‹ Lafayette et la révolution de 1830Chapitre 22 sur 30 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Ascendant de la révolution de juillet sur les peuples de l'Europe. — Elle retentit dans les Deux-Mondes. — Sympathies de l'Angleterre. — Deux systèmes de politique extérieure divisent les patriotes. ~ La non-intervention telle que la comprend Lafayette. — Système des doctrinaires, — Conséquences.

Noire révolution de juillet fut le signal des événemens les plus prodigieux en tous genres. Les peuples en tressaillirent de joie et d'espérance ^ les despotes , de crainte et de fureur : le monde entier se sentit ému d'un sentiment irrésistible de liberté (i). Mais de tous ces phénomènes le plus remarquable fut l'accord des sympathies populaires qui éclatèrent de toutes parts en faveur des Parisiens. Oubliant tout motif de division et de rivalité avec l'ancienne France , tous les peuples , sans exception , confondirent leurs vœux pour le succès de la sainte cause qui venait de

(i)Ce grand événement retentit jusque dans l'Inde. — A Delhi,la villesainte, le peuple et lesautorités indiennes et anglaises le célébrèrent par un magnifique banquet auquel fut invité un naturaliste français , M. Jacquemont, qui se trouvait alors dans ceslointains parages. — Les habitans des bords du Gange buvant aux hommes des barricades et criant : Vive Lafayette! Quel sujet de méditation pour la politique et la philosophie .'

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triompher aux barricades : on eût dit une famille de nations solidaires et également appelées à participer aux avantaees d'une immense rénovation sociale et politique. Enfin , la révolution de juillet apparaissait comme un bienfait ressenti par l'espèce humaine, et pour lequel le monde civilisé témoignait une reconnaissance profonde au peuple le plus avancé dans la civilisation. C'était un événement qui élevait la dignité de notre commune nature, et agrandissait le caractère de toutes les nations. Il n'y avait pas, dans le monde, un tyran qui ne tremblât, pas un esclave qui ne trouvât ses fers plus légers en contemplant la France. Les Anglais, surtout, semblaient ne point avoir assez de tout leur enthousiasme. Whigs, torys ou radicaux, anglicans, presbytériens, méthodistes ou catholiques , riches ou pauvres, tous les partis qui couvrent le sol de la Grande-Bretagne nous admiraient dans le combat, nous admiraient après la victoire, et se prosternaient devant le peuple qui avait pu , en trois jours , se relever de huit siècles de flétrissure et réduire une monarchie, dérivation de la conquête dans l'enfance de l'état social, à n'être plus qu'une simple forme de gouvernement, ouverte à tous les perfectionnemens de l'avenir.

Qui ne se rappelle ces nombreuses dépulations accourues de toutes les parties de l'Ecosse, de l'Irlande et de l'Angleterre, pour féliciter le grand peuple et le grand citoyen qu'il avait placé à sa tcte? Et quel langage que celui de ces hommes libres ! Ecoutons un instant le chef de la dépulation àe Londres, ap})ortant à

l'Hôtel-de-Ville les vœux et les offrandes de cette grande cité. « La leçon imparfaite que notre patrie » a donnée;, vous l'avez, dit-il , faite large et com- » plète. Le monde vous doit une dette immense de )) gratitude. Pour nous, nous le reconnaissons et » nous tâcherons de le faire reconnaître , la victoire » que vous avez remportée est celle de l'humanité , )) et nous sommes fiers de vous , qui avez si no- » blement établi ses droits et rempli ses devoirs.

» Vous avez bravement combattu pour la liberté , » portait l'adresse des habitans de Londres 3 « vous » avez noblem.ent usé de la victoire 3 nous vous fé- » licitons sincèrement. L^histoire a peu de pages » dont la gloire ne soit pas ternie ; elle n'en a pas » de plus brillante que celle de votre glorieuse ré- )) volution, à transmettre aux siècles futurs. Puissç » le patriotisme y méditer ses sublimes devoirs,, et » l'héroïsme y puiser ses plus hautes leçons! Nous. » souhaitons que la liberté qui a été établie par un )) triomphe si éclatant se perpétue chez vous d'âge )) en âge; que sous ses saints auspices, le règne de la » paix et de la prospérité publique soit tout-puis- » sant et qu'aux pieds de leurs autels nous ensevelis- » sions tout vestige de jalousie et d'animosité. Nous » exprimons ici solennellement la conviction que le » grand intérêt de la liberté est le grand et commun » intérêt du genre humain (i). »

L'enthousiasme des Anglais pour le courage des

(i) Moniteur du 28 août i83o.

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Parisiens ne se borna point à ces démonstrations. Ils voulurent faire un acte plus positif d'adhésion aux principes pour lesquels les hommes de juillet venaient de combattre et de vaincre. Dans tous les bureaux des journaux, dans toutes les administrations publiques , dans toutes les communes des trois royaumes, des souscriptions furent ouvertes pour venir au secours des blessés et des familles des patriotes morts dans les trois grandes journées. Les magistrats municipaux des villes et villages convoquèrent des assemblées publiques , tant pour imprimer un caractère solennel à ces actes d'adhésion nationale , que pour régulariser le versement des fonds. Enfin, ces témoignages d'approbation furent considérés comme si imporlans que, pour que tout le monde pût y concourir, on reçut jusqu'à la modeste offrande d'un penny (ro centimes). :\j,^

En ce moment, les élections pour un nouveau parlement se faisaient dans toute la Grande-Bretagne. Les électeurs exigeaient, comme déclaration de principes , un assentiment public à la révolution de juillet; et il n'était point de candidat, soit du ministère, soit de l'opposition, qui, avant de réclamer les suffrages de ses concitoyens , ne se crut obligé de faire un pompeux éloge des héros des barricades. Je citerai quelques fragmens de ces discours comme les traits les plus caractéristiques de cette époque.

« Je suis entièrement persuadé . disait M. Broug-

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» ham (i), aux électeurs d'York, que si cela deve- » nait nécessaire, les mêmes mains que vous venez » de lever pour le choix de vos représenlans, se- » raient prêtes à combattre avec autant d'énergie que » les Français. Cette nation voisine vous offre main- » tenant le glorieux exemple de ses efforts pour la » cause sacrée de la liberté. Après avoir été long-temps » votre ennemie, elle est devenue votre rivale dans » la lutte pour la liberté ; votre histoire est devenue » la sienne. Réveillée sous le poids d'une oppression » intolérable , elle s'est levée dans sa puissance , » et, ainsi que le firent vos ancêtres , elle a chassé » un tyran du trône qu'il souillait. J'ai la confiance » que cette nation, après avoir infligé a ses ministres » un châtiment tel que leurs successeurs seront a ja- )) mais détournés de suivre leur exemple , rentrera )) dans l'état de repos d'où l'oppression l'a fait sor- )) tir, et qu^elle montrera autant de modération dans » son triomphe qu'elle a manifesté de vigueur et de » courage dans sa résistance. Que la France et l'An- » gleterre se regardent donc comme des amies insé- )) parables, et s'attachent à maintenir la paix qui » doit rester inviolable entre elles ! »

« Messieurs , » écrivait sir Francis Burdett aux électeurs de Westminster, « les événemens qui » viennent de se passer en France sont si prodi- » gieux , ils ont été si admirablement conduits, qu'il » m'est impossible de penser à autre chose ; et bien

(i) Aujourd'imi grand chancelier d'Angleterre.

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)» que je ressente , comme je le dois , l'honneur que » vous m'avez fait en me choisissant pour vous re- » présenter au Parlement, à peine sais-je comment » vous en exprimer ma reconnaissance. Quel spectacle )) plus sublime et .plus digne des regards de Dieu » que celui d'une grande nation combattant pour la » liberté , la ressaisissant et vengeant , en quelque » sorte, les franchises et les droits méconnus du » genre humain tout entier ! Vous vous joindrez à » moi, messieurs, pour bénir le peuple français. »

Enfin, le contre-coup de juillet renversa le ministère tory et produisit cette heureuse fermentation qui a précipité le succès du bill de réforme, si long-temps contesté dans le Parlement britannique.

La sensation produite, aux États-Unis, par la révolution de juillet, fut encore plus profonde que sur tout autre point du Globe. A peine eut-on appris, à New-York, la nouvelle des mouvemens de Paris et la position de Lafayette placé à la tête de la force publique parla volonté du peuple, que la cité américaine se livra toute entière aux démonstrations d'une joie délirante. Toutes les cloches sonnèrent, toutes les maisons furent illuminées et pavoisées de drapeaux tricolores , et une fête aussi brillante , aussi solennelle, aussi nombreuse qu'aucune de celles qui avaient été célébrées pour les triomphes de l'Amérique , fut organisée en l'honneur de la victoire de Paris. Il en fut de même à Boston, à Philadelphie, à Baltimore, àRichemont, à Charlestown , à la Nouvelle-Orléans, et dans toute l'étendue des Etats-Unis, qui s'empres-

sèrent d'envoyer des secours, des adresses et des députations au peuple français , à la garde nationale et à Lafajette. Le drapeau dont la Nouvelle-Orléans fit hommage dans celte circonstance au peuple de Paris flotte encore dans une des salles de l'Jlôtel-de- Ville. Toutes ces adresses respiraient la plus grande, la plus pure admiration pour la révolution et les hommes de juillet, et exprimaient la plus touchante communauté de sentimens et de principes.

L'enthousiasme du gouvernement américain ne resta point en arrière de celai du peuple. Le 7 décembre , le président des Etats-Unis , dans son message, à l'ouverture du Congrès, fit le plus pompeux éloge de l'héroïsm.e, de la sagesse et de la générosité que le peuple français avait déployés dans cette grande révolution. En se félicitant avec ses concitoyens d'un événement si important pour les plus chers intérêts de l'humanité, il ne faisait, disait-il, que répondre à la voix de sa patrie. On ne pouvait attendre d'un peuple tel que la na'ion américaine que la plus profonde sympathie pour le triomphe des principes sacrés de la liberté , remporté d'une manière si digne «'une si belle cause, et couronné par l'héroïque moéralion, qui avait sanctifié la révolution. « Malgré » les fortes assurances, ajouta-t-il, que l'homme pour » lequel nous avons tant d'amour et de juste admi- » ration a données au monde, de son estime pour )) le caractère du nouveau Roi des Français, carac- )i tère qui, s'il le soutient jusqu'au bout , assurera à » ce prince la haute renommée d'un roi patriote y

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» malgré cette assurance , ce n'est pas de son triom- » phe, mais bien de celui du grand principe qui l'a ») porté sur le irône^ l'autorité souveraine de la vo- » lonlé publique, que le peuple américain se réjouit. >*

Les sympathies du continent américain pour la révolution de juillet ne s'arrêtèrent pas aux Elals- Unis. A Mexico, Bogota, la Véra-Cruz, au Chili, dans les républiques péruvienne , bolivienne , centrale, des adresses de félicilation furent rédigées et envoyées à la population parisienne , au peuple français, à la garde nationale et à Lafayelte.

A notre exemple, la soif de la liberté et l'amour de l'ordre éclatèrent de toutes parts sur le continent de l'Europe ; la Belgique et la Pologne ouvrirent la carrière, avec des forces et une sagesse qui, jusqu'alors, n'avaient jamais été le partage des peuples en insurrection; Tltalie, honteuse de sa dégradation, se parsema de complots j l'Allemagne réclama impérieusement la foi des engagemens pris depuis quinze ans envers elle ; la Suisse voulut secouer le joug d'une oligarchie républicaine , mais insolente , comme le sont toutes les aristocraties ; l'Espagne et le Portugal n'attendaient qu'une main secourable pour préluder à leur résurrection • enfin , les intérêts du despotisme étaient partout tombés devant l'intérêt commun des peuples , et l'Europe semblait n'attendre qu'un signe de la France pour rentrer dans la plénitude de ses droits suspendus mais non prescrits.

Dans cet état de choses^ quelle devait être la po-

litique extérieure de la révolution, de juillet? Cette révolution consommée , existait-il encore un droit public européen^, et cet événement n'avait-il pas détruit tous les systèmes qu'avaient enfantés quinze années d'imprévoyance et de servitude de la part des peuples , d'aveuglement et d'oppression de la part des rois? Enfin, le moment n'était-il point arrivé, pour l'Europe , de se créer un nouveau code politique, basé, non plus sur des traditions, mais bien sur les nécessités actuelles? L'histoire répondra; elle dira si le gouvernement représentatif est oui ou non une vaste organisation qui ne peut vivre que d'une vie générale , et si , en permettant l'avilissement de la liberté chez ses alliés naturels, le gouvernement de juillet n'a point annoncé sa dégradation et travaillé à sa propre ruine. Ma tâche, à moi, n'est point ici de rechercher ce qu'il fallait faire, mais de dire ce qu'on a fait.

Immédiatement après les journées de juillet, deux systèmes de politique extérieure se présentaient à l'adoption de la France, en attendant le développement d'un avenir gros de tant de hasards. Je dois rechercher les motifs de ces deux systèmes , que les meilleurs patriotes considéraient comme propres, l'un et l'autre, mais par des voies différentes, à adapter la position de la France aux circonstances nouvelles dans lesquelles la révolution l'avait placée.

Un parti nombreux pensait avec raison qu'une monarchie, née dans trois jours de la souveraineté du peuple, ne pourrait point coexister long-temps avec

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les vieux dogmes de la légitimité , que la révolution venait de broyer en France. Ce parti croyait que le moment était décisif pour la gloire et la sécurité du pays^ et que les intérêts comme les devoirs d'une monarchie appuyée sur un acte destructif de l'esprit et de la lettre des traités de i8i4 et i8i5 , étaient évidemment de laisser le mouvement révolutionnaire parcourir toute sa sphère nationale, balayer jusqu'au Rhin les ignominies de ces traités , et de là provoquer à un changement complet du droit public européen, œuvre de violence, agglomération d'alliances contre nature et de charges sans compensations , qui certes ne pouvait obliger les peuples opprimés qu'aussi long-temps qu'ils manqueraient des moyens de s'en affranchir.

Quant à la foi due à ces traités, les partisans de la guerre répondaient, en morale politique, que c'était une horrible corruption du droit que d'en faire un instrument d'oppression et de ruine; en fait, ils citaient toutes les guerres que ceux-là même qui invoquaient les traités , avaient entreprises pour échapper aux obligations qu'ils s'étaient imposées. Quel cas, disaient-ils, l'Autriche a-t-elle fait de tous les traités qu'elle a conclus avec la République, le Consulat et l'Empire? Comment l'Angleterre a-t-elle observé le traité d'Amiens , la Prusse celui de Presbourg et de Tilzilt, et la Russie ce même traité de Vienne qui avait doté l'héroïque Pologne d'un semblant de nationalité et de quelques simulacres de liberté? Les partisans delà guerre ne voyaient de conditions

ai

3l7. LAFAYETTE

(]e stabilité et de durée pour la révolution de juillet, que dans un ensemble de perturbations analogues qui rompît tous les liens de patronage et d'infériorité établis par les traités de i8i4 et de i8i5; traités en vertu desquels la Prusse domine de Thionviile à Memel, l'Aulriche du lac de Constance aux portes de Belgrade, et du Tanaro aux frontières de la Turquie ; et , ce qui est bien autrement alarmant pour la civilisation de l'Europe , en vertu desquels un Empire semi-barbare, s'est établi sur l'Oder, d'où il menace l'Elbe, la Yeser et le Rhin.

Enfin , le parti de la guerre voulait que l'équilibre de l'Europe se rétablit, non par des déchiremens, mais par un retour équitable aux nationalités naturelles , et il ne croyait pas que la monarchie de juillet fût tenue de ratifier la spoliation de Landau, de Sarre-Louis, de Philippe-Ville , de Chambéry, d'Huningue, etc; à ses yeux la France devait se fc^.ire aussi forte de ses alliances que de son propre poids; et ses alliés, à elle, il les voyait, non dans les grandes puissances, mais dans les états secondaires qu'elle avait pris sous son égide, depuis la guerre de la réformation : dans les Polonais, les Belges, les Suédois, les Danois, les membres indépendans de la famille allemande, les hommes libres de tous les pays. En résumé, ce parti, se rappelant avec orgueil que la France avait de tous temps uni sa cause à celle des nations faibles et opprimées, que, catholique, elle avait embrassé la défense du protestantisme , que monarchique absolue, elle avait combattu pourl'in-

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surrection républicaine, demandait hautement qu'elle portât aujourd'hui ses doctrines populaires sur le Rhin, les Pyrénées , le versant des Alpes , et que là , se présentant comme appui ou comme arbitre , elle garantit aux peuples qui voulaient être libres , le droit de se faire tels, et à ceux, s'il s'en trouve, qui préfèrent le pouvoir absolu, la faculté de le conserver ; car, à quelcjue nuance d'opinion qu'ils appartiennent, les véritables hommes de juillet ne prétendent pas plus au droit de contester le fanatisme de l'esclavage, qu'ils n'accordent celui d'attaquer l'enthousiasme de . la liberté.

Tel est le premier sj stème de politique extérieure que les amis les plus ardens de la révolution de i83o appelaient de leurs vœux. Eût-il obtenu les résultats qu'ils s'en promettaient ? Je l'ignore ; mais ce que je sais , c'est que le renversement du trône le plus antique de l'Europe, le retour inattendu de l'Angleterre à une libéralité relativement excessive, la résurrection de la Belgique, les prodigieux combats de la Pologne , les convulsions de l'Italie , les mouvemens de la Suisse, les émotions de l'Allemagne, et jusqu'aux patriotiques réminiscences de l'Espagne, semblaient annoncer que l'heure de la complète réhabilitation de la France, et de l'affranchissement de l'Europe avait sonné : le reste appartenait à la proviflence.

Cependant l'enthousiasme , même celui de la liberté, a ses vicissitudes, l'humanité a ses droits, la guerre ses hasards, la fortune ses retours ; et de ces retours pouvaient dépendre, aux yeux d'un grand

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nombre d'excellens patriotes , le sort de la France et les prochaines destinées de l'Europe. La victoire était promise à la liberté naissante; mais, enfin, la révolution pouvait être vaincue : et se fîgure-t-on ce que, alors , nous aurait rapporté , triomphante , cette légitimité qui, au penchant de sa ruine , nous déniait si insolemment un simulacre de liberté ?

Cette appréhension, jointe aux senlimens des maux et des sacrifices que devait nécessairement entraîner la plus juste des guerres , imposa à d'excellens citoyens le devoir de rechercher s'il n'existait pas une autre voie que celle des combats , pour consacrer la révolution de juillet, et garantir aux grandes individualités nationales , que cette révolution avait réveillées, la faculté d'agir librement sur elles-mêmes. Sans doule tout le monde sentait que du sort des révolutions Belge, Polonaise, Italienne, pouvait dépendre, en dernière analyse, le sort de la seconde révolution française ; mais tout le monde savait aussi qu'il suffisait de garantir à ces peuples le libre développement de leurs forces , pour que , surtout dans le premier élan de leur réveil , ils pussent accomplir le grand œuvre de leur regénération par eux-mêmes.

Telles sont les opinions qui, dans les premières journées qui suivirent la révolution de juillet, rattachèrent à ces deux systèmes de paix et de guerre, des citoyens également dévoués aux intérêts de la France et à la liberté de l'Europe : d'un côté, des patriotes demandant une attaque soudaine, spontanée, impétueuse comme la révolution elle-même;

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de l'autre, encore des patriotes qui , pensant qu'assez de courage avait ennobli cette révolution, pour qu'elle n'eût plus besoin de sang , préféraient aux hasards des combats un système , défini, rigoureux, inflexible de non-intervention.

Lafavette se rangea à ce dernier sentiment. Eut-il tort ou raison? on peut penser différemment à cet égard . Cependant il est permis de croire que si, au lieu d'amoindrir le système de non-intervention jusqu'à l'absurde , au lieu de le laisser façonner aux calculs de toutes les iniquités monarchiques j au lieu de le dénaturer par les interprétations les plus insolemment jésuitiques, on l'eût maintenu, et au besoin défendu^ les armes à.la main, dans tout son rigorisme, tel enfin queLafayette l'avait approuvé , la Pologne, la Belgique et l'Italie auraient aujourd'hui secoué le joug qui foule aux pieds leurs droits et menace les nôtres. Et ce n'était point là un système aussi insolite qu'on veut bien le dire. Trente-huit ans plus tôt les Fox, les Grej, les Erskine , en avaient jeté les bases, en demandant la non-intervention des puissances dans les affaires des autres pays, et en déclarant que cette non-intervention suffirait pour que la liberté portât ses fruits naturels non-seulement en France, mais sur tout le continent de l'Europe. Or, pourquoi ce qui était déjà possible en 179-2 ne l'eûtil plus été en i83o ?

En thèse générale : la non-intervention dans tout ce que la lettre et l'esprit de ce mot ont d'inexorable, si non la guerre avec toutes ses chances, loulcs ses

SaG LAFAYETTE

conséquences, telle était, dans les premiers jours de la révolution de juillet, la politique de Lafayette, ainsi que celle de quelques-uns des membres du premier cabinet de Louis Philippe.

Voici quelques faits qui prouveront comment la couronne et ses conseillers ont feint l'entendre , ce système, tant que leur conduite a été dominée par l'influence révolutionnaire. Je prends à dessein mes autorités dans une époque à laquelle la royauté de juillet avait déjà commencé à abjurer son principe.

Le 20 décembre, le chef du ministère du 3 novembre disait à la tribune :

« La France ne permettra point que le principe » de non-intervention soit violé, mais elle s'effor- » cera aussi d'empêcher que l'on ne compromette » la paix si elle peut titre conservée ; et si la guerre » devient inévitable, il faut qu'il soit prouvé à la » face du monde, que nous ne l'avons faite que » parce qu'on nous a mis entre la guerre et l'abandon » de nos principes.

» Nous continuerons donc à négocier , mais en » négociant nous armerons.

» SoLis très-peu de temps, messieurs, nous aurons, » outre nos places fortes approvisionnées et défen- » dues, 5oo,ooo hommes en bataille bien armés, » bien organisés, bien commandés; un million de » gardes nationaux les appuyèrent 5 et le Roi, s'il » en était besoin , se mettrait à la tête de la Nation.

» Nous marcherons serrés, forts de notre bon droit » et de la puissance de nos principes. Si les tempêtes

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» éclataient à la vue de nos trois couleurs, et se » faisaient nos auxiliaires , tant pis pour ceux qui les » auraient déchaînées , nous n'en serions pas comp- » tables à l'univers. »

Voilà nettement décrit le système de non-intetvention , tel que la nouvelle dynastie l'avait accepté. Quel en était le but ? Je laisse encore parler les ministres de cette dynastie.

» La sainte alliance, disait M. Laffîtte, avait pour » objet d'étouffer, par des efforts communs, la liberté » des peuples partout où elle viendrait à se montrer; » le principe nouveau, proclamé parla France, a dû » être de laisser se déployer la liberté partout où » elle viendrait à naître naturellement. Le principe » de la non-intervention a le double objet de faire » respecter la liberté partout, mais de ne hâter sa ve- » nue nulle part ; parce qu'elle n'est bonne que là M où elle est un fruit naturel; parce que l'expérience » a prouvé que , dans tous les pays , la liberté appor- )i tée par l'étranger était un présent aussi funeste que » le despotisme. Plus d'intervention d'aucun genre : » tel a été le système delà France. Il a l'avantage de » garantir notre indépendance ainsi que celle des » pays nouvellement affranchis. »

Cependant renonciation d'un principe n'est rien ; son application est tout. Or à quoi le principe de non-intervention a-t-il été appliqué par la monarchie de juillet? L'a-t-il été à l'Italie où les Autrichiens sont entrés malgré nous , et d'où ils ne sont sortis, une première fois, qu'après avoir écrasé cette

liberté que le Roi des Français voulait voir se ddployer partout où elle viendrait a naître naturellement'^ L'a-t-il été à la Pologne?... L'a-t-il été même à la Belgique, sur le sort de laquelle l'action permanente de la conférence de Londres exerce depuis dix-huit mois la plus directe des interventions? non assurément, car si la partie de soldats que nous avons été jouer sur les bords de l'Escaut était considérée comme une conséquence du principe de non-intervention, ce qui serait difficile, l'histoire demanderait compte de l'abandon des Polonais qui se trouvaient , à l'égard du Czar , dans une position parfaitement semblable à celle des Belges envers Guillaume. La postérité dira, à ce triste sujet, que ISicolas osa insulter à la Boyauté des barricades, et que ce premier cri d'un barbare glaça le courage de la France de juillet.

Si j'interroge de plus récens souvenirs , j'y trouve des preuves d'une déception ou d'un aveuglement, en dehors de toute comparaison. A l'ouverture de la session actuelle la couronne garantissait encore à l'Italie pontificale, //«efl/?ww^((? réelle, V abolition de la confiscation et des améliorations positives dans l'ordre administratif et judiciaire. Eh bien! qu'y a-t-il de réel dans cette amnistie réelle? Les cachots de Venise confiant aux donjons de Milan, les patriotes que la France n'a pas su disputer à quelques pirates autrichiens ; la guerre civile désolant de nouveau les campagnes de Rome, le sac de Césène, des femmes, des enfans, des vieillards assassinés par des brigands enrégimentés sous les bannières de la croix , et un tribunal de

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sang renouvelé de la barbarie du moyen âge. Ce qu'il y a de réel dans l'indépendance promise à l'Italie centrale, ce sont les armes et les intrigues de l'Autriche, tendant incessamment à la domination de toute la Péninsule.

A propos de la Belgique , Louis-Philippe a dit : les places élevées pour menacer la France seront démolies j elles sont debout.

La natlonnlitc polonaise ne périra pas. Hélas ! qu'eslelle devenue cette nationalité d'un peuple magnanime, dont le triste sort est d'être assassiné quatre fois par siècle par la lâcheté de l'Europe? Voyez cette race de héros livrée au glaive de ses tyrans ; les déserts de la Sibérie se peuplant de ces hommes à qui la postérité élèvera des autels ; ces quelques débris de braves nous demandant une hospitalité qu'une politique timorée ose à peine leur accorder • interrogez celte paix des tombeaux, ce silence de mort qui planent sur la patrie héroïque Il n'est plus de Pologne : le Russe seul, est assis au foyer du grand peuple.

Telles sont les conséquences de l'abandon du principe de non-intervention constamment invoqué par Lafayette... Au lieu de protéger nos amis, la royauté de juillet a permis leur avilissement, au mépris de ses plus solennelles promesses ; au lieu de se ménager au loin des moyens d'attaque et de défense, elle attend l'ennemi dans le corps de la place; et tandis qu'il est évident, comme la lumière du jour, que les monarchies absolues se rapprochent et se liguent , elle, fille d'une révolution, renie ses auxiliaires naturels,

et se complaît à échanger, contre une soumission abjecte, tous nos souvenirs de gloire et de puissance. Je ne sais de quel nom elle décore sa politique, mais celui que lui réserve l'histoire, je le connais.

Mais, dit-on, la paix est assurée, et bientôt un désarmement général couronnera le système du cabinet du 1 3 mars ; et cette paix et ce désarmement donneront un démenti positif aux prédicans de la guerre. Arrière donc toutes les incertitudes^ toutes les alternatives de calme et de tempête qui glaçaient les cœurs et frappaient la France d'interdit. Le fait est constant ; il était faux que la révolution de juillet dût chercher son triomphe dans l'identité des intérêts français avec les intérêts de tous les peuples au sein desquels le volcan avait jeté des brandons de liberté ! Voyez : ceux de ces peuples qui , à notre exemple, s'étaient levés pour reconquérir leur patrie, leurs noms^ leurs mœurs, leurs physionomies distinctives, et des lois conformes à leur nature, sont de nouveau courbés sous le joug; en Pologne, une politique réactionnaire, vindicative^ barbare, a pulvérisé jusqu'aux derniers élémens de cette nationalité que la parole du Roi des Français avait garantie à la face de l'univers; l'Italie, décimée par un prêtre , est encore en proie à toutes les calamités de la guerre civile et d'une double intervention étrangère ; la Belgique est encore enchainée dans une situation contrainte et fausse ; des convulsions nouvelles s'élaborent en Espagne et en Portugal ; la Suisse se démembre; partout les indépendances

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nationales, les sécurités personnelles, les progrès delà civilisation sont menacés; enfin, tout en Europe se heurte sans se rapprocher , se confond sans s'unir; et, cependant, les ratifications des 5>4 articles sont échangées , la paix n'est })lus douteuse , la royaulé de juillet s'est intercallée dans la famille des monarchies légitimes, le juste-milieu triomphe, et la paix sera maintenue : voilà les résultats pratiques de cette diplomatie si inactive, si expectante, si lâche, qui, au milieu du mouvement rapide (jui entraîne l'Europe, semblait , disiez- vous, frapper de mutisme cette noble France de juillet qui , selon vous , ne pouvait reconquérir la notoriété de sa prépondérance qu'en se montrant résolue à braver tous les périls, et en donnant au monde une grande idée de sa détermination et de son courage. Eh bien! cette idée, elle l'a brocantée pour des lettres de vasselage; sa robe virile, elle l'a dépouillée pour prendre les langes de la saintealliance ; ce caractère de la révolution de juillet, qui devait prédominer dans toutes les situations possibles , cet ascendant de la raison armée , de la force aux mains de la liberté, qu'elle devait exercer dans les conseils de l'Europe , elle les a échangés contre la honte et les dommages d'une accolade royale : et cependant la paix est assurée. Qu'avezvous encore à dire? Croyez en nous, et taisez-vous. Ainsi argumentent les doctrinaires.

Soit : la guerre est conjurée, l'exécution des oI\ articles est garantie par toutes les puissances ; la Hollande

elle-même est contrainte à se soumettre à toutes les stipulations de ce traité ; elle reconnaît le roi Léopold et accrédite un ambassadeur à sa cour ; la Russie dégarnit la Pologne d'une partie des régimens qui en couvrent le sol ; enfin , la paix de l'Europe est définitivement arrêtée sur ces bases. Acceptons toutes ces choses comme faits accomplis^ et admettons même qu'un désarmement;, que la différence des systèmes militaires de l'Europe rendra toujours illusoire, vienne couronner cette paix, et fixer les divers peuples du continent de l'Europe dans les conditions précaires , fausses , ruineuses , dans lesquelles ils se trouvent , tant à l'égard les uns des autres que dans leurs rapporis avec leurs gouvernemens respectifs. Eh bien ! est-il un homme de sens et de prévision qui puisse croire à la durée de cette réorganisation monstrueuse, et ne point être convaincu qu'un tel état de choses recèle nécessairement de nouveaux et prochains déchiremens ?

Cette croyance bénévole, que quelques observateurs superficiels mais de bonne foi, ont dans la durée de cette paix, est le résultat d'une erreur grave et trop souvent accréditée par les fausses préoccupations des amis même de la liberté. Après la révolution de juillet on a interverti les rôles, en prêtant à la France le besoin de conserver la paix, et aux gouvernemens étrangers , le dessein de lui faire une guerre immédiate ; et le gouvernement a très-habilement exploité cette opinion, pour se donner le mérite de la difficulté vaincue. De là, les argumens tirés du démembrement

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de l'armée et de l'infériorité relative de nos forces militaires ; de là l'explication de toutes les concessions honteuses, de toutes les lâchetés diplomatiques dont l'imminente nécessité nous a fait une loi; de là, enfin , l'impossibilité motivée de sauver laPologne et l'Italie. Cependant le plus simple bon sens suffit pour faire justice de ces arguties. Comment, en effet, supposer qu'après les événemens de juillet, laPrusse,, l'Autriche , la Russie et l'Espagne i^ car l'An^'Ieterre était hors de cause) , étaient assez aveugles pour vouloir attaquer la France soulevée par une immense révolution, et ayant pour avant-garde une ceinture de peuples en insurrection ? Comment renouer, alors, une coalition, déjà scindée par la levée de boucliers de la Belgique, de la Pologne, de l'Italie el de quelques provinces allemandes? N'était -il pas évident qu'avant de menacer le Rhin , les Alpes et les Pyrénées , la sainte-alliance eût dû attendre le résultat de quelques campagnes sur la Vistule, l'Elbe, le Rhin, le Pô etl'Ebre? Et, quel que fût l'état de notre armée, la France n'avait-elle point tout le temps nécessaire, n'avait-elle point surtout plus d'élémens qu'il ne lui en fallait , pour s'organiser formidable derrière les populations étrangères combattant, devant elle, pour une cause qui était la leur ? A-t-on oublié l'élan révolutionnaire qui, dans un mois, eût jeté aux frontières toutes les existences que les journées de juillet avaient déplacées.'* A-t-on oublié ces trente mille volontaires que, dans quinze jours, la seule ville de Paris avait fournis aux cadres de l'armée ?

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A-t-on oublié, enfin, les triomphes de 92, obtenus avec des moyens si inférieurs aux ressources morales et matérielles qu'offrait la situation de i83o ? Aujourd'hui, comme alors, la France était un soldat; mais aujourd'hui plus qu'alors ce sr)ldat avait pour camarade de lit et de combat, l'Europe-peuple ; et sa cause, aux yeux de tous , était une révolution pure des terreurs et des excès qui avaient dénaturé le caractère primitif de son aînée.

C'était donc, comme je l'ai déjà dit, à l'Europe à demander la paix , et à nous à savoir s'il était dans nos intérêts bien entendus , de l'accorder. Le plus habile calcul de la politique des cabinets a été de conjurer une tempête qui pouvait les bouleverser, tout en se donnant l'air de nous faire grâce de la guerre ; la plus inconcevable ineptie de notre gouvernement a été de laisser revenir les rois de leur stupeur, les peuples de leurs espérances, et de réduire l'honneur de sa diplomatie à éviter un conflit dans lequel ses ennemis ne voulaient ni ne pouvaient s'engager. Enfin, que l'honneur de la France, sa renommée, sa parole envers les peuples, n'aient été comptés pour rien par la royauté de juillet , je le conçois : ce n'est point la première fois que des intérêts privés ont prévalu sur le grand intérêt de la patrie. Mais comment ne point sentir que tous les despolismes, qui vivent d'une vie commune, n'a\ant point abdiqué avec Charles X, ne pouvaient point pardonner à la révolution de juillet, mais devaient attendre, pour l'attaquer, que le temps et nos discordes intestines l'eus-

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sent dépouillée de tout ce qu'elle avait dépassionné, d'ambitieux, de populaire, de redoutable à la U rannie! Ce déplorable résultat, nos hommes d'état l'ont soigneusement amené ; ils ont fait aux étrangers la France telle qu'ils la voulaient. La peur a dérobé l'expérience à ces hommes forts j l'égoïsme leur a caché la pairie; ils ont poussé l'avenir à l'encontre des leçons du passé. En effet, ce passé devait au moins leur rappeler la similitude de position qui existait entre la France du Directoire et la France de Louis- Philippe. A Campo-Formio et àRasladt,le Directoire fit aussi la paix avec tout le continent, et abjura solennellement tout esprit de propagande. Qu'arrivat-il?un an après la conclusion de ces traités, la guerre générale éclata de nouveau en Europe. Après les batailles de Zurick et de Marengo, la coalition, plus sérieusement blessée, mit trois ans à se renouer; mais elle se renoua; et , alors, survint encore une guerre générale ; et l'histoire dira peut-être un jour que la France combattait aussi nécessairement pour les principes de 89 à Austerlilz et à Wagram qu'à Jemmapes et à Fleurus.

La paix dont se glorifie le ministère du i3 mars, toute nouvelle dans l'histoire, est un démenti donné à l'intelligence et aux faits qui composent toute la politique européenne. D'un côté, toutes les obligations, de l'autre, aucune. Or, que peut-il sortir d'un pareil état de choses , si non , les systèmes restant les mêmes, ce qui est résulté des situations analogues.^ En résumé, la coalition, disjointe dans son organisa-

tion^ blessée dans son principe vital par la révolution de juillet, a repris ses premières positions, et la guerre contre la France n'est évidemment plus, pour nos ennemis , qu'une question de temps et d'opportunité : la puissance morale de la révolution une fois éteinte , il ne s'agit plus pour eux que d'une guerre d'échiquier qui peut-être ne leur sera point avare de trahisons nouvelles et de palmes vendues. Et si ces tristes prévisions viennent à se réaliser, quelle est la force, quelle est la prudence qui pourront garantir la direction des événemens , et assurer une planche de salut à ce trône aux pieds d'argile, qui aura si bénévolement sollicité l'orage? Ne faudra-t-il pas alors appeler les sympathies de juillet au secours du courage de nos soldats? 11 le faudra, gardons-nous d'en douter, car avec la nation pour auxiliaire, un autre Waterloo ne nous coûterait qu'une bataille perdue ; mais réduits à une armée pour défendre la révolution, une journée malheureuse pourrait nous coûter un empire. Mais cet élan des masses populaires, qui le réveillera? les dangers de la patrie? je le crois. Mais à côté de ces dangers , je ne vois plus qu'un pouvoir cruellement analysé , et un trône sans confiance, sans prestige et sans magie.

Je l'avoue , mon sang de patriote se révolte à la pensée des hommes de la doctrine appelant à leur secours les hommes qui se sont fait massacrer pour la liberté. Ils l'oseraient, car dix-sept ans de caméléonage ont prouvé qu'ils osent tout. Mais le sentiment profond de désaffection et de mépris qui écla-

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lerait contre eux dans toutes les classes de la nation, de quel aide serait-il à la monarchie des barricades? C'est une question qu'il est de l'intérêt de cette monarchie d'examiner d'avance. On promettrait de revenir à de meilleurs principes et à de plus honnêtes hommes ; Louis XVIII et Bonaparte, en i8ic> j Charles Xj en i83o, le promirent aussi : que devinrent Louis XVIII, Bonaparte et Charles X? Et cependant, Bonaparte avait pour lui la gloire ; Louis XVIII et Charles X avaient pour eux huit siècles de traditions et de souvenirs. Mais Louis-Philippe , ôtez-luila majesté populaire, il est nu. Sérieusement, quelle autorité aurait une poignée d'obscurs doctrinaires, pour maintenir l'œuvre du peuple, si le peuple se retirait de lui? De tout cet échafaudage de puissance, retranchez la révolution, et demain, vous bénéficiaires de cette révolution, vous n'aurez ni un écu, ni un soldat, ni un triomphe.

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