spinola, les Pallavicini, étant tous très opposés au Gouvernement. Nous avons passé une soirée amusante hier au Palais-Rouge (Brignole) . Tout le monde était du même avis, sauf un pauvre sénateur de leurs amis, qui vient chez eux sans cesse et sur lequel tous sont tombés à la fois avec violence. Les Génois sont néanmoins très anti- Autrichiens. La pauvre M™^ de Meyendorff s'est trouvée eut (mise au ban) par tout le monde, lorsqu'elle est venue ici, il y a quelque temps, pour la seule raison qu'à Milan on a su qu'elle avait vu la société autrichienne. Il a fallu qu'elle se contentât à Gênes de copier des tableaux dans les galeries, sans être reçue dans aucun salon. Le marquis de Brignole m'a dit qu'elle avait copié, dans la

sienne, un de ses superbes Van Dyck, de manière à ne pouvoir distinguer la copie de l'original. J*ai toujours aimé Gènes, et la société italienne me plaît et m'amuse. On me parle de Orantley Manor, comme si cela venait de paraître et on me fait à ce sujet de grandes politesses, mais encore plus à cause de Leveson*, dont Tavènement au pouvoir produit un grand effet dans ce Cercle. J*ai eu à entrer en lice pour défendre Palmerston, le croiriez-vous, en causant avec une dame qui parlait de lui comme s'il eût été un démon incarné, et Leveson un ange de lumière venu pour réparer tous les maux que son prédécesseur a causés 1 Je n'ai pas cherché à la contrarier sur le second point, mais sur le premier j'ai trouvé juste de lui dire que Lord Pal* merston, dans la vie privée, était un homme très bon, et très aimable ; sur quoi, elle s'est écriée, en joignant les mains, d'un air incrédule: Cela n'est pas possible î

Mon G. a dîné dehors pour la première fois, hier, et s'est comporté comme si jamais de sa vie il n'avait fait autre chose; il a eu le plus grand succès, je dois le dire... Il devient tout à fait agréable et commence à savoir très bien causer; il parle français aussi maintenant très bien, sans

aucune difficulté

Adieu, cher Freddy. N'allez pas ti'op m'en vouloir de ce que vous nommerez mes aberrations politiques, mais je me défie chaque jour davantage de tous les systèmes. Je vois très souvent le bien surgir de ce qui m'avait semblé le plus inquiétant, et le mal résulter des plus belles théories. Jamais les paroles : V homme propose et Dieu dispose, ne m'ont paru aussi visiblement inscrites sur la face des choses humaines qu'au moment où nous sommes. Qui nous eût dit, lorsque nous étions tous si satisfaits du

1. Lord Granyille avait succédé à lord Palmerston et était devenu pour la première fois ministre des affaires étrangères.

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