‹ LagibasseChapitre 6 sur 23 · I.AlilHASSi · texte numérisé non relu

I.AlilHASSi

pourrait ilo srs rrvenus poiulaul <Iix-liuit ans, et au bout (le ce long lernio, de consacier lout l'argent ainsi .u « umnlr à la restauration en hloc du château.

Avant vécu Liés chiclu'ment pendant ces quatorze mois de batailles pour mettre ordres à ses allaircs. Valent in avait devant lui, quand tout fut terminé, une assez grosse somme économisée sur son budget de l'année présente. Il en dépensa une partie à s'assurer dans une tontine un remj)laçani militaire pour le cas où il tomberait au sort. Du surplus, il lit élever, dans le cimetière du village dont dépendait le château, un monument funéraire à ses parents, haut monumenten granit bleu, d'une massive et orgueilleuse simplicité, portant cette inscrii)tion :

A François et Clémentine Lagibasse, morts à la tâche pour que pût revivre V antique et illustre maison (lesLeleujt de Marcoussy de Layibasse, leur fils respectueux.

Lui-même alors se mit à la tâche comme eux, ne se contentant pas de ce témoignage gravé d'admiration pour leur œuvre, mais s'y employant aussitôt, à celte œuvre, avec une énergie et une abnégation comparaljles aux leurs. Il ne se donna pas, on effet, ce tout jeune homme qui n'avait pas encore vingt et un ans, le temps même de se reposer un peu avant d'entreprendre sa rude et longue besogne, ni un jour de fête, ni un plaisir de garçon libre et riche ayant au moins le droit de goûter, si furtivement que ce fût, aux joies de

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la vil'. Tout de suite, sans atleii{lre,il partit pour Paris alla de s'y confiner dans les éludes qui lui paraissaient nécessaires à devenir un ^rand pliilosoplie.

Et il y arriva comme un pauvre, ce riche.

Tous ses comptes réglés, le prix du moulin joint au patrimoine des vieux, il possédait cependant cent quarante mille francs, qui, placés en rentes sur l'Ktat au taux cinq où était alors l'argent «léposé dans les caisses publiques, lui constituaient sept mille livres de revenus. Sur ces sept mille francs animels, il en réserva six, destinés à être capitalisés pour servir plus tard, dans dix-huit ans, à la restauration du château. Il n'en préleva que mille pour lui-même, auxquels se joignirent les deux cent cinquante francs de fermage.

Et ainsi, toute sa fortune étant assurée en vue de l'œuvre à venir et si lointaine, et l'assurance étant prise contre lui-même par le placement en titres incessibles et insaisissables, c'est avec" douze cent cinquante francs de pension pour tout viati- ({ue, un tout petit peu plus de cent francs par mois, (jue Yalentin Leleup <le Marcoussy de Lagibasse s'établit à Paris, pour y entamer à sa façon la croisade de son chimérique espoir et de son splendide orgueil.

La maison où s'installa Valeiitiii en arrivant à Paris pour ydcNenir un grand philosophe, cl qui! avait choisie expressément à ce dessein, vaut la peine dètre connue en détail, dans ses aîtresctses êtres. (]ar elle d<'vait avoir sur sa vie une extraordinaire, lente et, à la longue, houlevcrsaiile influence, dont il ne pouvait se méfier et qu'il ne pouvait même pas prévoir, en y entrant.

Certes, sa résolution était bien sincèrement prise d'y mener une vie solitaire, cloîtrée dans l'étude, sans s'y laisser distraire de son œuvre 'par quoi que ce fût ni qui que ce fut. Et sa volonté, d'autre part, était de force à tenir ferme cette résolution. 11 en avait déjà donné assez de preuves, pendant ces quatorze derniers mois de luttes préparatoires, pour avoir le droit de compter sur son énergie et sur sa faculté de résistance aux hostilités extérieures. Néanmoins, malgré toute sa certitude en luimême, et si renfermé qu'il y fût, si virilement armé contre le dehors, il était d'un âge on l'on est fatalement accessihle aux choses et aux personnes qui vous entourent, et où l'on simhihe et se pétrit,

sans y luire seulement atleiilion, de ralmosphère (ju'oii respire.

Or, les clioses et les personnes de cette maison étaient, sous leur apparence tranquille, d'une bizarrerie rare, et par conséquent prenante. L'atmosphère y était spéciale, cliarg-ée de fièvre, comme on le verra. Il eùl (''té préférable, pour ce jeune homme, à la tète exaltée par un grand projet, d'habiter parmi des g-ensabsohnnent dénués eux-mêmes de toute exaltation. Et, précisément, cette étrange maison était, à certains égards, une sorte de maison de fous.

Elle n'en avait pas l'air le moins du monde, par exemple; et l'on comprenait fort bien que Yalentin, cherchant un repaire de calme profond, se lût trompé à l'aspect, parliculièrement serein, jus- <ju'à en paraître stupide et presque mort, de cette demeure silencieuse. Un malade, las et avide de paix, désirant couler (juelque part une douce con- A'alescence cjue rien ne vint troubler, n eût pas trouvé dans tout Paris asile plus conforme à son désir.

(k'tte maison était située rue des Boulangers, une petite rue (jui monte assez raide de la place Saint-Victor, et par laquelle, à cause de la grimpée, j)assent très peu de voitures. C'est un quartier |)auvre, d'ailleurs, non pas trop populeux non plus, sauf dans le bas de la rue, du côté de la place. Le haut est plutôt occupé par des employés, des gens de bureau, de médiocres bourgeois aux mai grès rentes. On s'v croirait dans une lointaine

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ville de province, menu» eneoie jiLijourtriiui, après la percée des larp:es voies voisines' (|u'enconibre nne foule grouillante el(|ue sillonnent les tramways à la stridente troinpelte. Du lenips oij y logeait Valenlin, ce voisinai^e bruyant n'exislait pas encore. Il'v avait là tout un inextricable dédale de rues, ruelles, passages et impasses sans passants; et lapins déserte à coup sur, de toutes ces rues vides, c'était la rue des Boulangers, surtout dans le baut, oîi se trouvait la maison.

Cette maison, d'ailleurs, ne donnait même pas sur la cliaussée. De ce côté se dressait une vieille bâtisse à trois étages, dont les deux supérieurs loués précisément à quebjues-uns des susdits employés, g-ens de bureau et petits rentiers. Le rez-de-cbaussée et le premier étage étaient tenus par la propriétaire, une veuve nommée M™'' d'Aniblezeuille, noble ruinée, qui en avait fait une pension de famille. A la suite de cette vieille bâtisse à trois étages venait une cour pavée, puis un vaste jardin au centre duquel s'élevait une seconde maison, de deux étages seulement. C'est dans celle-ci qu'babitait le jeune bomftie.

Le jardin entre les deux maisons, avec ses allées en g-ravier, ses bordures de buis, ses bosquets de lilas rabougris, sa statuette de plâtre builé sous une tonnelle de vigne vierge, sa fontaine à la vasque ébrécbée, avait encore tournure de jardin, de vilain et banal petit jardin bourgeois.

L'autre partie du jardin, celle qui, après la seconde maison, allait dévalant vers le quartier

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Saiat- Victor, n'avait plus l'aspect que d'un terrain vai^^uo livré à la poussée folle des plantes en liberté.

Quatre terrasses le composaient, mais écroulées en quelque sorte chacune sur la suivante. Car les escaliers, devant servir à les faire communiquer, étaient rompus presque partout; les murs de soutènement s'éventraient, laissant couler leurs entrailles de terre; le sol n'était que trous et bosses. Quelques arbustes morts gesticulaient sinistreluent, de leurs bras de squelette, montrant seuls que jadis il y avait eu là un jardin. Mais ils en t'taienl les derniers et rares vestiges. Parlerros. plates-bandes, bordures et allées, tout le reste avait disparu, et depuis bien longtemps sans doute, sous une impénétrable broussaille de ronces, de lambruches sauvages, de lianes en fouillis et en serpentins, qui en faisaient comme une petite forêt vierge.

Une sente, pourtant, se distinguait, longeant lu muraille de droite, et débouchant, au fond, sur une étroite clairière pleine d'orties. Et là gisait un banc de pierre devenue verte à cause de Ihumidité du lieu. Ce retrait, en effet, tout en contre-bas, devait être le réservoir de toutes les eaux filtrant à travers ces quatre terrasses en éboulis. Et néanmoins, à nen. pas douter, sur ce banc lugubre, d où l'on ne voyait rien que l'encoignure formée par l'angle de deux murs lépreux, quelqu'un venait assez souvent s'asseoir; car la sente y conduisant était pelée par des pas, et une place, usée

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p;ir le frolleineiit, faisait une tache blanche sur la ijiousse verte (h; hi pierre.

L"ètie qui aimait ce coin, ihùte inattendu el extraordinaire de ce triste jardin, était le locataire principal d«' la seconde maison. 11 en occupait le rez-de-chaussée et le premier étag'e depuis quinze ans.

C'était un prêtre, ou du moins il en portait le costume. Mais il ne semblait pas exercer le sacerdoce. Jamais, en elfet, il ne sortait pour aller dans une église. Était-il interdit? Était-ce seulenient un véritable prêtre, ou ne se vêtait-il pas dune soutane par goût spécial pour celte robe noire conuruf^nte à son humeur? C'est ce que personne ne savait, sauf sans doute M""' d"Amblezenille, qui était son amie très intime, mais qui n'avait pas une figure à révéler les secrets.

Le second étage de la petite maison était divisé en quatre chambres qui n'étaient louées qu'avec le consentement formel du locataire principal. Et c'est précisément cette condition qui av^ait décidé le clioix de Valentin. Lorsqu'il était venu chez M""" d"And)lezeuille, alléché par un écriteau annonçant une chambre avec vue sur des jardins, elle lui avait dit vivement tout d'abord :

— Avant tout, jeune honnne,puis(|ue\ousd('sirez un logement propre au recueillement et à létude, il faut savoir si vous êtes vous-même propre au recueillement et à l'étude, et c'est l'abbé seul qui peut en juger. Autrement, mieux vaudrait pourvous, pour lui, pour nous tous, que vous prissiez une chambre

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ilans la maison du flevaiit, tranfjuille aussi, mais lion pas consacrée, aiasi que le sanctuaire, aux liuules et sérieuses spéculations de l'esprit.

(iCtte étrang-e façon d'accueillir un locataire possible avait étonné Valenlin. mais en le charmant. Il avait été séduit aussi, non sans un certain trouble de pensée, par la désignation spéciale donnée à la maison du jardin. Que signifiait ce mot de sanctuaire? Et qui était cet abbé? A une furtive interrogation sur ces points obscurs, M""-' d'Amblezeuille avait répondu gravement :

— Labbé Garuby est un théologien, dont jai l'honneur d'être iamie. Il est locataire principal de la seconde maison et du grand jardin. Il consent à ce que Ion habite l'étage supérieur de la maison. pourvu qu'on lui plaise. En revanche, si on lui plaît, je fais des conditions de loyer extrêmement douces. C est ainsi qu'il y a déjà, dans la maison, deux jeunes gens agréés par lui, auxquels je fournis la chambre sans meubles, et la pension sans vin, pour soixante francs par mois chacun.

?]lle avait ajouté, avec un geste impérieux et presque menaçant de l'index, et comme choses de la plus sérieuse importance :

— Vous entendez bien, jeune hoinnic, sans meubles et sans vin. Et quand je dis sans meubles, <f n'est pas qu'il m'en coûterait d'en fournir; mais c'est (jue l'abbé tient absolunn-nt à ce que ses locataires aient leurs meubles à eux, comjiosés d'une couchette monacale, d'une table en bois

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l)laiic et d'une niii(nic chaise de paille. Et quand, je dis sans vin, ee n'est j)as non plus par un sordide esprit d'économie: mais c'est que l'abbé exige cbez ses locataires rabslincnce complète du vin. Avant même de savoir si vous lui plaisez ou non h d'autres points de vue, il est bon de prendre vous-même votre pai'ti touchant ces deux conditions-là.

De plus en plus stupéfait, et ravi en même temjts, Valentin avait accepté d'emblée ces deux conditions. Que n'eùt-il pas subi, à l'idée d'être logé dans cet asile du recueillement et de l'étude, chez ce sévère théologien si difficile sur le choix ile ses voisins, et à ce prix miraculeux de soixante francs par mois? Ainsi, reçu là, il serait à l'abri de tout souci matériel, de toute distraction intellectuelle, et, sur son budget de. cent et quelques francs par mois, il lui en resterait plus de quarante pour son entretien et pour l'achat des livres dont il aurait besoin ! 11 n'eût jamais osé rêver pareille aubaine. Il s'écria naïvement :

— Pourvu (jue je ne déplaise pas à M. l'abbé!

— Celte intjuiétude même prouve en votre faveur, répliqua M'"'' d'Aniblezeuille. Et je ne doute point que vous lui plaisiez; car vous me plaisez, à moi. Et c'est déjà un pas de fait dans son jugement.

Cela fut dit avec un sourire qui parut ambigu au jeiuie honmie, et avec une sorte de clin d'œil en coulisse qui ne laissa pas de lui donner (|iielque inquiétude. Ce fut son unique appréhension avant

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