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tliiiiiaiiic (Je Laî^ihasse: et dès lors les capitaines de jadis n'avaient plus reparu, s'étaient changés en Hobereaux casaniers, buveurs et chasseurs, le san.v s'élant épaissi à des alliances paysannes.
Toujours est-il que ni au xvi" ni au \v\i^ siècle, <»n ne retrouve un seul Leleup de Marcoussy de Lagibasse, je ne dis pas à la cour et dans les honneurs, mais simplement à l'armée, ne iut-ce que coiimie cadet et comme officier de fortune. Terrée à Lag-ihasse, la famille n'en sort plus.
Elle va méuie semhourgeoisant ofliciellemenl dès le s vu" siècle, où Ion cesse de la qualifier très haute et très piiissanle maiaon dans les actes notaliés, à propos des ventes, achats, mariages ou héritages qu'elle fait. Quelques-uns de ces actes poussent parfois l'irrévérence jusqu'à oublier la particule nobiliaire, omise aussi dans les signatures, (jui tantôt jiortent Leleup-Marcoussv et tantôt Leleup-Lagibasse. .
f^nlÎM, à dater de la Révolulion française, la l'amille s'appelle Lagibasse tout court, et elle est représentée alors, suprême effort de l'atavisme guerrier, par un soldat, il est vrai, mais par un soldat arriva seulement, pendant l'Empire, à Tépaulettc de laine et filigrane de l'adjudant sousofficier.
N'empêche (ju'entre le grand ancêtre et ce pauvre chien-de-berger de pousse-cailloux, la libation était parfaitement établie, très nette, et sans discussion possible, par authentiques parchemins et titres de propriété gardés au château de
lu LAGIBASSK
Lagibasse, ou du moins à ce qnon dénommait dans le pays le château de La,i2:ibassc. Celait mainlenant, ce château, une vaste ruine iidiabitai)le, flanquée d'une ferme mélancolique, au centre d'un immense parc en IViches, clos de murailles effondrées presque partout.
Mais, néanmoins, c'était toujours le château de Lag-ibasse: et Tadjudant retraité, qui s'y était retiré en 181 o pour y vivoter de sa vague j)ension, avait bel et. bien le droit de se dire qu'il rentrait là. en suprême et lég"itime descendant, dans Tancestrale et glorieuse demeure d'où était sorti, en 1097, Leieup de Marcoussy de Lagibass*-, le compagnon de Godefroy de Bouillon a la première croisade.
Et, ce qu il y a d as>r/ inallriKJii, c'est (|u il se l'était dit.
Son dernier capitaine, au septiènxe léger, était un Thiérachien, Isidore Denamps, ancien séminariste du séminaire de Liesse, qui avait jeté le froc aux orties pour s'eng-ager, et qui, grâce à son instruction, avait fait assez rapidement son chemin dans cette armée d'illettrés. Au séminaire. Denamps avait étudié, par goût spécial, Ihistoin' de leur vieille province. Trouvant parmi les hommes de sa compagnie un Lagibasse, il Tavai! in'.errog^é, avait acquis la certitude (jue c'était là un véritai)le Leieup de Marcoussy «le Lagibasse, et lui avait fait honte d en avoir si |teu de souci et d'orgueil.
— A ta place, lui avait-il dit, je me décarcasse-
i.AùJHA.-.-l, 11
lis jusqu aux moelles pour quiiur m aiiliijur t-l si
. loriouse maison ne restât pas de la sorte en
irUquium. Quaiul on a eu un aïeul à la première
loisade, compagnon de Godefroy de Bouillon, on
st un propre à rien de ne pas en être lier. Tu es
m brave troupier, sans doute: jnais cela ne suffit
las. Instruis-toi. Je t'instruirai, si tu le veux. Tu
passeras officier. Tu n es pas vieux. Tu n'as pas
(juarante ans. Tu as encore le temps de devenir
l'olonel, pour peu que tu fasses des aclions d'éclat.
L'Empereur aime à rallier les gens de la vieille
noblesse. Avec lui tu redonneras à ta famille le
lustre qui lui convient, entends-tu!
Maison était à la veille de AVaterloo; l'Empe- ; .'ur avait d'autres chats à fouetter que de rallier' la famille Leieup de Marcoussy de Lagibasse; les étapes ne laissaient guère à l'ancien séminariste le loisir d'enseigner à son élève tout ce qui man- (juait. pour être un homme instruit, à ce pied-debanc sachant juste lire, écrire el compter: et finalement l'adjudant était rentré dans ses foijers simple adjudant, son rêve cassé par Waterloo, Lagibasse omme devant, hélas! Mais aussi, avec la conscience, éveillée en lui maintenant, d'être le lescendant du grand preux, compagnon de Godeiioy de Bouillon, avec le sentiment d'un devoir à lemplir envers sa famille éteinte dont il fallait rallumer la gloiie, et avec la très ferme volonté 'le consacrer le reste de son existence à ce devoir.
Et d'abord, malgré ses habitudes de caserne, son horreur de vivre autrement qu'en garçon, il
U' JIL.: l.AC.IHAS.SE
;i\;iil |iii.s la i r-soliilioii de se marier. Poiivail-il. en fUel, par lui-même, aprrs la (jiiaranlaine tout»' jiroclie, sans profession aucune, presque sans le sou, avec sa misérable pension de retraite pour unique imse de fonds, pouvait-il tenter cette rude entreprise de ndever la maison de jadis? Évidemment non. C'est un lils quil fallait avoir, avant toute chose, et dresser à cette besogne, et munir de ce qui était nécessaire pour la mener à bien, cest-à-dirc (rinslrnclion, d'éducation, de temps et darg-ent.
Tablant là-dessus, il avait mis en œuvre tout ce qu'il possédait d'atouts à ce jeu de séducteur où il avait eu quelques succès comme sous-officier, c'est-à-dire sa belle prestance militaire, sa plus éléfïante tenue civile qui lui sanglait encore le torse comme dans son frac d'adjudanl eïi grand uniforme de parade , et surtout le bagout de bivouac , à la fois galant et bravache, casse-cœur et cassemuseau, d'un Gaspard ayant eu des aventures d'amour et de duel dans toutes les capitales de l'Europe.
A quoi s'était assez facilement laissé prendre le j)arti qu'il guignait, la veuve d'un meunier, femme de trente-cinq ans environ, peu attrayante, plutôt même laide, de face camuse, de corps lourdcFiient équarri, mais de complexion ardente, disait-on, faite pour être mère en tout cas (puisqu'elle avait eu deux enfants déjà) et enfin à la tète d'un respectable magot estimé couramment de quarante à cin 'piaille niillo francs, sans compter le moulin.
Les deux enfants du meunier étaient morts en bas àp:e, à cause de la mauvaise santé que leur avait léguée leur père, faible de la poitrine. La fortune de la veuve ne devait donc rien à personne. Valide comme il létail, l'ex-adjudant se promettait bien de donner à cette gaillarde un liéritier qui vivrait, celui-là, et auquel servirait le patrimoine ainsi conquis, pour remettre un jour en bonneur le vieux nom des Lcleup de Marcoussy de Lagibasse.
Qu'il eût, lui. cette idée, et qu'elle dût devenir cbez lui, cliez ce Tliiéracbien têtu et patient, une idée fixe, il n'y avait là rien que de très naturel. Le remarquable, cesl qu'il en ensemença profondément la cal)0cbe de sa femme. Par amour pour ce beau et solide mâle, qui la régalait après les jeûnes subis avec son premier époux, par une poussée d"org:ueil en même temps à la pensée d'être une noble et de faire souche de nobles, la commère se donna tout entière à ce rêve. Ils se mirent tous deux au travail âprement, faisant valoir le moulin, fructifier le magot, vivant de lésine pour mieux économiser, et allant jusqu'à économiser sur la progéniture, aussitôt obtenu le premier enfant, qui se trouva, par bonheur, être un fils, et qu'ils décidèrent devoir être et rester fils unique.
Le mur effondré de l'antique parc avait été tant l)ien que mal reconstruit peu à peu, afin de clore sûrement la propriété ancestrale dont les antiques bois furent mis en coupe réglée. La ferm<' misérable de là-haut avait été requinquée aussi, loué«>
II L.\(flHA.S^E
à l»oii prix ]i()iir ilix-liuil ans par tJii fermier qui (levait ramcublir de fond en condde. Des ruines, on avait tire assez de pierres pour rehàtir au chàleau une aile lial)ilal)le, qui serait jdus tard la demeure du châtelain au domaine à peu près reconstitué.
Pendant que le père et la mère peinaient ainsi à la tâche, et entassaient les g:ros sous sur les gros sous, et préparaient les voies au futur réiiénérateur lie la famille, ce Benjamin, espoir de la glorieuse résurrection si bravement voulue, était édevé dans un lycée de Paris, ne manquant de rien, recevant des répétitions particulières, apprenant jusqu'aux arts de luxe dont les leçons étaient si coûteuses, la musique, le dessin, lescrime. Le plus gros des revenus, gagnés avec tant de mal, y passait. Mais qu'importe! Ou faisait de Yalentin un homme instruit, cduqur, distingué, supérieur, qui entrerait à TEcole polytechnicjue pour le moins, et qui serait eii'n digne du grand ancêtre, compagnon de Godel • >y de Bouillon à la première croisade.
Les pauvres gens n'eurent pas le bonheur de voir leur rêve entièrement réalisé. Mais ils jouirent cependant de le voir tout prêt à l'être. Comme Moïse, ils moururent au seuil de la terre promise, en s'en emplissant les yeux. Quan<l la mère trépassa, Yalentin venait de terminer brillaniment ses études. Quand le père la suivit au cimetière, un an après. ^ alentin était un grand et élégant garçon de dix-neuf ans, sachant tout ce (ju'on peut