Ibid
4. Hesych., s. v. Burtivn; Suid., Phot., s. v. zurivn; Schol. Aristoph., Av.,
718; Plin., Nat. hist., XVI, 56, 2.
5. Calal, du Musée Alaoui, X, supplém. (1907), pl. XV, n° 6, p. 23, n° 279.
Pour lui trouver des analogues, il faut remonter aux débuts de l’industrie céramique. Ce n’est pas le seul cas, d’ailleurs, où l’art hellénistique et l’archaïsme se rencontrent'.
Des vases à goulot cylindrique, à panse évasée, se montrent fréquemment dans les séries mycéniennes. Les tombes de Thorikos, d’Égine, de Delphes et de Rhodes en ont livré quelques-uns, qu’on pourrait dire identiques à nos lagynoi si le col était un peu plus haut et l’arête de l’épaule un peu plus aiguë ?.
Des types fort comparables se rencontrent encore dans les séries géométriques des Iles, de l’Argolide et de la Béotie. M. Hoppin a décrit et reproduit plusieurs petites cruches de l'Héraion, qu'il attribue à la fabrique argienne et dont la panse, surmontée d’un goulot, se profile de même manière.
Un vase semblable trouvé en Béotie a été publié par Bühlau {; d’autres ont été recueillis à Théraÿ, dans les nécropoles de Sellada et de Messavouno. Le type de nos lagynoi hellénistiques est déjà constitué, dans une petite œnochoé de Théra reproduite par M. Pfuhl6. Le col se dégage et s’allonge. Le profil brisé se précise; la pause a sa large assiette et sa vive arête à l’épaule. Dans les mêmes tombes et parmi des céramiques du même style, se trouvent déjà, comme plus tard, au mr° siècle, à
1. Cf. à ce sujet les remarques de Pfuhl, Neue Jahrb. f. klas. Altert., 1909, p. 6r3 et suiv.
2. Je songe surtout à une œnochoé mycénienne trouvée à Rhodes, et encore inédite, qui est au Musée de Constantinople; cf. aussi Perdrizet, Fouilles de Delphes, V, p. 11, fig. 34-36.
3. The Argive Heraeum, p. 143, fig. 84, 85; cf. ibid., p. 131, fig. 6o, même type avec panse presque cylindrique.
k. Arch. Jahrb., 1888, p. 253, fig. 32.
5. Dragendorff, Thera, II, p. 30, fig. 83; p. 71, fig. 243 a. Pour la forme à panse sphérique, cf. aussi, p. 30, fig. 79 et 85; p. 3r, fig. 86; p. 75, fig. 260.
6. Pfuhl, D. archaische Friedhof am St. v. Thera (Athen. Mitteil., 1903), beilage, XX, 5; cf. XIX, 597; et pour la forme à panse sphérique, 1X,7536 NIXESR ANNE ; L
côté de l’œnochoé à profil angulaire, la cruche à panse sphérique. Ces deux formes, qu'ignore également l’époque classique, semblent avoir toujours voisiné.
Les céramiques béotiennes d’une date un peu plus récente attestent dans le choix des formes la persistance du même goût. Les vases assez nombreux dont l’æœnochoé de Gamédés est le type ont encore la panse basse, le col haut et droit :. Ils se distinguent des nôtres par certains détails qui semblent dus à l’imitation littérale des modèles métalliques. L’anse, plate et mince comme une feuille de bronze, est soutenue par un tenon et s'élève en crosse au-dessus de l'embouchure. La panse un peu plus légère, repose sur un véritable socle.
C’est avec les vases de cette catégorie que disparaît, pour un temps très long, l’æœnochoé à goulot, De toute la période des figures noires attiques et des figures rouges il ne nous en est pas parvenu un seul spécimen. Seule l’épichysis de l'Italie méridionale pourrait être citée. Encore l’analogie n'est-elle que très lointaine.
Dans la forme exacte qu’il revêt à l’époque hellénistique ce type de récipient semble apparaître pour la première fois en Chypre, vers le début du 1° siècle, peut-être vers la fin du 1v°. Les lagynoi chypriotes qu’on a précédemment décrits, avec leur décor mi-partie géométrique et naturaliste, tracé à même la terre, ne sont pas aisément datables. Mais on notera qu'ils rappellent, par la technique et le style, certaines poteries trouvées en Chypre dans des tombeaux du rv° siècle?.
Il n’est pas impossible que cette forme de vase, antipathique aux potiers de la Grèce propre, ait continué d'être usuelle dans d’autres régions, depuis les temps
1. Bull. d. Corr. hellén., 1897 (Couve), p. 444 et suiv., fig. r, 2, 3.
2. Ohnefalsch Richter, Kypros, taf, LXIV, 1 et 3; amphores à figurines, décorées, comme le lagynos de Berlin, de motifs géométriques et de feuillages stylisés, disposés par zones sur toute la hauteur du vase.
archaïques jusqu'aux temps alexandrins; qu’ainsi les ateliers hellénistiques l’aient seulement retrouvée et non pas inventée à nouveau. On pourrait admettre qu’elle survivait obscurément dans les ateliers des Iles et de la Grèce orientale, dont les produits, pour toute la période classique, nous sont à peu près inconnus. Ce qui est certain, c’est que le m° siècle est marqué par un retour aux formes massives où l’archaïsme s'était complu.
Comme on l’a vu par la troisième partie de notre catalogue, la technique du décor brun sur engobe blanc n’est pas la seule qu'on applique au lagynos. Cette forme se rencontre à maintes reprises dans les céramiques à reliefs et à glaçures. Plus rarement, on la voit ornée de peintures claires sur vernis sombre. Enfin, des vases tout pareils, mais grossiers et sans décor, ont été recueillis en Grèce, en Chypre, en Crimée, à Malte, en Tunisie, et jusqu’en Espagne.
Parmi les lagynoi d’une autre technique que celle du décor monochrome sur fond blanc, les plus dignes d'attention sont les beaux vases à reliefs de Berlin et d'Athènes. L'intérêt de ces exemplaires est de nous montrer ce que devient la cruche à long col entre les mains des ouvriers du métal. Tous, en effet, trahissent l’imitation littérale des modèles métalliques et en sont, à vrai dire, d’adroites contrefaçons. Le profil y gagne plus de légèreté. Le col s’allonge et s’amincit; la panse, posée sur un pied plus haut, est mieux détachée du sol. La décoration emprunte ses motifs au répertoire commun des poteries à reliefs. Elle est plus conforme au goût classique que celle des lagynoi à fond blanc. Elle fait la plus large part aux ornements linéaires et abstraits, oves, filets, astragales, en y mêlant parfois des personnages. Aux reliefs directement moulés sur l'argile du vase, elle
ajoute parfois des figures estampées à part et rapportées. Le souvenir des vases de bronze ou d’argent n’est d’ailleurs pas sensible que dans nos exemplaires ornés de reliefs ou d’incisions. Il n’est en somme tout à fait absent dans aucun des vases de notre série. La forme du lagynos hellénistique porte la marque de procédés de fabrication inconnus aux simples potiers. Le profil angulaire de la panse, l’arête vive de l’épaule ne s’observent point, à l’origine de la céramique, dans les cruches de terre modelées au tour'. Ce profil est au contraire des plus communs dans les vases de métal soudés ou travaillés au marteau. De même, l’anse torse est certainement imitée d’une anse métallique, faite de deux ou trois tiges tordues ensemble ainsi que les torons d’une corde. Dans la formation d’un type céramique aussi récent, il faut enfin faire sa part à une autre influence, celle de la verrerie?. La cruche à goulot cylindrique devient surtout fréquente à l’époque où cette industrie se répand dans les cités grecques. Le vase soufflé offrait naturellement un col droit et long, qui n’était ni bilobé, ni trilobé. Tels de nos lagynoi, avec leur panse basse, bien assise et leur col très élevé, rappellent fort certains vases de verre. Dans un papyrus d'époque romaine, il est fait mention de hxyivwy vEAGY pefxpwy$. On désignait sans doute de la sorte les petites fioles à long goulot, si nombreuses dans toutes les collections de verres antiques.
La cruche à panse sphérique est une variante assez usuelle du type précédent. Elle est représentée dans notre catalogue par douze exemplaires. Il y a peu de chose à dire de cette forme. Elle n’est pas spéciale aux ateliers
À 1. C’est la seule différence notable entre le lagynos hellénistique et ses prototypes mycéniens. Dans ces derniers, où rien ne dénote l’imitation du métal, l'épaule présente toujours une arête très amortie. 2. Kisa, D, Glas im Altertum, III, formentaf., D, 245, 246. 3. Grenfell-Hunt, Fayüm Towns, p. 10h, 1, 3.
hellénistiques qui pratiquaient la technique de l’engobe blanc. On lui trouverait des analogues à diverses époques et dans plusieurs séries. Mais elle est si peu caractérisée qu'on peut mettre ces rencontres sur le compte du seul hasard. Notons cependant ce fait, dont nous pourrons plus tard, en le rapprochant d’autres observations, tirer un indice : les vases sphériques à goulot sont nombreux à toutes les époques dans les séries chypriotesr. On remarquera aussi que la diffusion de l’industrie du verre put contribuer à répandre cette forme. La cruche ronde à goulot n’est autre chose que le ballon de verre tel qu’on l’obtient par la seule opération du soufflage?.
1. Cesnola, Salaminia, pl. XIX, 2, 17, Ohnefalsch Richter, ibid., pl. CXXX VII, 3, 4; CLXXII, 17.