C. — Vis ou tenon au moyen duquel les deux pièces s'ar
ticulent.
D. — Embout.
plus long il serait difficile à maintenir, plus court il obligerait souvent le médecin à prendre une position gênante^ ce qu'il faut éviter pour observer exactement. Il conseille de tenir le cylindre comme une plume à écrire, en plaçant la main très près de la poitrine du malade, afin de pouvoir s'assurer que l'instrument est bien appliqué. Quand cette bonne application ne pourrait être réalisée par suite d'un amaigrissement excessif du malade qui a creusé entre les côtes des gouttières profondes, on devra remplir, dit-il, ces intervalles de charpie ou de coton recouvert d'un linge ou d'une feuille de papier. Laennec ne donna pas tout d'abord de nom à un instrument « aussi simple », mais quand on en parla dans le public médical et même extra-médical, on se servit de mots différents : « Je l'ai entendu désigner sous divers noms, tous 'impropres et quelquefois barbares, et entre autres sous ceux de sonomètre^ pectoriloque, pectoriloquie^ tkoraciloque, cornet médical, etc. Je pense que si l'on veut lui donner un nom, celui qui conviendrait le mieux serait stéthoscope. » Formé de deux mots grecs, axoicetv regarder, examiner, et(rn]Oo^, poitrine, il signifie donc instrument pour regarder, examiner dans la poitrine. Stéthoscopie ne veut donc pas dire auscultation, mais examen de la poitrine, aussi quand on applique aujourd'hui le terme stélhoscopie à un examen autre que celui de la poitrine, dit-on une absurdité ; ainsi stéthoscopie crurale^ par exemple, est un non-sens. On peut dire, si Ton veut, scopie crurale, mais non stéthoscopie crurale.
La méthode que suivit Laennoc pour étudier la nouvelle séméiologie est très simple.Aujourd'hui elle nous paraît évidente et banale. Mais de son temps» l'esprit scientifique faisait seulement son apparition en médecine et presque tous les médecins en étaient dépourvus. On se laissait aller à des théories séduisantes, on écoutait ses propres inspirations, et la recherche de la preuve, par des faits irréfutables, de ce qu'on énongait, ne paraissait pas une qualité indispensable et sine qua non de toute affirmation médicale. Nous avons déjà vu que Brown et Gall, entre autres, édifiaient leurs systèmes d'après de pures théories ne reposant sur aucune preuve précise et irréfutable; ils n'étaient pas les seuls! Nous verrons bientôt que Broussais va prétendre renouveler complètement la médecine pour obéir à une théorie qu'il invente au mépris des faits les mieux démontrés et les plus certains. Les objections auront beau se présenter nombreuses, Laennec s'efforcera de prouver que ses affirmations sont autant d'erreurs, ce sera en vain, le grand homme fougueux ne voudra rien savoir; aveuglé par sa croyance qu'il s'est forgée de toutes pièces, il mourra dans l'impénitence finale, non convaincu, mais enfin abandonné pour n'avoir pas eu l'esprit scientifique.
Cet esprit scientifique, qui est aujourd'hui, si l'on peut dire, la manière d'être de l'intelligence de tout médecin, existait à un rare degré de puissance et de
profondeur chez Laennec. Cet essai, j'espère, en fournira la preuve convaincante. Ainsi la marche que suivit Laennec pour étudier les nouveaux signes s'imposait. Constatant à l'auscultation tel ou tel phénomène, il le comparait aux autres signes physiques fournis par la vue, la palpation, la percussion, la mensuration du thorax, la succussion quand il y a lieu, il le superposait aux troubles fonctionnels et surtout au contrôle anatomo-pathologique à la table d'amphithéâtre. Le même signe se répétant dans les mêmes conditions, il pouvait alors lui attribuer son rôle séméiologique. C'est donc tout simplement la méthode banale d*observation scientiCque journellement employée aujourd'hui, mais Laennec en usa avec tant de rigueur et de génie qu'il pût, en trois ans seulement, édifier en ses moindres détails l'histoire tout entière des maladies de l'appareil respiratoire.
A la date du 5 février 1818, on lit dans le Bulletin de la Société de l'Ecole de médecine : « M .Laennec annonce à l'Assemblée qu'il y a en ce moment, à l'hôpital Necker, un malade qui présente le signe indiqué par Hippocrate de la présence de l'eau dans la poitrine, quand on le fait mouvoir rapidement par les épaules en le secouant légèrement : Et humeris apprehensum concutito. » Il ne s'agit pas encore de l'auscultation m'édiate, mais c'est l'annonce que Laennec s'occupe des signes physiques des maladies du poumon, et, de fait, c'est la première fois qu'il publie le résultat d'un point de ses recherches. Déjà la découverte était connue de toutes parts, les médecins
qui assistaient àsa clinique et àses autopsies l'avaient colportée un peu partout, dans les diverses sociétés dont ils faisaient partie; bien mieux, elle avait transpiré du milieu médical dans le grand public et la presse elle-même s'en occupait. En eiFet, le numéro du 26 septembre 1817 des Annales politiques, morales et littéraires contenait l'entrefilet suivant : (y On a rendu compte à l'une desSociétés savantes de la capitale d'un moyen d'investigation physiologique que met en pratique un médecin connu par ses travaux estimés. Pour reconnaître dans les affections de poitrine s'il y a des altérations et quel est leur siège, il se sert de la transmission du son par l'intermédiaire d'un corps conducteur dont une extrémité est appliquée à l'oreille et l'autre à l'une des parties du thorax de la personne malade. En faisant ensuite parler celle-ci, les sons de sa voix sont transmis au médecin par le conducteur, quand il se trouve des cavités et des altérations dans les organes de la poitrine. Dans l'état sain, c'est par la bouche seulement qu'il y a transmission des sons et l'on ne peut les percevoir à travers le thorax. Le conducteur le plus favorable à cette épreuve ingénieuse est un simple rouleau de plusieurs feuilles do papier. )> Cette divulgation <ist intéressante en ce qu'elle nous montre, comme la lecture de l'ouvrage de Laennec le faisait d'ailleurs apposer, que c'est par l'auscultation de la voix qu'il a commencé ses recherches, et notamment par ce qu'il a appelé la, pectoriloquie. Il lui sembla, en effet, tout à fait étonnant d'entendre chez les tuberculeux cavitaires la voix sortir du cyliudre, nette et distincte
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comme si le malade parlait à Toreille même de l'observateur, alors que chez l'homme saia la voix ne peut se propager de cette façon. C'est ce phéocmène dont il va rechercher la raison^ qui le conduira peu à peu à la découverte de la bronchophonie, de î'égophonie, des souffles.
Danscemême mois de septembre 1817, il fut appelé en consultation par M"^^' de Staël qui avait déjà consulté pour sa santé toujours mauvaise tous les médecins de l'univers. Portai était son médecin ordinaire et dans la Notice qu'il publia sur la maladie et la mort de l'illustre femme de lettres, dans le Journal univer^ sel des Sciences médicales^ on lit le curieux passage suivant : « Cependant M°^^ de Staël se plaignait d'un resserrement dans la partie supérieure de la poitrine sur laquelle un médecin nouvellement appelé fit mettre un large vésicatoire. Un autre médecin, bien connu (c'est Laennec), crut reconnaître un commencement d'hydrothorax et même entendre dans cette cavité une espèce d'ondulation, moyennant un cornet de papier dont il posa la base sur une partie du thorax et dont il introduisit la pointe dans l'une de ses oreilles . Cette méthode de reconnaître l'intérieur de la poitrine ne put me convaincre; je ne partageai pas l'opinion de ce médecin, quelque considération que je puisse avoir pour lui, la malade étant presque désenflée, ses urines étant bien rétablies, et se tenant couchée horizontalement dans son lit presque toute la journée. Mais comme le spasme paraissait dominer, ce médecin voulut qu'on le combattit par l'application de deux plaques aimantées sur la poitrine. L'insuf-
fisance de ce remède contre un aussi grand mal fut bientôt reconnue. »
Ces divulgations ne plurent pas à Laennec, ainsi qu'il le déclare dans la préface de sa première éditioû. Il aurait voulu pouvoir étudier pendant plus de temps toute la mine très riche qu'il avait découverte et ne livrer à la publicité que des conclusions certaines et définitives. Mais puisque cela n'était pas possible et que les communications sur sa méthode ne pouvaient, par leurs inexactitudes, que faire du tort « à son instrument et au but de ses recherches », il se décide à commencer lui*même dans le courant de Tannée 1818 la publication de ses premiers résultats en attendant que le Traité auquel il travaille ait paru. Le l*"* mai 1818 (1), il fait lecture d'un mémoire ou d'un ouvrage sur l'auscultation à l'aide de divers instruments d'acoustique, employés comme moyen d'exploration dans les maladies des organes que renferme la poitrine, dit textuellement le Bulletin de la Société do l'Ecole. Il continue cette lecture dans les séances des 14 mai, 18 juin 'et 9 juillet. Le 14 mai, il présente à la Société « une femme qui offre éminemment, par l'application d'un cylindre de bois creux sur l'épaule droite,les signes d'une résonnance particulière que M. Laennec désigne sous le nom de pectoriloquie. » Non content d'avoir exposé les ^andes lignes de son travail à la Société de l'Ëcole, il le présente encore à l'Institut, où,dans une séance
(l) Et non 1815, comme l'ont répété plusieurs de ses biographes après Pariset, démontrant ainsi leur rôle de simples copistes sans docttoientalion et sans esprit critique.
derAcadémie des Sciences du mois de juin, il lit un mémoire sur la pecloriloquie dans la Phtisie pulmonaire. Le 29 juin, Percy lit un rapport au nom de Portai (qui parait avoir changé d'opinion depuis sa consultation chez M^^^ de Staël),Pelietan et lui-même sur ce mémoire, en fait une analyse élogieuse, déclare qu'il a constaté avec ses collègues la réalité du phénomène de la pecloriloquie et termine ainsi : « Vos commissaires rendant à M. le D'^ Laennec, déjà très avantageusement connu par de savantes recherches sur divers sujets de médecine, toute la justice qui lui est due, ont l'honneur d'assurer à l'Académie que ce médecin, dont elle n'ignore point les titres à la conQance et à l'estime publiques, a mérité sa bienveillance particulière et un témoignage spécial de sa satisfaction pour le nouveau travail dont il lui a fait hommage. »
Cependant son livre avance, les documents qu'il juge encore en nombre insuffisant sont rassemblés, et l'été de 1819 le verra paraître. Au mois de juin de cette année,nous voyons par le Bulletin delà Société qu'il présente des portions de poumons provenant d'un individu qui avait été sujet à une sorte d'emphysème et dont il se propose de parler dans son ouvrage. Au mois d'août, la Faculté, dans une de ses séances, sur le rapport des professeurs Desgenettes, Duméril et Royer-CoUard, accepte la dédicace de son ouvrage intitulé : De F Auscultation médiate ou Traité de diagnostic des maladies des poumons et du- cœur fondé principalement sur ce nouveau moyen d'explo^ ration, — Au mois d'octobre, elle le remerciera de la
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collection des pièces d'anatomie pathologique qu'il avaitréunies dans ses autopsies et dont il fait don aux cabinets de TËcoIe de médecine.
Je n'analyserai pas ici ce Traité, je dirai seulement que Laennec y suit la méthode analytique, c'est-àdire qu'à propos de chaque signe physique il décrit les lésions anatomiques que ce signe fait connaître et la maladie qu'il indique. 11 devait en effet donner les preuves que tel phénomène est produit par telle cause, le souffle caverneux, par exemple, par l'air pénétrant dans une caverne pulmonaire formée le plus souvent par une fonte des tubercules; il était donc indispensable qu'il suive ce plan pour un premier livre traitant de faits nouveaux qu'il fallait démontrer. Plus tard, en 1826, quand il donnera sa deuxième édition, il pourra suivre une autre marche, plus ordonnée et plus facile à lire, la méthode synthétique. Les nouveaux signes étant connus et leur valeur séméiologique démontrée par la l'® édition, il pourra en effet, dansce nouveau livre, décrire d'abord la séméiolique pulmonaire, puis, dans une deuxième partie, faire l'histoire des maladies des poumons et du cœur. Mais l'une comme l'autre édition sont des monuments impérissables, elles sont justifiées toutes les deux et il ne serait pas juste do louer la seconde au détriment de la première.