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LES DIVERS SYSTÈMES DE CULTURE

L’agriculture algérienne ne varie pas seulement selon les conditions de milieu qui, comme nous l’avons vu plus haut, sont si diverses suivant le climat, l’altitude, la proximité ou l’éloignement de la mer ; elle présente en plus des aspects différents selon l’origine des populations qui la pratiquent. En effet les méthodes culturales, les entreprises agricoles sont la résultante des aptitudes, des goûts et des besoins des diverses populations rurales de l’Algérie, de même ((Lbelles sont subordonnées aux conditions économiques des régions considérées.

Aussi peut-on distinguer en Algérie trois sortes d’agriculture: l’agriculture arabe, l’agriculture kabyle et Tagriculture européenne.

Agriculture arabe

L’Agriculture indigène présente des caractères bien differents, suivant que le sol est exploité par l’Arabe ou par le Kabyle.

L’Arabe, qui appartient au peuple conquérant, est

cultivateur ou pasteur : mais suivant que le milieu qu’il habite se prête plus ou moins soit à la culture, soit à l’élevage, il s’adonne plus spécialement à l’une de ces deux branches d’exploitation, sans négliger cependant entièrement l’autre.

Sans doute l’Arabe est un piètre travailleur de la terre dont il ne cultive qu’à peine ce qu’il faut pour

suflire à ses minces l)Csoins, tlemaiulanl le surplus aux productious spontanées et gratuites du sol.

La mise eu valeui* du sol a lieu j>ar les moyens les j)lus rudimentaires et <jui exigent le moins de dépense et de travail.

Suivant les régions, l'Arabe habite, ave(f sa l’amille et son bétail, latente tissée du |)oilde ses bétes ou le gourbi dont la broussaille voisine a fourni tous les matériaux.

Son matériel agricole se réduit au strict nécessaire : une charrue et quelquefois une herse.

D’après les statistiques officielles, on compte pour l’agriculture indii^ène environ 2o0.000 charrues et

l.oOO herses.

En dehors du labour, tous les autres travaux de la culture des céréales, moisson, battage, vannage, etc., qui sont chez le cultivateur européen exécutés avec un outillage très perfectionné et coûteux, ne provoquent l’emploi chez l’indigène d’aucun instrument spécial. Les céréales .sont moissonnées au moyen de la même faucille qui sert à tondre les moutons ; les épis coupés avec une partie de chaume tout juste suffisante pour les réunir en javelles, sont battus au pi'ed des bêtes ; pour vanner le grain, on profite d’un vent convenable qui permette, en projetant en l’air le mélange de grain et de paille, de sép rer run de l’autre.

La charrue elle-même est de construction très primitive. C’est une charrue analogue à rancienne charrue romaine encore en usaire dai s tout le Bassin Méditerranéen. Elle est façonnée grossièrement au moven d’une hachette dans une branche de frêne, d’olivier ou de chêne; elle est toute en bois, saut le soc qui est

en 1er : des oreilles en bois ou des chevilles placées de chaque côté du soc remplissent l’oftice de versoirs.

L’extrémité de la flèche ou de Page repose sur le joug auquel elle est attachée par une courroie. La j)rof‘ondeur du labour est réglée en avançant plus ou moins sur le joug Textrêmité de la flèche.

Au moyen de cordes de palmier, de quelques débris de paillassons et de vieux burnous, l’Arabe attelle à cette charrue une paire de bœufs, de chevaux, de mulets ou d’ânes et c’est avec cet instrument rudimentaire, actionné par un attelage trop faible, qu’il gratte la terre pour semer en hiver des céréales et au printemps du bechna ou du maïs dans les terres plus fraîches.

Le grain est semé avant le labour qui l’enterre en partie. Le rendement des terres ainsi travaillées est, on le conçoit, inférieur à celui qu’obtient le colon européen avec ses charrues de construction moderne.

La charrue indigène a, néanmoins, de nombreux avantages : elle est légère, très maniable; grâce à la longueur de la flèche, elle permet au laboureur d’évoluer facilement au milieu des obstacles que présente le sol souvent accidenté, en pente, parsemé de pierres, semé de touffes de palmier nain, de jujubiers, etc. En cas d’accident, elle est de réparation facile : avec une hachette, le laboureur confectionne la pièce de rechange dont la forêt voisine lui fournit la matière.

La charrue arabe remue superficiellement le sol, sans le retourner. Néanmoins, dans les terrains de montagne, là où le sol ai*able est léger et de peu de ])rotondeur, là aussi où le sous-sol de mauvaise nature ne doit pas être ramené à la surface, la charrue arabe

peut suffire. Elle préseiile en outre cet avauta^^e de ménager sur les coteaux la végétation spontanée, toutTes de palmier, de diss, chardons, etc., (|u‘une charrue |)errectionnée détruirait rapidement, au préjudice de la retenue des terres sur les pentes rapides.

Néanmoins ce grattage superficiel du sol au moyen d’une charrue primitive actionnée par un attelage trop faible, est insuffisant dans les sols un peu 'forts des |)laines d’alluvions: là, la substitution d'un outil faisant un travail plus énergique s’impose, si l’on veut assurer à la récolte un rendement plus régulier.

Enfin, il faut observer que l'amélioration du matériel agricole et particulièrement de la charrue doit entraîner une modification dans réconoinie rurale de l'indigène. Il faut des attelages plus puissants; il faut, en outre, recourir à remploi des engrais.

Par l’emploi de la charrue arabe, l’indigène n’est guère exposé, comme le cultivateur européen qui ne se soumettrait pas à la loi de la restitution, à épuiser la terre, car il ne lui demande guère que ce qu’elle peut produire d’elle-mème spontanément etd’une façon continue. On fait observer avec juste raison que si, par des labours plus profonds, on obtient des récoltes plus abondantes, ce résultat ne reste acquis et permanent que si le cultivateur restitue à la terre le surplus des éléments fertilisants enlevés par le surcroit de récolté. En d autres termes, les labours plus profonds entraînent l’emploi des engrais, si l'on ne veut arriver à un épuisement progressif du sol et à sa stérilisation. L'introduction dans la culture indigène d'une charrue perfectionnée permettant des labours plus profonds, devrait donc, dans la plupart des cas, avoir pour correctif l’emploi des matières fertilisantes, emploi ipii

paraît difficile à généraliser dans les conditions économiques actuelles de l’agriculture indigène.

Bien que les labours profonds ne s’imposent pas partout, surtout là où la terre végétale est peu épaisse et où le sous-sol est de mauvaise nature et salé, il n’est pas douteux que dans bien des terrains ils assureraient une récolte plus régulière : les céréales se défendraient mieux, car la sécheresse, dans un sol profondément ameubli, a moins d’action que dans celui gratté superficiellement. Aussi, reconnaîtra-t-on que c’est avec raison que le Gouvernement de l’Algérie se préoccupe de famélioration du matériel de la culture indigène, et particulièrement du perfectionnement de la charrue en usage chez les Arabes et les Kabyles.

Lorsque la terre a été ensemencée en céréales, l’Arabe n’y revient qu’à la moisson pour faire la récolte ; pas de binages, de sarclages, pas de fumiers. Dès que la semence a été confiée au sol, l’Arabe considère sa tache comme remplie, et c’est à Dieu qu’il appartient de faire le reste.

Dans les terres plus fertiles, plus fraîches, l’Arabe fait quelques cultures potagères, consistant en fèves, pois chiches, pastèques et citrouilles. Sur le bord des cours d eau, il crée ([uelques vergers où les figuiers, les grenadiers, les figuiers de Barbarie dominent.

Dans les champs se promène un troupeau de bœufs, vaches, chèvres, boucs, moutons, brebis, gardé par un enfant. Tous ces animaux vivent dans la plus complète promiscuité ; ils mangent ce qu’ils trouvent, boivent quand ils peuvent, sont maigres en été, gras au printemps, se multiplient et se croisent à leur gré et enfin sont exposés à toutes les intempéries.

Aucune réserve de fourrage u'étaul faile, quand viennent les périodes sèches, les animaux maigrissent ou meurent de faim, et TArabe, résigné, attend qu’Allali lui envoie la j)luie qui fera germer les céréales et pousser les herbes de la prairie !

Un seul animal cependant est relativement soigné : c’est le cheval.

Quant à la plupart des objets dont il peut avoir besoin, Tarabe les fabrique lui-même sous sa tente ou sous son gourbi ; toiles pour la tente, tissus formés de poil de chameau et de chèvre ou d’un mélange de bourre de laine et de palmier nain, burnous noirs et blancs et liaïcks de laine confectionnés par les femmes avec la toison des moutons ; sacs de laine pour les graines ; ustensiles de cuisine en terre argileuse, œuvre des femmes de la tribu ; moulins provenant des régions où se trouve la pierre meulière ; selles, cuirs, etc... Ses besoins, très restreints, sont généralement satisfaits par les industries familiales ; il est même des tribus où les femmes sont très habiles à tisser de fort jolis tapis, seul luxe des intérieurs indigènes, avec des laines filées et teintes par elles-mêmes.

Très différents des arabes, les Maui*es et les CouloLiglis (1), (jui se confondent actuellement en une seule race ont, en général, peu d’aptitude pour l’agriculliii’e proprement dite ; ils j)réfèreut la cullui*e des jai'dins et des vergers. On peut trouver dans ces races de bous jardiniers auxiliaires. Quelques pi‘oj)riélaires ont même conservé la tradition de principes horticoles

(1) Croisements de Turcs et de femmes du pays.

qui sont consignés chez les auteurs arabes des siècles précédents. Au débutde la conquête, les jardins indigènes étaient nombreux aux environs d’Alger et dans les ravins du Sahel ; ils étaient complantés d’arbres fruitiers greffes, de vignes et surtout d’orangers. La lloriculture, peu variée, comprenait principalement des espèces odoriférantes, jasmins et roses musquées.

Les environs de Tlemcen, avec leurs belles irrigations, ceux de Médéah, de Bougie, de Gonslanline, avec son Hamma bien arrosé, etc. . . renfermaient de nombreux vergers, des vignes, des plantes potagères et quehjues fleurs.

L'arabe n’est pas seulement le grand producteur de céréales qu’il cultive sur une superficie de plus de 2 millions d’hectares : il est aussi de beaucoup le principal éleveur. Il possède en effet la presque totalité de l’effectif des troupeaux bovins et ovins. Dans le Tell, c’est le bœuf qu’il élève ; dans les Hauts- Blateaux proprement dits, c’est le mouton. Mais bien (jue principalement pasteur sur' les Hauts-Plateaux il y cultive encore des céréales, du blé et de l’orge sur d’assez grandes surfaces, même dans les pays de transhumance.

« Que celui qui t’a créé te nourisse ! » Tel est dans sa simplicité le principe de l’éleveur indigène ; les animaux vivent en promiscuité; les accouplements se font en dehors de toute intervention de l’homme pour améliorer le type ; les animaux n’ont d’autre nourriture que celles qu’ils trouvent au dehors. A fabondance de nourriture au printemps et au commencement de l’été, succède la pénurie presque

absolue, car aucune réserve tle lourra^^e 11‘esl faite et les aiiiuiaux ne vivent (|ue de ce (lu'ils peuvent trouver dans les terres de [)arcours, souvent dépourvues de toute végétation (juand les pluies d’autoinne tardent à venir.

Ce (pii caractérise bien ragriculturc arabe, c’est (jiCelle demande le plus aux [iroductions spontanées du sol et le moins au ti'avail de riiomnie. L-’Arabe réduit au minimum ses liesoins, qu’il ne satisfait que dans la stricte mesure nécessaire. Son objectif sembleêtre de vivre des produits naturels du sol et, s'ils sont insuffisants, ce n’est qu'ii regret, (jii'il consent à aider la nature pour lui faire rendre davantage.

Mais l’agronomie actuelle de rindigène, fataliste

imprévoyante, assurément condamnable pour nous, n’est-elle pas la résultante des conditions spéciales de milieu dans lequel il a vécu et qui lui ont imposé son genre de vie, ses habitudes, sa façon d'agir et lîKuue de penser*?

Gonti*e l’inclémence du climat, contre les incertitudes d'une pluviométrie toujours irrégulière, contre les longues sécheresses et les périodes (.l’années malheureuses, qui sont de tradition dans l'Afrique du Nord, l’Arabe a été et est encore désarmé. N’ayant rien à attendre du beylick que des impôts à jiayer, influencé par le goût nomade de ses ancêtres, souvent entraîné par l’esprit de conrpiète ou menacé à son tour par ses vaiiujueurs, l'Arabe n'a j)as su se ci*éer une agriculture stable et ()erfectionnéc : il s’en ('st reposé forcément sur les éléments, sur la nature ellemême. demandant à la terre strictement ce (pi'elle

pouvait lui fournir avec le minimum d’efforts de culture, utilisant ce qu’elle lui donnait spontanément, se résignant pour le surplus à la volonté de Dieu.

Dans le palmier nain il a trouvé un bourgeon central qui représente un petit chou palmiste servant à sa nourriture, des feuilles qu’il transforme en cordes, en litière, en revêtement pour le gourbi, qu’il emploie à la confection de la vannerie usuelle.

Les grandes touffes du diss lui fournissent au printemps, par leurs jeunes feuilles, une nourriture facile pour le gros bétail et, par leurs feuilles sèches, la couverture de chaume des gourbis.

Les branches du jujubier épineux ou les haies de cactus servent à confectionner une barrière infranchissable autour de l’habitation de la famille et du parc où est le bétail ; leur bourrelet d’épines les protège con" tre les animaux malfaisants et les maraudeurs.

Les rejets des lauriers-roses et des lentisques font d’excellente vannerie et les grosses souches de la férule, respectées scrupuleusement par la charrue de bois, donnent des hampes qui servent à allumer le feu ou à faire des cages légères pour le transport de la volaille et des fruits ou bien encore à construire des ruches pour loger les abeilles.

La broussaille offre un fourrage do broutilles assez abondant et, dans les clairières plus ou moins vastes, le revêtement du sol est assez herbacé et touffu pour fournir un pacage. Puis cette broussaille elle-même est le seul combustible disponible pour passer les durs moments de Thiver et faire cuire quelques aliments. Au milieu de cette végétation sous-frutescente se trouvent quelques plantes, Borraginées, Composées. Polygonées, Ghénopodées, etc., dont les bourgeons et

les intlorescences pour certaines espèces sont avidement recherchés j)ourètre mangés crus on cuils. Les indigènes complent tellement sur cetle ressource alimentaire des champs cjudls s'inquiètent de la disparition des artichauts sauvages (jui recouvraient autrefois de grandes étendues dans les régions montagneuses de l'Est et où ils étaient, par places. Tunique végétation spontanée ; ils di:^ent que dans les temps de disette, alors que la pluie manque, quand Therbe n'a pas poussé, que la récolte des céréales (;st compromise, les cœurs d’artichauts étaient pour eux une pi‘écieuse ressource et que leurs animaux se nouriassaient aussi des feuilles encore jeunes de cette plante. En outre, dans ces pays à grandes surfaces mamelonnées et nues, la hampe sèche de ces carduacées était un combustible unique et. parlant, fort apprécié.

On pourrait multiplier ces exemples et les appliquer jusqu'aux matières tinctoriales et tannitères nécessaires aux petites industries indigènes, aux ingrédients de leur pharmacopée, etc. : on trouverait toujours TArabe ayant à sa disposition, par les productions naturelles qui Tentourent et sans grands efforts culturaux ou industriels, toutes les matières nécessaires à la simplicité de son alimentation et à la rusticité de sa vie.

Cela expliquerait, avec l'imprévoyance et le fatalisme qui sont le résultat du passé autant que du dogme principal de leur religion, peut-être de leur philosophie, pourquoi les arabes restent fidèles à des mœurs agricoles que n'a pu encore sensiblement modifier le voisinage de Tagriciilture Européenne. Cette situation résulterait autant de Tintluence prépondé-

rante ciu milieu que du manque d’aptitudes de la race. Actuellement, l’Arabe ne peut plus descendre comme autrefois, dans les riches pâturages de la région la plus fertile ; la colonisation a envahi le Tell, défait la collectivité des propriétés de parcours. Le petit lopin de terre qui lui reste est dur k cultiver, car les ressources manquent. Trouver trois ou quatre morceaux de bois pour soutenir la tente, réparer le gourbi ou la charrue est une grosse préoccupation, car la forêt est éloigm'îe et gardée par l’Etat, et l’Européen fait payer les quelques perches de saule qu’on lui demande. Faire* du jardinage pour contribuer à la frugale alimentation de chaque jour n’est guère praticable pour la majorité, le moindre arrosement étant impossible : les femmes passent la plus grande partie de leur temps cà aller chercher au loin, dans un mince fdet d’eau coulant entre les lauriers-roses, le liquide indispensable aux besoins de la vie des gens et des bêtes ; deux fois par jour, ces malheureuses créatures accomplissent cette dure corvée, par tous les temps, pliant sous le poids d’outres fort lourdes.

Mais cette situation n’a pas sa cause unique dans l’origine ethnique des indigènes, qu’ils appartiennent à une seule race ou à plusieurs ; et l’on peut se demander si Tinlluence du milieu n’a pas dominé les origines et si ce même indigène n’est pas quelquefois un cultivateur passable quand les facteurs naturels du milieu lui permettent de le devenir.

Il serait injuste et excessif en effet, quels que soient l’état misérable et même les défauts de la plus grande partie de la population indigène, de prétendre qu’elle n’a aucune disposition pour une meilleure agriculture

(jiiaïul elle se trouve clans une contrée relativement lavera ble.

L’Incligèiie malgré Tétât d'indivision, les luttes intestines et les guerres avec les envahisseurs, n'en a pas moins planté de TEst à l'Ouest ces magnitic|ues forêts

d'oliviers séculaires dont nous recueillons les récoltes :

il a créé ces belles orangeries arrosées de la plaine et de la montagne oîi se trouvent des variétés encore renommées et c|ue nous n'avons pas remplacées. En tin, pénétrant jusc[ue dans le désert, il a constitué ces oasis productives, avec des dattiers de choix, bien entretenues sous un climat de feu par une irrigation empruntée à la nappe jaillissante c|iTil va chercher, avec des moyens primitifs juscpje dans les profondeurs de la terre. Dans ces oasis, le sédentaire, issu de Tunion d’Arabes ou de Kabvles avec les nègres soudaniens est souvent un patient jardinier, pratiquant habilement l’irrigation et menant à bien quelques petites cultures au milieu de difficultés climatériques

de toutes sortes.

En outre l'Indigène est le principal, sinon Tunicpie éleveur du gros et du petit l)étail. 11 entretient un effectif bovin de plus d'un millon de tètes, environ 170.000 animaux de race chevaline, produisant les chevaux et les mulets néc.essaires aux travaux de l'agriculture, sans compter les ânes employés seulement comme animaux de bat. L'effeclitdes troupeaux de moutons appartenant aux indigènes varie, selon les années, de 7 à 10 et 12 millons de tètes proiluisant comme laine, lait et animaux exportés ou consommés sur place une valeur en argent d'environ 40 millions de francs. Ajoutez à cela le produit des espèces caprine,

cameline, etc., vous arriverez pour la production animale chez les indigènes à une valeur annuelle qui, selon les années, doit osciller entre 85 et 100 rnillons de francs.

Ainsi que cela résulte de l’exposé précédent, le rôle de l’Arahe comme éleveur et comme cultivateur n’est pas sans imporlance ; mais ces résultats sont obtenus par des pi*océdés rudimentaires, en s’abandonnant avec résignation aux forces naturelles, et en réduisant au minimum l’action de riiomme et l’importance du capital d’exploitation. Et néanmoins l’indigène n'est pas sans prendre part, dans une proportion considérable, à notre commerce d’exportation, particulièrement pour les céréales et le bétail.

La production agricole pourrait être considérablement augmentée chez l’indigène par la simple application des bonnes méthodes culturales empruntées à l’Européen. De simples abris, quelques réserves de fourrage pour la mauvaise saison, un meilleur choix

des reproducteurs sutfiraient pour améliorer lescondi-

tiens de l’élevage. Les cultures arborescentes plus largement pratiquées et particulièrement celle de l’olivier et du figuier d’un si grand rapport quand ds sont soignés seraient d’un grand secours pour l’indigène dans bien des cas. Dans les terres de plaine, profondes. Là où les érosions ne sont pas à craindre, le cultivateur de céréales pourrait, après avoir enlevé les broussailles, labourer mieux et ainsi assurer une plus grande régu, larité à la production des grains.

L'indigène n’est pas du reste en principe réfractaire au progrès. Inaccessible aux raisons théoriques, plus encore que le paysan en général, il ne croit que ce qu’il voit et lorsqu’il y reconnaît son intérêt il finit par

oo

suivre ("exemple donné. C'est ainsi (jue dans la région de Sétit, à la suite des colons européens, les indigènes se sont mis à pratiquer les labours de printemps. Chaque année, sur des étendues considérables, des charrues françaises, attelées d’une triple paire de bœufs préparent par la jachère cultivée les terres destinées à la production des céréales.

Agriculture kabyle

A la différence de TArabe qui est seulement pasteur ou cultivateur de céréales, le Kabvle habitant surtout des régions montagneuses se livre aux cultures les plus variées, mais principalement à l’arboriculture. Il aime le travail de la terre, et il est protondément attaché au sol qui le fait vivre et qu'il a toujours défendu contre les peuples envahisseurs avec une énergie que la force a su vaincre, mais non dompter.

Dans l’agriculture arabe ce sont les grandes terres de parcours pour le mouton, les vastes étendues ensemencées de céréales. Chez le Kabvle toute l'activité du cultivateur se concentre sur un coin de terre, souvent d’un accès difficile, accroché à quelque flanc de rocher, qui suffit à le faire vivre, avec un ou quelques arbres, oliviers ou figuiers, dont il partage souvent la propriété avec plusieurs autres.

Ce qui frappe en Kabylie c’est l’extension de plus en plus grande que prend la mise en valeur du sol. Les moindres parcelles susceptibles de culture et restées jusque là en friche sont mises en culture . partout dans les terres non labourables, sur les pentes les plus abruptes, dans les moindres parties de terre

végétale, le paysan plante des arbres, des oliviers et surtout des figuiers qui peuvent aborder des altitudes plus élevées et produisent plus rapidement que l’olivier.

A la différence de la femme arabe, la femme kabyle est dans les travaux des champs Fauxiliaire de son mari presque toujours monogame. En outre des travaux du ménage qui consistent dans les soins à donner au bétail, dans la préparation des aliments (mouture des grains, confection du couscous de froment, d’orge, de bechoa ou de glands, etc.) dans le transport de l’eau et du bois nécessaire à la maison, la femme kabyle se livre aux travaux du jardin : au printemps, les femmes vont par bandes, sarcler et biner les céréales ; armées d’une pioche à manche court, rangées en ligne, elles donnent un véritable binage à la récolte et quand la céréale est trop forte pour être binée, l’herbe est enlevée à la main et donnée aux animaux. Au moment de la cueillette des olives, ce sont les femmes qui procèdent au ramassage des fruits que les hommes font tomber à coups de gaules. Il en est de même au moment de la récolte des figues qui exige une maind’œuvre abondante pour la cueillette et le ramassage, puis pour la dessication.

Si intensive que soit la culture en Kabylie, elle ne suffit pas, néanmoins, à nourrir sa nombreuse population. Les terrains rocheux, non susceptibles de mise en valeur, sont nombreux et d’autre part la population y offre une densité très grande. Dans certaines communes telles que celles de Fort-National , de Djurdjura, on ne compte par habitant que 62 et 42 ares de terre. Aussi les Kabyles sont-ils obligés de chercher en dehors de l’agriculture une partie de leurs moyens d’existence : certaines industries du

Ier, (lu cuir, des tissus, le col|)orlu^e et surtout le travail dans les exportations agricoles des européens complètent les ressources que leur otIVe ragricultui*e.

Grâce au développement de la viticulture, la demande de main-d’œuvre est devenue considérable: au moment des travaux de la vigne et à la vendange, c’est par légions que les Kabyles se répandent dans tous les pays viticoles, de même qu’au moment de la fenaison et de la moisson, ils viennent louer leurs bras aux colons.

On a beaucoup discuté sur l’importance des salaires payés aux indigènes (Kabyles et Arabes) pa*^* la culture européenne. Un ancien Gouverneur Généi*al, M. Cambon, l’avait évaluée cà 35 ou 4-0 millions de francs (I), mais ce chiffre a été discuté ; les uns le trouvent trop faible et estiment qu’il doit être relevé à 61 millions; d’autres le considèrent au contraire comme un maxirn un. Quoiqu'il en soit, on peut afllirmer que l’indigène et particulièrement le Kabyle, par les salaires qu’il reçoit de l’agriculture européenne, est intéressé au plus haut point cà la prospérité de la viticulture dans le Nord de l’Afrique, et qu'il serait cruellement éprouvé par toute crise qui toucherait cette branche importante de production.

Les productions de la Kabylie sont variées. Il faut citer parmi les céréales : le blé, l’orge, le bechna, le maïs; parmi les légumes : les fèves, les oignons, les aulx, les navets, les pastèques, les melons, les courges, les tomates, etc.

Mais dans certaines régions c’est 1’ai‘bre qui constitue la principale richesse agricole.

(I) Exposé au Conseil supérieur, janvier 1897.

Quand les herbes provenant du sarclage des céréales sont épuisées, quand les pâturages de printemps sont desséchés par le soleil et que les chaumes ont été ramassés par les animaux, c'est avec les feuilles des arbres (micocouliers, ormes, frênes, figuiers, etc.), avec les rameaux d’oliviers coupés au moment de la taille que le bétail est entretenu. En Kabylie,le frêne est, au point de vue fourrager, de haute valeur et constitue de véritables prairies aériennes.

Le chêne à glands doux donne spontanément, dans les plus mauvais terrains et aux altitudes élevées, des récoltes abondantes utilisées pour la nourriture de riiomme et des animaux. Les fruits, séchés et con« cassés donnent une farine qui est mélangée cà celle de l’orge dans de fortes proportions et sert à faire un couscous, de très médiocre qualité sans doute, dont se contentent toutefois les populations pauvres.

. Mais les deux arbres les plus intéressants pour la Kabylie sont l’olivier et le tiguier qui procurent au cultivateur une grande partie de sa nourriture et presque les seuls produits qu’il exporte et qu’il échange contre des céréales qu’il produit en quantité insuffisante, et contre du numéraire pour le paiement des impôts.

Gomme se rattachant à l’agriculture indigène, il faut citer V agriculture saharienne caractérisée par le nombre restreint de végétaux cultivables. Dans ce milieu spécial que nous avons défini plus haut, une seule plante de haute valeur économique se trouve dans son élément : c’est le dattier, dont le groupement constitue l’oasis, et à l’ombre duquel végètent quelques cultures fruitières (figuiers, abricotiers, oli-

viers el même qiiel(|iies orangers) et des enltures légU' mièrcs et Iburragères si utiles à ralimenlatiuii de l'homme et tics animaux.

La datte, dans ces régions oii elle intervient pour une grande part dans ralimenlation de Tiiomme, constitue un élément de trafic : certaines sociétés se sont même constituées pour la j)roduction en grand de la datte trexportation.

Agriculture européenne

L’élément colonisateur n’a guère modifié les grandes lignes de l’agriculture du Nord de l’Afrique : ce sont les mêmes plantes qui sont exploitées par les mêmes procédés culturaux, améliorés cependant.

Au début de l’occupation, alors que le pays était mal connu au point de vue de son climat, on a pu se faire illusion sur le véritable caractère de l'agriculture algérienne : on pensait, et cette illusion ne s’est pas encore complètement évanouie et continue à hanter l’esprit de (pielques-uns, que les cultures coloniales pouvaient être entreprises avec succès : successivement. on préconisa la culture du caféier, de la canne à sucre, etc. ; l’Algérie devait fournir à la luétropole, le cacao, le poivre, la cannelle, la vanille, le coton, l’indigo, le manioc, le quinquina, etc., et toutes les riches denrées qu’elle retire des colonies.

Mais une connaissance j)lus a[)prorondie des conditions climatéi*i(jues du pays et de ses conditions économiques fii*ent revenir petit à petit les agronomes de cette erreur; on s'aperçut (pie plus ou s’enfoncait dans 1 intérieur des terres, moins le milieu était tavorable aux jilantes des jiays (diauds, et ipie seuls, (juel-

ques points du littoral pouvaient convenir à la culture de (juelques végétaux exotiques d'un intérêt économique secondaire.

Voici les résultats obtenus dans la partie la plus favorable de la zone marine dans la culture des principales plantes tropicales ;

Le caféier ne peut être élevé qu’en serre dans le jeune âge ; il n'a jamais passé un hiver sans abri.

Le cacaoyer, le poivrier, le vanillier, le cocotier, etc., périssent dans une serre insuffisamment chauffée, c’est-à-dire où la teirîpérature s'abaisse vers + 12».

Le manioc pourrit aux premières pluies froides de riiiver.

La canne à sucre, plus résistante, ne franchit pas les plaines littorales où son degré saccharimétrique est encore insuffisant : souvent cette plante souffre du froid jusque vers sa souche et Ton a vu, dans les plaines de FHabra, de grands essais de plantation détruits par la gelée en 1876.

Le quinquina craint les extrêmes de chaleur et de froid : la jeune plante ne résiste ni au moindre siroco ni à des abaissements vers -j- 10‘\

Le nopal et la cochenille craignent les vents glacés et surtout les grêles et les gelées blanches.

Le cotonnier, assez robuste, n’a pourtant jamais donné de résultats économiques ; il passe difficilement d’un hiver à rautre et sa fructification annuelle est souvent compromise par des pluies automnales et des froids précoces.

Parmi les végétaux [irod licteurs de caoutchouc, il n’y a, dans les espèces à latex abondant, que certains ficus arborescents (jui poussent bien sur le littoral, mais l’analyse n’y révèle que des traces insignifiantes

d’un mauvais caoutchouc. Les isonandra ou rjutlapercha exigent la serre et une température ne descendant jamais au-dessous de -|- 15*^ pendant Tliiver.

Parmi les formes tropicales, le hananie'>' seul a une végétation relativement satisfaisante sur les ])arties les plus abritées du rivage et dans des conditions exceptionnelles de milieu ; cependant les bananeries y sont encore exposées à des dégâts périodiques causés par les intempéries.

Ni V arbre à pain, ni le manguier ne réussissent sur aucun point, et les vergers composés A'anones^ de goyaviers, ([''avocatiers, etc., se trouvent cantonnés dans les milieux les plus favorables du climat marin.

La zootechnie n'a rien trouvé dans l'exoticité. Le zébu qui se plaît dans les régions humides ira donné jusqu'à ce jour que des résultats incertains et limités.

Les alpacas et les lamas, comme bêtes de somme, n’ont ni la rusticité ni la tempérance du vulgaire bourriquot.

La sériciculture avec les bombyx du chêne, de l’ailante, du ricin, a présenté des difficultés insurmontables d’éducation des vers et de dévidage des cocons.

L’Algérie n’offre donc, dans aucune de ses zones, des localités propices à n’importe quelle production de l’agriculture exotique dite coloniale. La Tunisie ne fait pas exception à cette règle générale (|ui peut s’appliquer à toute l’Afrique du Nord.

Par contre la similitude de climat (jui existe entre

les provinces méridionales de la France et l'Algérie, a entraîné la similitude dans la nature des j)roductions agricoles et des procédés de cultui’e.

Dans tous les temps et sous toutes les latitudes.

c’est le climat qui imprime à l'économie rurale d’un ])ays son caractère spécial, détermine les espèces de plantes qui y sont cultivables, et impose les pratiques agricoles à appliquer. Par les conditions météorologiques auxquelles elle est soumise et par suite, par la nature même de son agriculture, l’Algérie n'est que le prolongement de la France, et plus spécialement de la Provence pour la région marine caractérisée par l’olivier.

Malgré les efforts tentés, l’élément colonisateur n’a pu introduire en Algérie de cultures spéciales : entrant en concurrence avec l'élément indigène, il a dû se livrer aux mêmes productions, et quand il a fallu aborder le marché extérieur, ce sont des produits similaires à ceux de la métropole qui ont été forcément présentés par la colonie.

Les végétaux de grande culture sont restés communs à l’Algérie et à la France ; mêmes céréales, mêmes fourrages, et aussi mêmes plantes alimentaires de moyenne culture. Gomme dans l'Europe méridionale, les principales cultures arborescentes sont l’olivier, la vigne, l’oranger ; mais ces cultures sont cantonnées dans la région marine et montagneuse à l’exclusion des Hauts-Plateaux qu’elles ne peuvent aborder à cause des extrêmes de température.

Fatalement, et malgré l’intérêt économique qu’il y aurait à ce qu’il en fût autrement, l’élément colonisateur est obligé de produire les mêmes denrées que la métropole : vins, céréales, bétail, etc. et, sauf pour quelques cultures qu’elle possède en commun

concurrence aux producteurs français sur leur propre marché.

Il en eut été tout aulrenient si les cultures coloniales avaient pu réussir : toutes clitrérentes de celles de la métropole, elles auraient trouvé sur le inarclié de celle-ci un débouché illimité, sans lui faire concurrence.

Grâce au régime douanier commun tà la France et à l’Algérie, la colonie ne peut guère trouver de débouchés à l’étranger, tous les marchés étant fermés parles tarifs actuels de douane, et, par la force même des choses, c’est sur le marché français que les agriculteurs algériens sont obligés de jeter l’excédent de leurs produits en céréales, en vins et en bétail.

Parfois les marchés métropolitains sont encombrés et la concurrence provoque des rivalités que, dans l’intérêt de Fagriculture algérienne et des relations cordiales qui doivent exister entre la métropole et sa colonie, il importe de prévenir dans la mesure du possible.

Dans cette ordre d’idée il n’est pas inutile de faire observer que, même pour les produits similaires à ceux de la France, l’Algérie peut offrir des qualités qui manquent à la métropole et que celle-ci est obligée de demander à l’étranger.

Ainsi bien que laFrance produise normalement assez de blé tendre pour suffire à ses besoins, le meunier ne trouve pas toujours dans les blés de production indigène les qualités requises, et pour satisfaire les exigences de sa clientèle, il est oldigé d’employer des blés tendres étrangers. Ceux-ci sont recherchés pour leur richesse en gluten, élément (|ui se trouve en (juantité insuflisante dans les blés tendres français. Les blés tendres d’Algérie sont, à ce point de vue, de qualité supérieure. En mélange avec les blés, français, ils peuvent

donc corriger les défauts de la farine de ceux-ci, plus riches relativement en amidon qu’en gluten.

La France importe des quantités considérables de blés durs pour la fabrication des semoules. D’autre part elle est tributaire de l’étranger pour les orges de brasserie ; la région du Nord, à elle seule importe un demi million environ de quintaux d’orge d’Algérie et de Tunisie. Quant aux vins, grâce aux méthodes perfectionnées de vinification qu’ils emploient, les viticulteurs de la colonie peuvent produire les types de vins alcooliques et colorés que le commerce demande encore à l’Espagne.

Pour le tabac, la France, tributaire de l’étranger pour plus de 15 millions de kilogrammes de produits en feuilles, pourrait trouver en Algérie un champ de production illimité. Pour les huiles d’olives, les oranges, les caroubes, etc., le colon algérien peut augmenter sa production, certain qu'il ne fera que contribuer à combler les vides de la production métropolitaine.

Ces considérations doivent rassurer l’économiste sur .l’avenir des relations commerciales de la France et de la colonie ; quoique les productions soient similaires de part et d’autre de la Méditerranée, les produits de l’Algérie sont assurés de débouchés dans la métropole, ' soit par leurs qualités spéciales, soit parce qu’ils constituent le complément nécessaire de la production métropolitaine. Au point de vue commercial, l’opposition d’intérêts est donc plus apparente que réelle.

En Algérie la culture Européenne, intensive parfois, presque toujours progressive, se distingue nettement de la culture indigène aux procédés immuables

et d'un caractère extensif. L'indigène ne demande à la terre que ce f[ui lui est strictement nécessaire pour assurer son alimentation, en dépensant le moins possible en travail et en argent : tout son matériel agricole se compose d’une cliarrue et exceptionnellement, d'une herse dans les pays de céréales, d’une meule et d'uu pressoir en pays d’oliviers.

D'après les statistiques officielles la valeur des instruments agricoles appartenant aux indigènes est tixée à lin peu plus de quatre millions de francs f4.079.o6'> francs) : la valeur du cheptel mort n'atteint j)as 2 francs par hectare, tandis qu'il est 25 fois plus considérable chez l’européen eu égard à la surface mise en valeur (24.922.553 francs).

A l'exception de la part de récolte qu'il est obligé de vendre pour réaliser la somme d’ai‘gent nécessaire pour payer ses impôts et pour faire face à quelques modiques dépenses d’entretien et d'habillement, l'indigène est consommateur de presque tout ce qu'il produit. Aussi est-il moins touché que l’européen par les fluctuations des cours: de plus s'il produit peu à l’hectare, le prix de revient est réduit au minimum.

Chez l’européen, les exigences de la vie imposent d'autres méthodes culturales ; il ne saurait, en effet, vivre de la vie des indigènes et se contenter des

maigres récoltes obtenues par ceux-ci. Force lui est de recourir à une culture |)lus |)erfectionnée pour la rendre plus rénumératrice. Toutefois, sauf dans des cas particuliers, il ne saurait soutenir la concurrence des indiü;ènes dans les div«*rses branches (h‘ l'airricul-

ture exploitées par ces derniei's. 11 ne produit des céréales dans des conditions avantageuses (jue dans les terres exceptionnellement fertiles, à proximité des

débouchés, et quant au bétail, au lieu de l’élever, il trouve plus avantageux de le recevoir des mains de l’indigène pour l’engraisser et le préparer en vue de la vente sur les marchés des grands centres de la Métropole et de TAlgérie.

Dans toutes les branches de production agricole dans lesquelles il se trouve en concurrence avec l’indigène, c’est surtout par son esprit industrieux et prévoyant que le colon peut réussir. C’est en produisant les qualités que ne peut offrir l’indigène au commerce, qu’il assure un débouché à ses produits. C’est par exemple dans la production de viande de première qualité, par Texploitation dans la banlieue des villes d'animaux à rendement précoce et intensif, par la fabrication d’huiles d’olives fines qu’il se montre supérieur à l’indigène. En outre, grâce à des approvisionnements en grains et en fourrages il se met à fabri des accidents que causent les vicissitudes du climat et qui éprouvent trop souvent le producteur indigène.

Par la force des choses, ce sont les cultures d’un caractère industriel, celles exigeant, il est vrai, des avances en argent considérables, mais par contre offrant de plus grands bénéfices, qui tendent de plus en pluscà absorber l’activité et les capitaux des cultivateurs européens. On constate, en effet, que plus du dixième des terres possédées par ces derniers sont consacrées à des cultures industrielles et principalement à la vigne et que cette proportion tend encore à s’élever.

N’étaient les risques que courent les entreprises agricoles basées sur la monoculture, ce développement des cultures industrielles qui exigent une main-d’œuvre considérable, fournie en grande partie parles indi-

gènes, ir aurait au point de vue éconoinif|ue que les consé([uences des plus heureuses. Ces cultures industrielles multiplient les points de contact de l’élément français et de rélément indigène, au grand protit de ce dernierqüi s'assimile nos méthodesdeculture ; elles fournissent une somme considérable de salaires, grâce auxquels de nombreuses familles indigènes arrivent à équilibrer leur budget. En outre, parmi ces cultures industrielles, la vigne est devenue la plante colonisatrice par excellence, appelant en masse les capitaux et les émigrants. G’esf grâce à la vigne que la colonisation libre dans ces vingt dernières années, attira plus de cultivateurs et plus de capitaux en Algérie, que iravait fait la colonisation officielle pendant les oO années qui précédèrent. Depuis vingt ans c’est la vigne qui est devenue le pivot de fagriculture européenne et c’est à son sort que désormais se trouve liée la destinée de celle-ci.

Après cette indication très sommaire des diverses productions agricoles variables suivant les zones climatériques et selon les populations qui les habitent, nous croyons devoir donner un aperçu de l'importance de chacune d’elles, en laissant bien entendu de côté tout ce qui est relatif à la culture proprement dite, ce qui est l’objet de brochures spéciales sur les céréales, la vigne, l’élevage, 'etc... et serait plus à sa place dans un manuel d’agriculture. Nous ne considérerons ici que le rôle quejoue chaque culturedans l’économie rurale de l’Algérie, et nous nous elforcerons d’en dégager une indication sur l’importance de la puissance productive de fagriculture dans notre colonie.

Les céréales

Ce sont les céréales qui, par l’étendue des terres ensemencées et la valeur de la production, forment la base de l’agriculture algérienne.

Année moyenne, les superficies ensemencées et les rendements sont représentés par les chiffres suivants :

Culture indigène

Superficie Quintaux métriques

Hectares

Orge 1.277.13(é 7.195.245

Blé dur 957.880 4.567.919

Blé tendre 63.209 267.868

Bechna 26.585 140.227

Maïs 8.682 47.916

Avoine 5.053 41.275

Culture européenne

Superficie Quintaux métriques

Hectares

Orge 120.454 990.975

BJé dur 135. 179 881.718

Blé tendre 127.795 927.455-

Bechna 4.604 26.350

Maïs 4.996 49.719

Avoine 57.233 584.327

C’est donc chaque année une production de farineux alimentaires de 15.721.000 quintaux qui, avec les produits de l’arboriculture (Olivier, dattier, vigne, figuier, etc...) et quelques cultures accessoires, telles que fèves, etc..., satisfait aux besoins de la population européenne et indigène et alimente en outre un certain commerce d’exportation.

Orge

L’orge est la céréale la plus cultivée. Pour les div dernières années les superticies et les rendeinenls, tant chez les européens que chez les indigènes, sont donnés par le tableau suivant :

Cl'LTL’HES INDIGÈNES CCLTUHES El'UUrÉENNES

Aimées

Superlicies

Ouintaux méti*.

Su|tcrlicies Ouintaux métr.

Totaux. . .

Moyenne décennale

Rendement Dioyèa à riiect... 5 q. 63 8 q. 2-2

L’orge sert en Al gérie à ralimentation de Findigène et du bétail : elle constitue en outre un article important d’exportation, car les brasseries du Nord de la France s’alimentent en Algérie et certaines ne mettent en œuvre que des orges algériennes ; ce grain est particulièrement réservé pour les bières de consommation courante. En 1898, les exportations d’orge d’Algérie à Dunker({ue se sont élevées à 350.000 quintaux.

La seule variété cultivée en Algérie est la variété d'hiver connue sous le nom tV escourgeon : les variétés

de printemps qui ne sont semées en France qua la fin de Hiiver, ne réussissent pas en Algérie.

L’orge Chevalier a été essayée sans succès : les orges d'Algérie, telles qu’elles sont, sont très estimées par la brasserie du Nord de la France et recherchées par elle.

Blé dur

Le blé dur, caractérisé par son grain d’aspect vitreux, de forme allongée, à cassure cornée donne une farine plus riche en gluten que le blé tendre et ne se distinguant pas de l’écorce. Il est préféré .par l’indigène pour son alimentation. Au point de vue cultural il présente certains avantages. Son épi toujours muni de barbes, s’égrène moins facilement que celui des blés tendres, plus exposés aussi aux déprédations des oiseaux et des fourmis. Sa paille pleine, plus rigide, le rend moins sujet à la verse; le blé dur est plus rarement et moins gravement atteint par la rouille et par l’échaudage.

Utilisés pour l’alimentation des indigènes, les blés durs algériens sont aussi employés pour la fabrication des pâtes et des semoules.

Les blés durs sont par excellence ceux des pays secs et chauds, ceux du bassin méditerranéen, surtout dans sa patrie méridionale. Quelques stations de l’Algérie sont néanmoins favorables à la production du blé tendre.

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Hectares

Hectares

Totaux . . .

Moyeime déceimale

Renileinent moyen à l’nect. . . .4 q

Les variétés de blés durs sont nombreuses, moins nombreuses cejDendant que semble l’indiquer la nomenclature ordinairement adoptée : les mêmes va-

riétés portent souvent des noms différents selon les localités. Parfois elles sont cultivées en mélange. La sélection des variétés indigènes est, avant tout, à recommander.

Blé tendre

La production du blé tendre a été la suivante dans les dix dernières années :

CTLTUHE EUROPÉENNE

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