CHAPITRE II Son Enfance
Eleré d'abord par sa mère^ puis par son ODcle Michel^ le curé d'EUianU Son éducation c|iez son oncle le docteur Guillaume- Françoia, à Nantes, jusqu'à son arrivée à Paris en 1800.
Il y a peu de choses à dire de Tenfance de Laennec. Ses premières années durent s'écouler près de sa mère, dans la petite maison de Quimper,en compagnie de son frère cadet Michel-Bonaventure. Quand sa mère meurt, en 1786, il a près de 6 ans; sa jeune sœur Marie-Anne n'a que dix-huit mois. Comme toute sa famille, conime toute la Bretagne, sa mère était très pieuse et, de bonne heure, il dut être habitué aux devoirs religieux. Son père, resté veuf, avec la légèreté de son esprit et très embarrassé à cette époque du soin de son avenir, comme nous le verrons, était incapable de s'occuper sérieusement de l'éducation de ses enfants. Aussi confie-t-il Laenuec et probablement aussi son second fils, bien que je ne le voie signalé nulle part, à son frère le curé d'ElIiant.
Michel-Jean-Alexandre Laennec, qui signe aussi Laeunec de Penticorre, nom pris d'une petite pro-
priété des environs de Ponl-rAbbé, qualifié dans les actes messire, prêtre, fut regu docteur en théologie à la Sorbonne en 1778; il vient habiter la Bretagne» est recteur ou curé d'Elliant, petit village près de Rosporden.
C'est là qu'il reçoit ses neveux, qu'il leur enseignera les premières connaissances grammaticales et qu'il développera les sentiments religieux qu'ils conserveront toute leur vie. Du livre de Lallour, j'extrais cette page, — un peu solennelle : « La maison du pieux recteur présentait un merveilleux ensemble des conditions hygiéniques, nous dirions presque climatériques, dont le chétif enfant avait besoin pour franchir les premières fatigues de sa croissance. Placée au revers d'un de ces gracieux coteaux bretons que dominent labelle église de campagne et son hardi clocher en pyramide, elle élevait sa large façade comme une barrière de granit, entre lesàpres vents du nord et les chaudes allées d'un grand jardin, qui, descendant vers le midi en une longue suite de terrasses étagées, venait se clore au fond du vallon par une prairie toujours verte, comme on en voit tant en Cornouailles et si peu en d'autres pays. Là, pas un rayon de soleil n'est perdu ; et si Ton entend mugir la grande voix des tempêtes do l'hiver, au moins, elles passent inofFeusives au-dessus de la tête; et le pauvre petit écolier, si délicat et si frêle, pouvait tous les jours, et en toutes saisons, s'ébattre impunément entre les poiriers de son grand-oncle (1).
(I) C'est uue erreur de M. Lallour. Le cuié d*Elliaiit D*é(ait pà^s le graud-ODcle, mais bien l'oncle de Laennec
D'un autre côté Texistence grave et réglée de celuici, ses habitudes d'une patriarcale simplicité dans le vivre, le calme religieux de soo intérieur, encadré à distance par l'harmonieux et doux murmure du travail des champs, n'étaiont-ils pas singulièrement propres à dilater progressivement, sans écarts et sans violentes secousses, les riches facultés d'un esprit droit et d'une intelligence active. »
Dans ces campagnes, on parlait deux langues : les gens cultivés parlaient le français, le peuple n'entendait que le breton. Laennec,dan$ ses promenades et <ians ses jeux avec les enfants de son âge, apprit donc le breton et le parla couramment ; il ne l'oublia jamais et plus tard nous verrons que ce sera pour lui un délassement de revenir à l'étude de la vieille langue celtique et qu'il acquerra une véritable éru-r dition de ses différents dialectes.
Son séjour à EUiant fut court. La raison en est évidemment au départ de son oncle, en 1789. pour Tréguier, où l'évèque l'appelle aux fonctions de chanoine et vicaire général do la cathédrale. Laennec confie alors ses enfants à son autre frère le médecin, Gpillaume-Francoîs, à Nantes.
La Révolution va éclater et, au milieu des troubles généraux, nous pourrons assister aux difficultés avec lesquelles le pèrede Laennec échappera,sinoh au bourreau qui ne le menaça jamais, du moins à la ruine complète. Je pense qu'il est utile de donner cette histoire, car si Laennec n'y est pas intimement mêlé, puisqu'il passera les rudes journées de la Révolution aux côtés de son oncle, toutefois, est-elle nécessaire
pour bien juger son père et c'est à la faveur de la Révolution que celui-ci devait se remarier.
Ea 1788, eut lieu dans toute la France un grand mouvement de réformes judiciaires, les parlements allaient être supprimés et remplacés par des bailliages ; Laennec, à Taffùt des nouvelles charges, rédige un long mémoire sur la réforme projetée et sollicite un siège d'avocat général dans un des grands bailliages qui devaient être créés dans la ville de Quimper. Il agrémente alors son nom deLaennec du second nom d'Ângeville, emprunté à un sien parent, dans l'espérance qu'il pourrait ainsi en imposer davantage. Ces réformes agitent tout Quimper, Laennec se démène, se range dans les groupes réformateurs et crible de chansons amis et ennemis. Mais il n'est pas au bout de ses peines, la Révolution arrive et sous combien d'aspects nouveaux n'allons-nous pas le voir passer?
Dans ses papiers, on retrouve des lettres et des notes inscrites jour par jour sur les événements qui vont se dérouler tant en Bretagne qu'à Paris et à Versailles. La tourmente sévit, l'ancien régime s'effondre, les tribunaux et l'ancien Parlement sont détruits et vont être remplacés, on ne sait encore par quoi. Quatre comités, qui se partagent tous les pouvoirs, occupent Quimper; il n'y a plus ni justice régulière, ni juges. Laennec va perdre irrévocablement sa place de sénéchal de la juridiction épiscopale de Cornouailles et sa situation financière va s^embarrasser. Il écrit à son frère le chanoine à Tré-
guier, mais il a le malheur de mettre sur l'adresse : A M. LaeDoeCy prêtre, ci-devant chanoine officiai à Tré-^ .^/i2>r. Celui-ci, qui haïssait la RëvrolutioQ, se froisse, 'ui retourne la lettre avec ces mots : « Je n'ai point lu votre lettre et je suis surpris que vous osiez vous permettre vis-à-vis de moi une adresse insultante. » Le malheureux Laennec s'empresse de s'excuser, l'assure qu'il n'a aucunement eu l'intention de l'offenser et lui annonce qu'il est élu juge à Pont-Croix et second suppléant à Quimperlé. L'abbé lui répond, le complimente sur sa nomination et s'indigne contre les spoliateurs qui dépouillent le clergé : « Je vis d'emprunts et n'ai pas de quoi me vêtir. On nous avait promis un traitement, je n'y compte plus et j'y renonce s'il faut prononcer un serment qui n'est point et ne sera jamais dans mon cœur. » Leurs relations se ralentissent pendant deux ans ; en 1792, on trouve une lettre de Laennec à son frère l'abbé qui lui annonce qu'il est nommé juge constitutionnel à Quimperlé. A ce moment, il arrive à un partage à l'amiable avec ses deux frères pour le règlement de l'héritage de leurpère; il devient propriétaire de Kerlouarnec, ce dont il se montre fort content» Mais bientôt il perdra de vue tout à fait le chanoine qui suivra dans l'émigration son évêque et qui, quelques années après son établissement en Angleterre, à Souihampton, mourra sans avoir revu sa famille.
La Terreur le trouve donc juge à Quimperlé. C'était une bonne position pour échapper au couteau révolutionnaire, mais qui dut être bien pénible pour un homme de cœur à qui les tout-puissants envoyés de
la Convention devaient demancler plutôt des services que des jugements. Quelle contenance (itLaennecau milieu de ces dangers, on Tignore, mais ses relations avec les prisonniers et l'histoire étonnante de son mariage tendraient à prouver, ou qu'il n'avait pas peur, ou qu'il était sûr de son pouvoir. La loi des suspects avait rempli les prisons d'une foule de détenus des deux sexes appartenant à la classe des nobles ; les femmes et les filles de ceux qui avaientété portés sur la liste des émigrés étaient surtout nombreuses. On trouve dans ses dossiers tous les petits bouts de papier que ces dames lui écrivaient avec une mauvaise encre et une orthographe plus mauvaise encore. Sa place de président du club de Quimperlé, où il siégeait à la Montagne, liii facilite ces relations pourtant téméraires dans une pareille époque. D'abord il rend à ces jeunes femmes de menus services, leur donne des conseils pour écrire à l'accusateur public, pour présenter leur défense ; il s'occupe de leurs propriétés mises sous séquestre, puis bientôt te galant poète reparait et voilà une intrigue nouée. Des lettres délicieuses sont échangées où les titres enjoués de Duchesse f Duc, Chevalier ont. des significations que nous ne pouvons comprendre et destinés à tromper les geôliers qui ont l'œil sur eux et épient leurs gestes : « Auguste Duchesse, je ne sais plus quand je pourrai partir, mais je sais que j'ai faim et soif du bonheur de vous voir, j'irai donc vous demander ce soir à souper (!). Un fidèle chevalier, comme je suis, devrait savoir vivre d'amour et d'eau froide; mais cet amour que vous m'avez donné,
vous ie nourrissez si mal que c'est pitié, etc.. »• Daus sa correspondance de l'an III (1795)» on trouve une série de lettres à des dates très rapprochées qui nous donnent ie dénouement des amabilités de la Duchesse et des instances de son Chevalier. Il annonce CQ effet, à ses divers parents, à ses amis, son prochain mariage,il est ravi de sa future femme : « Grande, bien faite, de la santé, la physionomie distinguée, de la gaieté, de l'esprit, de la conduite, dans tous les sens du mot, et sur le tout plus de 4.000 livres de revenu à l'évaluation de 1780, avec un mobilier à Tavenant. » Il va donc pouvoir payer ses dettes : « Plus de projets d'aliéner mon cher Kerlouarnec, mais des projets de l'embellir. Plus de ces coupes générales qui font trembler la terre ; mais une exploitation bien aménagée qui n'est que la jouissance du propriétaire. )> EnGn le 15 pluviôse an III (4 février 1795;, à l'âge de 48 ans, il épouse la ci-devant Geneviève-Agnès-Julie Uruoy de SainUBedarij issue d'Etienne Urvoy, croisé en 1248, veuve de J. E. A. Lehec, capitaine d'artillerie, émigré. A ce mariage assistent des parents deLaennec aux 4<^ etS^dcgrés; on n'y voit ni son frère, ni ses fils^ restés à Nantes, et à qui il n'annonce son mariage que quinze jours après. Mais, au lieu de payer ses dettes, voici que des embarras d'argent l'assaillent. Depuis plusieurs mois, il netoucheplus son traitement déjuge, les revenus de sa femme, frappés de séquestre, ne sont pas payés et Laennec qui a une fille et deux fils à entretenir, outre une jeune femme à établir dans son nouveau ménage, ne sait à quels moyens recourir: il essaye
(le vendre des cafés, des schalls de l'Inde, il va faire un voyage àSaint-Brieuc pour faireleverle séquestre qui pèse sur les biens de sa femme. De là, il se rend k Quimper (décembre 1795) où de nombreux intérêts rappelaient aussi, il se réinstalle dans la maison de ses enfants. Puis il se met encore une fois en campagne pour trouver un emploi qui le fasse vivre. Il ml nommé dans l'administration départementale du Finistère, mais aussitôt révoqué comme allié, par son mariage, à des émigrés parmi lesquels on signalait le père et le frère de sa femme qu'il n'avait jamais vus et sur lesquels il n'avait aucun renseignement. Et pourtant l'union d'un républicain avec une ci-devant lïtait bien vue et réputée patriotique. Il redevient donc avocat, tout en sollicitant la place de commissaire du Directoire près les tribunaux de Quimper.
A cette époque, juin 1796, il a près de lui son second fils Michel qu'il appelait familièrement Michaud, revenu de chez son oncle, sa fille Marie-Anne et sa jeune sœur issue du second mariage de son père et ({ui a 18 ans: « J'ai aussi près de moi ce compagnon d'études qui m'accompagne chez vous et que j'aime autant que j'aime mon fils, autant que j'aime ma sœur, autant que j'aime ma femme. J'ai deux et presque trois domestiques dont une virtuose en cuisine, a laquelle vous apprendriez peu de choses dans cet art, le premier de tous les arts! Mon Théophile, s'étant décidé pour la médecine, est resté à mon frère. »
Il échoue encore dans ses démarches pour la place (le commissaire du Directoire, il se rabat alors sur celle de simple juge et il est enfin nommé. Mais
on voit qd'il a plus d'ambition : il aimerait, dit-il, entrer dans rAdministration des eaux et forêts, il ne refuserait pas un emploi à Nantes, oii il a un frère qu'il aime beaucoup; à Paris il pense qu'il réussirait tout comme un autre, la législature lui conviendrait; il faut souvent, répète-t-il, courir deux lièvres pour en attraper un. La réalité, il est vrai, est moins souriante et il lui faut soutenir des procès pour conserver la terre de Saint^Bédan où M°** Laennec était née. Y réussitrii î on l'ignore.
Après 1798, nous ne savons ce qu'il devient, sa correspondance n'existe plus. Nous ne le retrouve rons qu'en 1802 quand ses fils seront à Paris et où il leur adressera les plus sages recommandations.
Comme je l'ai dit, l'Université de Nantes reconnut vite combien elle s'était trompée en faisant tous ses efforts pour repousser loin d'elle Guillaume Laennec, aussi fit-elle rapidement volte-face; non contente de l'avoir nommé son procureur-général en 1787, elle le choisit l'année suivante pour recteur. Quand la Révolution arrive, Guillaume, se souvenant sans doute des coutumes surannées qu'il eut tant de peine à combattre, comprit qu'une ère de réformes s'annonçait et qu'il fallait de toutes ses forces la favoriser. Il se mêle donc à la vie publique et se fait élire par ses concitoyens, en 1790, membre de la première municipalité de la villa de Nantes, «r Les Archives de la mairie de Nantes conservent de lui un rapport rédigé sur le premier budget de la commune
et lu à l'assemblée publique et extraordinaire tenue dans la grande salle de THôtel-de-Ville le !«' décemlire 1790, rapport qui dénote chez son auteur une aptitude aux affaires, une sûreté de méthode et une clarté d'exposition qu'on ne devait pas attendre chez un homme resté jusque-là étranger au maniement des intérêts communs. » Il remplit encore, à la môme époque, d'autres fonctions dans l'administration du district. Mais le mouvement révolutionnaire change liientôt de caractère, c'est la guillotine qui devient le l^rincipal moyen de progrès. Laennec n'admet pas cet argument et, laissant Ténergumène Carrier commettre ses honteuses atrocités, il ne veut plus des ruiictions publiques et se hâte de rentrer dans la vie de famille et dans l'exercice absolu de sa profession. Aussi quand il accepte une place en 1792, est-ce celle de médecin en chef de l'Hôtel-Dieu : il le sera toute sa vie désormais, attaché à son hôpital et à ses malades de cette affection particulière et simplement dévouée de tout médecin d'hôpital.
Ses neveux, qu'il avait si tendrement accueillis, l^oursuivaient leurs études littéraires à l'Ecole centrale de Nantes, les palmarès de ces temps-là gardent le souvenir des succès qu'ils y remportèrent ; au latin ut au grec ils ajoutent deux langues vivantes, l'anglais et l'allemand. Malheureusement leurs humaniiés furent écourtées, le mouvement révolutionnaire fit fermer les écoles, et ils durent passer un an ou lîeux dans une oisiveté forcée.
C'est vers 1795, dans sa quinzième année, que Théophile-Hyacinthe Laennec dut clioisir la profes*
sion médicale. Son frère, de son côté, aurait aimé, —comme bien des enfants de cet âge — entrer dans la marine. Voici, en effet, la lettre que leur écrit leur père à la date du 30 pluviôse an III (19 fév. 1795), pour leur annoncer son mariage :
K La fortune vient de réparer ses torts envers vous, mes chers amis. Mes destinées sont unies à celle d'une excellente femme qui aura pour vous le cœur de Votre père. Vous trouverez ici les conditions de notre mariage. Ce cadeau de noces en vaut bien un autre : j'y joins un assignat de to francs pour chacun de vous. » Puis il ajoute: I J*aime fort que mon cher Théophile se destine au génie ; mais pour consentir que mon Michaud, qui ne m'est pas moins cher, immole sa vie au plus terrible des éléments, il faudra que la nature me paraisse l'avoir impérieusement voulu. Celui qui créa le métier de la mer pouvait avoir Tâme d'un héros, je doute qu'il eût celle d'un père. Je vous embrasse de tout mon cœur, mes chers amis. Votre maman nouvelle vous embrasse. Aimez-nous comme nous vous aimons. »
M'^'Laennec, quine les a pas vus encore, leur écrit: elle tâche d'entrer dans leur affection (3 sept. 1793) :
« Mon cher Théophile, voici 300 livres que je vous envoie pour faire connaissance avec vous, en attendant que j'aie le plaisirde vous voir. Mon cher lils, je vous regarde comme tel, appartenant à un homme qui m'est bien cher et que j'aime tendrement. Regardez-moi, mon fils, comme la meilleure de vos amies, comme une seconde mère que le ciel vous a donnée. Votre papa vous embrasse de tout son cœur; occupé de nos affaires qui nous retiendront tncoTe un grand mois, il ne peut vous écrire aujourd'hui ; mais il ne se passe point de jour que vous ne soyez présent ^ nos entretiens. Dites bien des choses pour moi à votre SAi?rxiaxo?f 3
oncle. Nos respects à Mesdames vos tantes. Soyez bien persuadé, mon cher fils, du tendre attachement que vous a voué votre maman et bonne amie.
Urvoy-Laennec. »
En 1795, Guillaume Laennecest nommé médecin en chef de l'armée des côtes de Brest, mais il ne dut jamais occuper ces fonctions, car il est certain qu'il ne quitta pas Nantes. L'année suivante, il fait partie du jury de médecine créé pour mettre un frein au charlatanisme qui sévissait alors d'autant plus impunément que l'organisation de l'enseignement était en plein désarroi.
Benc-Théophile a désormais choisi définitivement sa carrière. Tandis que son frère Michaud revient à Quimper dans la maison paternelle, il reste près de son oncle. Son esprit grave, déjà formé, lui a fait aimer l'observation réfléchie, les déductions logiques, le sens pénétrant qui constituent les qualités intellectuelles du médecin. Son oncle l'emmène dans les salles de l'IIôtel-Dieu et c'est au contact même des malades que les premières notions de médecine lui sont données. De ces études, il gardera un souvenir attendri et reconnaissant pour son oncle, qu'il se plaira à nommer son second père.
En thermidoran IV (août 1796), son père lui écrit. Je demande la permission de citer encore cette lettre:
«Je viens, mon cherThéophile,de remettre à votre oncle, la petite pacotille depuis si longtemps annoncée. Vous y trouverez un habit et veste puces, défaits et, par là, plus susceptibles d'être ajustés à votre taille. Vous y trouverez lin habit et veste camelot sur poil gorge de pigeon, un
gilet de velours bleu et seize auues de toile pour six chemises.
Mîchaud, quej*ai eu enfin la consolation d'embrasser, a eu mon habit Louviers prune, un gilet soie et argent assorti et nous lui avons fait faire un pantalon silésie. La maman et la jeune tante lui font des chemises.
Les désastres que vient d'essuyer notre marine et dont voire frère a été témoin paraissent avoir un peu refroidi son penchant pour un métier périlleux. Ils ont surtout épouvanté ma résignation paternelle.
Pour TOUS, mon fils, qui êtes devenu, à un nouveau titre,rélève de mon excellent frère, vous ne sauriez trouver ailleurs un maître plus capable, et, ce qui n'est guère moins important, un mattre plus affectionné. Je lis dans son cœur qu'il se fera une jouissance de mettre la dernière main à son ouvrage et que vous sortirez de ses mains tout ce que vos heureuses dispositions vous appellent à deveoir. Vous sentirez un jour, mieux que vous ne le pouvez sentir aujourd'hui, tout ce que doit perdre à cet arrangement un père dont les enfants furent longtemps Tunique consolation, dont ils seront toujours l'objet d*affeetion le plus vif. — Mon Michaud, ma Marianne, la petite tante, qui est ma fille aussi, la femme généreuse qui s'enorgueillit de leur tenir lieu de mère, rien ne saurait me remplacer mon Théophile, mon premier ami, mais puisque la Providence, puisque l'avancement de mon tils le veulent, je saurai trouver le bonheur dans ce qui fera le sien.
Cependant vous ne serez plus à la charge de votre oncle. Vous serez à vos coches et aux miennes. Je prendrai très iAcessammentdes arrangements avec mon frère pour votre pension, vos maîtres et votre entretien. Peut-être la Providence, qui a tout fait pour moi, me mettra-t-elle un jour à même d'indemniser le meilleur des frères, de ce qu'il a dépensé pour vous depuis neuf ans; mais ses soins paternels pour votre enfance; mais les bontés maternelles de ^otre tante et de son incomparable mère, c'est ce qui ne
peut être acquitté que par votre reconnaissance et la mienne.
Je me proposais de joindre vingt écus au petit paquet, pour frayer à la façon des habits et du linge. Ma compagnop devenue notre trésorière, prétend que nous sommes en ce moment un peu à court et qu'il faudra que les vingt écus attendent une quinzaine de jours.
La maman, la jeune tante, notre Michaud, nôtre Marianne^ lantine La Potterieet ses deux filles, vous embrassent. Je vgus embrasse mille fois, mon cher fils. »
Hapidement, Laennec fait des progrès. Avec renseignement clinique que lui prodigue son oncle, il apprend Tanatomie sous la direction des chirurgiens en chef de Thôpital, Darbefeuille et Bacqua. Aussi ne tarde-t-on pas à le nommer élève interne dans un dos hôpitaux militaires de Nantes. A celte époque, i 798-1799, la Bretagne entière était soulevée, le mouvement contre-révolutionnaire nécessita des expéditions. Une armée entre autres, chargée do rétalilir la paix, est dirigée de Nantes contre le Morbihan; le jeune Laennec doit répondre à la réquisition, il est nommé chirurgien de 3" classe et part avec les troupes, il en rapporta, dit Pariset, une relation pleine d'originalité et des notes dont il a tiré parti dans ses ouvrages.
C'est vers la (in de Tannée 1800 qu'il part pour Paris.