‹ Laennec, sa vie et son œuvreChapitre 5 sur 24 · Accouchements : Mph. Le Roy, Baudelocque · texte numérisé non relu

Accouchements : Mph. Le Roy, Baudelocque

1^. Médecine légale et Histoire de-'la médecine : Mahon, Leclerc.

Directeur de TEcole de santé : Thouret.

Les élèves étaient partagés en trois classes : les commençants, les commencés et les avancés. Dès la première et la deuxième année ils fréquentaient les hôpitaux, mais la troisième année ils y étaient plus ]ïarticulièrément attachés et devaient passer quatre mois dans chacun des trois Hospices do Cliniques. A PEcole, les élèves libres choisissaient les cours qu'ils voulaient suivre, se faisaient inscrire et devaient tous les dix jours signer les feuilles décadaires de présence. Ce n'est qu'à la fm des études, après 16 inscriptions, qu'ils pouvaient passer les cinq examens et la thèse.

Mais, à côté de cette scolarité de rigueur, une ins-

iilation excellente s'était fondée qui n*a disparu qu'en 1872 et qui était Tancienne Ecole Pratique. On n'y entrait que par concours et les élèves nommés constituaient la véritable élite de l'Ecole : ils étaient divisés en trois classes et répartis suivant leur mérite dans la première, la deuxième, la troisième. A la fin de Tannée scolaire avait lieu un concours dont on distribuait les récompenses dans la Séance solennelle de rentrée de l'Ecole, devant tous les professeurs et soasla présidence du Ministre chargé de l'Instruction publique .

Celte exposition succincte était indispensable pour comprendre les études que fit Laennec. En octobre 1800 donc,il esta Paris,et le registre des inscriptions du \^ semestre de cet an IX nous donne son adresse. H habite rue Saint-Dominique,n® 947. Dans une autre partie de ce même registre, il figure parmi les élèves qui ont signé les feuilles décadaires de présence des cours pour lesquels ils se sont fait inscrire. Au mois de décembre, il a signé trois feuilles;en janvier 1801, une feuille, mais les cours n'y sont pas indiqués. Dans le 2^ semestre de cette année, en mai-juin, il siguedeux feuilles, puis trois autres; dans ce semestre d'été, il est seulement indiqué qu'il suit le cours de matière médicale de Peyrilhe.

Les registres de l'an X (1801-1802) contiennent davantage de renseignements. Dans le registre d'inscriptions, il figure âgé de 20 ans 1 /2 ; il a changé de domicile; je n'ai pu déchiffrer le nom delà nouvelle rue

qu'il habite. Il suit dans le l®*" semestre les cours suivants : Anatomie et Physiologie, Chimie et Pharmacie, Clinique interne. Dans le2« semestre : Physique et Hygiène, Pathologie interne. Botanique» Mé/lecine légale et Histoire de la médecine.

Les registres d'inscriptions de Tan XI (1802-1803) nous le montrent habitant la même rue au nom indochiffrable. Il suit encore des cours de janvier à mars, puisqu'il signe les feuilles décadaires, mais les cours n'y sont pas indiqués. C'est au mois d'août de cette année 1803 qu'il va remporter lesdeux premiers prix de l'Ecole pratique, ainsi que nous le dirons bientôt .

Après cette nomenclature un peu aride des traces de son passage à l'Ecole de santé de Paris, je dois montrer quel était l'état de la médecine à cette époque. Je ne veux pas en faire ici un tableau complot quL ne viendra que plus tard, quand j'étudierai Tœiivre de Lacnnec; pour le moment je dois mon- Lr€rseulement la dissemblance des deux écoles alors rouantes et voir comment Laennec va s'orienter, quels maîtres il va choisir.

Tout d'abord, il comprend que ses humanités un peu écourtées ont été insuffisantes et que ses connaissances en latin et en grec doivent être complétées pour lire facilement les vieux auteurs. A la vérité, le laUn commençait à être en décadence, on ne remployait plus ni aux examens, ni à la thèse que par exception et surtout dans le but de faciliter aux

élèves étrangers, peu familiarisés avec la langue française, l^accès au diplôme. Mais les langues morles étaient encore indispensables à bien connaître, car, à celte aurore do la période scientifique de la médecine, presque tous les traités étaient écrits en latin. Laennec acquit vite des connaissances philologiques très étendues et, pour se délasser, c'est encore à rérudition qu'il s'adonne et il cultive avec ardeur les divers dialectes de la langue bretonne qu'il avait commencé à apprendre tout enfant.

Deux écoles, au commeucement du xix*' siècle, se partageaient l'enseignement et constituaient deux camps rivaux. Les luttes restaient courtoises, on était encore loin de la passion grondante jusqu'à l'injure qu'inaugura plus tard, avec Broussais, la JiociTine diie physioloffique ; mais chacun des deux partis prit le nom de son chef, et l'on eut l'école de Pinel ou de la Salpètrière et l'école de Corvisart ou de la Charité.

Pinel avait publié,en 1798, la première édition de son traité médical sous le titre de Nosographie phL losophique.SvL prétention avait été d*apporter dans la médecine la précision des sciences mathématiques qu'il avait jadis étudiées et enseignées. Sa méthode de prédilection était l'analyse. Pour lui, l'important ce n'était point le traitement des maladies, mais bien leur classification méthodique par classes, ordres, genres, espèces et variétés. Celte classification avait, comme bases, l'anatomie des systèmes organiques, la physiologie, mais surtout les différences symptomaliques. C'était une classification clinique, la plus

mauvaise de toutes. Sa théorie médicale était le ftolidisme à peu près exclusif, — le système eût été difficile à établir avec riiumorisme — ; chaque maladie avait son siège déterminé; c'était un être existant eu soi, comme un animal ou une plante, et la plus grande gloire du médecin devait ôtre de ranger la maladie observée dans le cadre qui lui convenait. Dans ce système, les affections qu'on ne pouvait classer, ou n'étaient pas admises comme entités morbides ou étaient rangées dans un appendice intitulé : Maladies indéterminées. En somme, c'était une tentative de classiGcation analogue à la classiQcation de la zoologie et de la botanique, c'était un effort pour débrouiller du chaos des faits connus les principes directeurs de la pathologie, ce fut l'une des premières classifications médicales à caractère scientifique. Ce traité eut une très grande influence et un très grand succès; les éditions se succédèrent nombreuses et Pinel parvint à la plus grande renommée. « Une logique sévère, une grande clarté, un style plein de chaleur et d'entraînement, un esprit d'éclectisme et d'observation, telles étaient les grandes qualités qui donnèrent à cet enseignement une réputation générale et dont l'influence a duré pendant plus de quinze ans. » L'avantage, en effet, n'était pas mince, il obligeait les jeunes médecins à poser des diagnostics, au lieu de se contenter,comme les vieux praticiens des anciennes Facultés, de faire de la médecine symptomatique sans chercher le plus souvent à savoir ce dont il s'agissait. Mais les inconvénients en étaient immenses. Faire entrer de force

dans un cadre toul fabriqué les faits cliniques encorf» si mal connus, c'était se vouer bien souvent à Tcrrour, et analyser les symptômes et les différencier n'étaient en rien connaître les maladies; leurs causes demeuraient inconnues, on n'assistait qu'au dérangement des fonctions, mais sans pénétrer dans l'intimité de la maladie, dans son mécanisme pathogénique. Le traitement ne pouvait, dans ces conditions, qu'être ou symptomatique, ou inexistant : et de fait c'est l'expectation qui était la base de la thés rapeutique de Pinel.

L'école deCorvisart professait des principes moins transcendants et moins théoriques, sa prétention était beaucoup plus modeste, mais combien elle fut plus utile. Pour Corvisart, séparer les maladies en tant de divisions et do subdivisions était peine inutile, l'important était de bien connaître leurs signes cliniques^ de vérifier par les autopsies les lésions qu'on pensait y trouver et de donner comme traitement les vieux moyens empiriques consacrés par Texpérience. Elle était humoriste dans de certaines limites et croyait aux crises et aux jours critiques. C'était respecter les traditions hippocratiques d'observation simple sans raisonnement inductif, en y ajoutant les acquisitions de chaque jour, comme la percussion qu'avait découverte Avenbrugger, et les faits d'anatomie pathologique qui naissait alors à l'horizon médical.

Laennec choisit Corvisart. Fut-ce par conviction scientifique, savait-il déjà assez de médecine pour bien juger en connaissance de cause, et ne fut-il pas

plutôt entraîné à la Charité d'abord par son stage obligatoire, puis par son ami G.-L. Bayle, qui depuis plusieurs années jouissait de Tcstime et de l'amitié (le Corvisart? Quoi qu'il en soit, il s'attache à Corvisart, suit son enseignement avec assiduité et se fait bientôt remarquer du grand clinicien, qui l'admet a rhonneur très envié de son intimité.

L'étude de la médecine ne fit pas perdre à Laenncc ses convictions religicuses.il reste un catholique fervent, pratiquant. A son arrivée à Paris, il se lie avec des étudiants qui partageaient ses principes, l'izeau, Cayol, Pignié, Pidoux, Savary, surtout avec Urutéy de Rennes, qui remporta un prix à l'Ecole pratique et qui plus tard s'engagea dans les ordres et mourut évéque de la Louisiane. Il Ht aussi connaissance de Gaspard-Laurent Bayle : élevé chez les Jésuites à Montpellier,arrivé à Paris en 1798, il remporte des prix à l'Ecole pratique, est docteur en 1801, puis reçu interne au premier concours de rinlernat. le 13 septembre 1802, il va à la Charité où il instruira son amiLaennec et où ils s'adonneront ensemble à la nouvelle science de Tanatomie pathologique qu'ils enrichiront de remarquables découvertes. Corvisart les juge des hommes d'avenir, il leur ouvre non seulement les portes du Journal de médecine qu'il venait de fonder, mais encore il les reçoit cliez lui. i< Là, comme partout, semblables aux jeunos Israélites delà cour du roi de Babylone, ils res- Lèrent fidèle^^àrlttUljlm. i^xm les vit à la table un peu

épicurienne de l'archiâtre de l'empereur Napoléon observer sans vergogne les lois de l'Eglise sur l'abstinence des viandes. Leur mérite reconnu leur avait conquis liberté de conscience pleine et entière. »

Sur l'esprit religieux de Laennec et de ses amis, je citerai encore cette anecdote rapportée par M. Guerinonprez : « C'était en 1804,1e pape Pie VII, qui était à Paris pour le sacre de l'Empereur, donnait des audiences dans la grande salle du Louvre. Cinq élèves en médecine qui étaient : Fizeau, Pignié, Pidoux, Laennec et son ami intime le docteur Perdrau, mon grand-père, furent présentés à Sa Sainteté par le cardinal Sala qui dit au pape : Très Saint Père, ce sont des médecins pieux. Le pape se prit à sourire, et mettant la main sur le front de mon grand-père, il ajouta : Medicus piuSy res miranda t »

Laennec était venu seul à Paris en 1800; l'année suivante, son frère arrive pour terminer ses humanités au Collège des Quatre-Nations. C'est alors que leur père leur envoie des recommandations détaillées et des conseils pour leur instruction. On retrouve, en effet, dans ses papiers, avec les lettres que ses enfants lui écrivaient, un manuscrit très endommagé qui forme une sorte de traité d'éducation. Il ne porto pas de date, mais il est évident qu'il a été écrit quand ses deux fils étaient à Paris; il est de tous points remarquable et il montre bien que cet homme léger savait, quand il le fallait, ajouter à son esprit primesautier un jugement sain et droit..

« Dans tous les états delà vie, mon cher Théophile, il faut avoir l'esprit orné. Il est indispensable pour vous de

savoir vous présenter, il y a des exercices du corps qu'il serait honteux d*ignorer. Ce n*est point assez de faire le bien, il faut le faire avec ordre. Ayez donc les heures du jour tellement réglées que rien, autant que possible, ne vous en puisse détourner. »

Puis il connaicnce un premier chapitre où il traite des exercices du corps : il recommande d'abord une nourriture simple et frugale, le soin de se couvrir légèrement la nuit pour se faire un tempérament sain et robuste; il faut savoir s'imposer des privations et des mortifications en l'honneur de Dieu, il recommando la natation, « cet exercice que l'usage peut apprendre délie le corps et sert dans une infinité de circonstances. Il a ses dangers, mais un peu de prudence nous en garantit. On ne doit jamais s'aller baigner seul, on risquerait de périr faute de secours. Vous sentez aussi, mon cher Théophile, qu'il est indécent d'y aller en nombreuse compagnie. » Il recommande la chasse, et son fils, on efi'et, s'y livrera à Kcrlouarnec avec une sorte de passion. Passant à Téquitation, il l'engage à prendre des leçons d'un maître d'équitation : « Habituez-vous aussi à lancer une pierre adroitement. Cet exercice a sauvé la vie à bien des gens. Il vous donne en plus de Télasticité et de la souplesse dans les bras, et dans l'épaule. » Faire un peu de cuisine est utile : « Je vous exhorte à apprendre à faire quelques ragoûts. Que de rencontres dans la vie où cela vous servira ; ne vous piquez pas de faire un grand cuisinier, mais apprenez la façon d'accommoderles plats les plus simples. » Les arts d'agrément sont à culti-

Tcr a danser, chanter, jouer du violon ou de la basse, dessiner sont des connaissances nécessaires ». Quant à la religion, voici les recommandations paternelles:

« Il faut savoir sa religion, tout citoyen y est indispensablement obligé et un jeune homme qui, comme vous, mon cher Théophile, a fait de bonnes études, ne doit pas se contenter de son catéchisme. Faites venir de bons livres et puisez-y la religion dans sa source. L'Ecriture sainte avec ]*interprétation de Sacy ; le Nouveau Testament du R. P. Bouhours; les Méditations deRodrigues, de Saint François de Saleset de Saint Ignace; l'Imitation de Jésus-Christ; lecombatspirituel; la journée du chrétien; voilà les livres de piété que je vous recommande. »

De la religion, il passe à la grammaire, il faut parler une langue pure ; la poétique» la langue latine, Téloquence ont leur paragraphe. « Vous êtes né, mon cher Théophile, pour parler en public. Vous sentez donc combien l'histoire vous est utile. » L'économique et l'agriculture viennent à leur tour: il faut savoir le prix du travs^l, ainsi que des matières et des marchandises que l'on recherche, il faut même savoir comment elles sont produites et d'où elles viennent; quels profits elles peuvent offrir dans le commerce. Il ajoute que, pour le commerce comme pour l'agriculture, le droit public est une connaissance qu'il est indispensable d'acquérir et qu^on ne saurait, pour cet objet, s'entourer de trop de conseils et dcbons livres « sans parler de leçons que votre père espère vous donner sur cet objet ».

Puis, dans un dernier chapitre, il traite de l'ordre des actions dans la journée, de la manière de par-

tager son temps. Il termine par quelques réjlexions morales sur la timidité, le jeu, alors très à la mode : « Présentez-vous bien et vous serez toujours bien reçu. Eviter de babiller. C'est un défaut. Les femmes ne le pardonnent jamais. Un grand diseur les mortifie beaucoup. D*ailleursil échappe à un grand parleur des paroles qu'il ne peut pas rattraper. Parlez surtout avec beaucoup de circonspection devant les étrangers. » Et ajoute Duchàlellier, à qui j'empreinto tout cela, comme si ce n'était pas assez de toutes ces recommandations, ce père, tendrement préoccupé de l'avenir de ses enfants, va jusqu*à leur dire de quelles personnes ils devront faire leur compagnie, combien de visites ils devront leur faire et à quels intervalles.

Ces conseils, son frère et lui les suivirent et les mirent bicnàprofit. Un an, en effet, après être venu à Paris, Michel-Bonaventure, après d'excellentes éludes, était couvert de lauriers. Aussi voyons-nous dans les papiers de l'heureux père un cahier petit in-4®, mis au net d'une très belle écriture où sont transcrits ces succès et les lettres que ses fils lui ont écrites à cette occasion. De Michel : «Paris le 26 thermidor an X (août 1802). Mon cher papa, c'est hier que l'Ecole centrale des Quatro-Nations a nommé ses vainqueurs. Trois fois j'ai combattu, trois fois j'ai triorjiphé : 1®*" prix de littérature française, 1®'" prix de littérature latine, 1^' prix de grammaire générale. J'ai remporté tout ce que j'ai disputé. Le cousin Loret et l'ami Guillou de Morlaix ont obtenu des accessits à notre cours do grammaire générale. Paris est

habitué aux succès de la jeunesse bretonne. » Au Concours de TUniversité, aujourd'hui le Concours général, il remporte le prix de littérature, il va avec les autres élèves couronnés dîner chez le Préfet à une table de cent couverts et de là au Théâtre Français, « où le Préfet nous avait fait préparer des loges ».

Quelque temps après, Michel dut quitter Paris pour répondre à la conscription, à laquelle il put d'ailleurs échapper.

René-Théophile, lui aussi, se distinguait.

 la Clinique de Corvisart, il ne se contente pas seulement d'apprendre ce qui est acquis à la science, il cherche par lui-même, et les découvertes vraiment étonnantes pour son expérience si jeune dénotent un esprit observateur peu commun. Dans ces premiers travaux, le Laennec^qui décrira plus tard par un trait de génie les maladies du poumon, est déjà tout entier.

La science étudiée alors avec prédilection à la Charité était l'anatomie pathologique. Je ne ferai pas ici son historique. Morgagni, Portai, Bichat lui avaient donné naissance, mais il lui fallait assembler encore des documents nombreux avant de paraître pour ce qu'elle doit être : la base de contrôle de la clinique.

Corvisart ne fît en anatomie pathologique, si Ton excepte ses travaux sur les maladies du cœur, aucune iécouverte particulière. Mais, clinicien impeccable, il s'entourait de tous les moyens propres à enrichir

son diagnosiic et à le perfectionner, aussi no rejetaitil pas le contrôle anatomique comme indigne. Les autopsies étaient régulièrement faites dans son service. Corvisart y assistait et, avant même l'ouverture du corps, il décrivait à ses auditeurs ce qu'il pensait y trouver. Tels troubles fonctionnels avaient été observés chez ce malade, tel diagnostic avait 'été porté, c'est tel et tel organe qui devait être malade et on allait le trouver dans tel et tel état. Bien rarement il se trompait. Cet enseignement devait faire réfléchir ses élèves sur les relations qui existaient entre les phénomènes morbides et les altérations matérielles qui en sont ou la cause, ou TefFet. Aussi Laennec et son ami Bayle sont-ils ardents à la salle d'amphithéâtre et ils ne négligent aucune autopsie. Les résultats de cette assiduité ne sont pas longs à apparaître. Et dans le numéro de messidor an XQ'uinjuillet 1802) du Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer, Laennec publie son premier travail : Observation sur une maladie du cœur (ossification de la valvule mitrale, dilatation du ventricule droit) avec affection du poumon et do la plèvre gauche. Voici comment il l'annonce à son père :

(( SO thermidor an X... Pour moi, mon cher papa, si vous êtes curieux de jeter les yeux sur des scènes de mort et surtout sur des ouvertures de cadavres, je vous enverrai un exemplaire du Journal de médecine pour messidor dernier, dans lequel les professeurs de clinique viennent d'insérer un mémoire de la façon de votre Théophile. C'est ainsi que mon confrère Diafoirus proposait à sa maîtresse de la mener voir une dissection. »

Ce n'est qu'uQ commencement et, tout en continuant ses éludes à la Faculté, il donne de nouveaux travaux. En septembre 1802, il publie l'admirable histoire anatomique et clinique des péritonites aiguës iocoonues avant lui, et qu'il trace de main de maître. J'analyserai cette découverte importante avec ses différents travaux quand je parlerai de son œuvre; ici, j'indiquerai seulement ce qu'il est nécessaire de savoir pour l'histoire de sa vie. Il publie, toujours dans le même journal où Corvisart le patronne, des observations intéressantes de la Clinique, fait des extraits et comptes-rendus des ouvrages nouveaux qui paraissent. Et qu'on considère qu'il n'a pas 21 ans et qu'il n'est encore qu'étudiant.

A la Faculté, Lacnnec a dû entrer à l'Ecole pratique ; tous ses biographes l'attestent et c'est tout à fait probable. Pourtant, au concours d'entrée, en octobre 1800, il no figure pas sur le registre parmi les 72 élèves reçus. A-t-il été admis au concours d'octobre 1801, c'est presque certain, mais les registres de cette année ne contenant pas les admissions à l'Ëcole pratique, je ne puis pas l'affirmer. Il n'existe pas davantage de liste d'admissions pour octobre 1802. Or, c'est en 1803, au concours de sortie, qu'il remportera ses prix; mais exceptionnellement tous les élèves de l'Ecole y prirent part et non pas seulement les seuls élèves de l'Ecole pratique. Il pourrait donc se faire qu'il n'en ait pas été, ce que je no pense pas, étant donnés l'excellent élève qu'il fut et le ^and prix qu'on attachait alors à entrer à cette Ecole pratique dont a fait partie toute l'élite médi-

cale du temps. L'Interuat venait à peine de se fonder, — du moins basé sur le concours tel qu'il existe aujourd'hui, — ce n'était pas encore lui qui faisait la sélection des bons élèves, c'était l'Ecole pratique.

Quoiqu'il en soit, le 16 fructidor an X (août 1803) eut lieu la distribution générale des prix des diverses écoles : école spéciale de médecine, écoles centrales, pry tanée de Paris et de Saint-Cyr, écoles d'architecture, peinture et sculpture, conservatoire de musique. Cette solennité se fit dans la salle des séances publiques de l'Institut, sous la présidence du ministre de l'Intérieur Chaptal, assisté de Fourcroy, conseiller d'Etat chargé de Tlnstructioii publique. Les prix accordés aux élèves de l'Ecole de médecine ont été distribués ainsi : Médecine pratique. Prix : R.-T.-H.Laennec et François Billerey. Accessits : A. Berlioz et J.-B. Ballard. Chirurgie. Prix : R.-T.-H. Laennec. Accessits : J. Faure et Charinet. Matière médicale et Chimie-Pharmacie. Prix : Savary. Accessits : Legoupil et Ballard. Anatomie et Physiologie. Prix : Charinet. Accessits : Beauséjour,Docot, Trolliot. Cette année-là, la distribution des prix se fit aussi à la Séance de rentrée de l'Ecole, mais elle n'eut lieu que pour les élèves moins avancés.

Il fallait que Laennec fût vraiment un élève hors ligne pour remporter les deux prix si différents de médecine et de chirurgie. A cette époque il était l'élève de Corvisart, découvrait les péritonites, on conçoit qu'il put remporter le prix de médecine, mais pour celui de chirurgie, il faut qu'à l'Ecole pratique il ait pu s'adonner sérieusement à la dissection et à

la médecine opératoire. D'ailleurs, depuis décembre i802, il avait publié dans le Journal de médecine différents travaux d'anatomie : il avait essayé de démontrer que l'arachnoïde tapisse les ventricules du cerveau, ce qui, nous le verrons, est une erreur. Ildécrivitia capsule synoviale située entre Tacromion et l'humérus. En mars 1803, il adressa à Dupuytren, chef des travaux anatomiques, une Lettre sur des Tuniques qui enveloppent certains viscères, notamment le foie, et fournissent des gaines membraneuses à leurs vaisseaux. II mène, par conséquent, ioQlde front, anatomie normale, anatomie pathologique, clinique, et en tout il a la chance exceptionnelle de faire d'importantes découvertes.

En octobre 1803 , il rédige une note, demandée par le directeur de l'Ecole, Thouret, pour un tribun de province sur le remède de Séguin contre les fièvres. Cette note est la seule pièce constituant le dossier de Laennec aux Archives delà Faculté. Il y énumère les résultats des expériences faites à l'Hospice de perfeclionnement avec ceremède depuis le commencement de l'année. En décembre 1803, il publie avec Bayle une observation sur une maladie du cœur (épaississement et dilatation du ventricule gauche, ossificalion des valvules sigmoïdes et mitrales) avec péripneumonie.

* it-

L'année 1804, qui le verra doctçur, commence. Son père lui écrit une très longue lettre; il espère pouvoir se faire élire au Corps législalif et venir à Paris

retrouver son Théophile et son Michaud, ce qui est l'objet de tous ses vœux ; pour cela, il faudra intriguer^ il commence à dresser ses batteries:

« Ménagez comme votre œil l'intérêt que vous témoignent Chaptal et Fourcroy. Tâchez de faire que le ministre accepte la dédicace de votre thèse. Moi, je ferai tout ce qui sem eu mon pouvoir pour aller argumentera cet acte solennel et je désire que mon Michaud puisse s*y trouver... L*argcnt ne vous manquera pas ; vous avez reçu dernièremetil SOO livres tournois; vous recevrez incessamment les 100 livres qui doivent compléter votre trimestre de nivosc, les 500 livres de la réception suivront de près. Je tâcherai d'envoyer vers le même temps à notre sage Michiuid 300 Hvres, dont il eut naguère besoin et dont il pourrait bien avoir besoin encore. Son patron payant ses faisours, comme ma Julie payait jadis les siens, comme payent les gens riches, l'économe Michaud se promet que les lOOécus ne seront qu'un dépôt entre ses mainset feront l@^ Tonds d*uu de vos trimestres. »

Il lit et relit laGuerre des Venètes que, pour sedislrair<j, Uené-Théophilea écrite en étudiant la langue colto-bretonne. Il se propose de s'abonner au Journal de mt^decineapaiV reconnaissance pour les bons quarts d^lioure qu'il m'a fait passer dans les Côtes-du-Nord où j'en passai si peu ».

« Votre oncle m'écrit des merveilles de votre cours d*analomie : le bon Guillaume, qui ne fait pas de vers, est plus poète (|ue vous et que moi, quand il parle de son élève- C est Pygmalion en extase devant l'œuvre de ses malas^La maman Urvoy,la sœur Marie-Anne se disputent ^ qui VOUS aimera le mieux. Je n'aurais jamais fini s'il me Uï\hûi vous rappeler tous les oncles, les tantes, les cousins, les neveux, les nièces, les parents aux 10* et 20^ degrés, les

amis, les voisins même qui parlent de mon Théophile avec orgueil. Tout Quimper a pour vous le cœur de 11°^® de la Potlerie ou de Mmo de Pompery. Je t'embrasse mille fois, mon admirable, mon bon Théophile. Que le ciel te rende toutes les satisfactions que tu donnes à ton heureux père. »

Quinze jours après, Laennec lui écrit encore. Il (lit à son fils qu'il s'est trouve pris une nuit d'un songe d'après lequel il avait eu lui-même une thèse (le médecine à soutenir et qu'à cette occasion il a rédigé,de verve, deux dédicaces qu'il lui envoie: Tune adressée à Chaptal, ministre de l'Intérieur, l'autre aux membres de sa famille(à la mémoire de ma respectable mère ; à mon digne et bon père ; à mon oDclc, à mon maître, à mon ami, à mon secondpère, G.'F. Laennec, médecin à Nantes ; à la mémoire de mes parents... ; à mon frère qui remporta en l'an X le 1« prix de littérature française dans le Concours général des écoles de Paris). Puis, n'oubliant point celte chose capitale, il annonce à son fils qu'il va lui envoyer l'argent nécessaire pour faire face à toutes les obligations de sa thèse :

a Pour chemises 120 fr.

Pension de trois trimestres 900 —

Frais de thèse 500 —

&Vous recevrez encore 300 livres au premier jour; mais ne me demandez plus rien que vous ne soyez médecin. Sous trois ans, mon fils^ nous espérons composer une des familles les plus heureuses de la République, du Royaume OQ de l'Empire. Mon Théophile sera sous trois ans médecin, professeur à Paris. Mon Michaud honorablement placé daus la carrière des administrations ou dans celle du barreau, la Marie-Ânne recherchée pour la douceur de ses

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babitodesel le bonheur de ses saillies, ma pétulante et bonne compagne retroavant son Quimperlé dans le faubourg Saint-Germain etprélérant peut-être le bois de Boulogne au parc Costy... Adieu, mon cher Théophile, soyez médecin, soyez médecin, soyez médecin. »

Après avoir pris ses dernières inscriptions et payé ses frais d'examens, Laennec passe son premier examenle 7 ventôse an XII (fév. 1804), puis son second 8 jours après. Il passe ensuite d'affilée le 3®, le i"" et le 5® dans le cours d'avril. Il veut finir vite et être docteur le plus tôt possible, aussiécourte-t-il sa thèse: « J'avais formé le dessein d'offrir à l'école à laquelle je dois une grande partie de mon éducation médicale un essai sur ce sujet (la doctrine d'Hippocrate, édifiée à l'aide des idées théoriques éparses daos ses œuvres et réunies entre elles). Des circonstances particulières m'en ont empêché ; et n'ayant que quelques jours à donner à ce travail, qui exigerait un temps beaucoup plus considérable, je me contenterai d'exposer ici quelques idées sur la manière de voir d'Hippocrate en médecine pratique. »

En effet, deux mois à peine après son dernier examen, il donne une première thèse écrite en latin sur Ilippocrate : « Elle met en doute l'existence de ce . grand homme, elle insinue que les ouvrages qu'on lui attribue sont eu partie de plusieurs siècles antérieurs à la guerre du Péloponèse; et qu'enfin le nom d'Hippocrate n'est probablement qu'un nom générique comme celui des Hercules et des Pharaons » (Pariset). Puis, il donne une seconde thèse, écrite en français, beaucoup plus importante, c'est celle-là

qu'il soutient]e22 prairial an XII (11 juin 1804). Elle a pour titre : Propositions sur la doctrine d'Hippo craie relativement à la médecine pratique. Son jury était ainsi composé : président, Bourdier; juges : Baudelocque, Boyer, Chaussier, Corvisart, Doyeux . Mais le procès-verbal de soutenance est signé par : Boyer,ThîlIaye pour Deyeux, Sue pour Baudelocque, Pinel pour Chaussier. C'était en eiOfet un vice du temps à la Faculté que les professeurs fussent très fréquemment absents et se remplaçassent les uns les autres au petit bonheur. Sur ce procès-verbal, les JQges se déclarent très satisfaits de ses réponses.

Celte thèse n'a que 39pages, et il est visible qu'elle a été écrite vite; mais ce que Laennec voulait dire, il le savait si bien, il possédait tellement à fond Hippocrate que ce travail est parfait dans sa concision. D'ailleurs le succès la couronna, car ce fut une dos rares thèses du temps qui se vendirent. La dédicace n'est pas celle que souhaitait son père : le simple Laennec ne parait pas avoir goûté l'emphase paternelle et la page liminaire de rigueur ornée de toutes les chères personnes qui n'en peuvent mais, lui sembla superflue ; il dédia sa thèse à celui à qui il est redevable de sa profession de médecin, à qui il doit sa première instruction médicale et qu'il chérit particulièrement, à son oncle Guillaume-François.

la loi (ie Tan III spécifiait que les professeurs no devaient pas seulement avoir comme fonctions d'enseigner la médecine; ils devaient en outre s'occuper des travaux relatifs au perfectionnement de l'art de guérir. L'article 7 de cette loi les charge « de se livrer sans relâche à perfectionner par des recherches suivies toutes les sciences qui peuvent concourir à l'avancement de l'art de guérir ». Mais on reconnut que tes professeurs, chargés de cours et d'examens nombreux, ne pourraient suffire à cette double tâche et on résolut de leur adjoindre des collaborateurs. Divers arrêtés des ans VIII, IX et XII réglèrent cette Société qui prit le nom de Société de FE^ cole de Médecine de Paris, Elle fut composée des 27 professeurs de l'Ecole et du chef des travaux anatomiqueSy membres titulaires, de 16 associés résidants et do 16 associés résidants adjoints. Elle avait encore 60 associés nationaux en province, 60 associés étrangers et des membres correspondants en nombre illimité.

En février 1804, le ministre de l'Intérieur nomme les 16 associés résidants qui devaieut s'ajouter aux professeurs de l'Ecole. Ce sont : Alibert, Audry, Auvily, Chaptal, Cuvier, Deschamps, Judelot, Jeanroy, Jussieu, Huzard, Laporte, Lépreux, Fessier, Vauquelin, Dupuytren, Richerand. La Société de l'EcoIo de Médecine de Paris, dit VAlmanach impérial^ a été instituée pour continuer les travaux de la ci-devant Société royale de médecine et de l'ancienne Académie dé chirurgie. Elle est chargée, à cet effet, de tenir une correspondance avec les médecins et chirur-

gieos de la République, et avec les médecins étrangers sur tous les objets qui peuvent tendre aux progrès de l'art de guérir. Ses séances eurent lieu tous les quinze jours le jeudi et commencèrent avec ranoée scolaire i804-180o. Dès ses premières séances^ elle commence à élire des associés résidants adjoints. En novembre 1804, le ministre de l'Intérieur approuve le choix qu'elle a fait de Laennec, avec Geoffroy fils, Moreau et Bayle comme adjoints. Laenoec vient à peine d'être reçu docteur; cet honneur montre en quelle estime les professeurs de la Faculté tenaient leur jeune confrère. D'ailleurs dès le {^bulletin do la Société, au mois d'octobre, on jugeait digne de la publication un mémoire que Laenoec lut dans les premières séances sur la Classification des Hydatides du corps humain. C'était le début de ses travaux de parasitologie, qu'il devait cultiver avec prédilection les années suivantes.

En décembre de cette même année 1804, il lit une Noie sur Vanatomie pathologique^ où il essaie de donner une classification d'anatomie pathologique ; il la publie en janvier suivant dans le Journal de médecine de Corvisart. Cette fameuse Note devait être la cause de discussions avec Dupuytren qui réclama la priorité pour cette même classification. La dispute resta courtoise, mais le ton aigre-doux montre que Tamour-propre de chacun avait été légèrement piqué. Je vais succinctement raconter cet épisode de la vie de Laennec.

Sous la puissante impulsion do Bichat, qui venait de mourir^ les études biologiques prirent soudain un

très grand développement. Le fondateur de TAnatonrtie générale avait consacré son dernier cours à Tanalomio pathologique et les jeunes médecins qui constituaient Télite de TEcole comprirent Pimportance de cette élude et s'y adonnèrent particulièrement. Parmi eux, Laennec, comme je l'ai dit, conquit vite une place au premier rang. Ayant contrôlé la plupart des faits d'anatomio pathologique connus jusqu'alors, par les nombreuses autopsies quil pratiqua, il voulut essayer d'en établir une classification. Bonet avait été le premier à réuniren ouvrage les observations anatomiques qu'il eut l'occasion de faire; cette compilation, encore grossière, fut pour Morgagni le point de départ de son beau livre paru en 17()8 : De sedibus et causis morborumper anatomen indigetis. Depuis Walter, Sandifort, quelques Français ajoutent de nombreux matériaux, mais sans les coordonner. Bichat, enGn, essaie de diviser les lésions organiques en deux classes : les altérations communes à tous les organes, les altérations particulières à chacun d'eux. Tel était l'état de la question quand Laennec fit paraître sa Note.

11 divise les lésions en quatre classes : i^ les altorations de texture; 2° les altérations dues à la présence de corps étrangers animés; 3^ les altérations de nutrition; i"" les altérations de forme et de position. Pour la deuxième classe, on doit suivre, dit-il, la classification des naturalistes. Pour les troisième et quatrième, on devra étudier ces lésions avec chaque appareil de fonction : cœur, poumon, etc.

La Texture peut être altérée de trois manières : par

simple solution de continuité, exemple : fracture ; par accumulation ou extravasation d'un liquide naturel, exemple: apoplexie; par développement accidentel d'uQtissuou d'une matière, exemple : tubercule. Dans cette Note,il ne s'occupera que de ces tissus accidentels ettàchera de les classer. C'est le point nouveaudeson travail et intéressant pour sa discussion avecDupuytren.ll divise ces tissus accidentels en deux groupes : 1*^ ceux qui ont des analogues parmi les tissus naturels de r économie ; 2^ ceux qui n^ ont pas (T analogue et qui n'existent que par suite d'un état morbifique. Et il a soin d'ajouter en note au bas de lapage : «M.Dupuytren a aussi exposé celte division dans l'un des derniers bulletins de la Société de l'Ecole de Médecine, mais je l'ai le premier présentée au commencement de Tan XII (sept. 1803) dans un cours public d'anatomie pathologique, dont elle a fait la base. » Puis, il donne la nomenclature des tissus accidentels qui ont des analogues dans l'économie, il étudie leurs caractères généraux, ce sont les ossifications, les dégénérescences fibreuses, cartilagineuses, cornées, séreuses et muqueuses, celles-ci découvertes par Dupuytren, dit>il,dans les trajets fistulcux,etc...Les tissus accidentels qui n'ont pas d'analogues sont très nombreux, voici ceux que l'on connaît : 1** Tinflammation et ses suites; 2° les tubercules; 3° le squirrhc proprement dit; 4^1es dégénérescences gélatineuses et trois autres sortes de dégénérescences que Laennec a découvertes, qui sont : 5** la dégénérescence cérébriformc; SMes scléroses; 7^ les mélanoses.Mais il y en a bien d'autres désignées sous des noms vagues comme :

dégénérescences cancéreuses ou carcînomateuses, squirrhes, tumeurs lardacées,tumeurs anomales, stéalomes. Comment les classer?!! pense qu'elles sont formées par plusieurs genres d'altérations des 7 ordres précédents, aussi les appelle-t-il : dégénérescences composées ;ianiùi il y aurait simple juxtaposition des tissus réunis, tantôt mélange intime et confus, ce qui los rendrait méconnaissables. Cette classification n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique, mais, à celte époque, c'était une tentative heureuse et excellente en ce qu'elle donnait un inventaire exact de ce qu'on savait sans aucune fausse théorie,etron voyait pour la première fois l'Anatomie pathologique considérée comme une science à part.

Aussitôt cette Note parue, Dupuytren envoie des f observations qui sont publiées dans le numéro suivant (fév. 480o) du Journal de Médecine, Il revendique la priorité do la classification des altérations de texture en tissus analogues et sans analogues. Je n'entrerai pas dans tous les arguments qu'il donne gI à chacun desquels Laennec répondra ; j'exposerai seulement les principaux et je m'efforcerai de montrer que si cette classification devait appartenir à un seul d'entre eux, c'est à Laennec qu'elle doit revenir, mais qu'il est plus probable encore que ces deux grands hommes, aussi honorables et consciencieux Fun que l'autre, se sont simplement rencontrés dans leur manière d'en visagerl'anatomie pathologique, où ils étaient également compétents.

Dupuytren rappelle qu'il y a 6 ans qu'il s'occupe d'anatomie palhologiqne. Il a fait des tableaux des

lésioDS anatoroiques qui furent appréciés par la Société de TEcule, et des cours nombreux; sa thèse en 1803 y est consacrée, enfin en avril 1804, il a fait un rapport à la Société sur la classification qu'il revendique; récemment, au mois d'octobre 1804, il a encore lu un mémoire sur ce sujet. Or, M. Laennec, en sept. 1801, suivit un cours d'anatomie a que je lui fis et pour lequel il m'a écrit une lettre de remerciements que je possède encore ». Dans l'été de 1803, il a assisté, avec Fleury, Beauchène, Bayle, aux premières leçons du cours d'Anatomie pathologique que je fis cette année-là et qui renferme « tous les principes développés par la suite ». Un de mes élèves a déposé entre les mains du professeur Hailé larédactiondemoncours qui contient, sans exception, toutes les idées énoncées dans le Bulletin de l'Ecole. Tandis que c'est en sept. 1803 seulement que M. Laen- Q6C a fait le cours où il aurait exposé sa classification. D'ailleurs pour ce cours il a eu avec moi des conférences nombreuses et je lui ai fait souvent communication de mes recherches. « Quant à Bichat, dont le nom est répété dans cette Note avec une affectation dont tout le monde conçoit le motif, je saurai lui rendre, dans le Traité d'Anatomie pathologique qui va paraître, Fhommage qui lui est dû. .. Qu'on ne croie pas au reste que le besoin de cette juste réclamation m'empêche par la suite de rendre justice à ce que Fauteur de cette Note pourra faire par luimême sur TAnatomie pathologique. »

Dans le numéro suivant du Journal de Médecine (mars 1 SOS), où ils s'appellent mutuellement iM. D. . .

elM. L...,nous voyons ia réponse de Laennec et une nouvelle réplique de Dupuytren. a Si M. D..., dit Laennec, se fût contente d'appuyer ses prétentions d'arguments réellement probatoires et qui eussent trait à la question, mon éloignement naturel pour toute discussion polémique m'eût porté à laisser ses remarques sans réponse; et j'aurais évité de rappeler à un confrère, dont j'estime les talents, des faits qu'il a Irop oubliés et dont la publication ne saurait lui êire agréable. Mais les assertions que M. D... s'est permises attaquent plutôt mon caractère personnel qu'elles ne tendent à établir l'anlériorité qu'il croit pouvoir réclamer; je me trouve dans la nécessité de répondre article par article à ses observations. » Tout d'abord il a bien suivi un cours d'anatomio que M. D... lui flt en sept, 1801, mais c'était un cours d'anatomie descriptive; M. D...dit qu'il s'occupe d'anatomie pathologique depuis 6 ans, mais alors comment se fait-il que, dans le numéro d'août 1802 du Journal de Médecine^ il déclare lui-même qu'il s'occupe depuis un an de ce genre de recherches. D'ailleurs tout cela ne prouve rien et n'a rien à faire ici. M. D... a publié un rapport à la Société de l'Ecole de Médecine, contenant une classification en avril 1804, oui, mais c'est postérieur à mon cours de sept. 1803. Toute la question est donc résumée maintenant en ce point : M. D... a fait un cours avant moi pendant l'été de 1803, y a-t-il été question de la classification des altérations de texture? Non. Laennec a assisté aux premières leçons « et c'est parce que j'y ai assisté, dit-il, que i'ai cru pouvoir affirmer qu'il

n'y a point été question de la division dont il s'agite M.D...Qa pas d'ailleurs oublié que je devais savoir, même avant qu'il commençât son cours, la méthode qu'il y suivrait, puisque cette méthode était celle que nous avions arrêté de suivre dans un traité d'Aaalomie pathologique pour la composition duquel M. D... avait engagé M. Bayle et moi à nous associer à loi. Cette méthode était, à très peu de chose près, la même que celle de Bichat, auquel, malgré les iatentions que me suppose M. D...,je persiste à attribuer l'impulsion qui porte actuellement plusieurs jeunes médecins à cultiver d'une manière particulière l'Anatonaie pathologique ». Il n'est donc pas possible, ajoute-t-il, qu'un cahier contenant cette classification ait été déposé par un élève entre les mains du professeur Halle, « que ma confiance en son caractère et ma vénération pour sa personne m'eussent fait désirer être le seul arbitre que M. D... eût appelé en cette affaire ». Quant aux conférences et aux communications dont parle M. D..., ce furent de simples conversations, et j'ai eu soin de citer M. D... quand j'ai relaté les faits que j'avais connus parlai.

Celte réponse semblerait devoir être déûnitive ; pourtant Dupuytren réplique : mais il ne donne aucun argument nouveau, il se contente d'énumérer ses travaux d'anatomie pathologique, de prouver qu'il y abiea 6 ans qu'il s'en occupe, ce qui est vrai, et enfin il persiste à affirmer que dans son cours, do Tété de 1^03, il a exposé les mêmes idées contestées.

Que conclure? Je ferai comme les biographes de

SAlHTIG2f02f 5

Laenncc qui ont parlé de ces discussions, il est probable que tous deux avaient raison, que leurs travaux parallèles les ont conduits au même résultat et que chacun d'eux a ignoré les travaux du voisin. Les éditeurs du Journal de médecine ont bien fait de mettre un terme à cette dispute qui ne servait en rien la science et qui était indigne du caractère des deux anciens amis qu'elle avait séparés. Mais Laennec n'en garda pas rancune trop longtemps à Dupuytren et plus tard, quand il sera bien en cour, sous la Restauration, il rendra service au célèbre chirurgien, en appuyant sa sollicitation pour être nommé chirurgien de Madame.

L'étude de l'anatomie pathologique va amener Laennec à une science encore peu cultivée, la paraîsitologie. De 1804 à 1807, il parlera surtout de ses découvertes dans cette partie de l'histoire naturelle médicale à la Société de l'Ecole. Longtemps on avait confondu les kystes hydatiques avec divers genres de tumeur enkystées et on les avait regardés, de môme que ces dernières, comme un mode particulier d'altération des organes sans penser qu'ils étaient constitués par le corps de parasites. Laennec lit un travail très documenté sur ces Vers vésicu- (aires ; il a été publié in-extenso dans le tome unique des Mémoires de la Société de l'Ecole, publi* cation qui n'a pas été continuée. Il fait l'historique dt5 la découverte de ces vers et il essaye d'en donucr une classification; il en admet trois genres, les

Cysticerques^ les Polycéphales et le genre Bicorne rude. A ces trois genres déjà connus, il en ajoute UQ nouveau auquel il donne le nom d'Acéphalocyste. Parmi les Cysticerques, il en décrit un nouveau, le Cysticerque à double vessie. Il ne se contente pas d'en faire l'histoire naturelle jusque-là très obscure, d'étudier leur organisation, leurs fonctions vitales, leur reproduction ; il décrit aussi les lésions produites dans les organes de l'économie par ces parasites. Désormais les kystes hydatiques seront bien différenciés et leur étiologie connue.

Il lit encore des notes, des observations sur les ascarides lombricaux, sur des vers nouveaux qu'il ne peut encore classer, sur le tœnia visceralis, sur le di8tomusinter8ectus(l); sa compétence spéciale le fait charger d'examiner les observations transmises à la Société sur les parasites et d'en faire des rapports. En aDatomie pathologique, il donne un mémoire sur ce qu'il appelle leBmélanoses; nous verrons, en étudiant son œuvre, ce qu'on doit penser de cette description.

A cette époque, il produit beaucoup. En dehors de la Société de l'Ecole, il collabore à la Bibliothèque médicale, recueil périodique, et devient de collaboratear bénévole, rédacteur habituel du Journal de médecine en compagnie de ses amis Bouvenot et fizeau. 11 publiera alors dans ce journal à chaque numéro des extraits des ouvrages qui paraissent, et quand il analysera un ouvrage au sujet duquel il aura des observations personnelles, il fera suivre son

(1) Nous Terrons plus tard à apprécier ces divers travaux, qui eoctieonaat plttsieura erreurs.

compte-rendu de ses propres observations ; ainsi sur l'hydrocéphalie aiguë, dans le n® dejuin 1806. A partir de cette année,il rédige soit seul, soit en collaboration avec Bayle, Fizeau,Savary, les constitutions médicales, c'est-à-dire le genre des maladies prédominantes dans l'année, que cette prédominance soit due aux saisons, ou àtoute autre cause. Pour ces travauxyil puise des documents dans les trois hôpitaux qu'il fréquente, en même temps que dans sa clientèle qui commence à devenir très importante : il fait la navette dans le triangle formé par l'Hôtel-Dieu, la Charité et l'hôpital Saint-Louis.

Parmi ces nombreux comptes-rendus^ j'en citerai deux :1e compte-rendu de l'ouvrage de Brown et celui du système de Gall.

La théorie médicale du médecin anglais Brown avait fait grand bruit en Angleterre, en Allemagne, et en Italie; en France^elle était restée presque inconnue. Le Brovvnisme repose sur un principe que son inventeur appelle V excitabilité: c'est la force vitale, le fluide nerveux,le je ne sais quoi, — car Brown ne veut même pas chercher ce qu'est ce principe, et pour cause ! — par quoi un corps vivant diffère d'un cadavre. Une certaine somme d'excitabilité constitue l'état de santé, si cette quantité diminue ou augmente il y a maladie. Il n'y a que deux sortes de maladies : les maladies asthéniques par surabondance d'excitabilité et les maladies asthéniques par diminution; il n'y a par conséquent que deux indications curatives : celle de fortifier et celle de débiliter. Ce système est assez étrange. Laennec l'analyse consciencieusement

et montre sans peine son absurdité. Les idées de Brown vont toutes à rencontre non seulement des idées admises, mais même des choses démontrées : Topium est un médicament excitant, l'apoplexie est un effet de la faiblesse, la phtisie est une maladie asthénique, les tubercules dont a tant parlé sont extrêmement rares : « Si au lieu de se borner à louer Tutilité de l'anatomie pathologique, Brown eût ouvert quelques cadavres, il n'eût pas sans doute tombé dans une pareille erreur.» Le quinquina est à rejeter du traitement des fièvres, la force médicatrice de la nature n'existe pas, etc.. II attaque Hippocrate, ce que ne pardonne jamais Laennec qui cite ces paroles du Père de la médecine (il les avait inscrites à la première page de sa thèse) «... mais si quelqu'un, rejetant les travaux de ses prédécesseurs et méprisant tout, cherche par un autre chemin et avec une autre manière de voir, et qu'il se flatte d'avoir trouvé quelquechose,il se trompe et il trompe les autres. » Le système de Gall est moins absurde, mais il est encore purement hypothétique. Laennec, si attaché à l'observation pure, si ennemi des hypothèses a priori qui ne reposent pas sur dos faits, en démontre le néant. Pourtant, dans les travaux de Gall, il y a deux parties bien distinctes : la première est relative à l'organisation du cerveau, la seconde à un nouveau moyen de connaître par des caractères extérieurs les dispositions et les penchants de chaque homme. La première partie a une incontestable valeur et Laennec ne semble pas l'avoir appréciée ainsi qu'il convenait; Gall sépare bien les deux substances grise

et blanche, il admet les faisceaux distincts qui vont de la moelle au cerveau, il divise les nerfs en centripètes et centrifuges, il affirme Tentrecroisement des pyramides, mais tous ces faits, reconnus par la suite si exacts, il les affirme plutôt qu'il ne les démontre. La deuxième partie est beaucoup moins bonne, c'est de la pure hypothèse : les qualités morales et les facultés intellectuelles sont innées, le cerveau est comp<»sé d'autant d'organes particuliers qu'il y a do penchants, de sentiments, de facultés; il y a ainsi le siège de la bonté, de la ruse, de la colère, de la vanité, des couleurs, de la mémoire des mots,etc... On peut par l'examen de la boîte crânienne diagnostiquer chez l'homme vivant ses facultés et qualités fondamentales, car le siège de chaque sentiment et de chaque faculté, en se développant, a imprimé des reliefs ou bosses aux os de la voûte. Telle bosse correspond à tel sentiment,tclle autre à telje faculté. Mais qu'est-ce quile prouve? Laennec montre bien qu'il n'y alàquo des hypothèses sans valeur sclentiPique. Le moment n'était pas venu des localisations cérébrales, surtout des localisations des facultés morales et intellectuelles. Ces problèmes sont aujourd'hui loin d*ètre résolus; à l'époque de Gall, c'était perdre son temps que de s'adonner à l'art de la cranomancie.

Les deux livres-copies du père de Laennec pour les années 1803-1806 sont peu intéressants. Ils donnent quelques détails sur la carrière deMichaud. Après ses succès à Paris, le préfet de l'Oise Bilder-

bush lui offrit la place de secrétaire intime et le garda près de lui pendant deux à trois ans, en lui confiant la direction de l'Instruction publique qui était à organiser dans le département. A cette époque, les procès pour la terre de Saint-Bédan sont enfin terminés et en mai 1806 le tout fut réglé par une inscription au Grand-Livre d'une rente de 300 francs en faveur de M™® Laennec, née Urvoy de Saint-Bédan, comme dédommagement des biens de sa famille, aliénés aux enchères publiques, à titre de biens nationaux. Laennec toucha de son côté une indemnité pour le remboursement de son office d'ancien Lieutenant de l'Amirauté. En germinal an XIII (180o), il avait été nommé par décret impérial suppléant au tribunal de l**^ instance de Rennes, mais un an après il quitta ce poste pour celui plus élevé de conseiller Je préfecture du Finistère.

Dans une lettre à son fils René-Théophile, en date de 1806, il parle de Marianne, « qu'il vient d'avoir le bonheur de faire entrer aux Ursulines de O^^ifnper^ù il lui a fait meubler une cellule charmante ». Puis parlant de son Michaud, il ajoute :

« Je crois que notre Michaud sera désigné pour une place de secrétaire général ou de sous-préfet par la députation de rOiseetle préfet de ce département. Mais je m'imagine qu'il Faut aller au-devant des événements... Et vous, mon cherThéophile,où en sont vos rêves personnels? Le fameux traité (d*Anatomie pathologique) avance : je m'en doute. Je n'ai garde de vous dire qu'il faille livrer l'ouvrage tout chaud en sortant de la forge. Hâtez-vous lentement. Songez qu'il s'agît d'un livre de base pour la médecine, d'un OQvrage de base pour votre renommée. Cependant hâtez-

vous. Songez que Dupuytren est là ; que vous vous rencontrerez avec lui plus d'une fois et que, s'il vient à paraître avant vous, il vous accusera encore de lavoir volé. — Au reste ce journal que vous rédigez (le Journal de médecine de Corvisart) me paraît plus propre à vous faire connaître que le gros livre en trois volumes qui sera lu nécessairement par moins de personnes. Ce journal est perpétuellement cité c^mme autorité par les démonstrateurs de Brest, et le respectable Billard (médecin en chef) ne raé. n âge pas une occasion de faire ressortir un talent dont le Finistère s'honore. — Un habitant de Brest, qu'on ne m'a pas nommé, alla, pendant les fêtes du couronnement, conâtiUer M. Halle. La conversation étant tombée sur vous, le savant professeur dit en propres termes : votre jeune compatriote peut devenir, avant 40 ans, le premier médecin de rSurope s'il continue à travailler comme il travaille. Macie animo generose puer^ sic itur ad Astra, Vous ne tarderez pas à recevoir la caisse des livres celto-bretons. Je vous embrasse. Votre heureux père. »

En écrivant à quelques jours de là à un de ses amis il lui disait :

(^ En quittant dernièrement Douarnenez, je laissai à mon ami Jérôme Grivart, ou plutôt à ses fils, un cantique de la favon de mon fils aîné. Ils m'avaient promis de me le renvoyer et de ne point retenir copie de cet opuscule que mon Théophile ne veut point laisser transpirer, parce qu'il peut n'en être pas encore satisfait, et surtout, parce que celle excursion dans le champ de la poésie pourrait à des yeux sévères contraster un peu avec les graves études auxqu<?lles notre jeune docteur est dévoué. Réclamez mon ni a nuscrit et renvoyez-le moi. »

Dans une des lettres du père de Laennec de 1806 on voit que son fils, malgré son jeune âge, — il avait à peine 25 ans, — avait déjà pris un tel essor que sa

famille estimait qu'en 1807 ses honoraires à Paris pourraient dépasser 10.000 écus, soit 30.000 francs, et que dès lors le père pourrait cesser de lui payer la pension de 1200 francs qu'il continuait à lui servir depuis qu'il était venu à Paris.

La carrière de conseiller de préfecture de Laennec devait être traversée par un incident qui faillit lu coûter sa place, mais dont il se tira très spirituellement. Au mois de mars 1808, il avait, de son propre mouvement, ou incité par ses collègues, concouru à rémission d'un arrêté de préfecture qui ne tendait à rien moins qu'à annuler une vente de biens nationaux. Acte bien hardi que le Conseil d'Etat ne manqua pas d'inQrmer et que le gouvernement annula. Et, comme conséquence, un décret impérial suspendit le conseil entier du Finistère. Mais Laennec ne perdit pas la tête, il pensa qu'il n'y avait que l'Empereur lui-même qui pouvait détourner les suites d'un pareil coup. Aussi, tout en ne négligeant pas les sollicitations au Conseil d'Etat et aux ministres, fait-il parvenir à Napoléon un placet en vers où il met tout son esprit :

Sire, vous m*avez suspendu, La chose est de sinistre augure ; Quand tous me proclament perdu.

Votre justice me rassure.

. Vraiment je me suis trompé. Mais Qui ne perd quelquefois la carte.

Et pour me tromper jamais, Suîs-je un Dieu^ suis-je un Bonaparte ?

Trop digne d'une indemnité Dont votre bras va me répondre.

J'attends que Votre Majesté

Me nomme son préfet à... Londres.

Paris, !•' cet. 1806.

El le conseiller bas-breton, dit M. Duchâtellier, qui avait fait rire Taréopage, rentra triomphant dans son chef-lieu, innocenté de la hardiesse qu'il s'était permise et de Télan de pitié qui ne manquait jamais de le prendre à toute misère et à toute souffrance qu'il apercevait. Il resta conseiller de préfecture jusqu'en 1814 et î\ la chute de l'Empire, nous le reverrons reprendre sa lyre et chanter sur des tons nouveaux les Bourbons qui rentraient. En 1810, il avait eu le cruel chagrin de perdre son Michaud, emporté par la tuberculose pulmonaire, près de lui, à l'âge de 28 an,s.

Tandis que le père de Laennec avait enGn, à la préfecture de Brest, la place qui lui convenait, son oncle Guillaume-François, à Nantes, continuait ses fonctions de médecin en chef de l'Hôtel-Dieu. En 1806, il fut élu par la Société de l'Ecole de Médecine de Paris membre correspondant. En 1808, on créa à Nantes une Ecole secondaire de médecine. Guillaume-François fut nommé professeur de clinique interne et de matière médicale; ce fut lui qui prononça le discours d'inauguration de l'école. J'en citerai ce passage, puisque tous ses biographes le font et qu'il fut très admiré en son temps :

^' Dieu de mes pères, si Tétude de mon art ne doit me conduire qu'à douter de ta puissance ; s'il faut que, dans ce corps fragile et périssable, je ne retrouve plus cet instrument céleste de ma pensée, cette âme immortelle et libre que je tiens de ta bonté ; s'il faut qu'assimilé à la brute

stupide, dégradé dans tout mon être, je reconnaisse des penchants irrésistibles dans mon crâne et la cogitabilité dans une huître : ah! rends-moi mon ignorance I ne permets pas que je blasphème ton nom! je n'étudierai plus! »

De 1807 à 1812, Laennec continue à fréquenter assidûmentla Société del'Ëcole de Médecine. Mais après avoir, connme je Fai dit, collaboré activement pendant deux ans au journal de Gorvisart et donné de nombreux comptes-rendus^à partir de 1808, il cesse sa collaboration, il ne donne plus à ce journal que les constitutions médicales avec Bayle et Fizeau. La Société anatomique a tenu ses séances pour la dernière fois en 1808 sous sa présidence, aussi Laennec se consacre-t-il tout entier à la Société de l'ËcoIe. En 1807, il décrit une variété de hernie inguinale qu'il désigne sous le nom d'intra-pelvienne ou extra-péritonéale; son travail paraîtra en 1812 dans la traduction du Traité italien des hernies de Scarpa. Parmi les communications et les rapports qu'il fait sur les observations transmises à la Société, je citerai celui sur l'emploi de Tarsenic dans le traitement des fièvres intermittentes. C'est une question qui est à notre époque à l'ordre du jour. Laennec savait déjà de son temps tout le parti qu'on peut tirer en dehors du quinquina (la quinine n'était pas encore isolée) de l'arsenic dans les fièvres paludéennes.

L'année 1809 est une date importante dans l'histoire de la Faculté. C'est en 1809 en effet que l'Ecole de santé de Paris fut érigée en Faculté; le personnel

enseignant resta le môme, les professeurs ayant tous prêté serment de fidélité à TEmpire. Cette année-là paraît un annuaire médical, on y voit figurer Laennec, comme docteur des nouvelles écoles ; il habite ruo du Jardinet, n®3; il habitait depuis 1806 au n*» 4 de la même rue. Sa notoriété le fait désigner parla Société en compagnie de Thillayefils pour assister aux séances de l'Académie des sciences et en rendre compte.

L'année suivante, ses observations lui valurent une mention honorable dans le rapport fait à l'Institut sur le progrès des Sciences. A la Société, il lit un mémoire en latin sur Tangine de poitrine; malheurouscïnent ce mémoire n'a pas été publié. C'est en cette année 1810 que Bayle fit paraître ses remarquables Bccherches sur la Phtisie pulmonaire^ ({mx devaient être pour Laennec le point de départ de l'histoire anatuj nique complète du tubercule : c'est de ce livre que Broussais, en 1816,dans son premier JFj^ame/i des doc- ^rmg5,déclare qu'il n'y a rencontré a qu'un ennuyeux empirisme et le fatalisme le plus désespérant ».

En 1812, Laennec est nommé médecin suppléant à riiôpilal Beaujon. Les Archives de l'Assistance publique ayant étébrùléesen 1871, je n'ai pu retrouver Av traces de cette nomination. Le corps médical des hôpitaux était à cette époque ainsi composé : à la tète des services étaient les médecins et chirurgiens en chef, nommés par le ministre de l'Intérieur sur une liste arrêtée parle Conseil général des hospices. Dans les grands établissements il y avait un seul médecin et un seul chirurgien en chef. Ils étaient assistés de médecins ordinaires nommés aussi par le ministre

et de chirurgiens de 2^ classe, nommés au concours.

Dans les petits établissements, il n'y avait que des médecins ordinaires et des chirurgiens de 2^ classe. En 1810, on créa six emplois de médecins suppléants nommés encore par le ministre de Tlntérieur, pour suppléer les médecins en chefs et ordinaires quand il en serait besoin. Ce n'est qu'en 1829 que fut institué le concours pour le recrutement des médecins et chirurgiens des hôpitaux. En outre, on avait fondé rinstitution dite du Bureau Central où Ton prononçait les admissions des malades aux hôpitaux. Les médecins et chirurgiens du Bureau central étaient pris ^ cette époque en dehors des hôpitaux et nommés direc* tcment par le Conseil général des hospices. Laennec ne fit pas partie du Bureau Central.

ËQ 1812 donc, il est à Beaujon. Il y reste 2 ans. Je n'ai pu relever nulle part une trace quelconque de son passage à cet hôpital. 11 s'occupe toujours d'anatomie pathologique ; à la Société on le charge, comme les années précédentes, de rapports et d'examens des pièces anatomiques . En 1814, nous le trouvons à la Salpêtrière. La campagne de France remplissait les hôpitaux de soldats^ des médecins suppléants furent envoyés dans les plus encombrés ; à la Salpêtrière, il y eut notamment de jeunes conscrits bretons. L'évèque de Quimper, Mgr Dombideau de Crouseilhes, avec qui il était en relations, lui écrivit pour le remercier des soins qu'il prodiguait à ses compatriotes. Laennec lui répond par une lettre, conservée dans les Archives de l'évêché de Quimper; il se plaint de Tencombrement, du défaut d'aliments convenables.

de médicaments et de linge, du bouleversement qui règne partout dans l'administration : « Nos Bretons étaient, dans cette commune calamité,plus à plaindre que tous les autres malades. Isolés dans les salles où ils ne pouvaient se faire entendre de personne, presque tous attaqués dix mal dupays/iU tombaient, pour la plupart,dans le plus profond découragement, et plusieurs d'entre eux refusaient toute espèce de secours. Tous mes confrères les trouvaient plus difGciles à entendre que les Allemands et les Russes mêmes, en ce qu'ils ne font presque aucun usage du langage d'action. Ceux que j'ai pu réunir dans ma salle ont été un peu moins malheureux. J'ai eu la consolation de n'en perdre qu'un sixième. » Comme il ne se trouve pas de prêtre sachant le breton, le pieux Laennec traduit les exhortations religieuses lui-même, afin que ses malades puissent avoir quand même les secours de la religion.

En 1815, un interne de la Salpêtrière présente à la Société de l'Ecole une tumeur volumineuse du cerveau que l'on trouva chez une femme morte dans cet hospice, Laennec est chargé de l'examiner et conclut à un encéphaloïde. Il est vraiment devenu un maître incontesté en anatom e pathologique et quand paratt, à partir de 1812, le premier grand Dictionnaire des Sciences Médicales en 60 volumes, sous la direction de Alibert, Chaussier, Cuvier, Halle, Husson, Itard, Landré-Beauvais, Larrey, Marjolin, Pinel, Renauldin, Royer-CoUard, etc., est-ce lui qu'on charge des articles d'anatomie pathologique. Il donne les articles suivants : Anatomie patholo-

giqoe, Ascarides ; Garlilages accidentels, Crinon, Cucurbitains, Dégénération, Dégénérescence, Désorganisation, Ditrachycéros ou bicorne rude, Encé-* phaloïde. Fibreux, Fibro-cartilages accidentels. Pilaire, Furie infernale. Dans ces divers articles, il réédite et met au point les idées qu'il a déjà exposées antérieurement.

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