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d'entrer dans la maison qui allait avoir tant d'inllucnce sur sa vie. Mais celle appréhension lut brève. VMv se dissipa aussilùl, absolument, à un attentif examen de M"i« d'Amblezeuille, qui était ime très vt'-nérable dame de cincjuante ans environ, urandc et sèche, aux allures distinguées et un brin trop cérémonieuses, au visage plutôt sévère entre ses deux boudins de cheveux coiflles en longues papillotes à l'anglaise. Ce clin d'œil en coulisse et ce sourire ambigu n'étaient évidemment qu'une sorte de tic, de grimace, par quoi M™" d'Aniblezeuilie manifestait son désir d'être aimable. Et finalement, au lieu d'en être inquiet, Yalentin en fut rassuré, puisque cela lui pronostiquait l'agrément plus que probable de Fabbé.
Il avait donc tout de suite demandé la présentation au redoutable juge de qui dépendait son installation dans ce qui lui semblait b^ paradis pour son œuvre. A quoi M'"*^ d'Amblezeuille, redevenue hautaine, lui avait réparti qu il devait premièrement se soumettre à l'épreuve préliminaire de dîner avec les hôtes de la pension de famille.
— C'est, lui avait-elle dit, pour savoir si vous préférerez prendre vos repas avec eux, ou seul dans votre chambre.
— Oh! seul! avait vivemciit répondu Yalentin.
— Encore une bonne note pour vous! avait fait M'"' d'Amblez<'uille. Mais, quand même, l'abbé tient absolument à ce que ses locataires soient de temps en temps en contact avec les miens. Ainsi, une fois par semaine, le dimanche, si vous restez
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ici, vous devrez diner avec nous à l;i maison du devant. La table y est, d'ailleurs, je n'ai j)as besoin de vous le dire, fort bien fré(juenl«''e.
El. conime l'heure du repas était proche, elle lui fil rapidement le portrait et la biop^raphie des personnes qui étaient ses locataires et ses pensionnaires dans la maison du devant. Valentin l'écouta «l'une oreille. Toutefois, ces paroles s'étaient jrravées dans sa mémoire, inconsciemment, assez nettes pour (ju'il reconnût, en nianfreant, les personnes ainsi décrites.
Les deux plus notables étaient certainement M. le professeur Dubog-ard de Cércns et M'"*^ la comtesse Éveline de Varençais, en qui Valentin reconnut tout de suite un vieux couple de g-ens vivant maritalement ensemble, mais toutes les apparences convenables soigneusement et exag-érément sauvegardées.
La comtesse avait passé la soixantaine, mais conservait des prétentions à la joliesse, sous sa perruque d'un blond trop jeune, dans sa toilette trop claire et trop fanfrektchée, avec ses gestes ii l'enfant, et le tout souligné en ridicule par un corps court et mafllu, par une bouche mal dentée dans une grosse face à bajoues et au dur nez de perroquet.
Le professeur Dubogard de Gérons était un pelit septuagénaire qui avait l'air d un pantin en bois, aux articulations jouant sec. Il avait le visage complètement rasé, très parcheminé, tout en rides. Il était outrageusement teint d'une teinture qui don-
nait à son toupet en poire l'aspect d'une poire, vn effet, luisante et verte. 11 parlotait, d'un verbe sautillant coiwme son allure. Ce qui ne surprit point \ alentin, M""^ d'Amblezeuille lui ayant révélé que le professeur Dubogard de Gérons avait été proicsseur... de danse. Elle avait ajouté, il est \rai. avec admiration :
— A la cour de Saxe-Meiningen, pendant l'éniigration, et, plus tard, à la cour même du roi de France.
Les trois autres liùles de la pension de famille n'avaient rien de iiarliculièroment original.
11 y avait .M. et AI"^'' Bussins, créoles de l'ile de la Réunion, ruinés par les guerres anglaises, deux ires nonciialants et peu bavards, mélancoliques omme des exilés, jeunes encore, car le mari n'axait pas plus de (juarante ans et la femme plus de trente, mais sans âge réel à cause du précoce iitomne dont les avait accablés la perte de leur iptune et Tabsence de leur beau soleil. 11 y avait un docteur iiollandais, dont le nom, diflicile à prononcer, n'avait pas été retenu par Valen- I in. C'étaitun grand etgi'oshomme, silencieux mangeur, venu à Paris pour y étudier spécialement l'ophtalmologie et en même temps le français.
Mais il y avait aussi, ce jour-là étant présisément un dimanche, les deux locataires de la maison du l'ond : un jeune étudiant en médecine nommé Prosper liroguet, bisontin, et un Polonais, Ladislas Wronsky.
Ce Polonais, dont M™^ d'Amblezeuille avait parlé
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comme (l'un très puissaiil esprit, ièto cncyclopédii\iu', semblait cependant encore plus jeune que le bisontin. Son pâle et maigre visage glabre, sous son épaisse crinière aux mèclies violemment retroussées et couleur de feu, faisait penser à quelque archange foudroyé en pleine adolescence.
Ces deux derniers pensionnaires ne prononcèreni pas un mot pendant toute la durée du repas, qu'animèrent seulement les lourds grognements du docteurs hollandais, les quelques phrases susurrées à voix traînante parle couple créole, et surtout le jeu de raquette de la conversation toujours soutenue en volants renvoyés par la comtesse et le professeur, tous les deux faisant assaut de volubilité papoleuse, minaudière et sautillante.
Ce qu'ils dirent, et ce qu'y répondit M'"'' d'Amblezeuille, attentive à son rôle d'hôtesse qui traitait ses pensionnaires comme des invités dans le meilleur monde, c'est ce que Valentin n'entendit pas, n'y prenant aucun intérêt. Il était tout occupé à contempler les deux jeunes gens qui avaient plu au difficile abbé, et à se demander par quoi ils lui avaient plu de la sorte, et à s'inquiéter*di' savoir si lui-môme il avait de quoi lui plaire.
Il en désespérait devant l'étrange et belle figure de Ladislas Wronsky, devant cet air d'archange adolescent et foudroyé. Il reprenait un peu confiance à examiner le jeune bisontin, Prosper Broguet, de mine assez terne, avec sa peau bise, son front bas, son corps lourd et gauche. On ne voyait en celui-là aucun indice de génie. On y sentait seu-
It'iiieiil luu tliiiL' ajt|iiicalion au labt'Lii'. tiu»- voloiiUtenace. Or cela, il l'avait aussi, lui, Valentin, le travailleur, le patient, le têtu Tliiéiacliieii.
El, en plus, n'avait-il pas son haut projet? Mais de ce projet, lallait-il en parler? Il s'interrogeait là-dessus anxieusement. Certes, c'était bien là de quoi séduire l'ablj»'*, semblait-il. Mais n'y avait-il pas une sorte «le faiblesse, de lâcheté, à prendre ainsi, tout de suite, à la légère, un inconnu pour confident? En fin de compte, c'est ce que pensa Valentin, se disant :
— Si l'abbé pouvait vcwr ce qui se passe en moi, (?t la brave décision où je m'arrête, de i^arder mon secret, il n'en aurait pour moi que plus d'estime, j'en suis sûr. Mais il n'en saura rien. Si je lui déplais, faut pis !
Pourquoi, d'ailleurs, attachait-il tant d'importance à l'estime de l'abbé? Il se le demanda un moment avec une ombre de peur. a*ant comme une vague idée que cela n'était j)as digne de la haute estime où il se tenait lui-même. Mais il se rassura vite contre cette peur. Évidemment, pensa-t-il, plaire à l'abbé n'était pas une chose dont il put faire fi, puisque de cela dépendait l'entrée dans cette maison offrant de si grands avantages matériels e't moraux. Et il se convainquit aisément que ses angoisses avaient pour uni(pie source une sage et pratique sollicitude de ses inl('rèts, rien de plus.
Celte impression fut corroborée dès qu'il << trouva, le repas fini, en présence de l'abbé. Ce
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st'vère tiiéologieii, quil avait imaginé un peu vomrno un juj^e lerrihlc, en tons cas connue un cire ayant (pielque chose de mystérieux, lui j»anil. au confraiie, le plus simple et le plus ordinaire des hommes. Tout de suite, devant hii. il fut à l'aise.
Cétait le type connu du prêtre guas, mal soigné, paresseux et indillerent. Sa soutane était éliniée. sah'; tendue en avant sur un petit bedon poinlu juexagéraient encoi'e les plis lâches d'une ceinture .1 l'abandon. Il portait, au lieu de souliers à houcles, des savates dont le quartier de dei'rière. ('culé et rabattu sous le talon, laissait voir Ses bas ^ris troués. Ses cheveux |)endaient longs, plats, huileux, jusqu'à ses épaules poudrées de pellicules. :mi face boufïie de panne blême était rasée de vieux, lU sorte que le bleu de la barbe y ressemblait h une sorte de moisissure hérissée. L allure entière du corps ét*it affaissée. Les mains, molles, avaient l'air de luains mortes, ballantes dans une flasijue nonchalance, au bout de deux bras courts, manifeslenient hostiles à toute fatigue de gesticulation. En somme, chaque ligure humaine 'vocjuant par analogie l'image d'un animal à lui comparer, l'image qui s'évoquait ici étak celle d'un batracien à sang froid, gonflé, visqueux et immobile.
Ti (lis choses seulement avaient change d'accrocher et de fixer l'attention, dans l'examen détaillé de ce personnage plutôt banal, et y doimaient lien à l'hypothèse d'une originalité qu(dconque. C'était, d'abord, l'impossibilité absolue oi'i 1 on se trouvait