CHAPITRE IX
Les Travaux de Laennec en Anatomie et en Parasitologie.
En Anatomie normale : croyance erronée au prolongement de l'arachnoïde dans les ventricules du cerveau. Première description de la capsule synoviale sous-deltoïdienne entre Tacromion et Thumérus; d*une tunique propre fibreuse au foie, à la rate et aux reins.
En Parasitologie : mémoire sur les vers vésiculaires et articles divers dans le Dictionnaire des Sciences médicales.
Chemin faisant, en racontant la vie de Laennec, j'ai été amené à parler de ses travaux. Il était, en effet, impossible de séparer complètement son œuvre do sa vie, c'est ainsi que ses discussions avec Dupuytren n'auraient eu aucun sens si je n'avais donné un résumé rapide de la question dont ils revendiquaient tous deux la priorité, à savoir : la classification des lésions anatomiques. J'ai été également amené plusieurs fois à exposer des théories médicales diverses comme celle de Broussais, pour la même raison. Mais si j'ai parlé de tous les travaux de Laennec, je n'ai fait que les signaler, me réservant d'y revenir quand je décrirais son œuvre, et si j'ai expose à plusieurs reprises des doctrines
médicales, comme celles de Pinel, de Corvisart, de Broussais, c'est de la façon la plus résumée possible, devant les décrire plus longuement dans la deuxième partie de cette thèse.
L'œuvre de Laonnec peut se diviser en plusieurs parties d'importance inégale. D'abord quelques travaux en Ânatomic normale quand il était encore élève à l'Ecole pratique; puis en Parasitologie, qui l'occupa pendant quelques années, et en Anatomie pathologique, où il découvrit un grand nombre de lésions nouvelles et qu'il contribua à mettre au point comme science particulière. Enfin son œuvre capitale, l'Auscultation, avec tout ce qui en découle, nouvelle séméiotique, description clinique des maladies du poumon et du cœur, description anatomopathologique de leurs lésions, traitement. Je devrai encore exposer la Doctrine médicale de Laennec et l'opposer à celle de Broussais, faire un tableau de la pathologie des poumons et du cœur à cette époque, afin de montrer quelle immense révolution fut pour la médecine la découverte de l'illustre maître.
C'est en novembre-décembre 1802 (frimaire an XI) que parut dans le Journal de Gorvisartune Note sur r arachnoïde intérieure ou sur la partie de cette membrane qui tapisse les ventricules du cerveau. Bichat, le premier, avait bien séparé l'arachnoïde des deux autres méninges, la dure-mère et la pie-mère : frappé de l'analogie de cette membrane avec les séreuses, il l'avait considérée comme une véritable séreuse avec deux feuillets : pariétal, adhérent à la dure-mère, et viscéral, séparé de la pie-mère par un tissu cellu-
laire très lâche, constamment baigné par le liquide céphalo-rachidien. II avait décrit entre la glande pinéale et les tubercules quadrijumeaux un canal qu'ilappela canal arachnoidien qui allait s'ouvrir dans le 3® ventricule, au-dessous de la toile choroïdienne; établissant une communication entre les cavités ventriculaires et la cavité de l'arachnoïde. Il pensa, sans pouvoir le démontrer par la dissection, que l'arachnoîdese prolongeait dans ce canal et dans les ventricules qu'elle tapissait dans toute leur étendue; s'il ne put pas la suivre, il en accusa son extrême ténuité à cet endroit, mais ne l'admit pas moins. Dans sa Note, Laennec annonce que cette dissection de l'arachnoïde intérieure j il a pu la mener à bien. En raclant légèrement la substance grise et blanche du cerveau, de dehors en dedans, au niveau d'un ventricule latéral, il déclare avoir pu isoler sur une étendue d'un pouce carré cette membrane avant de lui faire aucune ouverture. Mais Laennec s'est trompé, cette supposition de Bichat était une erreur, l'arachnoïde n'a aucun trajet dans les ventricules, par cette simple raison que le canal arachnoïdien par où elle devrait nécessairement passer, n'existe pas. Magendie le démontra, en effet, une quinzaine d'années plus tard. Ce qui avait trompé Bichat, c'est la petite gaine que fait l'arachnoïde aux veines de Galien. En effet, le feuillet viscéral de l'arachnoïde, en quittant le corps calleux, gagne la face supérieure du cervelet; dans ce trajet elle rencontre les veines de Galien qui vont se jeter dans l'extrémité antérieure du sinus droit; or, elle fournit à ces veines une gaine très courte qui
se réfléchit pour se continuer avec le feuillet pariétal. Quand, pour enlever Tencéphale, on est forcé de sectionner les veines de Galîen, on ouvre nécessairement cette gaine; Bichat avait cru voir dans ce petit cul-de-sac l'orifice d'un conduit. En glissant un stylet le long des veines, il avait cru démontrer la présence d'un canal arachnoïdien qui n'existe pas, un stylet manié dans le tissu cérébral peut en effet créer tous les trajets qu'on désire. Ce canal n'existant pas, l'arachnoïde ne peut entrer dans les cavités ventriculaires et la membrane que crut isoler Laennec n'est pas l'arachnoïde.
Ses deux autres travaux d'anatomie sont meilleurs et très exacts . En janvier-février 1 803 (pluviôse an XI), dans le journal de Corvisart, il décrit une capsule synoviale située entre U apophyse acromion et l'humé' rus. Cette bourse séreuse extra-articulaire est désignée aujourd'hui le plus généralement sous le nom de bourse sous-deltoïdienne. On n'avait pas encore isolé du tissu cellulaire abondant sous le manchon deltoïdien la bourse séreuse en question. Laennec, dans une note, déclare qu'elle semble pourtant avoir été entrevue par plusieurs auteurs. Sabatier disait que le deltoïde est attaché à Thumérus par une espèce de capsule membraneuse. Gavard, dans le Traité de Myologie de Desault, répète la même chose, mais Bichat, qui fut pourtant aussi l'élève de Desault, ne parle point d'une synoviale en cet endroit.Boyer surtout parait avoir vu cette capsule lorsqu'il dit que le deltoïde est séparé de la capsule de l'articulation par un tissu cellulaire lâche, qui forme une espèce de
capsule membraneuse. Enfin Laennec déclare qu'ayant communiqué ses recherches à ce sujet à Dupuytren^ chef des travaux anatomiques, il a appris de lui qu'il avait aussi remarqué cette capsule. Il en donne, le premier, une description précise. Cette capsule est remarquable par sa grandeur et son importance. Elle a la largeur d'un^ctt de 3 liores^esi de forme ovalaire et située entre l'apophyse acromion et la partie supérieure et externe de la tète de l'humérus et de la grosse tubérosi té de cet os. Ses rapports sont les suivants : elle est recouverte en dedans par le ligament acromio-coracoïdien auquel elle adhère par un tissu cellulaire assez serré, plus en dehors par l'acromion dont elle tapisse presque toute la face inféricure,plus en dehors par la partie supérieure de la portion moyenne du deltoïde, mais elle ne s'étend guère dans ce sens plus d'un centimètre au delà de cette apophyse.EUe recouvre en dedans le tendon du sus-épineux, quelquefois celui du sous-épineux, s'étend rarement jusqu'au sommet de l'apophyse coracoïde dont elle est ordinairement séparée par une assez grande distance. Plus en dehors, elle recouvre la partie supérieure et externe de la capsule fibreuse de l'articulation scapulo-humérale; elle s'étend en avant iusqu'à l'endroit où le tendon de la longue portion da biceps pénètre dans la capsule fibreuse de l'articulation. Elle adhère davantage aux parties qu'elle recouvre qu'à l'acromion et au deltoïde. Sa face intérieure est lisse, elle forme un sac sans ouverture, comme toutes les bourses séreuses. En incisant le deltoïde, il est très facile de la mettre en évidence.
En terminant, Laennec montre qu'elle est destinée à faciliter les mouvements de la tête humérale sous Tacromion, constituant entre ces deux éminences osseuses une sorte d'articulation, elle facilite également les mouvements du tendon du sus-épineux audessous du ligament acromio-coracoïdien.
Dans la 2® édition de son Traité, le professeur Poirier a donné un dessin de cette bourse séreuse. Il rappelle sous-acromio-coracoïdienne ou sous-deltoïdieane et pense qu'elle résulte de la fusion do deux séreuses, l'une sous-acromiale, l'autre, sous-deltoïdienne, primitivement isolées : l'étranglement entre ces deux portions et leur isolement chez les sujets 1res jeunes semblent le prouver. Cette bourse séreuse est en effet importante, sa constance montre qu'elle est utile entre la voûte rigide ostéo-fibreuse acromiocoracoïdienne et la capsule articulaire, et c'est elle qui est le siège de la périarthrite scapulo-humérale que le professeur Duplay a décrite le premier, en la séparant nettement de l'arthrite même de l'articulalioa.
Dans le numéro suivant du Journal deCorvisart,février-mars 1803 (ventôse an XI), Laennec fait paraître mit; note sur des Tuniques qui enveloppent certains ulsœresetfournissent des (faînes membraneuses à leurs vaisseaux. Elle est rédigée sous forme de lettre adressée à Dupuytren. Dans ce numéro ne fut publiée que la première partie de cette lettre, la deuxième fut in* séréedans le numéro suivant. A cette époque,il n'était pas encore brouillé avec Dupuytren, il lui écrivait, eu effet : « Le zèle dont vous êtes animé pour la
science que vous cultivez m'est un sûr garant que vous voudrez bien accueillir favorablennent ces recherches et dérober quelques moraonls à vos occupations pour vérifier vous-même les faits que j'ai observés. i> Cette note est la description de la tunique fibreuse du foie, découverte par Laennec entre le pcritoioe et le foie. On connaissait assez bien le trajet du péritoine sur le foie, mais on n'avait pas encore remarqué qu'il est séparé du tissu propre du foie par une membrane conjonctive formant une tunique propre à cet organe. Glisson, anatomiste anglais, en 1642, découvrit que les branches de la veine porte et les vaisseaux biliaires qui l'accompagnent dans le parenchyme hépatique sont revêtus par une enveloppe commune à laquelle il donna le nom de capsule^ mais il la crut constituée par une partie du péritoine, enfoncée dans le tissu du foie. Depuis, la capsule de Glisson fut admise, mais tandis que les uns admettaient que c'était une expansion du péritoine, les autres ne voulaient y voir qu'une sorte de tissu cellulaire lâche avoisinant les rameaux de la veine porte et des vaisseaux biliaires. Laennec, dans cette Lettre, eut le mérite de fixer Tanatomie de celte capsule et de la rattacher à la tunique propre fibreuse qu'il décrivait pour la première fois.
Voici la description qu'il en donne. Le péritoine, dit-il, ne revêt point immédiatement le foie, une membrane assez ferme, quoique mince, qui lui est unie par un tissu cellulaire plus ou moins serré, le sépare du tissu de ce viscère. Cette membrane, après avoir couvert toute la surface du foie, s'enfonce dans
Saintzo'o.n la
son tissu, en fournissant des gaines à tous les vaisseaux qui s'y distribuent, c'est Tune de ces gaines, comjuune à la veine porte et aux vaisseaux biliaires, qui constitue la capsule de Glisson. Cette membrane est bien une tunique propre au foie, car elle le revêt sur loute sa surface, intimement appliquée à lui. Aux endroits où le péritoine quitte le foie pour former ses différents ligaments : suspenseur, latéraux, coronaire, la tunique propre qui ne qilitte pas la surface du foie est donc séparée de. lui. Dans la gouttière de la veine cave, elle ne forme pas une gaîne à cette veine, mais seulement une sorte de demi-canal, car, encore une fois, elle ne quitte jamais la surface du foie; dans les endroits où la veine cave reçoit les veines sus-hépatiques qui s'enfoncent dans le foie, elle forme à chacune d*elles une gaîne qui l'accompagne dans tout son trajet intra-hépatique. La tunique propre se comporte de la même manière à regard de la veine ombilicale et de ses deux canaux^ de la vésicule biliaire, où elle tapisse la fosse dans laquelle est reçu ce réservoir, sans abandonner le foie. Au niveau du sillon transverse, elle rencontre les vaisseaux sanguins et les canaux biliaires qui forment le hile du foie. C'est à ce niveau que Glisson, ayant vu qu'une gaine entourait ces vaisseaux et canaux dans leur trajet intra-hépatique, avait cru qu'elle était formée par le péritoine, Laennec montre biiMj qu'elle n''est que la continuation de la tunique propre qui, collée au tissu du foie, s'enfonce dans le sillon trans verse, se réfléchissant sur la veine porte, Tarière hépatique, le conduit hépatique pour former
la capsule de Glîsson, tandis que le péritoine, se réfléchissant en sens . contraire, fournit une gaine commune à la veine porte abdominale, aux vaisseaux et aux nerfs qui l'accompagnent. Elle ne forme pas une gaine à chacun des conduits composant le hile, mais une gaine commune à tous, — les vaisseaux sanguins et les conduits biliaires étant séparés entre eux par du tissu cellulaire lâche qui comble les interstices de la gaine commune, — et les accompagne jusqu'à leurs ramifications ultimes. Il est impossible, écrit Laennec, de savoir au juste comment et où se terminent ces gaînes;le microscope lui manquait en effet pour cette étude.
Cette tunique propre, dit-il, est diaphane, légèrement jaunâtre, mince, d'une consistance plus forte que celle du péritoine bien qu'aussi mince; elle est peu extensible, si on la soulève avec la pointe du scalpel, on la rompt d'une cassure nette, on voit donc qu'elle est bien différente des couches serrées de tissu cellulaire condensé qui forment autour de certains organes, comme le pancréas, les parotides, les mamelles, des sortes d'atmosphères celluleuses. Il put, en insufflant de l'air entre le péritoine et la tunique propre du foie, développer le tissu cellulaire qui les unit, mais la tunique propre, loin de se résoudre en tissu cellulaire, devient au contraire plus facile à distinguer, ce qui démontre une fois de plus que c'est une véritable membrane, non une condensation de tissu cellulaire.
La découverte de cette tunique fit penser à Laennec que d'autres viscères pouvaient être revêtus par
des tuniques analogues. Il en trouva, en effet, à la rate et aux reins, nnais le cœur, la vessie, le canal ioiostinal en sont totalement dépourvus et ne sont unis aux membranes séreuses qui les enveloppent qiio par du tissu cellulaire condensé. La tunique propre de la rate se comporte exactement comme qvUb du foie, fournissant des gaines aux vaisseaux <jui pénètrent dans son intérieur; elle avait déjà été vue par les anatomistes, aussi Laennec n'y insiste-til pas. Les reins ont également une tunique qui sépare leur parenchyme de l'épaisse atmosphère celluleuse <[iii les entoure. Cette membrane avait été remarquée par plusieurs auteurs, mais aucun ne l'avait décrite. r][k est disposée d'une manière entièrement analogue aux précédentes, elle est unie au tissu rénal par un tissu cellulaire très fin, dans le fond de sa sinuosité ello se réfléchit sur les calices et les vaisseaux qui pénètrent dans le viscère et leur fournit des gaines comme à la rate et au foie. Cette tunique est mince, blanchâtre, résistante, elle nous est bien connue aujourd'hui que nous avons l'habitude dans toutes nos autopsies de la décortiquer du tissu rénal pour apprécier si elle adhère pathologiquement au rein daosles cas de néphrite. Pour le poumon, quoiqu'il n'ait point aussi évidemment que les organes précéih nts une tunique qui lui soit propre, Laennec trou- \(iit que le tissu cellulaire appelé aujourd'hui souspleural, qui sépare la plèvre du tissu du poumon, olfre un aspect membraniforme plus marqué qu'auciuio des atmosphères celluleuses, qui entourent les organes tels que le pancréas, les mamelles, etc.. Ce
tissu cellulaire forme, dit-il, aux bronches et aux artères pulmonaires des gaines semblables aux précédentes. C'était peut-être pour le poumon pousser l'analogie un peu loin. Maintenant quel est le rôle de ces gaines? Laennec pense qu'elles sont destinées à isoler les vaisseaux et conduits du parenchyme des organes et qu'elles permettent leur augmentation de volume au poumon, au foie, dans les cas de congestion de cet organe^ dans le moment de la digestion protégeant ainsi le tissu de l'organe d'une compression nocive. Les gaînes,en effet, sont appliquées directement, non pas contre les vaisseaux, mais contre le parenchyme de l'organe, laissant entre celui-ci et ceux-là un espace libre rempli de tissu cellulaire qui leur permet d'augmenter de calibre. Si, à la rate, le tissu cellulaire peu abondant entre les vaisseaux et leur capsule ne paraît pas leur permettre une grande dilatation, c'est que ce viscère est susceptible de se laisser pénétrer d'une très grande quantité de sang. Dans son second article, Laennec montre que la capsule de Glisson a été décrite deux ans avant cet auteur par Walœus, anatomiste anglais, mais il est probable que Glisson n'avait pas eu connaissance de ses travaux et qu'à lui aussi doit revenir l'honneur de cette découverte; il cite les passages saillants de Tanatomie de Glisson, qui croyait que cette capsule élait susceptible de se contracter, ce qui est faux, car elle ne contient aucun élémentmusculaire (qu'on considère que l'histologie n'est point inventée). Glisson avait entrevu cette tunique propre, aux endroits où le péritoine quitte le foie, dans la fosse delà vésicule, dans
I^.JiP" M
les sillons de la veine ombilicale, mais non dans la gouttière de ]a veine cave, où il ne laperçut pas, mais il n'avait pas su rattacher ces portions de membrane à la tunique générale qui enveloppe tout le foie. Enfin Laennec termine en passant en revue les diverses opinions émises sur cette capsule, donnant ainsi un historique complet de la question.
Cette description de Laennec, reconnue très exacte par les contemporains, fut insérée par les éditeurs de r A natomie descriptive de Bichatdansle 5« volume de cet ouvrage; elle était désormais acquise à la science.
r Laennec avait commencé l'étude des vers parasites, des vers intestins^ comme on disait alors, en même temps que celle de Tanatomie pathologique, pendant ses années d'étudiant. Il dépouilla toutes les publications faites en cette matière et acquit rapidement une grande compétence. Le 22 germinal anXn(12 avril 1804), il dépose à la Société un Mémoire sur les Vers vésiculaireset principalement sur ceux qui se trouvent dans le corps humain, il en donne lecture dans une géanc6 suivante. Ce mémoire est une bonne monographie de Tétat de la science à cette époque sur ce que l'on appelait d'un terme générique à'Hydatides. Aujourd'hui que nous connaissons bien la signification des Cysticerquos et des Echinocoques, le travail de Laennec fait à une époque où on ignorait que ces êtres étaient non pas des animaux adultes
mais des formes larvaires, ne peut plus nous être d'aucune utilité; il n'a donc qu'un intérêt historique. Je n'entreprendrai pas ici d'écrire une histoire de la Parasitologie à cette époque, le cadre de cette tlièse ne me permettrait pas un si grand travail qui d'ailleurs serait des plus intéressants. J'analyserai seulement le Mémoire de Laennec qui, en somme, est un résumé de cette histoire, puis, négligeant de parti pris les divers progrès de la science à ce sujet jusqu'à nos jours, je montrerai ce que Ton doit penser de la description du grand clinicien qui fut à ce moment de sa vie excellent helrainthologiste.
Il commence d'abord par donner une classification des vers intestins en trois familles: les Vers ronds, tel s que les Ascarides, les Echinorynques qui présentent deux appareils d'organes, ceux de la digestion, ceux delà reproduction. Puis les Vers plats, tels que les Tœnias, les Fascioles qui ont encore des organes distincts. Enfln les Vers vésiculaires, sujet de ce travail, oii on ne trouve plus aucun organe et qui ressembleraient plutôt à des produits morbifiques qu'à des animaux. Aussi ces vers ont-ils été longtemps confondus sous le nom A'Hydatides avec divers genres de tumeurs enkystées et regardés comme un mode particulier de lésion organique. Depuis longtemps pourtant, les helminthologistes allemands et anglais, Hartmann en 1686, Tyson en 1691 , avaient démontré que les Hydatides étaient des animaux, mais cette découverte fut perdue de vue, quand, au xvm® sièclcj Linné et Pallas la tirèrent de l'oubli. Linné le premier les rangea dans la classifica^tion zoologique et,
croyant qu'il n'y en avait qu'une seule espèce, il la désigna sous le nom d'Hydra Hydatula. Pallas on 1760 en reconnut plusieurs espèces. C'est alors qu'une foule de naturalistes étrangers, parmi lesquels MuUer, Goëze, Lesker, Biocli, Werner, Balsch, étudièrent ces animaux et, les retirant de la place que Linné leur avait assignée parmi les Hydres, les rapprochèrent des Tœnias. Les naturalistes français, avec Cuvier, Lamarck, Bosc, trouvant des différences nombreuses entre les Tœnias et les Vers vcsiculaires, les retirèrent de ce genre pour en former un nouveau à qui ils donnèrent l'ancien nom d*Hydatides.
Les Allemands reconnurent que les espèces connues de Vers vésiculaires ne pouvaient se rapporter à un genre unique. Nous allons assister alors à des essais declassificationsqui forcément seront erronées puisque ces vers vésiculaires ne sont que des formes larvaires de tœnias, mais qui, à cette époque, étaient logiques, et, là comme partout, nous verrons de quelle clarté, de quelle netteté de jugement, de quelle précision dans les détails va faire preuve Laennec. Un Allemand, Zeder, en 1800, essaie une classification et reconnaît 3 genres : le genre Cyslicerque (vers qui ont une seule tête, une vessie caudale et qui sont logés dans un kyste externe où ils n'adhèrent pas), le genre Tœniavisceralis (vers qui ont une multitude de corps très petits sur une vessie caudale commune et qui sont logés dans un kyste externe) ; le genre Polycéphale (comme les précédents, mais ne sont pas logés dans un kyste externe). L'année suivante, Rudolphi réunit les deux derniers genres en un seul,en se fondant sur
ce que Texistence ou Tabsonce d'un kyste extérieur est une circonstance étrangère à l'animal lui-même puisqu'il ne fait point partie de son corps; il en admet donc deux genres. Sultzer en ajoute un troisième par la découverte du prétendu ver appelé iSicorne rude. ËnGn Laennec annonce qu'il ajoutera un quatrième genre qu'il décrira dans ce mémoire sous le nom d'Acéphalocyste.
Tout d'abord quels sont les caractères communs à tous ces vers? c'est d'avoir une partie ou la totalité de leur corps conformée comme une vessie remplie de liquide : sans vessie pas de vers vésiculaires. Us se trouvent surtout chez les Mammifères, ils sont enfermés dans des kystes dont la formation leur est étrangère et qui les isolent de l'organe où ils vivent, chez quelques espèces pourtant, ce kyste n'existe pas et les vers touchent immédiatement le tissu de l'orgaae dans lequel ils se sont développés. Dans certaines espèces, chaque individu a sa loge séparée, dans d'autres plusieurs vers habitent le même kyste. La durée de leur vie n'est pas connue, ils peuvent mourir avant leur hôte, mais quand leur hôte meurt, ils meurent avec lui, tellement leur vie est liée à celle du sujet qui les portent; on n'en rencontre jamais en effet de vivants dans les autopsies. Quand on les retire vivants du corps d'un animal qu'on vient de sacrifier, on peut quelquefois prolonger leur existence de quelques heures, en les mettant dans de Teau tiède maintenue rigoureusement à la même tempérance. Quelle est leur origine? A cette question qui, résolue, aurait bouleversé les classifications, l'état de
la science en 1804 ne pouvait donner aucune réponse. {( Le développement des vers vésiculaires au milieu )li s organes de l'économie animale est sans contre- Jil un des phénomènes les plus inexplicables qu'ait fait connaître l'étude de l'histoire naturelle. » Les u[M nions sur leur génération pouvaient se ramener Li trois : 1° ce sont des vers extérieurs que des causas accidentelles ont fait pénétrer dans l'organisme . Mais jamais on n'a trouvé, dit Laennec, les diverses i s])èces de vers intestins dans la terre ou dans les eaux à Tétat libre; 2° ces vers se perpétuent par la transmission de leurs germes du corps d'un animal iluns celui d'un autre; 3<* chaque animal porterait dus sa naissance le germe de tous les vers dont il peut être atteint, mais ces germes ne se développeraient que dans certaines circonstances.
Cette partie de l'histoire naturelle est très confuse ; les auteurs ont décrit sous des noms différents la rtif!' me espèce de vers; pour la plupart d'entre eux, les ilcscriptions sont insuffisantes, aussi Laennec veut-il par ce travail fournir une contribution à l'étude raisonnée, à la classification de ces vers et mettre au point cette branche si mal connue de la médecine. Kl décrira surtout les vers qu'il a vus, négligera les vers vésiculaires des animaux qu'il connaît moins id décrira, ce qui n'a pas encore été fait, les lésions (jii ils déterminent dans le corps humain. Il passera cil revue successivement les trois genres déjà connus : Cysticerque, Polycéphale, Bicorne rude et décrira enfin le 4« genre, Acéphalocyste, qui avait été vu[ifondu jusqu'alors avec les espèces des genres
précédents, et dont les individus n'avaient pas été bien observés, ni décrits.
Le !•' genre,e8t appelé (7y«/iC(5rgtt^.Laennec préfère ce nom à celui d'Hydatide qu'on pourrait à la rigueur lui conserver^ mais qui est devenu trop vague par l'application que les médecins peu versés dans Thelminthologie ont faite de ce dernier nom à toutes les espèces de vers vésiculaires et même à des tumeurs enkystées qui n'ont aucun rapport avec ces êtres vivants. Sous peine de tout confondre, dit-il, il ne faut donc pas l'employer. Les caractères communs aux espèces du genre Cysticerque sont d^avoir une une tète et un corps conformés à peu près comme ceux des tœnias et d'être terminés par une vessie caudale. La tête est très petite, difficile à distinguer à Tœil nu, obronde»se termine par une pointe obtuse appelée trompe, qu'entoure une double couronne de crochets qu'il décrit avec grand soin et très exactement avec leur partie interne droite, cylindrique, formant racine, et leur partie extérieure, recourbée, terminée en pointe aiguë et leur apophyse située entre elles deux, enfoncée dans la substance de la tête, servant de charnière au crochet pour exécuter divers mouvements. Plus près du corps et à l'endroit le plus large de la tête s'élèvent quatre tubérosités arrondies, non perforées, appelées papilles ou suçoirs . La tête est séparée du corps par un espace rétréci, le cou. Le corps, en général conique offre des bandelettes ou stries transversales qui le partagent en articulations analogues à celles des tœnias. La vessie caudale est variable suivant les espèces, remplie
— !fl6 —
J*une sérosité limpide. Laennec essaye de difFérencier plusieurs tissus formant l'animal et dont la nature est albumineuse. Si on ignore le rôle de la trompe et des suçoirs, il est présumable que les crochets servent à l'animal à se fixer aux parois du kyste qu'il habite; bien qu'on n'ait jamais vu de Cysticerque ainsi attaché à son kyste, l'analogie de la structure de la tête de ces vers avec celle des tœ- II [as doit le faire supposer. La vessie caudale remplit probablement le rôle d'estomac, elle contient en effet un liquide absolument semblable àcelùique renferme Uï kyste. Quand le Cysticerque est mort, on voit sa vessie caudale s'affaisser et le liquide qu'elle contenait suinter à travers ses parois; on peut donc penser que c'est par un phénomène semblable que s'accomplit l'absorption du liquide du kyste qui doit évidemment nourrir l'animal. Les Cysticcrques se meuvent par des espèces d'ondulations; ils peuvent développer et rétracter leur tête et leur corps dans la vessie caudale où ils se présentent sous l'aspect d'un tubercule blanchâtre plus ou moins volumineux. Après leur mort ils sont toujours rétractés; pour les développer, il faut comprimer le corps entre les doigts ou entre deux lames de verre, on peut alors J'oxaminer au microscope. Presque toutes les espèces .sont renfermées dans des kystes membraneux qui ne font pas partie du ver; ils contiennent, outre le ver, une sérosité limpide dans laquelle il nage et qui tes de même nature que celle qui remplit la vessie cautlalo. Ces vers sont exclusivement parasites; jusqu'à présent tous ceux^qu'on connaît peuvent être rame-
nés à trois espèces. Laennec en décrira uoe nouvelle sous lenomdeCysticerque dicyste ou à double vessie. La première espèce est le Cysticerque fibreux (lineatus). Elle était déjà bien connue. Pallas l'appelait Tœnia hydatigena, Goëze ; Tœnia visceralis , Gmelin ; Tœnia ou Hydatis globosa. Ses caractères distinctifs sont : vessie caudale constituant la plus grande partie du ver^du volume d'un pois à une pom me , formée d'une membrane mince^ transparente, ayant à sa surface extérieure des fibres circulaires parallèles caractéristiques (d'où son nom),la surface interne est lisse et sans fibres ; cette vessie est rétrécie près du corps, comme le col d'une bouteille. Corps long de 2 à 3 cent, cylindrique. Vivant, il se remue dans Teau, change de forme, sa vessie s'étrangle, s'allonge. Mort, le corps est rétracté, la tète s'est enfouie sous les premiers anneaux du corps, les premiers anneaux sous les derniers. Le corps est mat, luisant, formé d'une substance extérieure qui présente des bandelettes circulaires lui donnant l'aspect d'un tœnia, et d'une substance intérieure lisse, sans organisation ; cette substance intérieure se termine par un filament qui pénètre dans la vessie caudale. Tète comme un très petit grain de millet, moins grosse que les derniers anneaux du corps, donc pas de cou, ayant 4 papilles non perforées, une double couronne de crochets, chaque rangée en ayant 16. Le Cysticerque fibreux est toujours renfermé dans un kyste, si mince chez le mouton qu'on voit le corps du ver par transparence. Chaque kyste ne contient ordinaire-^ ment qu'un seul ver. Laennec regarde conîme une
SAJDfTXaHOIf l3
riKitadio du ver une excroissance qu'il a vue à la face interne de la vessie caudale. Celle espèce esl 1res rrpundue chez beaucoup de mammifères, elle a clé vue surlout chez le moulon, dans le lissu cellulaire ri dans le foie y et chez le porc. Chez Thomme, il M.[nble que deux cas seulement peuvent se rapporter ù cette espèce : Laennec, pour sa part, n'en a pas encore vus. Parmi toutes les variétés qu'on a voulu lui donner, il n'en admet qu'une, le Cysticerque pisi- J'^trme^ qui est tout à fait semblable au précédent et :3eulement beaucoup plus petit; sa vessie caudale n est pas plus grosse qu'un pois; il se trouve surtout i\A\\s le foie du lièvre.
La 2« espèce est le Cysticerque ladrique (finnus). Découvert par Werner, ce ver se rencontre chez le [Mjrc et y occasionne la maladie connue sous le nom de ladrerie. Guelin l'appelait Tœnia cellulosa. Il est iissez rare chez l'homme; Laennec ne l'y a rencontré que quatre ou cinq fois. Voici ses caractères ilîâtinctifs : la vessie caudale forme, comme pour le |M écédent, la plus grande partie du ver et est consliluée par une membrane mince et transparente, jimis ici elle n*a pas de libres circulaires. Le corps cmL presque toujours rétracté dans la vessie caudale, ù la face interne de laquelle il se présente sous la fi irme d'un tubercule opaque , sessile, arrondi et liliinc, gros comme un grain de millet, de consistance Il rme. En pressant sur la vessie, on fait sortir ce l'urps; il est constitué comme le précédent; sasubslance extérieure présente aussi des bandelettes circulaires qui le font ressembler à un tœnia, comme
tous les Cysticerques. La tète est un peu plus petite que chez le précédent, mais tout à fait semblable; elle possède une double couronne de crochets, chaque rangée en a 16 ; ce ne sont pas des organes de succion, comme le croyaient Werner etSteinbuch.Le Cysticerque ladrique est toujours dans un kyste où il vit seul. Ce kyste est formé de deux couches, une externe formée de tissu cellulaire condensé, parcouru par de nombreux petits vaisseaux, une interne, mince, blanche , brillante, souple , très résistante ; on y rencontre, en outre du liquide habituel, de petits grumeaux jaunâtres. Le Cysticerque est libre dans ce kyste qui a un diamètre de 2 à 3 cent. Il habite surtout le tissu cellulaire intramusculaire, mais peut se développer dans presque toutes les parties du corps, cerveau, foie, etc.
La 3« espèce est le Cysticerque de Fischer (Fischerianus). Décrit par cet auteur à Lcipzigen 1788,il fut trouvé deux fois dans les plexus choroïdes. Peut-être n'est-il qu'une variété de l'espèce précédente, car il y ressemble beaucoup. Dans les deux cas, ce ver n'était pas renfermé dans un kyste, il avait l'aspect d'une petite vésicule de 1 cm. de diamètre, mi-transparente, de forme pyri forme, adhérente par sa petite extrémité terminée en pointe aiguë, au plexus choroïde. A l'extrémité large, on apercevait le corps du ver rentré dans la vessie caudale ; on le fit sortir en plongeant le ver dans Peau tiède. La tète est munie d'une trompe, de quatre papilles perforées, d'une double couronne de crochets, le cou est plus étroitque la léteet a des stries transversales ainsi que
le corps; la vessie caudale est sans stries. Bien que ces vers fussent au nombre de 23, ils ne causèrent aucun accident. En somme, ce ver ressemble assez ftu Cysticerque ladrique, il en diffère par les points suivants : pas de kyste externe, vessie caudale pyrihtime, tixée, corps et vessie plus petits, cou étroit. La 4« espèce est le Cysticerque dicyste (dicystus), cVsUà-dire à double vessie. Il n*a encore été vu (|u'une seule fois par Laennec sur la dure-mère d'un li<jmme de cinquante ans, mort d'apoplexie. Il est [nrrné de deux vessies, Tune transparente, grosse rnïttme une amande, mince, blanche, ^ans fibres, constituant un sac qui s'ouvre par une ouverture br^edans une deuxième vessie qui est ronde, sans ouverture, opaque, grosse comme une aveline, à paroi épaisse, fauve, recouverte par endroits de plaijnes membraneuses, à l'intérieur lisse, et constituant la vessie caudale.' Elle contient, en effet, un tnljerculo blanc, comme un pois, placé au centre de la |)aj-lie de la vessie qui est extérieurement tapissée |iar la vessie transparente, de sorte qu'en pressant îïur la vessie caudale, opaque, on fait sortir le corps ilii ver dans la vessie transparente. Corps long de Il cm., jaune pâle, à stries bien visibles, renfermant un canal d'i mm. s'ouvrant dans la vessie caudale t!L»e terminant près delà tète en cul-de-sac. La tête f'^t grosse comme un grain de millet, a 4 suçoirs ollVant une petite cavité parsemée de points noirs, III :us sans ouverture du canal. Couronne de crocKoLs formant une masse noire par des petits points ^ituûs entre eux; ils sont courts et petits, de nombre
inconnu. En somme ce nouveau ver est remarquable, dit Laennec, en ce que son corps se développe en dedans d'une vessie qui fait partie de lui-même, ce qui prouve, ajoute-t il, qu'il ne se nourrit pas seulement par la tête, mais par toute l'étendue de son organisme. Laennec regarde comme caractères spécifiques de ce ver : la cavité des suçoirs, la couleur jaune du corps, la cavité intérieure du corps ; peutêtre, dit-il, la couleur noire des suçoirs est-elle accidentelle.
Enfin Laennec termine l'étude du genre Cysticerque par la description de deux espèces qu'il regarde la première comme douteuse, la deuxième comme n'existant pas. La première est le Tœnia albo-punctata de Treutler, insuffisamment décrit par lui, le kyste externe contiendrait plusieurs vers qui adhéreraient à sa face interne par l'intermédiaire d'une substance blanche, mais quelle est cette substance ? Us n'auraient qu'un seul suçoir, mais alors, dit Laennec, ce Wait un genre particulier, car le genre Cysticerque en a quatre. Fait intéressant: chez quelques-uns la tète adhérait aux parois du kyste qui les contenait, ou à leur propre vessie caudale. — L'espèce qui n'existe pas est le Tœnia ou Hydatis visceralis de quelques auteurs; chacun d'eux lui attribue en effet des caractères différents. Tantôt il s'agit du genre Acéphalocyste que Laennec décrira, tantôt du Cysticerque fibreux.
Le 2«genre de Vers vésiculaires qu'admet Laennec est appelé par lui Polycéphale^ Rudolphi l'avait appelé EchinococcusAl y range tous les vers qui, sur
une vessie caudale commune ont plusieurs corps semblables à ceux des Cysticerques . Laennec en décrit trois espèces : i® le Polycephalus cerebralUj vessie plus ou moins grosse, sans fibres, consistance de blanc d'œuf durci, à la face externe de laquelle adhèrent un grand nombre de petits corps longs de 1/2 cenlimètre,formésd'anneaux comme les Tœniaset d'une tète plus petite que celle du Cysticerque fibreux, qui a quatre suçoirs et une double couronne de crochets. Ces corps peuvent se rétracter dans leur vessie caudale commune où on les voit alors sous forme de petits tubercules comme des grains de millet. Toujours privé de kyste externe, ce yer se trouve dans le cerveau des bœufs, des veaux, des moutons auxquels ils donnent la maladie appelée tournis^ les animaux atteints de ce ver marchent rapidement en tournant, quelquefois ilssautent,toujoursils se dirigentdu même côté. Il n'a pas été vu chez l'homme; 2® le Polyce- /)Aa/tt5Aom£>i/.s.C'estleseulquiaitétévuchezrhorame, semblable au précédent, avec cette différence que la tète n'aurait pas de suçoirs, mais il est trop mal connu encore; ^^ le Polycephalus ffranufosus jiécni far GoèzQ sous le nom deTœnia visceralis socialis granulosa.N'a pas été vu chez l'homme. Surtout rencontré dans le foie des moutons. Cette espèce est bien distincte des deux précédents: chaque ver est logé dans un kyste séparé, de volume variable, de consistance demi-cartilagineuse. Le ver lui-même est formé par une vessie caudale, vésicule d'un blanc laiteux ayant tous les caractères physiques et chimiques des Acéphalocystes, qui est comme collée à la surface interne du kyste,
mais sans y adhérer. Cette vésicule est remplie par un liquide incolore; sur sa face interne, on voit une multitude de petits points blancs, longs de 1/2 à 1 mm., qui adhèrent peu à la paroi, ils s'en détachent quelquefois du vivant du ver, probablemcnt^dit Laennec^ par suite d'une maladie du ver. Ces petits points blancs vus au microscope ressemblent aux Cysticerques, ils sont formés en effet par un corps et une tête un peu plus grosse que le corps, ayant quatre papilles et une double couronne de crochets. A Tintérieur du corps, quelques petits points ovoïdes paraissent être des œufs. On voit donc, dit-il, que cette espèce est bien particulière, en effet les corps, au lieu de se développer à Textérieur de la vessie caudale, s'y dé" veloppent à l'intérieur, et ils sont contenus dans un kyste*
Le 3« genre, appelé Bicorne rude ou Ditrachyceros, ne se compose que d'un seul individu découvert par Sultzer à Strasbourg en 1799. Laennec reproduit simplement la description de cet auteur. Le ver, long de 8 mm., se compose de deux parties, le corps et les cornes. Le corps est aplati, ferme,renfermé dans une vessie membraneuse qui n'y adhère qu'à l'endroit où s'attachent les cornes; ce corps a une cavité centrale en forme de vessie. Les cornes, au nombre de deux» longues de 4 mm., sont rugueuses, hérissées de lances étroites et allongées; elles se réunissent par leur base, de façon à adhérer au corps par un tronc commun. On ignore l'habitat do ce ver qui avait été expulsé par les selles, au moyen d'un purgatif.
Enfin le 4« genre découvert par Laennec, est appelé
par lui Acéphalocyste.W montre d'abord que les Acéphalocystes ont été longtemps confondues sous le nom d'Hydatides avec des kystes morbifiques, puis ensuite avec d'autres vers vésiculaires, elles en diffèrent pourtant totalement.car elles n'ont ni tète,ni corps qu'on puisse comparer à ceux des Gysticerques et des PolycéphaleSy et ont un mode de reproduction très particulier qui n'existe pas ailleurs. Il est curieux, dit-il, que les helminthologistes n'aient pas encore décrits nettement ces vers, et pourtant ce sont les plus communs chez l'homme. Gmelin, Mougeot, les ont confondus avec d'autres; Goëzea cru que c'étaient des vers vésiculaires imparfaits, dont la tète n'était pas encore formée. Werner, le premier, les a bien décrits, mais il les a pris non pour des vers, mais pour une tumeur dégénérative des vaisseaux lymphatiques. Voici la description de Laennec : vésicules sphériques grosses comme un grain de chênevis à une tète de fœtus; dans les petites, la paroi est mince, transparente, fragile, sans fibres; dans les grosses, paroi opaque d'un blanc laiteux, de consistance de blanc d'œuf durci, pouvant être divisée en plusieurs lames. Leur cavité est remplie par un liquide limpide et offre quatre sortes d'épaississements adhérant à la paroi interne: l"" épaississements blancs, dont l'épaisseur va en diminuant, de manière à. se confondre avec les parois; 2® corps oviformes, petits corps sphériques, blancs, opaques, delà grosseur d'un grain de millet à ,un pois, les petits sont pleins et adhèrent à la paroi, les gros ont une cavité centrale et peuvent être détachés, ce sont des Acépha-
locystes naissantes. Il y en a quelquefois plusieurs couches les unes sur les autres; il est probable, dit Laennec, que quand ces Acéphalocystes filles sont suffisamment développées/elles se détachent de la paroi et arrivent à faire éclaterleurmère,enla distendant outre mesure. Ces Acéphalocystes filles peuvent même quelquefois en contenir d'autres, petitesfilles, en voie de développement; 3^ granulations incolores, transparentes, sortes do rugosités de la paroi; i"" bourgeons incolores : petits corps situés soit à la face interne comme les précédents, soit à la face externe, mais pas sur les deux à la fois chez le même individu; volume variable, comme un grain de chenevis, les gros paraissent creux, ils sont moins nombreux que les granulations incolores, ce sont des Acéphalocystes naissantes. Ce ver peut donc se reproduire de plusieurs façons; aussi, dit-il, peut-être pourrait-on lui décrire des espèces différentes, on pourrait avoir ainsi TA. ovoideaqui contientdes épaississements blancs et des corps oviformes ; TA. granulosa qui contient exclusivement des granulations incolores; TA. surculigera qui contient exclusivement des bourgeons incolores. Eu résumé TAcéph;)locyste est une simple vessie membraneuse, sans aucun organe distinct. Les Acéphalocystes ne se développent jamais dans les cavités naturelles, mais sont toujours logées dans un kyste produit par leur hôte et plongé dans le tissu des organes; ces kystes sont formés de plusieurs tissus; leur intérieur est blanc et lisse, quelquefois tapissé d'une matière jaunâtre, enveloppés de tissu cellulaire sauf dans le foie
et le rein où on ne peut les détacher. Quand elles siègent dans le tissu cellulaire subjacent à la membrane interne d'une cavité, elles peuvent se pédiculiser et envahir cette cavité, ce sont les Hydatides pendulsB des anciens auteurs. En général, les Acéphalocystes sont réunies en grand nombre dans un mAme kyste et nagent dans un liquide limpide semblable à celui qui est dans leurs cavités ; ce liquide peut être jaunâtre, contenir de la bile; parfois il n'y a dans le kyste qu'une seule Acéphalocysle très grosse qui n'en a pas encore reproduit d*autres, quoique ces vers se reproduisent de très bonne heure. Ces vers ont été rencontrés dans presque toutes les parties du corps humain : thyroïde, péricarde, poumon, péritoine, intestin, épiploon, foie surtout, rein, ovaire, matrice, où ils forment la môle vésiculaire, tissu cellulaire. Les troubles qu'ils amènent dans l'organisme sont la gène des fonctions par compression, ainsi aux poumons, dyspnée; au péritoine, passion iliaque; au foie, pesanteur, tumeur visible, respiration gênée, anxiété, ictère, vomissements, épistaxis, diarrhée ou constipation ; aux reins, douleurs ; à l'utérus, signes de fausse grossesse. Mais tous ces signes sont incertains et le diagnostic ne peut guère être fait que quand ces kystes s'ouvrent à Textérieur et expulsentles vers. Les kystes peu vent grossir indéfiniment, mais les Acéphalocystes peuvent périr spontanément, ce qui entraine la guérison : le liquide est absorbé, le kyste se resserre et se convertit en masse fibreuse. Pour guérir les malades atteints do ces parasites, il faudrait donc avoir un médicament
qui ait la propriété do les tuer, malheureusement oq n'en connaît aucun. •
Enfin Làennec termine son Mémoire en publiant i|ueiques observations et en résumant son travail dans un tableau systématique do classification, rédigé en latin et en français : il y ajoute quelques espèces de Cysticerques qu'il n'a pas décrits parce qu'ils ne so trouvent pas chez l'homme. Des planches terminent ce très beau travail; malheureusement je n'ai pu les voir car elles n'existent pas dans l'exemplaire qui est à la Bibliothèque de la Faculté, pas plus qu'à celui de la Bibliothèque Nationale.
J'ai résumé le plus rapidement que j'ai pu ce long travail de Laennec. Il est remarquable par l'esprit de critique lucide dont il fallait faire preuve pour donner un travail d'ensemble sur une matière si embrouillée et si mal connue des médecins. La classification est fausse, bien entendu, ainsi que nous allons le voir, mais tous les détails de configuration des vers, les kystes qui les entourent, tout ce qui en somme constitue des faits d'observation, tout cela est rigoureusement exact et aujourd'hui encore la description détaillée des crochets de Cysticerques par exemple est parfaite, Laennec savait voir, et, ce qu'il voyait, il le décrivait avec une rigoureuse exactitude. Mais, comme le déclare avec amertume le grand observateur, l'origine de ces vers, qui aurait éclairé la question d'un jour tout nouveau, était pour la science de l'époque un problème insondable. Ce sont les helminthologisles du milieu du \ix^ siècle qui devaient avoir le mérite,par leurs belles expériences,
de donner la clef de cette énigme. Je ne m'appesantirai pas sur ce que tout le monde sait bien aujourd'hui, je montrerai seulement à quels individus correspondent les animaux décrits par Laennec.
Les quatre genres et les espèces diverses se ramènent en somme à deux animaux : l'un est le Cysticerque du Tœnia solium, l'autre Téchinocoque du Tœnia echinococcus.
Nous savons que le Tœnia solium ou armé vit à l'état adulte dans l'intestin de l'homme, les anneaux mûrs se détachent, sont rejetés avec les matières et laissent échapper leurs œufs. Ceux-ci qui contiennent un embryon hexacanthe doivent pour continuer leur évolution, être absorbés par l'homme ou par le porc. Dans l'estomac, la coque de l'œui est dissoute, l'embryon hexacanthe s'échappe, pénètre dans l'intestin, est absorbé par la veine porte, arrive dans le foie, peut s'y fixer ou continuer son chemin et pénétrer dans la grande circulation d'où il est véhiculé dans un organe quelconque. Arrivé enfin à destination, l'embryon hexacanthe, qui est microscopique, que Laennec, par conséquent, ne pouvait pas voir, mue, perd ses crochets, et grossit en se transformant en vésicule ; de cette vésicule naît par bourgeonnement une tète, un nouvel état de l'animal est formé qu'on appelle Cysticerque; l'hôte qui Théberge est atteint de ladrerie. Si ce cysticerque, qui habite surtout les muscles du porc, est mangé par un homme, il grandit en perdant sa vésicule et en produisant de nouveaux anneaux : le Tœnia solium adulte est constitué. Ce cycle compliqué nous montre
donc que le cysticerque n'est que l'état larvaire du Tœnia solium. La description que Laennec donnait du cysticerque est bien exacte mais, de même que ce n'est pas un animal adulte, de même les diverses espèces qu'il décrivit chez l'homme comme autant d'animaux différents n'existent pas, « elles ne correspondent, dit le professeur Blanchard, à aucun caractère zoolop^ique certain et n'ont d'ailleurs aucune utilité pratique. »
Le Tœnia echinococcus, de son côté, a un cycle analogue. Adulte, il vit dans Tintestin grêle du chien. Ses œufs contiennent également un embryon hexacanthe ; si un œuf est avalé par un mouton ou accidentellement par un homme, il se transforme en vésicule appelée hydatide^ qui formera un kyste hydatique. Cette vésicule se développe et de sa membrane interne germinale se forme par bourgeonnement des vésicules proligères d'où naissent des têtes de Tœnias. Ces têtes peuvent se détacher et nager dans le liquide de la vésicule. Quand une partie de la membrane germinale est englobée dans la cuticule externe épaisse de l'hydatide, elle donne naissance à de petites vésicules, dites vésicules filles, qui cheminent soit vers l'intérieur, tombant alors dans la vésicule mère, soit vers l'extérieur. Dans certains cas, il y a arrêt de développement de l'hydatide, la vésicule continue à grossir, mais sans produire des têtes de Tœnias, on l'appelle alors Acéphalocyste. Pour continuer leur évolution et former l'animal adulte, ces hydatides contenant des têtes de Tœnias doivent être avalées par le chien. Ici encore, par conséquent, la
vésicule Hydatîde ou Echinocoque n'est que l'état larvaire du Tœnia echinococcus.
Tous les vers que Laennec décrivait dans le genre Polycéphale et dans le genre Acéphalocyste ne sont que ce seul Echinocoque à diverses phases de son évolution. L'espèce qu'il appelait Polycephalus cerebralis, qui détermine le tournis des moutons, le Phominis et le P. granulosus sont faciles à identifier avec l'Echinocoque. Laennec, ayant bien reconnu chez eux la présence de tètes, croyait que ces espèces appartenaient à un genre différent de TAcéphalocyste où il n'avait pas vu de tète; il ne pouvait d'ailleurs, avec le grossier microscope dont il se servait, identifier les corps oviformes, les bourgeons incolores, etc.jdes prétendues Acéphalocystes avec les premières ébauches de têtes de Tœnias. Il ne put même pas rencontrer dans le liquide del'hydatide, des crochets de tœnias, signe pathognomonique qui nous permet de faire aujourd'hui un diagnostic certain du kyste hydatique. On a conservé avec juste raison, et c'est un hommage mérité, le nom d' Acéphalocyste, créé par Laennec, aux hydatides infécondes: appliqué à ce cas particulier, c'est une dénomination exacte. Enfin Laennec* avait cru que la môle hydatiforme de l'utérus était dû au développement d'Acéphalocystes dans Tutérus ; nous savons bien aujourd'hui qu'il n'en est rien et que si cette curieuse maladie ressemble à des hydatides, comme son nom l'indique, sa nature est tout autre.
Quant au genre Bicorne rude ou Ditrachyceros rudis, décrit par Sultzer et que Laennec n'avait fait
que copier, ce n'est pas un animal. C'est un cas do plus de ce que Ton a désigné sous le nom do pseudo-* helminthes ou pseudo-vers, c'est probablemenL a un ovaire de mûrier, provenant de fruits ingérés à TéLat de maturité imparfaite » (R. Blanchard).
En 1812, quand parut le Dictionnaire des Sciences médicales^ Laennec fut chargé des articles de parasitologie suivants : Ascarides, Grinon, Cucur hitains, Ditrachycéros, Pilaire, Furie infernale. Dans rarticio Ascarides, il décrit Fascaride lombricoïde et l'oxyure vermiculaire sous le nom d^ascaride vermiculaire. L'Ascaride lombricoïde depuis Linné, en 174>8, éïait bien connu, Laennec pensait que le pénis de cet animal n'avait pas encore été vu et il le décrivit avec soin> mais Rudolphi l'avait déjà découvert deux ans auparavant, ainsi que Laennec le reconnut dans son arlicleCrinon (1813). DansFarticle Pilaire (1810), il donne un aperçu de la configuration extérieure delà Pilaria medinensis qu'on appelait vulgairement dragonneau; s'ilignoraitson anatomie. Laennec connaissait bien l'abcès qu'elle détermine, le plus souvent au cou-de-pied et qu'on a appelé depuis dracunculose. Quanta la Pilaire du sang, elle était encore, à cetlo époque préhistologique, tout à fait inconnue. Enfin dans les articles Crinon et Purie infernale, il déniontre que ces deux pseudhelminthes .n'existent pas. Au mot Cucurbitains, il se contente de dire que c'esi sous ce terme qu'on désignait jadis les anneaux séparés du Tœnia solium, alors qu'on le prenait pour autant de vers et il renvoie le lecteur à rarticio Tœnia.
CflAPITRE X Ses Travaux d'Anatomie pathologique.
De 1802 à 1816. Aperçu historique de rAnalomic patholojB;-ique à cette époque. Son mémoire sur les péritonites aigpuës qu*il décrit pour la première fois. Sa classification. Les nouvelles lésions organiques qu'il découvre, Tencéphaloïde, les mêlanoses, les cartilages accidentels, etc.
J'étudierai dans ce chapitre les travaux deLaennec en anatomie pathologique jusqu'à la découverte de PauscultatioQ : depuis son mémoire sur la péritonite j usqu'à ses articles du Dictionnaire des Sciences médi" cales. Je parlerai de ses idées générales sur cette science, des diverses matières morbifiques qu'il isole, comme les encéphaloïdes, les mélanoses, etc., de la classification qui lui valut la discussion que j'ai racontée avec Dupuytren ; mais je laisserai de côté l'aiiatomiepathologiquedansles maladies du poumon et du cœur, car il est bien préférable de l'étudier avec les symptômes de celles-ci, et d'ailleurs Laennec ne publia les résultats de ses observations à ce sujet que dans les deux éditions do son Traité de F Auscultation, Pour bien comprendre la portée des découvertes de Laennec et pour en donner une crili-
que judicieuse, il est indispensable de se reporter aux connaissances de Tépoque en la matière. Sa classification des altérations morbides est aujourd'hui surannée, mais la raison principale de sa déchéance fut la décou vertede Tanatomie microscopique. Tant que celle-ci fut inconnue, la classification de Laennec fut exacte, car elle était le résultat non d'une théorie quelconque, mais des faits d'observation, enfermés dans un cadre simple et qui était l'ornement très juste de l'état de la science à cette époque .
Quand Laennec commençait ses études, Bichat donnait ses admirables travaux sur les tissus et fondait TAnatomie générale. L'influence de cette découverte fut immense. C'est, semble- t-il, Bichat, qui, avec Pasteur, remua le plus profondément la médecine, en lui ouvrant des horizons nouveaux tout à fait inconnus jusqu'alors, et dont les conséquences sont inappréciables. Avant Bichat, l'anatomie pathologique n'avait été que peu cultivée, il lui était en effet bien difficile de progresser sans la connaissance de la différenciation des tissus de l'organisme, mais cette découverte une fois connue fut le signal d'une extraordinaire floraison. A l'étranger comme en France, les observateurs se mirent au travail, ne laissèrent aucun corps sans autopsie, avides de chercher dans les organes les causes de la maladie et de la mort que l'insuffisance de la clinique n'avait pas pu leur montrer. A la Charité, les élèves de Corvisart allaient fonder cette célèbre école anatomopathologique dont le chef rtrconnu sera Laennec et
dont la lutte contre les théories de Broussais est une des grandes époques de la Médecine.
Dans le Traité d^ Anatomie pathologiquey quoLaennec avait l'intention de publier quand la mort vint le surprendre, l'Introduction est consacrée à un historique de la science anatonio-pathologique depuis les temps les plus reculés. Hippocrate paraît avoir connu cerlaitieslésions comme celles de la pleurésie, de la péripiieuraonie, des abcès du foie, des calculs de la vessie, des luxations spontanées du fémur. Les deux céR'bres anatomistes Hérophyle etErasistrate durent s'occuper des altérations organiques, Galion donna les premières notions sur les anévrysmes, sur certaines tumeurs enkystées; après lui, les Grecs ne s'occupent que de compilation et les Arabes ne dissèquent pas. Pourtant on arrive àconnaitre la rétroversion de la matrice, les calculs du poumon, lespina venhjsa, mais il faut, traversant la nuit du Moyenà^e, alLendre jusqu'à la Renaissance des lettres, des arts l4 des sciences en Occident pour voirTAnatomie paMiologiquecultivéede nouveau. Vésale reslaureTanulomie et donne Tliabitude de l'ouverture des corps. Peu àpeu les préjugés qui défendaient celte pratique s'éteignent et, après A. Paré, les médecins du xvu** siêcle^délaîssantles formulesdes Arabes et les vaines discussions sur les théories galéniques, commencent à reprendrelarouto de Tobservalion-Un grandnombre d'auteurs dont Laennec cite les noms et les œuvresapporlent les résullatsdeleurs recherches, quand ThunphileBonet, en 1679, entreprend de rassembler tous les faits relatifs à l'anatomie pathologique épars
daos les auteurs qui Tavaient précédé. Son livre intitulé Sepulchretum anatomicuniy bien que très imparfait, est une date importante dans l'histoire de la médecine. L'anatomie de l'homme sain n'était sans doute pas assez avancée pour qu'on pût avec fruit chercher à connaître celle de l'homme malade, et l'esprit d'observation encore mal éveillé, tourmenté par l'amour du merveilleux^ empêchait de bien voir. En France, en Allemagne, des recueils sont publiés ; mais il faut attendre un siècle encore pour voirapparaitre le vrai fondateur de l'Anatomie pathologique. C'est en 1761 en effet à Venise que parut le livre de Morgagni : De sedibus etcaasis morborumper anatomen indigeiis. L'observation rigoureuse, une critique saine et basée sur une vaste érudition font de ce livre un véritable monument. Le succès qu'il remporta fut d'ailleurs considérable et les contemporains considérèrent l'illustre médecin comme un très grand homme. Toutes les observations contenues dans l'ouvrage de Morgagni ne lui appartiennent pas, beaucoup lui ont été communiquées par Yalsava, a mais celles de Morgagni se font toujours remarquer par une exactitude plus grande et par des détails beaucoup plus précis dans les descriptions. » Après Morgagni, parut l'ouvrage de Lieutaud, Hisiorîa anatomica medîca qui n'est qu'une mauvaise compilation, et celui deHaller, Opuscula patholoffica^ qui contient de bonnes observations de divers modes de lésions organiques, entre autres les ossifications, les calculs biliaires, l'oblitération des veines, le tissu cellulaire accidentel. Les Sociétés savantes qui se fondentalors
se remplissent de travaux intéressants sur divers points d'anatomie pathologique ; les mémoires de l'Académie des Sciences, ceux de TAcadémie de Chirurgie, les Transactions philosophiques en contiennent un grand nombre. En Allemagne, Walter, Sandifort, Ludwig font paraître des mémoires excellents. En 1778, Vicq d'Azyr rédige l'article Anatomie pathologique de l'Encyclopédie méthodique, mais ce n'est qu'une compilation sans aucunevaleur. Vers la même époque, Cotugno, Nihell, Stall remarquent que les membranes séreuses peuvent s'enflammer sans que les organes qu'elles revêtent participent à la même maladie; Johnson, puis Walter démontrent que la fièvre puerpérale est presque toujours causée par une inflammation du péritoine.
C'est alors que parut Bichat. Sa découverte des différents tissus organiques qui entrent dans la structure du corps humain devait nécessairement révolutionner et l'anatomie normale et la physiologie et l'anatomie pathologique. Les conséquences en étaient si évidentes dans cette dernière science que Bichat voulut les indiquer lui-même et il consacra son dernier cours à l'anatomie pathologique. La classification qu'il donna, c'est-à-dire la manière dont il comprit la valeur, la signification pathologique des lésions est la suivante : il rapporte toutes les lésions, organiques à deux grandes classes : les altérations générales à tous les organes et /es altérations particulières k une seule espèce d'organes. Le premier, il fit cette découverte capitale qui de vait changer la face de l'anatomie pathologique : il observa que chaque mode de lésion offre
toujours des phénomènes semblables dans tous les organes qui appartiennent à un même tissu, à un mèœe système, comme il disait, quelles que soient, d'ailleurs, les différences de forme ou de fonction qui existant entre les parties du corps dans la composition desquelles ces organes entrent. Mais cette idée, grâce à laquelle on pouvait comparer les lésions^ les classer en un faisceau d'ensemble, — au lieu de ne pouvoir, comme jusqu'alors, que faire des observations isolées dont le lien commun échappait, — cette même idée il la généralisa trop : il crut en effet que chaque tissu a un assez grand nombre d'affections qui lui sont particuhères et qui tiennent à sa nature propre. Ainsi il pensa que les tubercules étaient propres au tissu du poumon, les kystes séreux au tissu cellulaire, l'ossification au système fibreux, et que ces lésions ne pouvaient pas se rencontrer ailleurs. De là il fut conduit à réduire à deux seulement le nombre des altérations générales pouvant envahir indistinctement tous les tissus et ne reconnut comme telles que l'inflammation et le squirrhe. Nous verrons plus loin les modifications que Laennec apportera à cette classification. Donc, au moment oii il commence 868 études de médecine, l'état de l'anatomie pathologique est le suivant : une foule d'observations existent, plus ou moins bien prises sur les altérations visibles. C'est ainsi qu'on connaît l'inflammation et ses suites, les tumeurs qu'on appelle d'un nom générique de squirrhe, les tubercules, les hydatides qu'on croit être des kystes, les hernies, les atrophies et hypertrophies des organes, les épanchements de
liquide, etc.. Mais avant Bichat, on ne présente ces observations que comme des faits isolés, aucune idée générale directrice ne les a rapprochés les uns des autres, ne les a classés, ou n'a pas encore pu former un ensemble de doctrine.
Le premier travail de Laennoc en anatomie pathologique parut en août-septembre 1802, dans le numéro de fructidor an X du Journal de Corvisart. 11 est intitulé : Histoires (t inflammations du péritoine^ recueillies à la Clinique interne de F Ecole de Méde* aine de Paris j sous les yeux des professeurs Corui" sart et Leroux. Il est tout à fait remarquable et porte l'empreinte du génial esprit d'observation qui fait les grands médecins. La péritonite était à peine connue, Bichat l'avait décrite dans son dernier cours, mais trop succinctement et au point de vue anatomique seulement; les cliniciens l'ignoraient. Le travail de Laennec a la grande valeur d'être appuyé sur des observations parfaitement prises, très détaillées et suivies d'autopsies. 11 commence par donner six observationSy « six histoires » de malades. Le 1®*^ est un homme de Ho ans, ancien syphilitique, qui s'adonnait aux excès de femme et de vin. A 32 ans, sa santé commence à s'altérer, à 34 ans, il est atteint d'une blennorragie assez grave avec douleurs abdominales qui vont aller en augmentant; des vomissements vcrdâtres surviennent qui contraignent le maladeàentrer à la Clinique deCorvisart. Il est d'une extrême faiblesse, la face est pale, jaunâtre, livide
par endroits, les traits altérés semblent tirés vers le front, donnant ainsi un faciès spécial que Laennec propose d'appeler /qcfW grippé; ce terme avait déjà été employé par plusieurs auteurs, mais ils ne l'avaient jamais défini et entendaient par là toute espèce de contraction dans les traits. Laennec veut lui donner un sens plus précis et différencié, en désignant ainsi, d'une manière abrégée, un état particulier de la face dans lequel les traits semblent être lires en haut et portés vers le front. Cette heureuse expression fut désormais classique. Les yeux sont enfoncés, les joues caves, la soif vive, le regard fixe, audacieux, les réponses brèves, saccadées, la respiration gênée par la douleur do l'abdomen, le pouls fréquent, très petit, débile. Le ventre peu gonflé, assez souple,est le siège d'une douleur fixe, constante, qu'augmente le toucher, la peau est chaude. Gorvisart diagnostique une entérite chronique ayant pris un caractère plus aigu et à pronostic très grave. Laennec relate avec détails les dernières phases de la maladie, puis décrit l'autopsie. La cavité péritooéale contenait, avec une petite quantité de gaz, une pinle et demie d'un liquide séro-purulent, jaune verdàlre,et le tube intestinal était recouvert dans presque toute son étendue par une fausse membrane mince, divisée en larges lambeaux d'un blanc verdàlre, sous lesquels on voyait le péritoine viscéral enflammé. Il y avait aussi une fausse membrane sur le péritoine pariétal, également enflammé. Les tuniques muqueuse et musculaire de l'intestin étaient saines. Lépiploon adhérait par des fausses membranes aux
iolestins. Le mésentère offrait des ulcères qui semblaient anciens, peut-être, se demande Laennec, sont-ils la cause déterminante de la péritonite? — La 2^ observation est celle d'une fièvre bilieuse (méningo-gastrique de jPinel, fièvre essentielle) (1), terminée par une péritonite avec passion iliaque : Enfant de 14 ans' ayant eu la petite vérole. Au sortir d'un bal est pris de frisson, céphalalgie, fièvre, diarrhée abondante. Entre à l'hôpital le 15<» jour de la maladie, Corvisart prescrit Témétique, qui détermine des vomissements abondants et des selles bilieuses. Le 18^ jour, douleur épigastrique plus marquée, ventre gonflé, puis le malade va mieux; le 25' jour, il semble en convalescence et a de l'appétit. Mais il parait avoir une rechute le 26* jour et une deuxième le 33' jour, quand, le 38* il est pris dans la nuit d'une douleur extrêmement violente dans l'abdomen qui lui arrache des cris et vomit des matières d'un vert d'herbe. Le lendemain on le trouve les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses sur e bassin. La face est pâle, grippée, les traits tirés en haut, les yeux fixes, la langue rouge sur les bords. Le ventre est gonflé, très douloureux, ne pouvant supporter le poids des couvertures, les extrémités froides, le pouls très fréquent et très petit. Cris plaintifs. Vomissements continuels, sans efforts. CoV'^ visart diagnostique une inflammation des intestins à pronostic fatal, étant donné le degré violent de spasme ou de passion iliaque qui l'accompagnait :
(l)Je parlerai longuemenl des (iùvres essentielles au prochain chapitre.
on désignait ainsi les mouvements antipéristaltiques exagérés de l'intestin qui déterminaient les vomissements continuels, l'exacerbation de la douleur par intervalles, la position en chien de fusil du malade. Des lavements prescrits exacerbent les douleurs, enfin la mort arrive. Autopsie : viscères thoraciques sains, dans la cavité pèritonéale liquide verdâtre trouble, apparence d'une purée étendue d'eau, exsudation membraniforme collant entre elles les différentes portions du tube intestinal, péritoine injecté Les tuni • ^ues musculaire et muqueuse de l'intestin étaient saines. Rate flasque, gélatineuse. — 3® observation : homme de 40 ans. Péripneumonie droite au cours de laquelle survient une péritonite. Le malade offrait le faciès grippé.A l'autopsie, outre le bloc de péripneumonie, on trouve le péritoine rempli de liquide séropurulent et d'une exsudation membraniforme. Tous les autres organes étaient sains. — 4» observation : Gangrène du péritoine chez un enfant atteint de phtisie. A la suite d'une petite vérole confluente très grave, le petit malade reste faible, languissant; il est pris d'une toux sèche avec fièvre^ douleurs dans la poitrine et à l'épigastre. Face pâle, bouffie, ventre goni]é,présentant une fluctuation très manifeste, accès de fièvre le soir, les douleurs du ventre augmentent etsans autres symptômes le malade meurt. Autopsie : OQ trouve un grand nombre de tubercules durs, grisâtres dans les deux poumons; le cœur est sain. A l'ouverture du ventre, il s'élève «ne odeur infecte de gangrène; les difl^ércntes parties du péritoine présentenlunc couleur rouge brun; la cavité du petit bassin
Sau^tigkox i4
contient un verre de liquide puriforme; les portions du péritoine qui recouvrent la vessie, le cœcuin et le rectum présentent des sortes d'ulcères gangreneux noirâtres occupés par des escarres d'un blanc sale, qui paraissent s'être dé veloppées par contiguïté .La séreuse épaissie, noirâtre, se raclait avec facilité, sa consistance était celle d'une gelée animale. — 5' observation : pleurésie et péritonite chroniques et squirrhe de l'estomac. Homme de 60 ans.Bonne santé jusqu'à il y a un an. Douleurs de l'estomac, alors, surtout après les repas . Puis dévoiement, constipation opiniâtre, douleur épigastrique s'accentue, amaigrissement. Traits tirés en haut à son entrée à l'hôpital, faciès grippé, yeux enfoncés,respiration gênée, courte, ventre tendu, douloureux, fluctuation, urines rares, jambes enflées, teinte jaune sale sur tout le corps, grand amaigrissement. Une douleur au côté droit de la poitrine se manifeste à la Gn. Autopsie : dans les plèvres,une pinte de sérosité sanguinolente; elles sont épaissies, parsemées de granulations do la grosseur des grains de chenevis, peu d'adhérences; poumons sains, cœur sain. Dans la cavité du péritoine, deux pintes de liquide sanguinolent roussâtrc, granulations semblables à celles des plèvres, « ces espèces de tubercules étaient blancs et lisses», épiploons durs, ratatinés, l'estomac offrait desparois épaissies, lardacées, avec une ulcération de la grandeur d'une pièce de S francs sur la grande courbure, à fond livide, à bords calleux, pylore non rétréci. Le mésentère contenait quelques glandes dures, de la grosseur d'une aveline. Foie, rate, sains. — G^ observation: Péritonite à
la suite d'un accouchement. 32 ans, mariée à 30 ans, a dix mois après un premier enfant, puis redevient enceinte immédiatement. Ce second accouchement se passe bien, mais les suites en sont mauvaises, les lochies coulent mal, des douleurs vives du ventre surviennent, des vomissements fréquents, une fièvre avec exacerbations îrrégulières. Symptômes classiques do ce qu'on nommait jusqu'à présent fièvre puerpérale, dit Laennec. Cet état dure un mois, la malade entre alors à l'hôpital. Physionomie triste, traits grippés, tirés en haut, pommettes un peu roses, lèvres pâles, langue humide, haleine fétide, respiration gônée, pouls faible, petit,concentré, accéléré. Anorexie, soif vive, nausées, vomissements verts, ventre très tendu, gonflé, formant une saillie grosse comme la tête de la malade, obtusément douloureux, peau d'un blanc mat, fièvre continue à exacerbations. Autopsie :épanchement séreux entre l'arachnoïde et la pie-mère; poumon droit adhérent à la plèvre, poumons sains, cœur sain. A l'ouverture de l'abdomen, il s'échappe UD gaz à odeur d'hydrogène sulfuré. Tout le tube intestinal est aggloméré en une seule masse recouverte en partie par l'épiploon qui lui adhère, ainsi que le mésentère, par du tissu cellulaire à consistance de fausse membrane; c'est ce tube intestinal distendu qui formait la tumeur. Le petit bassin était recouvert d'une matière épaisse,/}ttm/or7n^. Les tuniques mus* culaire et muqueuse de l'intestin étaient saines. Foie gras, augmenté de volume^ couleur jaune ocre pâle avec des taches blanches lui donnant l'aspect de certains granits. Matrice d'un volume naturel, matière
■ i«iP^BtlP
puréiforme sur sa tunique péritonéale,àson intérieur mticosité noirâtre, gélatiniforme,nonfétide,muqueu8e molle, noirâtre. Ovaires sains.
A propos de cette dernière observation, Laennec fait dans une noteles réflexions suivantes, si importantes: les symptômes observés chez cette malade caractt^riaaient la maladie appelée fièvre purpérale^or les lésions que nous venons de décrire montrent une péritonite à la suite deTaccouchement. Qu'ont pensé de la nature de la fièvre puerpérale les anciens auteurs? Laennec donne les diverses opinions à ce sujet. Hippocrate la regardait comme une inflammation de la matrice produite par la rétention des lochies; Willis, médecin anglais qui lui a donné son nom, la regardait comme une fièvre essentielle occasionnée par la métastase du lait; il crut, en effet, voir du lait épanché dans le péritoine. D'autres crurent que la maladie des nouvelles accouchées était une fièvre putride et laconfondirent avec cetle dernière maladie; rl'autres l'attribuèrent à une inflammation des intesiiïis. Enfln c*est Johnson, à Edimbourg, qui, le premier en 1779,établit que cette fièvre puerpérale était (lue à une inflammation du péritoine. En 1785, Wal- Ur a Berlin émet la même idée. Mais ces découvertes ne pénétrèrent point en France, quand Bichat, qui ignorait ces travaux (i), vint le démontrer de nouveau. Enfin tout dernièrement Dupuytren et Bayle à r Ecole pratique ont fait des ouvertures de femmes mortes de suites de couches avec les symptômes d'une fièvre adynamique ou putride (enduit noirâtre
(1] Bichat n'avait aucuDO érudiUoD.
de la langue, des dents, des lèvres, peau sale, terreuse, etc.); toutes présentèrent une inflammation plus ou moins générale du péritoine. D'après ces considérations, Laennec conclut: j^ que la maladie des nouvelles accouchées connue squs le nom de fièvre puerpérale est une inflammation du péritoine, « ordinairement accompagnée d'une fièvre essentielle quelconque, mais le plus souvent adynamique » ; 2^ que l'épanchement est lé résultat de cette inflammation et non composé de lait, suivant une erreur grossière que la chimie a réduite à néant. Quant à déterminer la cause prochaine de cette inflammation, Laennec l'ignore, «nous ne chercherons pointa examiner si elle est due à la rétention du lait, à celle des lochies ou si, comme le pensait l'illustre et malheureux Bichat, ces deux derniers phénomènes sont produits par elle. »
On voit que ces observations sont remarquables ; j'ai dû les résumer le plus possible et j'en ai forcément altéré l'allure magistrale. Des détails qui y sont donnés, aucun n'est inutile, tous appartiennent en propre à la péritonite aiguë qui, démontrée de façon saisissante, a désormais sa place dans la nosologie. A la suite de ces observations,Laennec expose les réflexions suivantes qui en découlent : 1^ on peut attribuer à la péritonite aiguë les symptômes suivants : douleur du ventre augmentant par la pression, vomissements, nausées, hoquet ; constipation ou diarrhée avec ou sans ténesme ; pouls petit, serré, traits du visage tirés en haut ou faciès grippé, de sorte que le
front est plus ou moins ridé et que le trait qui s'étend en s'élargissant depuis l'angle interne de l'œil jusqu'à la joue et sur la pommette est tiré en dedans et en haut vers la racine du nez et le grand canthe lie Tœil. A ce propos, Laennec déclare dans une note qu'il a recherché dans quelles maladies on pouvait encore trouver ce faciès particulier; il ne l'observa que dans les maladies de l'abdomen, la pression a toujours augmenté l'expression grippée. Ces constatations l'ont amené à penser que les lésions do certaines parties du corps déterminent assez constamment des directions particuHèrcs dans les traits, des faciès particuliers. Ainsi le faciès apoplec tique avec les joues pendantes, les traits affaissés, la lèvre supérieure dépassant l'arcade dentaire, le faciès phtisique, si bien décrit par Arétée de Cappadoce viennent bien à l'appui de cette opinion. Et Laennec ajoute : (( Parmi les nombreux élèves formés par le professeur Corvisart, quel est celui qui n'a pas été cent fois témoin de la certitude avec laquelle il établit dans certains cas son diagnostic à la seule vue du malade, et pour ainsi dire au premier coup d'œil? Ce tact indéfinissable, mais sûr, qui distingue les grands praticiens ne peut cependant être fondé que sur des signes sensibles (au moins pour eux) : mais, (juoique celui qui reconnaît parleur moyen une maladie ou une indication ne puisse souvent se rendre compte à lui-même de ce qui a déterminé ce jugement (peut-être parce que, sûr de ses connaissances, il ne cherche pas à examiner la manière dont il les a acquises), il ne faut cependant pas désespérer que
robscrvatîon souvent répétée ne puisse quelque jour amener à décrire sinon tous, au moins une partie de ces signes si difficiles à saisir... )> Les progrès do la science devaient donner raison à Laennec et nous savons bien reconnaître aujourd'hui les faciès cancéreux, rhumatisant, typhique, etc.. Aux symptômes précédents des péritonites se joint un mouvement fébrile qui ne présente les caractères d'aucune fièvre essentielle. Chez les six malades, tout le péritoine était afiecté : injection par places, fausses membranes, granulations, épanchement jaunâtre ou verdâtre, quelquefois sanguinolent, agglutination des organes entre eux par du tissu cellulaire. Laennec pense que ce tissu cellulaire n'est que le changement d'état produit par l'inflammation, de l'exsudation alburoiniforme qui, liquide normalement» passe à une organisation pliis parfaite par un mécanisme inconnu. Dans toutes les observations, les organes voisins étaient sains, notamment les tuniques musculaire et muqueuse des intestins; — 2^ cette maladie, con-. nue très anciennement sous le nom d'iléus inflammatoire, n'avait pas été difl*érenciée. Les modernes la regardaient comme une inflammation d'un organe et la décrivaient, suivant ses nuances, sous le nom de gastrite, entérite, omentite, mésentente, péritonite (Sauvages, Yogel, CuUen appelaient ainsi l'inflammation localisée au péritoine pariétal). Nous avons vu que Corvisart avait diagnostiqué chez deux des malades précités entérique. Cette confusion étonne Laennec, car, dans les péritonites aiguës, il est rare de voir l'inflammation localisée ; le plus souvent elle
est généralisée ; — 3<» ce que Ton décrit sous le nom d'entérite n'existe pas, c*ost de la péritonite. La péritonite peut se terminer par gangrène, mais en général elle se termine par suppuration. Laennec se demande, en terminant son travail, sur quelles bases doit porter le traitement et si, quand Tépanchement est bien formé, on pourrait tirer des avantages de ]a ponction.
Qu'ajouterais-je à cette magnifique description? Elle parle assez d'elle-même pour que tout commentaire soit superflu. Je ferai seulement remarquer que Laennec a aussi bien décrit le tableau clinique des péritonites aiguës que leurs lésions anatomiques, et que de découvertes en un seul travail ! Le faciès grippé est désormais acquis à la clinique, la péritonite puerpérale est décrite, tout est fouillé dans les détails, c'osLainsique la dégénérescence graisseuse du foieest notée et que les taches blanches du foie infectieux ne lïOTit pas non plus méconnues. Et n'est-ce pas un hasard curieux de voir que, dans ces observations, figurent les principales formes cliniques des péritonites : pneumococcique, tuberculeuse, puerpérale? El qu'on songe que Laennec n'a que 2i ans et qu'il étudie la médecine àParisdepuis deux ans seulement!
Le second travail que publia Laennec en anatomie pathologique parut deux ans plus tard, c'est sa classillcation des tissus morbides qui souleva la discussi(m de priorité avec Dupuytren. Les nombreuses autopsies qu'il avait faites lui avaient montré toutes
les lésions connues jusqu'alors, sa vaste érudition lui avait appris les observations antérieures des vieux auteurs, les leçons où il s'était essayé à l'Ecole pratique l'avaient obligé à classer toutes ses connaissances, aussi pouvait-il avec fruit exposer des idées générales sur Tanatomie pathologique, essayer une classification, un cadre où pouvoir ranger les acquisitions de chaque jour. L'anatomie pathologique enthousiasmait alors les jeunes générations et chaque année de nouveaux ouvrages paraissaient. En Angleterre, Baillie donnait un traité écrit, il est vrai, sans méthode, mais d'une observation rigoureuse. En Allemagne, jeciterai Conrad et Voigtel. En France, Portai, dans son Cours d'Anatomie médicaley après la description anatomique normale de chaque organe, exposait les lésions qu'on pouvait y rencontrer; Prost publiait un travail sur la Médecine éclairée par l'ouverture des corps ; Corvisart projetait un ouvrage analogue à celui de Morgagni qui aurait eu pour titre : Desedibus et causis morborum per signa diagnosticaetper anatomen co/i/?r/wa//"5.ChaussieretDuméril faisaient entrer Tanatomie pathologique dans leurs cours, Dupuytren y consacrait des séries de leçons, Bayle donnait, dans le Journal de médeciney des monographies excellentes sur les squirrhes de l'estomac, les ulcères de la matrice, les corps fibreux , les tubercules, etc. Fourcroy etVauquelin analysaient chimiquement les calculs, Deyeux et Clairon étudiaient la coloration jaune des liquides ictériques; la Société anatomique favorisait l'instruction réciproque de ses membres et diffusait parmi l'élite
médicale studieuse, les découvertes incessantes. Le moment était donc bien choisi pour essayer une classification , ce qui explique l'ardeur avec laquelle Laonnec et Dupuytren voulurent s'adjuger le mérite de la priorité. Je ne reviendrai pas sur cette discussion, et j'exposerai seulement en détail la classification de Laennec pour en déterminer la valeur. '
Laennec ne se dissimule pas que son essai n'est qu'une tentative provisoire; l'A natomie pathologique, dit-il« n'est pas encore assez avancée pour qu'on puisse former une classification méthodique et complrMe. Pourtant, il ne devrapas être inutile. Le nombre des altérations organiques semble en effet très considérable; on est effrayé de voir les quantités d'altérations diverses, éparses dans les volumineux recueils des auteurs, on pourrait même croire que dans leur formation, la nature ne suit aucune marche réguhère et déterminée, alors qu'il est certain qu'elle est astreinte à des règles constantes dans la destruchon comme dans la construction des êtres. Mais ijLiand on les étudie avec plus d attention, on ne tarde pas à reconnaître que leur nombre ne parait aussi grand que parce qu'elles n'ont pas été soigneusemeût examinées et que souvent on a pris pour des lésions d'espèces'différentes des modifications ou des degrés divers d'une même altération. Il importe donc d'analyser et de rapprocher les lésions les unes des autres; c'était une opération difficile, sinon impossible, avant la découverte de l'Ânatomie générale; depuis, on doit y parvenir et, avec le temps, Laennec ebl BUT que la science y parviendra. Bichat, comme
je Taidity avait essayé une classification, mais il avait cru que deux ordres seulement d'altérations pouvaient affecter tous les organes , tous les tissus de l'économie: ^inflammation et le squirrhe; il pensait que les autres lésions connues étaient spéciales à chaque tissu ou système organique. Dans son cours^ il avait donc étudié l'inflammation et le squirrhe dans chacun des tissus, puis, pour les autres lésions, il les avait naturellement étudiées dans chaque système d'organes, appareil respiratoire, circulatoire, foie, reiD,etc... L'erreur fondamentale de Bichat,Laennec, grâce à sa compétence spéciale et à sa plus grande éradition, l'aperçut clairement : c'est qu'il n'y a pas que l'inflammation et le squirrhe qui soient des altérations générales, les tubercules, diverses dégénérescences peuvent se rencontrer partout. Laennec est même persuadé que l'ouverture répétée des cadavres prouvera un jour que presque tous les modes de lésions peuvent exister dans toutes les parties du corps humain et qu'ils ne présentent dans chacune d'elles que de légères modifications. De plus, cette classification est pour ainsi dire non existante, c'est une succession d'études des lésions dans les organes sans efforts de différenciation, une sorte de classification anatomique, comme celles do Bonet et de Morgagai. Or, Laennec veut qu'on considère l'anatomie pathologique comme une science à part, elle doit trouver en elle-même une méthode qui lui soit propre et une classification fondée sur la nature des objets dont elle s'occupe, c'est-à-dire sur celle des lésions considérées enelles-mêmes> indépendamment
des symptômes qui les accompagnent et du siège qu'elles occupent.
Il range donc les altérations organiques en 4 grandes classes :
1^ Les altérations de texture;
2° Les altérations dues à la présence de corps étrangers;
3® Les altérations de nutrition;
4^ Les altérations de forme et do position.
Il se rend bien compte que cette classification n'est pas parfaite. Tout de suite^ en effet, il en montre les inconvénients : toutes les lésions pourront être rangées dans ces quatre classes, mais, pour y arriver, on sera quelquefois obligé de faire des rapprochements un peu forcés ou do placer dans une division ce qui pourrait aussi bien appartenir à une autre. Ex. : la courbure des os qui suit le rachitisme peut être rangée dans les altérations de forme ou dans les altérations de nutrition. D'un autre côté, les lésions des deux dernières classes n'ofiriraient que des désavantages à être étudiées séparément en dehors des organes qu'elles intéressent, il est beaucoup plus utile pour la médecine pratique de les décrire à la suite de chaque organe. Ex. : il est préférable de rapprocher la description de Thypertrophie du cœur de celles des autres maladies de cet organe, avec lesquelles elle peut être confondue pendant la vie que de celle de l'hypertrophie de la vessie (vessie à colonnes), maladie avec laquelle elle n'a d'autre rapport que celui do Taltéralion dénutrition. Aussi pour l'exposition des lésions comprises dans les deux der-
— 2ÎS3 —
oiëres classes^ la méthode de Morgagni> qui consiste à examiaer successivement toutes les altérations de de chaque organe, parait-elle encore la meilleure à Laennec.
Mais il ne saurait en être de même pour les deux premières classes. Les altérations de texture et les corps animés ont en effet toujours les mêmes caractères, quelle que soit la partie du corps où on les rencontre, et Ton serait obligé à une multitude de répétitions, si l'on n'étudiait d'une manière générale leur structure et les phénomènes généraux auxquels leur développement donne lieu. En résumé, la marche la plus convenable pour l'étude de l'anatomie pathologique lui paraitêtre la suivante : tout d'abord la description des altérations de texture (dont la classification va nous occuper dans un instant) et celles produites par les corps étrangers animés (vers, insectes) et inanimés ; pour les corps étrangers animés, la marche des naturalistes est la seule qu'on puisse adopter, ainsi fit-il pour les Vers vésiculaires. Ensuite, après quelques généralités sur les altérations de nutrition et sur celles de forme et de position, on étudiera successivement ces deux derniers modes d'altérations organiques dans chaque appareil de fonctions, ce qui offrira encore l'avantage de pouvoir placer à la suite des lésions de chaque appareil, celles du liquide qu'il sécrète ou qu'il contient, car sans cela, on serait obligé de faire des altérations des liquides une classe particulière.
Cette marche est celle qu'il voulut suivre dans un Traité cTAnatomie pathologique qu il préparait en
SAiimonoif i5-
i804,niais qui ne parut pas. Il laréédita dans Tartide Ânatomie pathologique du Dictionnaire des Sciences médicales ; arrivé à la fin de sa carrière, il reprit ridée dece Traité, il en écrivit Tintroduction, la classification et plusieurs chapitres, les autres avaient été rédigés par son cousin Mériadec d'après ses notes et ses leçons au Collège de France ; sa mort inopinée Tempècha de terminer cet ouvrage. Mériadec^qui avait rintention de le publier in extenso attendit trop longtemps et en 1829, quand parutle Précis d'AnatO' mie pathologique d'Ândral, qui est « plus complet, plus étendu, plus fouillé que Tœuvre de Laennec et de son cousin » (Cornil), il était trop tard et le manuscrit resta inédit. M. Cornil, en 1884, dans la louable intention <( de rendre hommage à Tun des plus grands médecins français », enpublia l'introduction et le premier chapitre : le reste du manuscrit, qui lui avait été donné par le professeur Laënnec de Nantes, fut déposé par lui à la Bibliothèque de la Faculté. Je ne parlerai pas des parties de ce Traité qui sont restées inédites, je ne m'occuperai que de celles qui ont été publiées par Laennec dans différents ouvrages, Journal de Corvisart^ Bibliothèque médicale^ Dictionnaire des Sciences médicales^ et qiii ne sont afférentes qu'aux « altérations de texture ». La texture des organes peut être altérée de trois manières différentes : 1^ par simple solution de continuité. £x. : plaies, fractures; 2^ par accumulation ou extravasation d'un liquide naturel. Ex. : anasarque, apoplexie ; 3"^ par le développement accidentel d'un tissu, ou d'une matière qui n'existait point
wif-
avantrétat de maladie. Ex. : tissus quirrheux, tuberculeux, osseux accidentel. C'est dans ce dernier ordre de lésions que se placent les altérations organiques les plus nombreuses et les plus difficiles à distinguer entre elles : ce seront les seules dont Laennec s'occupera. II a régné jusqu'à présent dans leurs descriptions la plus grande confusion; il semble, dit-il, que la plupart des médecins, désespérant de pouvoir saisir les différences nombreuses qu'offrent entre elles ces sortes d'altérations, en aient entièrement négligé l'étude, car si l'on en excepte les ossifications et les tumeurs enkystées, toutes les dégénérescences de cette sorte ont été ordinairement confondues sous les noms vagues et indéterminés de squirrhes, carcinomes, stéatomes, tumeurs scrofuleuses, lardacées ou anomales. On a ainsi souvent confondu des lésions très différentes et d'autres fois on a pris des variétés d'un même mode d'altératiod pour des altérations de diverses natures. Il importe donc de les étudier avec soin et de réunir celles qui offrent entre elles le plus d'analogie.
Les tissus accidentels se divisent en deux ordres naturels, dit Laennec : l^les tissus accidentels, qui ont des analogies dans les tissus normaux de l'économie; 2^ ceux qui n'en ont pas et qui ne se développent jamais que parl'efFetd'un état morbiiique. Il énumère ceux du premier ordre :les ossifications, les dégénérescences fibreuses, fibro-cartilagineuses, cartilagineuses, cellulaires, cornées, pileuses; toutes ces lésions étaient connues anciennement, il y faut ajouter les dégénérescences séreuses que Bichat reconnut le
premier dans quelques tumeurs eakystées, elles dégénérescences muqueuses et synoviales. Âceproposje ferai une remarque assez amusante : dans sa Note sur l'Anatomie pathologique du Journal de Gorvisart en 1804, alors qu'il n'était pas encore brouillé avec Dupuytren, Laennec lui attribue la découverte de ces dégénérescences muqueuses que Dupuytren avait décrites dans les trajets fistuleux. Huit ans après, dans son article Anatomie pathologique du Dictionnaire des Sciences médicales^ cependant qu'il ne voit plus son célèbre antagoniste, Laennec attribue la découverte de ces dégénérescences à Hunter, sans citer le nom de Dupuytren. EnGn, dans le manuscrit de son Traité qu'il composait à la fin de sa vie, alors qu'il s'était remis avecle grand chirurgien, il réattribue ces dégénérescences muqueuses à Dupuytren, sans parler de Hunier. Petits coups d'épin* gles dont ne s'affranchissent pas toujours les plus grands esprits ! Â la suite de celte nomenclature des tissus accidentels qui ont des analogues dans l'économie, Laennec déclare que presque tous les tissus qui, dans Tétai naturel, composent le corps humain, peuvent être produits par une cause morbifique, car il a bien remarqué que des vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques et peut-être même des nerfs se développent dans la plupart des tumeurs accidentelles.
Les lésions qui composent le deuxième ordre ne sont pas à beaucoup près aussi faciles à distinguer les unes des autres, aussi avant Bichat ne voit-on dans les auteurs aucun effort de différenciation. En
comparant les travaux antérieurs, Laennec admet quatre modes d'altérations : 1® l'inflammation et ses suites; 2^ les tubercules; 3'' le squirrhe proprement dit ; i"" les dégénérescences gélatineuses qui ont été connues sous le nom de gummioude gummata.Enfin ses recherches personnelles lui en ont fait découvrir trois autres qu'il désigne sous les noms de : 5^ dégénérescence cérébriforrae ou encéphaloïde; 6° scléroses; 7° raélanoses.U pense qu'il y en a bien d'autres qu'on connaîtra au fur et à mesure des progrès de Tanatomie pathologique, ainsi des tumeurs lardacées et des dégénérescences fongueuses qu'il a observées, mais qu'il connaît encore trop peu pour les décrire.
Quoi qu'il en soit, ces deux ordres de dégénérescences présentent des caractères généraux très différents qu'il analyse soigneusement: l^ Tissus accidert" tels qui ont des analogues dans les tissus normaux de T économie : ils ont toutes les propriétés des tissus auxquels ils ressemblent et deviennent même sujets à éprouver les mêmes altérations que ces derniers. Exemple : dans un kyste séreux peut se développer une inflammation exactement comme dans une membrane séreuse. Il est pourtant une difi'érence assez marquée : tandis que les tissus naturels n'ont qu'une seule manière d'être, ainsi le tissu osseux offre à peu près dans tout l'organisme le même aspect,les tissus accidentels montrent suivant les cas de très grandes différences, ainsi le tissu osseux accidentel se présente depuis l'état d'ossification parfaite jusqu'à une texture analogue à celle des pierres et
des calculs ou à une consistance friable et terreuse. Un autre caractère propre à ces tissus accidentels est que leur naissance n'est pas nuisible à l'économie, ils ne peuvent gêner que par leur position ou leur volume. Quelquefois ils forment la terminaison heureuse d'une mal.idic. Exemple : les masses fibreuses qui résultent de la transformation dos anévrysmes, le tissu cellulaire accidentel, les cicatrices qui résultent de la guérison de rinflaromation. Ces tissus une fois constitués persistent ordinairement jusqu'à la mort et d'autant plus constamment que ce tissuaccidenlel ressemble davantageau tissu, naturel, ainsi le tissu osseux accidentel parfait sera plus immuable que l'ossification terreuse ou pierreuse. 2° Tissus accidentels sans a/ia/ogrei^^; leurs caractères sont tout différents. Us ont en effet, outre une action locale, une influence générale mauvaise sur toute l'économie, toutes les fonctions sont souvent troublées, la nutrition est plus ou moins gravement atteinte, d'où la fièvre et l'amaigrissement qui en résultent : ces troubles généraux varient suivant l'altération causale. Localement, ils ont une tendance continuelle à changer d'aspect et de nature. Presque tous à l'origine ont une consistance ferme, mais, par un effet particulier de leur développement, ils se ramollissent et alors se détruisent en partie, sans que d'ailleurs cette destruction spontanée ne soit suivie d'aucun bon effet, car, à mesure qu'ils se détruisent dans un point, ils s'accroissent dans un autre. C'est doncàlapériodedcramollissementqu'ilssontfunestes à l'économie, d'où le peu de succès des extirpations
des tumeurs cancéreuses faites après qu'elles ont commencé à se ramollir.
En outre des tissus accidentels précédents, il y en a un grand nombre que l'on ne sait à quel genre rapporter, tant leur aspect est variable et différent dans les diverses parties de leur étendue. Ces dégénérescences» dit Laennec, ont été, pour ceux qui se sont occupés d'anatomie pathologique, l'obstacle qui a le plus contribué à les empêcher de se faire des idées exactes sur les altérations de texture. Pour lui, il est convaincu qu'elles sont formées par la réunion de deux ou plusieurs genres d'altérations appartenant aux autres ordres, aussi leur donÉe-t-il le nom do dégénérescences composées. Tantôt, il y a simple juxtaposition do tissus réunis (ainsi il a vu dans ce qu'on appelait squirrhe de Testomac, les tissus cérébriforme et tuberculeux, celui des mélanoses et celui du squirrhe proprement dit, parfaitement distincts). Tantôt il y a mélange intime et confus des tissus primitifs, si bien qu'on ne peut les reconnaître qu'àjeurs caractères mixtes, à leur manière différente de se ramollir et aux fragments des tissus primitifs qui peuvent se trouver isolés ; mais c'est vraiment là, dit-il, la partie Conjecturale de l'anatomie pathologique. Certains tissus semblent avoir une affinité pour se combiner, ainsi le tissu cérébriforme et le tuberculeux. Dans les dégénérescences composées, on peut encore rencontrer, outre les altérations de texture, des altérations des autres classes, de nutrition par exemple.
Ces différentes altérations de texture peuvent se
présenter sous forme de masses isolées, enkystées même^ ou, au contraire, faire corps intime avec le tissu sain qui est alors infiltré de tissu morbide et qui peut, à la longue, disparaître tout à fait : quand le nouveau tissu commence à se ramollir, on distingue une sorte de réseau plus ou moins serré qui n'est autre chose que le tissu naturel de Torgane, mais défiguré. C'est là une source fréquente d'erreurs en anatomie pathologique. Le même mode d'altération présente quelquefois des différences très marquées dans les divers systèmes d'organes. Bichat l'avait bien remarqué, mais, poussant cette idée trop loin> il tomba dans Terreur. C'est ainsi qu'il croyait que seuls, l'inflammation et le squirrhe étaient des altérations communes à tous les tissus; or, il est évident <]ue plusieurs sortes d'altérations et entre autres les dégénérescences tuberculeuse et cérébriformes présentent toujours à peu prèsle même aspect, quel que soit l'organe dans lequel elles se développent. Beau* coup plus que leur siège, les causes qui les produisent, tant manifestes que cachées, sont une source de différences pour les mêmes lésions. Ex. : l'inflammation de la peau diffère, suivant qu'elle est produite par une piqûre, un anthrax, la variole, etc.
Il nous est [facile aujourd'hui de juger la valeur de cette classificati(m. On voit bien quelle est l'idée directrice do Laennec. Il veut, il le dit lui-même, classer les lésions d'après leur nature propre, indépendamment des symptômes qu'elles occasionnent. C'est ainsi qu'il est amené avec son merveilleux esprit d'analyse à distinguer les différentes matières morbi-
Jîques que j'ai dîtes. C'estaînsi qu'il voit clairement que le tissu cérébriforrae, l'encéphaloïde, ne ressemble pas au tissus quirrheux, qu'il faut donc l'en séparer; c'est ainsi qu'il est amené à décrire de nouvelles matières morbifiques, de nouveaux tissus accidentels, suivant son expression, les scléroses et lesmélanoses. Quant à entrer dans la composition intime de ces lésions, comment le pourrait-il? l'histologie n'existe pas, l'anatomie microscopique n'est pas fondée. Ce qu'il était possible de faire sans microscope, Laennec Ta fait. Il n'ignore pas que l'encéphaloïde, comme le squirrhe, ne sont que des variétés de cancer, que les tubercules sontune lésion spécifique. Sa division des altérations de texture en tissus qui ont des analogues dans les tissus naturels de l'économie et en tissus qui n'en ont pas, fut, il me semble, très utile pour l'époque. Les caractères distinctifs qu'il donne de ces deux sortes de lésions sont justes, c'est un premier effort pour distinguer les productions béniguesdes tumeurs malignes; et si la réunion dans une mêmeclassedelésionsaussidifférentesque l'inflammation, les tubercules, les cancers, les scléroses est mauvaise, c'est que Laennec en ignorait les causes; ce qui illumine tout en médecine, et nous le verrons bien quand je parlerai des fièvres essentielles, c'est l'étiologie. Ne connaissant point les causes des lésions, il lui était impossible d'établir une classification inébranlable; il s'en rendait d'ailleurs compte lui-même et sa classification basée sur la nature des lésions devait fatalement disparaître un jour, à mesure que la connaissance plus intime de leur nature
d'abord, puis de leurs causes ensuite serait acquise à la science. Quand le microscope apparaîtra, il révêlera que les tissus qui formontles tumeurs, au heu d'être diflférents des tissus normaux de l'organisnio, comme le croyaitLaennec, ressemblent au contraire à Pun quelconque de ces tissus, ce qui permettra à MuUer de formuler sa loi : toute tumeur est formée d'un tissu ayant son analogue dansl'organisme norma l soit à l'état embryonnaire, soit à l'état de complet développemont. La classification de Laennec sera alors réduite à néant, comme la classification actuelle, basée sur la loi de Mûller, le sera à son tour probablement quand seront connues les causes des tumeurs. Mais n'oublions pas que les premiers essais d'ensemble sur l'anatomie pathologique, les premières idées générales, la première méthode a été donnée par Laennec et la jeune école anatomo-pathologique de la Charité.
Il me reste maintenant à décrire les nouvelles matières morbifiques découvertes par Laennec : Tencéphaloïde ou dégénérescence cérébriforme et les mélanoses. Je dirai ensuite quelques mots de ses différents articles d'anatomie pathologique dans le Dictionnaire des Sciences médicales. AwSini Laennec, les différentes tumeurs malignes étaient confondues; on les appelait de noms divers : carcinome,squirrhe, stéatome, tumeurs anomales. Laennec montre qu'on peut distinguer comme entrant dans la constitution do ces tumeurs auxquelles il donnera, avec Bayle,le nom générique de cancer, deux matières : l'une dure, le squirrhe, l'autre molle, Vencéphaloïde, Vencëpha
hïde ou matière cérébriforme peut se présenter sous trois formes : enkystée, rassemblée en masses irrégulîères sans kyste et infiltrée dans le tissu d'un organe. Quel que soit celui de ces trois états sous lequel la matière cérébriforme existe, elle présente dans son développement trois périodes distinctes : colle de sa formation ou crudité, celle de son entier développement et celle de son ramollissement. A l'état de crudité, c'est une matière blanchâtre, divisée en lobes inégaux séparés par un tissu cellulaire très fin où serpentent des vaisseaux. A l'état d'entier développement, elle est homogène, d'un blanc de lait, assez semblable à la substance blanche du cerveau (d'où son nom) elle est opaque, mollasse, s'écrasant sous le doigt, par endroits un peu rosée; des vaisseaux la parcourent, à parois très minces, qui peuvent donner lieu à des hémorragies. Bientôt elle arrive à l'état de ramollissement : elle a alors la consistance d'une bouillie un peu épaisse qui devient de plus en plus liquide comme du pus ; c'est à cette période que les hémorragies sont les plus fréquentes dans cette matière morbifique. C'est elle que l'on trouve le plus souvent dans les cancers des ovaires, de l'utérus, du testicule, du foie, de la rate, du sein, de l'estomac. Les encéphaloïdes déterminent dans l'organisme des effets généraux rapides et graves. En général ils restent quelque temps sans déterminer aucun symptôme et ce n'est qu'à la période terminale qu'arrivent l'amaigrissement et la fièvre; bien que Laennec juge qu*il est difficile de fixer le terme moyen de la durée des cancers encéphaloïdes, il lui parait pourtant que
leur durée n'excède pas 18 mois à 2 ans. Le squirrhe proprement ditest une matière morbifique,plus dure, d'un blanc grisâtre, dont la consistance dans l'état de crudité varie depuis celle de la couenne du lard, à laquelle elle ressemble beaucoup, jusqu'à une dureté voisine de celle des cartilages. Dans l'état de ramollissement, elle prend graduellement la consistance d'une gelée ou d un pirop, les hémorragies y sont beaucoup moins fréquentes que dans l'encéphaloïde.
Nous savons aujourd'hui que l'encéphaloïde et le squirrhe ne sont que des variétés de carcinome; Ils ont la même structure histologique et ne diffèrent l'un de l'autre que par la prédominance du stroma conjonctif, qui forme la variété dure ou squirrhe et par sa rareté avec prédominance de l'élément cellulaire, qui forme la variété molle ou encéphaloïde. Il n'en est pas moins vrai que ces deux matières morbiUques sont parfaitement distinctes macroscopiquemeot et même microscopiquement. Laennec ne s'abusait point quand il les séparait; il ne pouvait comprendre leurs relations, c'est entendu, mais sa clairvoyance lui lit bien distinguer ces deux matières cancéreuses qui, depuis, sont demeurées classiques.
C'est en collaboration avec Bayle que Laennec décrivit pour la première fois ce qu'il a appelé les mélanoses. (jette question est un chapitre des plus intéressants de l'anatomie pathologique. Depuis Laennec, les travaux qui se sont succédé sur ce sujet sont innombrables et la question est encore loin
d'être épuisée. Je ne suivrai pas les divers progrès de la science sur cette variété de tumeurs malignes, ce serait une besogne beaucoup trop considérable pour le cadre de ce travail et ce n'est point son objet. J'exposerai donc seulement la découverte de Laennec et je montrerai succinctement ce que les idées modernes doivent faire penser de sa description. Le premier travail de Laennec sur ce sujet fut un Mémoire qu'il lut dans la séance du 23 janvier 1806 de la Société de l'Ecole do médecine de Paris. Mais il resta inédit et les bulletins de la Société de médecine de Paris n'en publièrent qu'un court extrait; c'est surtout dans son Traité de F Auscultalion qu'il donna une bonne description anatomique et clinique des mélanoses.
Les Mélanoses, ou maladies noires, sont, dit Laennec, l'une des espèces de cancer les moins communes. Elles avaient été confondues, de môme que les autres matières morbifiques, l'encéphaloïde, le squirrho proprement dit, sous les noms vagues de squirrhe, cancer, carcinome. Sa rareté explique qu'elle ait échappé jusqu'ici à l'observation des anatomîstes, Haller seul paraît l'avoir rencontrée deux fois. Les mélanoses peuvent exister dans deux états, de crudité et de ramollissement. Dans l'état de crudité, elles ont la consistance de ganglions lymphatiques, avec une couleur noire foncée, un tissu humide et opaque. Quand ce tissu commence à se ramollir, il laisse suinter un liquide roussâtre, mêlé de petits grumeaux noirâtres, et se convertit peu à peu en une torte de bouillie noire. Laennec en distinguait trois
sortes : 1^ les mélanoses enkystées, kystes gros comme une aveline à une noix, remplis de matière noire, siégeant surtout dans le foie et les poumons, très rares; 2^ les mélanoses non enkystées, forme moins rare, adhérant très intimement aux organes où elles se sont développées, siégeant un peu partout dans les organes, dans l'œil, le tissu cellulaire; 3^ les mélanoses infiltrées dans le tissu d'un organe- Elles se présentent d'abord sous forme de petits points ou de stries noires dans, le tissu d'un organe qui ailleurs est sain ; peu à peu les stries augmentant en nombre et en volume, le tissu naturel s'amoindrit et finit par disparaître. Quelquefois la mélanose entre avec d'autres matières morbifiques dans la composition des « dégénérations composées ». Comme toutes les matières accidentelles qui n'ont point d'analogues dans les tissus et les liquides de l'économie, dit Laennec, les mélanoses produisent, outre leurs effets locaux, des effets généraux. C'est une des matières cancéreuses les plus malignes. La nutrition s'altère rapidement , l'amaigrissement est considérable, il n'y a pas de fièvre sensible, la mort n'est due qu'au vice de la nutrition. Dans les poumons (car ce sont des mélanoses du poumon que Laennec parle plus spécialement dans son Traité de r Auscultation)^ les effets locaux sont : une dyspnée proportionnée à leur étendue, une toux accompagnée assez ordinairement de crachats puriformes.Si, après s'être ramollie, la matière est expulsée par vomique laissant une caverne, on pourra entendre la pectoriloquie; en cas d'infiltration généralisée, le
cylindre fera reconnaître l'imperméabilité du poumon.
La Mélanose ne devra pas être confondue à la table d'amphithéâtre avec la matière noire pulmonaire, c'est Terreur à commettre en effet et qu'a commise Bayle qui pourtant était un excellent observateur. Ses phtisies avec mélanoses ne sont évidemment, dit LaenneCy que des phtisies avec dépôt de matière noire pulmonaire; la mélanose est en effet très rare et n'a rien à voir avec la phtisie, qui est tuberculeuse. Laennec insiste donc longuement sur les caractères distinctifs de ces deux matières : il décrit cette matière noire pulmonaire qu'on a appelée depuis anthracosis, il attribue avec juste raison ce dépôt noirâtre dans le tissu du poumon et dans les ganglions bronchiques aux poussières de charbon toujours en suspension dans l'atmosphère des villes. Elle n'altère en rien la souplesse et la perméabilité des poumons, mais colore fortement le mucus bronchique, d'où l'expectoration noire spéciale qui la révèle. C'est une affection banale qui n'a pour ainsi dire rien de pathologique. L'analyse chimique montre également les différences entre les matières no ires et les mélanoses : celles-là sont constituées de C et d'H, tandis que celles-ci sont surtout composées d'albumine et d'une matière colorante particulière que Breschet pense provenir de la matière colorante du sang. Les mélanoses ne donnent jamais lieu à une expectoration noire abondante, comme l'anthracosis, et ne colorent pas aussi fortement la peau que cette dernière. Enfin on ne
doit admettre, insiste Laennec, rexistence des mêlanoses dans le tissu pulmonaire que quand elles constituent des masses d'un certain volume, déjà ramollies et placées de telle sorte qu'il ne soit pas possible de les confondre avec les ganglions bronchiques; on ne doit admettre l'infiltration mélanique que quand elle est portée au point de donner à ce tissu une densité égale à celle du foie et dure, mais si cette densité est flasque et si la dureté qui s'y mêle . est due à des points osseux ou cartilagineux, on doit regarder la couleur noire comme produite par la matière noire pulmonaire. Pour rendre ce diagnostic plus facile, il joint deux observations : l'une de mélanoses généralisées dans le tissu cellulaire souscutané et dans divers organes, l'autre de matière noire chez un homme de 60 ans, guéri de tuberculose.
Nous voyons que Laennec considérait la mélanose comme une variété de cancer (ce mot était synonyme de tumeur maligne), au même titre que l'encéphaloïdeet le squirrhe. S'il ne pouvait pas plus savoir la nature intime, la composition histologique de la mélanose que celles de ces deux autres matières morbifiqucs, il savait bien qu'elle était différente et macroscopiquement et cliniquement. Maintenant qu'est-ce que la mélanose de Laennec? C'est proprement la variété de sarcome (on a décrit aussi ua carcinome mélanique, mais peut-être n'est-ce qu'un sarcome alvéolaire mélanique) qui est appelée aujourd'hui sarcome mélanique. Ce sarcome est caractérisé par la présence^ soit dans ses cellules néoplasiqucs^
soil dans son stroma conjonctif, d'un pigment brun noir spécial, la mélanine. Cette mélanine a donné lieu à un grand nombre de travaux ; dérive-t-elle du pigment sanguin, en est-elle un produit de sécrétion cellulaire, c'est une question non encore résolue. Ce qui est curieux et ce qui complique la question, c'est que ce pigment ne se rencontre pas seulement dans les néoplasmes, mais qu'il peut se déposer dans les tissus sains. Il faut donc distinguer plusieurs variétés de mélanoses : les mélanoses sans tumeur, que Laennecn'apas connues, et les tumeurs avec mélanose. Je ne veux entrer ici dans aucune discussion pathogénique et je me contenterai de faire remarquer que les deux types de mélanoses les plus fréquentes, celle de Tœil et celle de la peau (la choroïde fabrique normalement du pigment noir et la couche malpighienne peut en fabriquer en dehors de tout état pathologique) étaient connues de Laennec ; l'observation que j'ai signalée plus haut est précisément une observation de sarcome mélanique généralisé de la pean. Ce que j'ai voulu montrer ici, c'est que Laennec le premier a bien vu le sarcome mélanique, matière morbifîque spéciale, dont il a analysé exactement les caractères macroscopiques et les signes cliniques.
Dans le Dictionnaire des Sciences médicales^ Laennec donne les articles suivants : Anatomie pathologique. Cartilages accidentels, Dégénération, Dégénérescence, Désorganisation, Encéphaloïdes, Fibreux, Fibro-cartilage accidentel. Dans l'article Anatomie pathologique, il réédite sa Note du Journal
de Corvisart, il ajoute quelques mots sur Tinflammalion et ses suites. C'est rinflaitimation qui détermine la formation du pus, des fausses membranes, des brides fibreuses, des cicatrices, a Elle peut compliquer, dit-il, toutes les autres altérations organiques, et, sans donner à cette idée autant d'extension que Ta fait M. Broussais dans son excellent Traité des inflammations chroniques (1808),on peut croire qu'elle est souvent la cause, au moins occasionnelle, de la formation de beaucoup de tissus accidentels et de matières morbifiques ». — J'ai suffisamment parlé de l'encéphaloïde et des idées de Laennec sur la dégénération pour n'y plus revenir; je rappellerai seulement une fois de plus les définitions suivantes : la dégénération ou dégénérescence (Laennec employait plus volontiers le premier terme, mais le second a prévalu) est la transformation d'un tissu sain en un tissu pathologique et la désorganisation est le résultat de la dégénération dans un organe.
Dans l'article Cartilages accidentels^ Laennec décrit toutes les productions cartilagineuses qui peuvent se trouver dans l'organisme, et qui précèdent souvent l'ossification accidentelle. Il divise ces cartilages en parfaits, semblables au cartilage normal, et imparfaits qui sont mollasses, flexibles, ternes, pouvant se séparer en lames distinctes. On peut rencontrer les cartilages accidentels parfaits sous différentes formes : Dans les articulations où ils forment les corps étrangers articulaires, le plus souvent au genou. Ceux-ci sont bien décrits par Laennec avec les accidents qu'ils déterminent, distension de la cap-
8ule articulaire par répanchement de synovie, douleur locale très vive déterminée par certains mouvements, quelquefois ils peuvent se loger dans un coin de la jointure, sans déterminer aucun phénomène. Dans les membranes séreuses, notamment dans la tunique vaginale du testicule : Laennec pense qu'à l'origine ces corps étrangers se sont développés en dehors des séreuses, que c'est au fur et à mesure de leur développement qu'ils sont poussés vers la cavité de la séreuse qui lui forme un pédicule, ce pédicule s'use par le frottement, se détache et le corps étranger devient libre. Dans le tissu cellulaire enfin, ils se présentent encore sous forme d'incrustations cartilagineuses entre la tunique péritonéale de certains organes, comme la rate, le foie, et leur tunique propre. — Les cartilages accidentels imparfaits se rencontrent, sous forme d'incrustations, dans les artères surtout, entre leurs tuniques interne et moyenne ; ils ont une forme aplatie et peuvent s'ossifier ; sous forme de membranes d'enveloppes à de la matière tuberculeuse dans les poumons, à de la matière cérébriforme; sous forme de productions mélangées à d'autres matières morbifiques dans les tumeurs composées. Nous voyons donc que les lésions de l'athérome étaient connues de Laennec.
Dans l'article Tissu fibreux accidentel^ Laennec montre que Bichat a su distinguer le tissu fibreux normal des ligaments, du tissu cellulaire, des membranes séreuses et synoviales, mais qu'il n'a pas connu le développement accidentel de ce tissu. Il se rencontre sous différentes formes : membrane entou-
rant les kystes, corps fibreux isolés» parmi lesquels ceux de la matrice, décrits par Bichat et surtout par Bayle, sont les plus fréquents ; productions fibreuses informes constituant les cicatrices après Tinflammation ; enfin la dégénération fibreuse des organes qui est rare, dit Laennec» qui Ta rencontrée dans un testicule. Ce tissu accidentel n'amène aucun trouble; dans certains cas, il apparaît comme certain que c'est un procédé de guérison employé par la natura medicatrix; quant à ceux de la matrice, leurs causes sont tout à fait inconnues.
Dans l'article Fibro^cartilage accidentel enfin, Laennec montre que c'est un moyen de réunion pour les fractures : d'abord souple, il durcit peu à peu par apport de phosphate calcaire pour se transformer en tissu osseux. Mais on savait depuis longtemps que s'il y a trop d'écartement entre les fragments comme dans les fractures de la rotule, par exemple, la transformation de ce fibro-cartilage en tissu osseux ne se fait pas. Il se rencontre encore dans les articulations accidentelles, dans les néarthroses, dirait-on aujourd'hui, et enfin dans les articulations comme le genou après la maladie, à l'origine encore inconnue à cette époque, appelée tumeur blanche.