n°134 a, Zahn, Arch. Jahrb., 1908, p. 60, n
2. P. Foucart, Le culte de Dionysos en Attique, p. 116 et suiv.
3. Athen, VII, 276, b. (d’ap. Eratosthènes); Nilsson, Griech. Feste, p. 468; Perdrizet, Bulletin de la Soc. d'Alexandrie, 1910, p. r6.
jusqu’à croire qu’on avait pu réserver ces vases à certaines cérémonies du culte bachique. Si l’on songe au grand uombre et à la dispersion des trouvailles, on pensera sans doute que telle ne fut pas toujours leur unique destination. La présence des motifs dionysiaques, qui abondent aussi dans la poterie à reliefs ou à fond noir, n’oblige point à voir dans le lagynos un accessoire du culte. C'était un vase de forme commode et qui devait trouver son emploi dans les repas de tous les jours. Aussi bien faut-il renoncer à établir une démarcation très nette entre l’objet usuel et l’objet sacré. La religion antique se mêle à tous les actes de la vie. L'idée dionysiaque n'était jamais absente du symposion. Comme fera plus tard le christianisme, la dévotion à Dionysos marquait de ses emblèmes les lampes, les réchauds, les poteries les plus vulgaires et non pas seulement les accessoires spéciaux du banquet sacré (cf. ci-dessous, p. 114 et suiv.).
Les représentations du lagynos sont fort rares dans l’art et l'imagerie grecs. Après la statue de Munich, déjà citée, il faut mentionner une belle intaille en cornaline, reproduite par Furtwängler:. On y voit, au centre, une tête de mort surmontée d'une couronne de fleurs; à gauche, une coupe sans pied; à droite, un lagynos; le tout placé entre quatre osselets dans des positions diverses. Ce curieux monument de l’art macabre hellénistique trouve son commentaire dans les pièces de l’Anthologie signalées plus haut. Les divers objets représentés sont autant d'allusions au banquet par écot; le jeu d'osselets avait naturellement sa place dans ce genre de fête; il servait à désigner le roi du festin?, ou celui qui en devait régler la note. Quant à la tête de mort couronnée de fleurs, on comprend aisément la&-signification
1. Furtwängler, Antike Gemmen, pl. XLVI, 24 ; t. II, p. 222. 2. Horat. Carm., I, IV, 27.
Ed
qu’elle prenait auprès de tels emblèmes. Elle évoque l’idée du néant pour exhorter au plaisir; c’est le Jam le premet nox d’Horace:.
Dans l’échelle des mesures de liquides, le lagynos, nous dit Athénée?, valait douze cotyles attiques, c’est-à-dire près de deux litres et demi. Il ne s'ensuit pas qu'on réservât le nom de lagynos aux cruches de cette capacité. Le même mot désignait tantôt une quantité de liquide, tantôt une forme de récipient. Le texte déjà signalé de Nicostratos mentionne un lagynos siyeus, c’est-à-dire d'environ dix litres3. Les vases que nous publions sont de tailles fort diverses. En moyenne, ils ne contiendraient guère plus d’un litre. Mais quelques-uns ont une capacité beaucoup plus grande, notamment ceux qu'on a retirés du vaisseau sombré d’Anticythère et celui que tient la Femme ivre de Myron.
Les lexicographes mentionnent une variante de ce modèle céramique, le Agyuvos rAexré, qu’on désignait aussi par le mot forivyn, muxivn, phaouiovt. C'était une cruche garnie d’osier autour de sa panse, comme le Jiasco italien. On peut voir représenté dans une mosaïque du Musée Alaoui un flacon à col étroit, ainsi revêtu d’une garniture en paille tressée®. ”
Si naturelle et si commode que cette forme paraisse, elle est exceptionnelle dans l’histoire de la céramique ancienne. Il n’en est pas un seul spécimen qu’on puisse attribuer au v° siècle ni au 1rv°. Les maîtres attiques, dont le goût fait loi durant cette période, préfèrent les formes élancées et légères, avec pied surélevant la panse.
1. Horat. Carm., I, IV, 24; IV, XII, 26, et bien des pièces de l’Anthologie qui développent le même thème.