CHAPITRE IV
SYDENHAM ET LAFONTAINE — CARACTÈRE DÜ GOUVERNEUR —— SON INTERVENTION DANS LA LUTTE ÉLECTORALE.
Quel beau rôle Sydenham aurait pu jouer au Canada s’il avait eu les qualités que lui supposait le bureau colonial ! Certes, ce n’était pas un homme médiocre. Issu d’une famille de négociants qui, depuis plus de cent ans, avait entretenu d'importantes relations commerciales avec la Russie, il avait hérité de ses ancêtres le génie des affaires. Cette aptitude spéciale, jointe à une instruction étendue, le fit bientôt remarquer. En 1826, Manchester l’envoyait aux Communes où il devint une autorité en matière de commerce et de finances. Durant ses quinze années de présence à la Chambre, il passa dix ans, soit au Board of Trade, soit à la trésorerie, ce qui représente de fort beaux états de service et implique une grande compétence en affaires. A la fin de l’année 1839, on lui offrit de choisir entre le portefeuille de chancelier de l’Echiquier et la commission de gouverneur du Canada ; il opta pour le plus brillant de ces deux postes. C'était un partisan de la liberté de commerce et les “ Corn
Laws ” qui furent abrogées après sa mort n’eurent pas de . Plus constant adversaire.
Ses aptitudes très spéciales avaient été le mobile du choix des ministres; elles semblaient à leurs Jeux devoir suffire Dour en faire un excellent Souverneur du Canada.
Ils se figuraient qu'avec son entregent, son habileté à établir un budget, il saurait se tirer d’une situation difficile, manier les hommes comme il alignait les chiffres. La crise qui sévissait au Canada depuis trois ans exigeait un homme d'Etat de haute envergure ; On nous expédia un excellent teneur de livres.
L'expérience fit voir l'insuffisance de Sydenham ; sa stratégie vint se heurter Pour s’y briser aux idées de quelques députés canadiens, ses inférieurs en éducation et en instruction. D’esprit étroit, il ne sut ni embrasser, ni comprendre l’ensemble de la situation. Son administration, mesquine comme ses idées, retarda de plusieurs années le rétablissement de la paix dans le Pays. C’est Sydenham qui, de concert avec sir James Stuart, représentant des tories du BasCanada et ennemi irréconciliable des Canadiens, tout autant que les Ryland, les Stuart et les Thom, avait préparé l’Acte d’union sanctionné par le Parlement Anglais.
Décidé à remplir sa mission en homme d’affaires, il mène rondement les choses. Arrivé à Québec le 19 octobre 1839, il se rend quelques jours plus tard à Montréal où le Conseil spécial, convoqué Par son ordre, accepte et vote Presque à l’unanimité le projet d’union. Ce succès le rend tout fier et il le fait connaître à Londres. Il n’y avait pourtant pas là de quoi se féliciter ; il allait de soi que ce corps sans responsabilité, formé de créatures du gouvernement,
n’était pas en état d’opposer un refus à une demande quelconque du pouvoir. L'expression d’un désir du gouverneur, c'était un ordre absolu pour le Conseil. Mais là où Thompson dépasse la mesure de l’audace, c’est lorsque dans ses confidences il va jusqu’à dire que le projet d’union contente grandement le Bas-Canada. “I have succeeded in Lower Canada in far less time and greater ease than I could have expected from Sir John Colborne’s account to me of the feeling, especially in his own council. So far as the Lower Province is concerned, I look upon the Union as settled. The decision, too, I have reason to know, gives the greatest satisfaction to the province generally.” Que durent penser les ministres de cette affirmation, quand arrivèrent les protestations presque ‘inanimes du Bas-Canada contre l’Union !
Mais si le Conseil spécial s’est montré complaisant, l’Assemblée législative du Haut-Canada ne semble pas, à Thompson, aussi facile à manier. Dès son arrivée à Toronto, le 22 novembre, il entreprend de faire le siège de cette Chambre dont il nous a laissé un triste portrait. Divisée en six factions, composée de députés qui sont, la moitié au moins, fonctionnaires publics, elle n’offre cependant aucun point d'appui au gouvernement. Voilà le corps qu'il s’agit de gagner aux desseins du bureau colonial ! Ce n’est pas tout. A la session de 1838, l’Assemblée ayant été saisie de la question de l’union des deux provinces avait fait savoir à quelles conditions elle y consentirait. Le futur conjoint du Bas-Canada montra en cette circonstance qu’il n’était pas disposé à faire un mariage d’inclination, car il exigeait, comme condition de l’alliance, notre assimilation au rang de l’ilote antique : proscription de la langue française, pri-
Vation presque to tiques. Ces cond mpson lui-même par il aurait bien
alors dans une
Privée d’un accès facile entrepris d'améliorer la Dans ce dessein, on avait