‹ Lafayette et la révolution de 1830Chapitre 4 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Malgré ses fautes qui sont les honorables fautes de la vertu, Laf.iyette se montre tout ce que doit être un grand citoyen ; également et sous les couronnes civiques et sous les proscriptions révolutionnaires; également et dans les chaînes des despotes où il accuse et ne fléchit pas, et dans une obscurité injurieuse ; serein d'une belle conscience, il ne gémit que des plaies de la patrie.

LACRETELLB aîné.

Ouvrez les annales du monde, interrogez l'histoire : nul spectacle plus étonnant que la situation actuelle ne frappera vos regards. Le jour prédit par l'Apocalypse, alors que chacun parlera sans être entendu, semble être arrivé pour la France. Les partis jouent au plus fin. Celui-ci affecte la sécurité dans la crainte; celui-là , la joie dans la douleur ; tel qui ne respire que pour le passé plaide, en apparence, pour l'avenir, et tel autre ne se plie à ce qui est, que pour arriver plus sûrement à ce qui n'est pas. Partout la politique des intérêts tient lieu de franchise et d'énergie ; l'esprit d'attente et de déguisement domine toutes les positions.

Xij INTRODUCTION.

Tout cela n'est point digne de la France de Juillet. Et cependant, les événemens se précipitent, et le moment approche où il faudra bien que les opinions se résument en termes clairs et précis.

C'est ce triage d'intérêts et d'arrière-pensées que j'ai voulu essayer dans cet ouvrage. Je veux chercher la vérité sans ornement , et simplifier , s'il est possible, l'état si complexe auquel nous a conduits le grand événement de i83o.

L'erreur qui produit cette confusion générale, est celle qui consiste à penser, ou à faire penser que la révolution de Juillet a surpris la France ; qu'elle l'a jetée dans l'inconnu ; qu'elle l'a mise en danger de périr, parce que la France n'était pas à la hauteur de cet événement.

Sans doute, la France est entrée dans une ère nouvelle , le 29 Juillet i83o. Mais notre passé n'a point de fait qui ne trouve sa conséquence dans le cadre de cette révolution. La monarchie élective de la seconde race, la monarchie militaire de Clovis, la monarchie claustrale des Thierry et des Childéric, le sceptre impérial de Charlemagne , la monarchie féodale, espèce d'oligarchie républicaine fédérative-, la monarchie des états de Philippe-le-Bel , la monarchie des Parlemens, la monarchie absolue de

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Louis XIV j la monarchie représentative de Louis XVI, la Convention , Bonaparte et les Bourbons nous ont poussés, à travers toutes les espèces de royautés, jusqu'au programme de l'Hôtel-de- Ville.

La révolution de Juillet est donc le triomphe de la civilisation progressive de la France ; elle est surtout la péripétie qui prépare le dénoùment du grand drame dont les quatre premiers actes ont été joués en trois siècles : la Ligue, la Fronde, la Révolution de 8g, et l'Empire.

La Ligue, en opposant le culte épuré du protestantisme à l'intolérance de l'esprit catholique ; la Fronde, en voulant jouer aux parlemens anglais j la Révolution de 89, en essayant, d'abord, des expériences anglaises et américaines, et en épuisant, ensuite, toutes les folies du forum et de la place publique, n'avaient au fond qu'un même but , celui de jeter à bas tout l'édifice politique du moyen-âge ; c'est-à-dire , de substituer l'égalité au privilège, et l'obéissance aux lois à l'asservissement aux personnes.

Mais l'esprit de réformation commit à toutes ces époques une faute mortelle, celle de méconnaître son point de départ , et de demander ses modèles à des systèmes évanouis dans les révolutions de l'histoire,

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comme si les sociétés pouvaient se refaire autrement qu'avec les idées de leur siècle.

C'est contre ces récifs que sont allés se briser^ à leur tour, les quatre réorganisations que la France a tentées depuis g3. La première, celle dans laquelle on voulait faire entrer, à coups de guillotine, les institutions des Grecs et des Romains, était une conception rétrograde et par conséquent radicalement fausse : tant eût valu chercher à revêtir l'âge viril avec les habillemens de l'enfance. Le despotisme en fît j ustice ; cela devait être.

Bonaparte, en voulant faire revivre l'empire de Charlemagne , hasarda la seconde expérience. Celleci était moins absurde que la première, par cela même qu'elle ravivait des souvenirs moins éloignés, et qu'elle était entreprise par un puissant génie et soutenue par une nation folle de gloire. Et cependant l'édifice napoléonien s'écroula, parce qu'il s'était élevé sur deux bases iniques : l'assujétissement de la France par un homme, et l'assujétissement de l'Europe par la France.

La troisième expérience, celle qui replaça sur le trône une dynastie fatale, tendait à importer en France la constitution politique de l'Angleterre. Cet essai fut

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