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])Otir(ant, qiio c<'(l<> cspè<"e de rt'vélalioii lumineuse lui était venue, pour la preinicre lois <'t soudainement, juste sur le mot par quoi sachevait la page précédant la page absente. Or ce mot n'avait, en Ini-mènie, rien de particulièremenl sug-gestif. (hélait un vocable quelconque, et presque de remplissage dans la plirase. Yalentin en conclut, sans avoir à cette conclusioji baroque aucun motif plausible, que la clarté illuminani spécialement ce vocable quelconque devait lui avoir été suppéditée par le reste de la phrase, et que celte phrase elle-même devait emprunter sa clarté inattendue et mystérieuse ii une autre phrase essentielle, soleil de la page qui manquait.
Rien, encore un coup, dans le contexte, ne l'autorisait à croire cela. Il laffirmait cependant avec une foi profonde.
Tl y puisa l'extraordinaire audace de faire une démarche qui, au moment où il s'y décida, lui parut constituer un sacrilège. Mais ce sacrilège, d'autre pail, lui parut, à la réflexion, un devoir imprescriptible auquel il n'avait pas le droit de se soustraire. Il avait conscience, en le commettant. <le faire un acte d oii dépendait non seulement son salut, à lui, Yalenlin, mais aussi le salut des Leleu]» de Marcoussy de Lagibasseet, ce qui était bien plus formidabh' et im[)érieux, le salut même du monde «•ntier.
Ot acte consistait à descendie chez l'abbé sans <'n avoii- demandé' la permission, à forcer l'entrée
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iJu sancluaire d«!'fentlu, et as y faire consacrer, par persuasion ou violence. Consécration à (piel titre, en vue (le quoi, sous quelle forme? Valentin n'en savait rien et n'avait même pas besoin de le savoir.
Il se prit la iiiaiii. se la Nerra, i-i Au, seul dans sa chambre :
— Je dois airir ainsi. Je vais agir ainsi. Je me b' jure à moi-même, moi, Valentin Leleup de Marcoussy de Lagibasse.
Puis il descendit lentement lescalier, entra cbez labbê, lui dit, sur un ton de ferme commandement :
— Il me faut la page qui manque.
L'abbé avait l'air de l'attendre, et heureux de sa venue. Loin de prendre mal cette conduite en dehors de toutes les convenances de la maison, cette entrée irrespectueuse chez lui, ce ton dominateur et quasi insolent, il manifestait, au contraire, un vif plaisir, traduit par un sourire vague fout à fait inaccoutumé sur sa face morne.
En même temps, sans prononcer une parole, sans même faire un geste, il désigna du regard un tas de paperasses gisant sur sa table. Le regard voulait dire aussi, et Valentin le comprit ' la muette:
— Soulevez ces paperasses.
Valentin les souleva. La page était là. Il la prit !i tremblant. Il n'osait y jeter les yeux. Le r.gardde l'abbé lui parla de nouveau disant:
— Lisez la phrase que vous devez lire.
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Du premier coup, sans la clu'rcher dans la page, Valenlin trouva (('lie phrase, dont le resplendissenieiil l'aveuglait .
— Lisez à haute voix, continuait à dire le regard de l'abhé.
Et Valentin lut à haute voix la plu'ase suivante:
Mens, sola sibi reddita^ naturse suœ ingeniiim el prn'slantiam tolam obtinem, naturaliier ominatur seuùtque summum aliquid et inexctujitabile principium.
Le regard de l'abbé avait maintenant un «'clat de phosphorescence et une hxité positivement insoutenables. Mais le resplendissement prodigieux de la phrase et sa force de pensée ne l'étaient pas moins. Incendié par ces deux foyers de lumière, Valentin crut qu'il allait s'y volatiliser. Sans le cordial que lui versa soudain l'abbé avec le son de sa parole, il fût tombé en défaillance. Lahbé lui disait :
— Traduisez, mon cher enfant, et traduise/ connue vous savez désormais traduire, non pas selon la lettre seulement, mais selon l'esprit, et même selon le par-delà de l'esprit, et en mémr temps aussi près et aussi loin que possible du texte, de façon à ce que toutes les fleurs du verbe gardent loule leur fraîcheur et tous leurs parfums et tout leur miel, et ne perdent que leur forme, sans plus, à devenir un liquide transvasé dans le flacon d'une autre langue.
Sa parole, en flùtant cette longue période, était
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elle-même lleurio, fraîche, parfumée, d'une saveur de miel, tout à fait différente de son iiabituelle parole, si brève, si grise, comme desséchée. Yalentin s'en délecta.
Puis il traduisit le passage de Thomassin, ou plutôt en donna une sorte de commentaire, où il avait conscience de faire à la fois un mot-à-mot et comme qui dirait un phrase-à-mot parfois, à cause de l'impuissance qu'il éprouvait à exprimer dans sa flottante version française tout ce qu'il comprenait dans la densité du latin. Voici quelle fut cette traduction, qu'il distilla d'une voix forte, assurée, mais extrêmement lente, en en laissant tomber les vocables comme goutte à goutte :
« L'âme, en solitude, et à soi-même rendue, prenant possession enfin de sa nature propre, dans ce qui est le génie inné de cette nature et sa préexistante essence totale, a naturellement, d'abord le présage, puis la sensation, de quelque chose, aboutissement et origine de tout, qui est inaccessible à la raison. »
L'abbé avait repris son attitude et sa manière de parler ordinaires, les paupières closes, la parole rare et lassée. Il murmurait tout bas :
— C'est cela. C'est bien. C'est bien. Sentit.' Oui, la sensation. InejcogitabUe ! Oui, inaccessible à la raison ! C est cela. Les deux termes sont compris, rendus, vécus. C'est bien. C'est bien.
Yalenlin le contemplait, ému de cette approbation, plus ému encore de s'en estimer lui-même absolument digne, et plus ému encore, et par-des-