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Erreur, dit-il, dont il se gardera bien. Aussi se propose-t-il de dédaigner tout drapeau de factions, de choisir, soit à droite, soit à gauche, les hommes qui lui conviendront et d’atteler au même joug le loup et l’agneau. Qu’importent leurs idées, puisqu'il s’arrête au dessein de leur imposer les siennes. On comptait alors quatre partis politiques ; dans le Haut-Canada : les réformistes et les tories ; dans la province de l'Est, les libéraux, anciens adhérents de Papineau et leurs adversaires, les tories. Tous sont représentés dans le cabinet sauf les libéraux canadiens-français. Son choix se porte d’abord sur M. Draper ; il en fait son premier ministre sans lui en conférer le titre. Orateur de grande force, esprit très souple et très délié, Draper forme avec Ogden, Day et Daly, la faction tory du ministère ; les principes du gouvernement du Family Compact leur agréent parfaitement. Les aspirations libérales s’incarnent, à côté d’eux, en MM. Baldwin, Dunn, Killaly et Harrison, avec une nuance atténuée chez ces deux derniers. Il n’y avait là qu’un catholique, M. Daly, qui devait rester si longtemps au pouvoir, malgré tous les remaniements ministériels, qu’on en vint à le surnommer Daly “ l’inamovible. ” Le nombre des ministres représentant notre province se limite à trois tories : MM. Ogden, Day et Daly. Aucun de ces conseillers ne partage les principes de son collègue. Mais qu'importe à Sydenham cette mosaïque d’opinions ? Il se aésintéresse aussi bien de la solidarité que de la responsabilité ministérielle, choses excellentes et même indispensables en Angleterre, où les ministres sont tenus d’avoir les idées de leurs collègues et de les défendre. Vérité audelà de l'Atlantique, erreur en deçà !
Les libéraux français n'avaient pas même été consultés ;
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leur exclusion s’imposait, au sentiment de Sydenham, depuis le jour où LaFontaine s'était permis de refuser le poste de solliciteur-général. Le Cabinet hétérogène ne formait, dans la pensée du gouverneur — qu’on excuse l’expression — qu’une collection de pantins dont il tirerait les ficelles. Pour être logique dans l'erreur, Sydenk 1m prend la direction des élections générales. Sans scrupules, il se jette au fort de la lutte qu’il conduit haut la main, Dans le Bas- Canada, sa passion politique assaille les libéraux et devient agressive, surtout contre LaFontaine qu’il terrasse à Terrebonne, comté cependant aux trois quarts canadien; puis il enlève la franchise à une partie des électeurs de Montréal et de Québec, lance ailleurs des légions de fiers-à-bras qui assomment les gens paisibles, exerce une corruption effrénée, illimitée. On eut à déplorer des meurtres en plusieurs endroits. ,
Dans la province de l’Ouest, es efforts se portent plutôt contre les tenants du Family Compact qui repoussent l'Union, et il favorise l'élection des libéraux, ne se doutant guère qu’ils vont bientôt faire échec à sa politique. Comment Sydenham, qui condamnait l’arbitraire de ses devauciers, s’était-il porté à une tactique qui tendait à en ressusciter tous les abus ?
Pour atteindre le plus redoutable de ses adversaires, Sydenham s'était nettement constitué l’antagoniste de La- Fontaine ; celui-ci, après sa défaite, se crut obligé d’en dénoncer les causes. “ Un fait patent que personne ne peut nier, qui résulte des actes mêmes de lord Sydenham, c’est qu’il s’est identifié personnellement dans la lutte électorale de notre district dont il a pris un soin particulier de changer les bureaux de votation. Il est descendu dans l'arène
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pour combattre corps à corps avec un simple individu. C’est lui qui engageait la lutte avec moi ; le Dr McCullough (l’adversaire de LaFontaine) n’était qu’un prête-nom. ”
En 1840, la loi électorale permettait de n’avoir qu’un bureau de votation par comté et de le fixer où il plaisait au gouvernement. Abusant de ce droit, Sydenham, au lieu de l’ouvrir au centre du comté, l’avait établi à l’extrémité nord, à New-Glasgow, village écossais où se réunirent les mêmes assommeurs du comté d'Argenteuil qui avaient terrorisé les paroisses du Nord en 1837. Les manœuvres de Sydenham à Terrebonne et ailleurs firent l’objet d’une enquête à l’Assemblée législative ; la conduite du gouverneur y fut prouvée indigne jusqu’à l'évidence. La dévoiler, c'était la flétrir.
La première session du Canada-Uni s’ouvrit à Kingston, le 8 avril 1841. On avait choisi cette ville comme siège du gouvernement, en escomptant l’espoir que de ce milieu tout anglais rayonnerait une certaine influence sur les Canadiens ; c'était aussi la réalisation partielle des promesses qui avaient garanti à Sydenham l’adhésion du Haut-Canada au projet d’union.
Si LaFontaine n’était pas en personne à l’Assemblée législative, ses idées s’y trouvaient représentées. En face du ministère surgirent des hommes de l’importance de Denis- Benjamin Viger, vétéran de nos luttes ; d'André Morin, qui ne le cédait en rien à celui-ci par le talent et le dévouement à la cause nationale ; de John Neilson, rédacteur de la Gazette de Québec, délégué à Londres en 1820 avec Papineau pour protester contre le projet d’union et l’ami indéfectible des Canadiens ; de Robert Baldwin, qui avait remis son portefeuille quelques jours auparavant pour rester fidèle à ses principes et à LaFontaine.
La session s'était ouverte sous les meilleurs auspices, au sentiment de Sydenham. La Chambre d’Assemblée n’offraitelle pas une majorité docile que la fraude et la violence avaient ralliée autour du gouvernement personnel qu’il entendait établir? Les ministres, choisis parmi les hommes les plus distingués de droite et de gauche, ayant sacrifié toute initiative individuelle, ne se montreraient-ils pas les fidèles interprètes de sa politique puisqu'ils avaient accepté de n'être que ses secrétaires et ses porte-parole au Parlement ?
Mais qu’il est difficile d’enrayer le courant des idées, lorsqu'on a une fois imprimé le mouvement dans une certaine direction ! Autant vaudrait faire remonter le courant aux eaux d’un fleuve. On avait voulu séduire le peuple par la perspective du self government ; il avait saisi l’appât audelà des prévis‘ons. Quoique les ministres fussent, au dé but, disposés à seconder Sydenham, ils se virent, en définitive, contraints de l’abandonner pour leur salut commun.
En 1839, Sydenham, dans le dessein de leurrer le Haut-
Canada opposé à PUnion, lui avait jeté comme amorce une vague promesse de responsabilité ministérielle sans préciser la façon de réduire en pratique ce système de gouvernement. La perspective de se gouverner eux-mêmes répondait aux aspirations des réformistes et des libéraux ; ils se sentaient las du régime Permanent de la dynastie d’exploiteurs si longtemps cramponnés au pouvoir à Toronto et à Québec. Le principe émis par Durham et Sydenham était destiné, en dépit de tout, à se développer, à évoluer jusqu’aux dernières conséquences.
Quelle méprise de sa part que celle d’avoir jeté en terre fertile une excellente semence avec l’arrière-pensée ensuite
de l’étouffer, Sydenham allait l’apprendre à sa grande confusion ! :
C’est vers la fin de la, session que vint éclater la fameuse et singulière discussion d’où se dégagèrent, comme une coulée de pur métal faisant sa trouée dans les scories, les principes du gouvernement parlementaire acceptés depuis sans conteste, sauf sous le régime de lord Metcalfe, La confusion dans les idées et les opinions que l’attitude et les actes de Sydenham avaient propagées, jetait partout un certain malaise ; libéraux et réformistes, comme Baldwin, LaFontaine, Viger, Morin, Parent, s’interrogeaient sur la façon de la dissiper. 11 fallait, de l’avis de ces esprits éminents, éclaircir la situation en plein parlement. Baldwin et Viger présentent donc une série de résolutions où se reflètent les idées, fondement du manifeste de LaFontaine, qui avait eu un si grand retentissement dans les deux provinces. La véritable conception du régime parlementaire s’affirmeit clairement, de la première à la dernière ligne du document : la séparation des trois branches de la législature, chacune dotée de privilèges propres, se réunissant cependant pour concourir à la sanction des lois ; la suprématie de l’Assemblée législative munie de tous les pouvoirs et les déléguant à un groupe d’hommes — les ministres — auxquels il lui est loisible de les retirer, le jour où ces mandataires ont perdu sa confiance ; la responsabilité des conseillers du gouvernement au peuple, c’est-à-dire aux députés, s'étendant à tous leurs actes administratifs.
A Draper, tacitement désigné comme chef de l’administration, bien que non investi du titre de premier ministre, incombe la lourde tâche de repousser l’attaque dirigée contre le gouverneur. Habile dialecticien, avocat éloquent, il ne paraît qu’à demi convaincu de l'excellence de la cause qu’il défend. C’est un ancien partisan modéré du Family
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54 SYDENHAM pr LAFONTAINE
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e plus effacé ?
nfin, donnerieztous votre démission? ”
“Alors, réplique un dépu résponsabilité ministérielle, ” principes Baldwin-Viger,
membre du Souvernement, et unanimité — ;] n’y eut que sept voix dans le domaine de l’histoire ; corollaire forcé mais éloquent ajouté à la constitution. :
; Mais qu tes par lui qu'avec 1 d’après les informations d'officiers subordonnés dans la province,
Sydenham se voyait battu sur son Propre terrain, battu Par ses propres amis, Les réfu-mistes, dont il avait si bien secondé l'élection pour se garantir une majorité complaisante — une sorte de garde prétorienne — ]ni faisaient défaut. C'était Presque renouveler l'épisode du siège de Troie: le gouverneur les avait fait pénétrer dans la citadelle Pour la défendre, les réformistes l’avaient livrée. Sydenham expiait la faute de son imprévoyance ; il avait négligé de demander des arrhes à ses amis ; ceux-ci, sous la poussée de leurs convictions, y avaient tout naturellement conformé leur conduite.
Avant la fin de la session, le gouverneur fit une chute de cheval ; on le releva grièvement blessé. &a constitution d’une faiblesse native, épuisée de plus par un travail pénible, prolongé loin dans la nuit, ne put résister au choc ; il mourut à quarante-deux ans. C'était un homme d’une énergie singulière, doué du talent des affaires, mais manquant de la souplesse nécessaire pour faire face aux diffcultés d’une situation complexe. Le rôle à la fois de gouverneur et de premier ministre qu’il s’arrogeait, lui imposa un labeur au-dessus des forces humaines, Assumant toutes
“Que, pour maintenir entre les différentes branches du parlement provincial, l’harmonie qui est essentielle à la paix, au bien-être et au bon gouvernement de la province, les principaux conseillers du représentant du souverain, constituant sous lui une administration provinciale, doivent être des hommes qui possèdent la confiance des représentants du peuple, offrant ainsi une garantie que les vœux et les intérêts bien entendus, que notre gracieuse souveraine a déclaré devoir être, en toutes occasions, la règle du gouvernement provineial, seront fidèlement représentés et défendus. :
“Que le peuple de cette province a de plus le droit d’attendre de telle administration provinciale qu’elle emploiera tous ses efforts à ce que l’autorité impériale, dans ses limites constitutionnelies, soit exercée de la manière la plus conforme à ses vœux et intérêts bien entendus.”
mana )
Prose ras gr eue enéanpéhans dti dam ia]
les responsabilités, concentrant entre ses mains la direction de toute l'administration, il usa prématurément ses énergies. Son activité intense et courageuse réussit, durant la session, à élaborer plusieurs projets de lois qu’adopta le Parlement. Il fut le créateur et l’organisateur des travaux publics, il jeta les bases du système municipal d’Ontario et de Québec — mais d’une façon imparfaite — tenta d’imprimer une nouvelle impulsion à l'instruction publique et de créer un système d’enregistrement des hypothèques.
La claire perception de tous les besoins du peuple, au point de vue du système S&ouvernemental, lui fit défaut. Puisant ses inspirations dans l'intérêt impérialiste mal entendu, il ne s’aperçut point que le meilleur soutien de cet intérêt dépendait de la somme de contentement que ferait naître sa politique. L’accomplissement d’une œuvre superbe l’attendait au Canada ; il passa sans la discerner nettement. Il était réservé à son successeur de la com-
prendre et de s’en prévaloir Pour son plus grand renom et au bénéfice du pays.