‹ L’agriculture algérienneChapitre 9 sur 15 · CULTURE EUROPÉENNE · texte numérisé non relu

CULTURE EUROPÉENNE

Années

Sui)erricic

Quint, inétr.

Superficie

Quint, inétr

Hectares

Hectares

Totaux. . .

Moyenne décennale..

9 UUP

Rendt moyen

à riiect. ^ q

On cultive annuellement en Algérie environ 7.000 hectares dont 5 à 6.000 dans le seul département d'Alger et répartis entre la plaine de la Mitidja, les versants du Sahel et de l’Atlas, la plaine des Issers, la Kabylie et la partie élevée de la plaine du Ghélitî en descendant jusqu’au Djendel. Dans le département de Gonstanline les cultures sont localisées entre Bône et La Galle; dans le déparlement d’Oran, le tabac est peu cultivé surtout depuis que Fadmiiiislration a supj>rimé à Grau ses magasins deréception.

La (juantitéde tabac produite annuellement est très variable et oscille autour du chiffre de 4 millions de kilogrammes.

Les variétés de lal)acs cultivées par les Kiiropéeiis sont celles à grand rendement, dont la qualité est intérieure à celle des tabacs des indigènes. Ce (|ui caractérise la production indigène c'est la qualité supérieure des produits due à cette circonstance (|ue, moins (jue l’Européen, ce planteur vise à rabondance des rendements, maisil donne la préférenceauxmeilleures sortes et ne pratique guère Tirrigation.

De 1891 à 1899, la régie, qui achète en Algérie annuellement 3 millions de kilogrammes de tabac, les a payés aux prix suivants :

1891 le prix moyen d’achat a été de 64 »» le quintal. 189-2 — 61.»)) —

Les tabacs kabyles se paient (juelquetois plus du double, c'est-à-dire 1:20 franc'^ le quintal et même davantage.

La production algérienne ne suffit pas à son commerce d'exportation et aux besoins de ses manu factures. Aussi la Colonie importe-t-elle de Tétranger 1 million l/:2 de kilogr. de tabac provenant surtout (rAlleniagne, d'Autriche-Hongrie, du Levant, des deux Amériques et des IMiilip|)ines. Ces tabacs iinport('‘s sont surtout des tabacs pour capes et intérieurs de cigares, (jualités qui tout détail t en Algérie.

Si on attribue aux tabacs produits parles Européens

une valeur de 60 francs et aux tabacs indigènes une valeur de 80 francs le quintal on arrive aux approxi-

mations suivantes :

Produits européens 988.000

Produits indigènes 1.740.000

Total ^2.728.000

Essences

La culture des plantes à parfum et à essence n’est guère pratiquée que par l’Européen et spécialement dans le département d’Alger.

Les principales essences produites en Algérie sont: l’essence de géranium, l’essence de néroli, le petit grain, l’essence d’eucalyptus, l’essence de menthe. Enfin, on produit une certaine quantité de pommades et d’huiles parfumées pai* macération et enfleurage au moyen de la fleur de l’acacia de Farnèse.

Géranium. — Pour la production de l’essence de géranium, l’Algérie est en concurrence avec l’Espagne, File Bourbon et rOrient. C’est surtout dans le Sahel depuis Matifou jusqu'à Gherchell et dans les plaines basses du littoral que le géranium rosat {pélargonium capitatum) est cultivé pour la production de l’essence. On le cultive aussi dans la région de Philippeville et en Tunisie.

Mais la production de l’essence de géranium tend à diminuer par suite de l’avilissement des prix de vente qui sont tombés de 80 à 35 francs le kilogramme. Dans ces dernières années d’importantes plantations de géranium ont été arrachées et remplacées par de la vigne.

La production de ressoiice de géranium peut être évaluée à une moyenne de :20.000 kilogi*ammes repi*éseiUant une valeur de 700.000 francs environ.

Essences diverses. — L’Algérie produit eu ouli*e o à 6.000 kilogrammes d’essence iV eucalyptus globulus, autant d'essence de menthe Pouliot d’une valeur de o à 6 francs le kilogramme.

La production de l'essence de néroli et de tleur d'oranger, c’est-à-dire de l’huile essentielle obtenue en distillant des fleurs d'oranger, est localisée dans la région de Boufarik (usine Ghiris). Il faut I.OOO kilogrammes de fleurs pour produire l kilogramme d’essence de néroli.

On produit aussi le petit grain que Ton obtient en distillant les feuilles et les tiges provenant de la taille de l'oranger ; le rendement est de 3 0/00.

Quant à la production de Tessence de roses, elle n'est pas pratiquée en Algérie.

Avec la fleur de {'acacia Farnesiana on parfume à chaud (macération) ou à froid (enfleurage), des huiles et des graisses ; on extrait aussi de cette fleur une essence de grande valeur.

D’après le tableau officiel des exportations, la production annuelle des huiles volatiles et essences représenterait une valeur de 1 million 1/2 à 2 millions de francs.

L’olivier

La culture de l’olivier a, en Algérie, une importance considérable surtout pour la population kabyle.

Les immigrants européens et particulièrement les Provençaux ont importé en Algérie les variétés de leur pays d’origine qu’ils ont surtout multipliées

dans les plaines du littoral, dans les régions arrosées par les rivières sortant de l’Atlas ou par les grands barrages. Les principaux centres de production européenne sont : les villages du pied de TAtlas dans la ^itidja ; St^Denis-du-Sig, Relizane, THabra ; Cherchell, le Dahra, et plus à rintéricur Tleincen, Mascara, Bel- Abbès, etc... Mais c’est la Kabylie qui est de beaucoupla région oléifère la plus importante avecsesdeux grands marchés à huile : Bougie et Tizi-Ouzou. A la Kabylie il faut ajouter les massifs montagneux de TEst soumis au climat marin.

Les variétés d’origine européenne cultivées en Algérie par les immigrants proviennent de la Provence, d’Espagne et d’Italie. Les plus intéressantes que l’on trouve chez les colons sont : le Pendouliei\ le cailletier, le rouget, X^ verdale, etc. ; cette dernière variété fournit avec la picholine des olives à confire.

Chez les indigènes, les variétés cultivées sont nombreuses : elles semblent avoir leurs similaires sur divers points du bassin méditerranéen où elles sont désignées soîis d’autres noms : les unes sont affectées spécialement à la production de l’huile, les autres sont destinées à la fabrication des conserves.

Il existe de nombreuses collections des variétés dites indigènes, soit chez des particuliers, soit chez des pépiniéristes.

Exportation des huiles d’olives

Années

1892 3.399.207 kilogrammes

Iiiiporlatioiis d^liuilcs piiri*»» (y compris l'iiuile d'olive) Années

189’2 7.098.G61 kilogrammes

On voit par ces cliiffres que si l'Algérie exporte une certaine quantité d’huile d’olive, par contre elle importe une forte quantité d'huiles de graines grasses. Si d’autre part on songe que la métropole est tributaire de l'étranger pour Thuile d’olives, on en conclut que l’oleïculture algérienne est assurée de débouchés pour une plus grande production.

Il est assez difficile de se rendre compte de l’importance de la production en Algérie. Les statistiques officielles donnent des chiffres très discutables. En effet, d’après la statistique publiée en 1884, la production totale de fhuile serait, en moyenne par an. de 500.000 hectolitres. Mais d’après la statistique de 1894-1896, elle aurait varié ainsi qu'il suit :

Années Production indigène Production européenne

Hectolitres Hectolitres

Il n'est pas admissible que la production ait baissé dans de telles proportions, car chaque année le nombre des oliviers greffés augmente, surtout en pays

kabyle, là où. du reste, les statistiques sont particulièrement difficiles à établir.

Les mêmes statistiques officielles donne le nombre des oliviers greffés appartenant aux européens et aux indigènes.

Eu 1896 on comptait :

Chez les euro|)éens.. 1.885.8:22 oliviers greffés

— indigènes.. 4.376.474 —

Total 6.262.296 —

Gomme il est relativement aisé de compter les oliviers greffés, on peut à défaut d’indication plus exacte prendre comme base d’évaluation les chiffres précédents ; et si on attribue à l’olivier pour Tannée de production un rendement de 6 litres d’huile par arbre, chiffre peut-être un peu élevé, devant être réduit de moi lié, d’après certains, on arrive aux résultats suivants :

Production européenne 113.149 hectolitres.

— indigène 262.588 —

Total 375.737 —

Il faut attribuer à la production européenne une

valeur de 80 francs par hectolitre et à la production indigène un prix de 60 francs, ce qui donne en numéraire les chiffres suivants que nous présentons sous toutes réserves, en raison du peu de sûreté que présentent les statistiques relatives à Tolivier,

Valeur de la production européenne 9.051.920 fr.

— indigène.. 15.755.280»

Total 24.807.200 »

La consommation considérable d’huile que fait Tindigène explique le peu d’importance de l’exportation et Timportation trop considérable d’huiles de graines grasses.

Le Figuier

Parmi les arbres qui, après Tolivier, jouent un rôle prépondérant dans l’alimentation de l’indigène, il faut citer le figuier. C'est surtout en Kabylie, son pays de prédilection, que le figuier est cultivé sur des étendues toujours plus grandes. On voit chaque année les Kabyles planter de nouveaux vergers pour lesquels ils détrichent les terres laissées jusque-là incultes.

C’est grâce à ces deux arbres, l’olivier et le figuier, que la population indigène a pu atteindre en Kabylie une telle densité (l habitant 1/'^ à 2 habitants par hectare) ; aussi la culture de ces deux arbres viendrait-elle à disparaître, que la population en serait réduite des deux tiers.

C’est du reste en coupant ou en menaçant de couper ces deux arbres que. de tout temps, les armées envahissantes ont réduit le Kabyle, bien plus que par la puissance de leurs armes.

Pendant deux mois et demi, du lo août à fin octobre, la figue fraîche entre dans l’alimentation humaine pour la plus grande part : sèche elle constitue une réserve alimentaire de haute valeur, écjuivalente au pain comme matières azotées.

Dans les pays de production de la Kaliylie, on estime que la consommation annuelle d’une famille composée de six personnes est de 700 kilogrammes de figues sèches.

Dans f arrondissement de Tizi-Ouzou, les centres d’exportation sont Tizi-Ouzou (80.000 quintaux), Drael-Mizan (20.000 quintaux), Dellys, Mirabeau, Port- Gueydon, etc., donnant un total de 130.000 quintaux

à destination des centres de consommation algériens et métropolitains. La consommation locale atteint environ 150.000 quintaux.

Ces chiffres sont approximativement les mômes pour Tarrondissement de Bougie.

Le prix moyen de la figue à manger est de 15 francs le quiiUal ; celui de la figue à distiller est de 10 francs, (juelquefois de 12 francs.

En tenant compte de ces données et si Ton admet que les 7 millions de fruitiers à feuilles caduques indiquées par les statistiques officielles comme existant en Algérie sont pour la plus grande partie composés de hguiers, on peut estimer de 5 à 7 millions de francs la production de la figue en Algérie.

11 ne faut guère ci 1er que pour mémoire quelques autres arbres fruitiers à feuilles caduques tels que l’amandier, rabricolier. le prunier, le poirier, le pommier, le mûrier, le grenadier, etc., et quelques arbres d’origine exotique, qui, au point de vue économique, jouent un rôle tout à fait secondaire et dont la valeur, difficile à chiffrer en numéraire, peut être négligée dans une estimation approximative des productions du sol.

Fruitiers à feuilles non caduques autres que l’olivier

A côté de l’olivier, du figuier, qui jouent un rôle économique considérable , il faut citer le palmier^ dattier et l’oranger et aussi le caroubier.

Le dattier, dont Faire de végétation est le Sud algérien et tunisien, la zone désertique exclusivement.

et surtout colle (jui s'éloigne du Tell et de la mer, joue dans ces régions le rôle des céréales dans le Tell : il est inutile (rinsisler sur la valeur alimentaire de la dall(‘.

Les palmiers dattiers appartenant aux indigènes étant soumis à un impôt : la lezma, qui varie de 0 IV. 25 à 0 fr. 50 |)ar arbre, il est permis ds [)résumer

que, grâce à cette circonstance, le dénombrement des plantations est tait avec une certaine approximation. Les 1.600.000 palmiers recensés peuvent, année moyenne, donner un produit brut de 3 fi*ancs |)ai‘ arbre, soit en tout 4.800.000 francs.

Les autres fruitiers (orangers, citronniers, bananiers, etc., au nombre de 1 .700.000 environ) peuvent donner en moyenne 2 fr. 50 par arbre et par an, et par suite leur production peut-être évaluée cà environ 3 millions de francs à 3 millions 1/2.

Les 3 à 400.000 caroubiers dont la plus grande partie n’est pas greffée, donnent des fruits dont la valeur atteint quel([ues centaines de milliers de francs.

Cultures maraîchères et légumières

La culture des légumes est faite en Algérie pour répondre aux besoins de la consommation locale et aussi pour alimenter le commerce d’exportation des légumes de primeur.

Les légumes d’exportation ne sont produits que sur le littoral et à proximité des ports d’embarquement : la région d’Alger est le centre le plus important de ces productions représentées principalement par les petits pois, les haricots verls, les artichauts et les pommes de terre. Philippeville se place à la suite d'Alger par l’importance de son exportation. Sur le littoral

oraiiais se développe depuis plusieurs années la culture de la tomate primeur qui donned’excellents résultats.

Aux environs des villes, la culture maraîchère, en général négligée par le colon, a pris une grande extension, les légumes constituant la base de l’alimentation, du moins pour la population d’origine méridionale.

D'après les statistiques de la douane, le commerce des primeurs se chiffre par les quantités suivantes :

VALEURS OFFICIELLES Année 1897 Année 1898

Légumes frais 1 .500.309 fr. i .722.649 fr.

Pommes de terre. . . 314.597 — 385.038 —

La consommation locale absorbe une quantité de légumes au moins égale à celle de l’exportation ; ce qui donnerait pour la production maraîchère, une valeur approximative de 5 millions de francs.

Dans l'évaluation de la production agricole, nous ne croyons pas devoir compter les produits de la cueillette, tels que le palmier-nain, l’alfa, Lécorce à tan, le liège, etc., mais nous devons noter la production du miel et de la cire. Les 200.000 ruches signalées par les statistiques officielles donnent en moyenne 4 kilogrammes de miel à 60 francs le quintal, et en outre de la cire, soit en tout environ 1/2 million de francs.

La vigne

La vigne réussit partout en Algérie : dans la région Tellienne particulièrement, sur les collines qui bordent la mer (Sahel) et dans les plaines du littoral, elle occupe des surfaces considérables. Elle s’avance jusqu’à la limite Nord des Hauts-Plateaux et au-delà, dans les oasis, elle se marie aux palmiers, mais dans

ces dernières régions elle n’est j>lns cultivée que pour la production du tVuit à consommer en nature.

De ce tjue la vigne réussit partout en Algérie, il n’en résulte pas (ju’il soit partout avantageux de produire du vin. Il faut tenir compte en effet des conditions économicjues actuelles du marché des vins, sur lesquelles l'Algérie a peu d’action et qu’elle est obligée de subir : il faut pouvoir lutter contre la concurrence de l’étranger et aussi compter avec la reconstitution du vignoble métropolitain, dont la production suit une marche croissante, tandis que les débouchés à l’extérieur tendent de plus en plus à se fermer.

Aussi, en Algérie, pour assurer l’avenir des entreprises viticoles, doit-on se placer dans les régions où l’abondance des récoltes se joint à une grande régularité de production, 11 faut néanmoins que les vins soient de bonne qualité courante, suffisamment alcooliques et colorés, francs de goût; mais ces vins, grâce aux procédés modernes de vinification peuvent s’obtenir partout en Algérie ; l’important est de les produire économiquement.

En Algérie, où les terres favorables à la culture de la vigne ne manquent pas, il sera toujours facile d’éviter les régions où la vigne est exposée à subir un préjudice des gelées de printemps et des orages de grêle, régions du reste très limitées et circonscrites ; il faut, au contraire, choisir les terres les mieux situées, les mieux desservies par les voies de fer ou de terre, ayant un accès facile aux ports d’ernbanjuement, et ne mettre en valeur (pie les sols fertiles, à grande production, soit sur les ccHeaux peu élevés et bien exposés, soit dans les plaines.

Le grand objectif doit être de rechercher la grande production, alliée cependant à la qualité, de manière à répondre aux exigences du ‘commerce.

Autrefois la tendance était de planter la vigne sur des coteaux souvent peu fertiles, pour obtenir plus de qualité ; mais il fout, observer que si sur les terres en céteaux le vin est le plus ordinairement de (jualiîé un peu supérieure, la production est souvent beaucoup moindre. Et comme le commerce ne fait guère entre les vins de céteaux et les vins de plaine bien faits qu’une diffé'*ence atteignant à peine le quart du prix, l’exploitation des vignol)les de plaines, dont le rendement est souvent double, quelquefois triple de celui des vignes en céteaux, sera toujours plus avantageux. Notons aussi que certains vins de plaine sont classés comme vins de céteaux et payés comme tels.

En outre, comme dans certaines régions il faut compter avec Linvasion phylloxérique et préparer la reconstitution, dans les terres ci-dessus, en ayant soin de les choisir peu calcaires et si possible iiTigables, il sera toujours [)ossible, en cas d’accident, de restaurer le vignoble dans les meilleures conditions. . Si toutes ces conditions avantageuses se trouvent réunies, en supposant que les cours des vins restent ce qu’ils ont été dans ces dix dernières années, on peut compter réaliser le capital de création du vignoble dans l’espace d’une dizaine d’années.

Les frais d’exploitation, y compris rintérêt du capital, s’élèvent à environ 600 francs par hectare et par an : il faut doiic produire au moins 50 hectolitres de vin à 1:2 fr. pour couvrir ses avances ; si ce rendement est dépassé, ce qui est facile cà obtenir

dans les terres indiquées ei-dessiis, le surplus de |)rodnction constitue le hénétice net, bénéfice souvent important, surtout si le j)rix de vente dépasse le chiffre de 1:2 IV. riiectolitre, ce qui arrive rréf[ueniment.

Si r on se place dans les conditions économie; nés et culturales ci-dessus, une entreprise viticole doit nécessairement réussir, a la condition toutefois que l’on ne plante pas dans une région envahie ;^ar le phylloxéra, ou exposée à l’invasion. Aucun autre accident ne peut déjouer ces ])i*évisions : dans les vignobles bien tenus, les maladies telles que le mildew, l’anthracnose, roïdium, les accidents météorologiques, tels que la sécheresse et le siroco peuvent faire diminuer les rendements, mais n’ontjamais assez de gravité pour fausser les calculs précédents. Il n’en serait pas de même de l’invasion phylloxérique : dans les régions contaminées et dans celles qui les circonscrivent, l’avenir n’est pas suffisamment assuré.

Dans les régions encore indemnes, nettement séparées des foyers d’infection par de vastes territoires sans vignes, tels que ceux qui s’étendent entre le département d’Alger et les centres phylloxériques des provinces d’Oran et de Gonstantine, on peut compter au moins sur dix ans de répit, à partir de la découverte d’une première tache. L’expérience acquise en Algérie démontre que, quand la surveillance est active et efficace, que les travaux de défense sont bien conduits et que les intéressés savent s’entendre pour soutenir la lutte, il faut au moins dix ans pour que les dommages causés [)ar le |)hylloxéi*a commencent à prendre une certaine im|)ortance et

pour que l’iiitection influe sur les rendements. Ajoutons que si le vignoble a été créé dans des terres fertiles de plaine, on pourra tenter avec succès la reconstitution ; ainsi on tirera toujours parti des constructions et du matériel qui, autrement, deviendraient des non -valeurs.

En résumé, à ceux (|ui nous posent la question :

Doit- on planter encore de la rdgne française en A Igérie ?

Nous n’hésitons pas à répondre aflirmativement s’ils se trouvent dans les conditions favorables indiquées ci-dessus qui leur permeltront de lutter même contre une baisse possible du prix du vin. Quant à ceux qui ne réunissent pas entre leurs mains, en faveur de leur entreprise viticole toutes ces circonstances avantageuses, à ceux qui plantent en terrains à faible rendement, à ceux surtout qui sont [)lus ou moins directement exposés à Finvasion phylloxériqne, ils pourront peut-être faire quand meme une heureuse opération ; mais c’est la affaire de hasard et non placement de père de famille.

Dans les régions phylloxérées de l’Algérie qui sont autorisées à reconstituer leurs vignobles au moyen de plants américains, ceux-ci, d’ajirès les premiers essais, semblent donner les meilleurs résultats. Dans les terrains schisteux, pauvres en chaux des régions de Philippeville et de Bône, dans les gneiss de la région d’Arzew, le problème de l’adaptation au sol sera facile cà résoudre et déjà, surtout dans l’Est de l’Algérie, la reconstitution est entrepriseavec ardeur.

C’est à l’invasion phylloxérique en France qu’est dii

le (léveloppenieiit du vignohio alp;éi-ieii. I.ors(jue la protluclion du vin dans la niélropole devint insidlisanle pour les l)esoins de sa consommalion et de son commerce d'exporlalion, l'Algérie se mit résolument à r(euvre pour combler le déficit de la production métropolitaine, devenue tributaire de I etranger. Pendant les :20 dernières années, il se planta plus de

100.000 hectares. Le mouvement d’accroissement fut surtout rapide pendant la période de 1880 h 1888, mais les années suivantes, à la suite de la constatation de laclns pli ylloxériques sur différents points de l’Algérie, il y eut un i-alentissement : dejuiis ces dernières années, l'accroissement du vignolile a repris la marche i*apide d'autrefois.

La culture de la vigne en Algérie est faite pour la |)lus grande part par les^ Euro[)éens. sans cependant être négligée par les indigènes.

Le raisin entre pour une forte pi*oportion dans l'alimentation de l’indigène, (jui produit aussi en vue de l’exportation des fj*uits à l’état frais : de septembre jusqu’à décembre, les kabyles alimentent les marchés des grandes villes en raisins de table. A l’automne, Alger reçoit chaque jour 4 wagons de raisins, indépendamment de ce ([ui est transporté par bêtes de somme et par voiture. En outre, l’indigène (jui ne fabrique qu'exceptionnellement du vin, vend du raisin, presque exclusivement du raisin blanc, aux Européens qui en font du vin. Annuellement, les colons, dans la seule région de Tizi-Ouzou font

3.000 demi-muids de vin Idanc avec le raisin vendu par les Kabyle.s.

Les Kafivles cultivent la vigne en souches basses et en treilles ; ils la font en outre grimper sur les

arbres. Les surfaces complantées en vigne, indiquées par les statistiques agricoles officielles, s’élèvent de 6 à 7.000 hectares qui, avec les très nombreuses souches qui échappent au recensement parce qu’elles sont cultivées accessoirement dans les jardins ou en treilles isolées, doivent donner au minimum, un revenu brut de 6 à 7 millions de francs.

Le raisin est aussi produit par les européens en vue de l’exportation comme primeur; c’est principalement à fouest d’Alger, sur les pentes du Sahel, au bord de la mer et dans les dunes que l’on cultive le raisin précoce : le chasselas de Fontainebleau.

La commune de Guyotville, près d’Alger, située au niveau de la mer. grâce à ses terres sablonneuses colorées en rouge par de l’oxyde de fer, s’échauffant facilement, relativement abritées naturellement contre les vents de l’Ouest et de l’Est, protégées artificiellement par des haies de roseaux ou de fagots est devenue le centre de la production des raisins hâtifs qui mûrissent dans les premiers jours de juillet et alimentent les grands marchés d’Europe, Paris principalement.

La commune de Guyotville partage ce monopole avec quelques communes du littoral Ouest, entre Alger et l’embouchure du Mazafran, Staouéli, Zéralda, etc...; à l’Est d’Alger, on compte aussi quelques vignobles qui ne figurent pas cependant parmi les plus précoces. Les terrains sablonneux de la région de Mostaganem se prêtent aussi à la production des raisins de primeur.

En tout, on ne compte pas plus de 150 hectares de chasselas cultivés pour primeitrs : Guyotville intervient dans ce chiffre pour la moitié.

Le prix de vente de la récolte en bloc est en moyenne de 30 à 35 francs le (jiiintal de raisin cueilli, livré brut et non trié. Si on prend comme base le rendement de 80 ({iiintaux, c’est par hectare un produit brut de :2.400 à :2.800 francs, sur le(juel il faut il éd U ire 600 francs de frais de culture.

La production du raisin de primeur peut donc être estimée en bloc à 360.000 francs environ.

L’expédition de ce raisin occupe un personnel nombreux : des femmes sont chargées de la mise en

[)etites caisses, travail délicat, qui exige une maind’neuvre habile et attentive.

De toutes les productions de ragriculture européenne, la vigne occupe la première place par l’importance du mouvement commercial aiujuel elle donne lieu.

Voici un tableau indiquant la marche croissante des ])lantations de vignes, de la [)roduction et de l’exportation des vins.

Statistique viticole

Production et commerce

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