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savoir à col àgv. possesseur do cenl vingt mille francs, duii moulin et d'un cliàleau. el dont les cartes de visite poilaient :
VAI.IMIN I.Ll.CLl' ML JUAUCOIS^V 1>K I.AI.IBASSK
Vak'iiliii .s.ivait l"es]ti»ii' ciu a\ aieul Inmlo sur lui ses parents. Ce beau rêve, de remettre en lumière l'antique et noble maison, ce rêve auquel tous les deux ils avaient si bravement et si (cnacement sacrifie leur vie. il en avait lui-même été bercé dès l'enfance, nourri et saturé. Un très légitime orgueil lui en était venu, lui gonflant le cœur et lui mûrissant la pensée, avant même l'achèvement de son adolescence, en sorte que, jeune homme, il se trouvait déjà être un homme par le sérieux, le vouloir, la conscience nette d'un but à atteindre el la ferme décision à tout faire poui" y atteindre.
Un autre que lui, lâché à dix-neuf ans dans l'existence, maître dune petite fortune constituant un assez gros capital pour qu'on fût tenté de la manger à môme, n'eût certainement pas résisté à cette tentation. Sans famille à qui demander conseil, sans tutelle appliquée h l'enipèchcr de faire des sottises, en pleine et entière indépendance, il sut sagement prendre conseil de lui-même, et bon conseil, et être son propre tuteur avec une étonnante sévérité. Il se dicta une conduite à suivre, et se la dicta, non par métaphore, mais en réalité,
dans les lig^nes que voici, écrites après mure réflexion, et à la rédaction desquelles il apporta tout le soin précis et méticuleux qu'un vieillard expérimenté,' sagace et grave, apporterait à la rédaction d'un testament :
l°Renouvelerle bail du fermier de là-haut, pour dix-huit ans, dans de meilleures conditions, si c'est possible, puisque la terre, grâce à son travail dans les dix-huit années de son premier bail, a augmenté de valeur.
2" Vendre le' moulin, qui est actuellement de bon r;ip[>ort, mais qui ne l'est q ue fictivement ; car, pour qu'il 'puisse rendre ce (juil a rendu sous l'administration de mes parents, il y faut leur âpreté à la besogne et à l'économie, àpreté que n'aurait certes pas un locataire.
;^" En placer le prix, joint à mes cent vingt mille francs de patrimoine, en rentes sur l'État, incessibles et insaisissables, afin d'en garantir la sécurité absolue, non seulement contre tout danger extérieur, mais aussi contre moi-même, au cas où des passions imprévues viendraient assaillir ma jeunesse et me solliciter à faire mauvais emploi «b^ ma fortune.
40 Prélever sur mes rentes la somme jugée nécessaire, après expertise faite par des gens compétents, à la reconstitution des bois de Lagibasse un peu trop appauvris en vingt ans de coupes, à l'entretien régulier de la grande muraille. à rebâtir peu à peu l'autre aile du château, et, s'il y a moyen, le corps principal, à regarnir les appar-
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lomeiits Je tous les meubles que comporte une demeure seigneuriale, brel", à restaurer pour le mieux le iloniaine.
.">' Me réserver le reste de mes revenus, à la mesure la plus stricte possi-ble, pour vivre dans une extrême simplicité, mais dans une complète liberté, sans avoir besoin de me livrer à aucun i^a^rne-pain. en massurant contre tout souci matériel, en me laissant tout loisir de devenir l'bomme supérieur (juil faut que je <oi< ;n;nil It (piaranlaine.
ti" Pour devenir cet homme-là, retourner à Paris et v chercher d'abord ma vocation, si je dois en avoir une, mais l'y chercher sincèrement, c'est-à- <iire par lélude acharnée. Car peut-êtr(; ma vocation, sur laquelle je me suis interrog'é déjà, est-elle, en somme, de tout savoir, et d être un grand philosophe. Aussi bien, à notre époque, me semble-t-il qu'il n'y a plus lieu de vouloir s'illustrer, après Napoléon, par la i^uerre, comme mes ancêtres. D'autre part, je me sens peu de goûts pour la politiijue ou la diplomatie, où mon nom aurait chance de briller. Les carrières artistiques, dignes d'un gentilhomme, ne m'attirent pas non plus, ne me reconnaissant pas d'aptitudes spéciales pour la littérature d'imagination, la musiqu<', la peinture ou la sculpture. Je crois, au contraire, être particulièrement doué de facultés philosoj)Iiiques, et e'est donc de ce côté que je pousserai d'abord mon effort.
7" M'in)]»osei' 1 oldigation absolue, à (jueique
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beau résultat que j'arrive avant la quarantaine. Je ne jioinf en compromettre l'éclat par une éclosion liàtive. Porter mon œuvre en moi très patiemment, afin ([ut'llc \ devienne parfaite. Ne remettre en lumière et en i^loire un Leleup de Marcoussy de Lagibasse que le jour oîi je serai bien sûr de ne pas risquer un avortement ridicule. Ce serait traliir notre rêve que d'agir autrement,
8° Si, à quarante ans, je ne suis arrivé à rien de ce que j'espère, si je suis alors dûment convaincu de mon impuissance à être le régénérateur de notre maison, imiter le sublime dévouement de mon père, me sacrifier à un futur régénérateur plus beureux, faire le ricbe mariage que me permettront à ce moment ma fortune accrue et le domaine reconstitué, me consoler ainsi de ma déconvenue dont je n'aurai pas été coupable, et vieillir et mourir la conscience en paix, fier quand même d'avoir rempli de mon mieux ce qui était mon devoir envers nos ancêtres, et joyeux d'avoir été un de ces cnrsores, dont parle Lucrèce, qui vital Iwupada tradunt.
Tel était le curieux, noble et vraiment peu banal programme qu'avait tracé d'avance à sa vie ce jeune homme de dix-neuf ans, en qui tout le vieil esprit thiéracbien s'exprimait sans qu'il y prît garde, esprit à la fois très ordonné, très orgueilleux, très chimérique, et très méfiant.
A coup sur, un homme en jjleini' maturité n eût pas mieux réglé que lui l'établissement de ses affaires présentes, oiî se retrouvait l'économie bien
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enleiulue ol cUiro ilc ses parents. Mais le cœur de l'ex-adjudant et celui de la meunière eussent tressailli d'aise aussi à ces projets d'avenir, d'une vue si claire, d'un propos si résolu, d'une si audacieuse et en même lemps si précautionneuse envolée. Et sachant (jiie Valentin était leui* lils, sachant de quelle ténacité eux-mêmes ils avaient été capables, et avec quelle ferveur ils avaient cru en leur chimère, ils n'auraient pas eu rond}re d'un doute touchant l'énergie qu'il allait déployer à son tour au pourchas de ce rêve, où se continuait ^el perdurait le leur, en meilleure allure de se réaliser maintenant.
Sui-lout ils nauraient pas pensé, fût-ce une seconde, que c'était là une chimère, pas plus que ne le pensait Valentin. Tout à fait ignorants de ce (jue cela pouvait être qu'un grand jdiihisophe, ils auraient admis d'emblée qu'un grand philosophe était l'équivalent, en gloire, de l'ancêtre, compagnon de Godefroy de Bouillon à la première croisade, et que Valentin devait devenir ce grand philosophe. Le germe d'une telle idée et d'une telle ambition, chez ce jeune homme, était cependant bien peu de chose, puisqu il venait simplement tl'un succès de collège, Valentin ayant obtenu un prix de logique au concours généial. Mais, si peu fie chose que fût ce germe, ils y auraient eu foi, les bomies gens, comme Valentin y avait foi; car il y a un ancien proverbe de Thiérache qui dit :
Qui fit fjranl rouvre à ifrand ntjiporl ?
Ch'liot (jland clià du yroin d'uô jioic.
Les clioses n'allt'renl pas tout d'abord, dans la réalité, aussi facilement que Valentin en avait, sur le papier, tracé l'ordre et la marche. Il dut perdre plus de quatorze mois, d'un temps précieux, à rester dans le pays pour y conférer avec les notaires, les marchands de bois, le fermier de là-haut, j)lusieurs architectes de la ville voisine, en vue de tout réjjder comme il le désirait. Encore ne put-il arriver à ses fins qu'approximativement.
Comme il était jeune, on essaya de l'enlorliller de toutes parts. Il se défendit à belles dents. Le sang paysan de sa mère lui fournit l'astuce, renlêtement retors, qui lui étaient nécessaires. iMuancipé avant la mort de son père, il faillit avoir un j)rocè^ avec des cousins éloignés qui firent mine de vouloir attaquer l'acte d'émancipation. Personne ne lui vint en aide. A lui seul, il tint tète. Finalement, il triompha.
Loin de le dégoûter de son œuvre, les obstacles rencontrés ainsi à l'accomplir, et dès le début, l'y engagèrent d'autant plus ardemment. Traité en ennemi par tous, il se promit de revenir un jour en maître dans ce domaine, parmi ces anciens serfs