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LA DATE ET LE LIEU DE FABRICATION

Sur le lieu de fabrication, nos données sont encore moins précises. Il saute aux yeux qu'on ne saurait attribuer une même provenance à tous les vases précédemment décrits. Une telle industrie ne pouvait pendant près de trois siècles rester le monopole d’un seul atelier. La technique et le style des lagynoi n'étaient pas de ceux qui défient l’imitation. Sans parler des vases de Chypre et de Taman, qu'on reconnaît aisément. pour des contrefaçons provinciales, les autres numéros de notre catalogue doivent à coup sûr se répartir entre un grand nombre de fabriques. C’est ce qui ressort assez clairement de la dispersion des trouvailles r.

Reste à savoir où débuta cette fabrication. Il y a peu de chances pour que ce soit dans la Grèce continentale, où les découvertes ont été assez peu nombreuses, mais plutôt dans quelque cité des Iles. Les plus beaux exemplaires proviennent surtout de Délos, de Mélos, des villes asiatiques et de Cyrène.

Un indice concordant et moins vague nous est fourni par l'examen des vases eux-mêmes, de leur forme et de leur décor. Je n’en exagérerai pas l’importance, mais on conviendra qu’il n’est pas insignifiant. Le lagynos à fond blanc est un type céramique en tous points conforme au goût et aux traditions des potiers de la Grèce orientale. Tel vase géométrique trouvé en Chypre présente le même profil angulaire ?. Les cruches massives à goulot abondent en tous temps dans les séries chypriotes $. Les types mycéniens, au nombre desquels est cette forme, ont eu dans les ateliers orientaux une longue survivance.

1. M. Watzinger me fait savoir qu’il a trouvé un fragment de lagynos à fond blanc, en Palestine, dans ses fouilles de Jéricho.

2. Springer-Michaelis, Handbuch, 9° éd., p. 81, fig. r9r (cf. aussi le vase carien, Perrot-Chipiez, Hist. de l'Art, V, p. 328, fig. 232).

3. Ibid., fig. 150; Murray-Smith-Walters, Excav. in Cyprus, p.72, fig. 125; p. 79, fig. 134.

J'ai vu dans le commerce à Jaffa plusieurs vases sans décor, impossibles à dater, qui provenaient de fouilles locales et présentaient le profil du lagynos. C’est encore un exemplaire du même type, trouvé en Palestine, qu’à dessiné Tissot, dans ses illustrations de la Vie de Jésus- Christ (1, p. 163). La technique de la couverte blanche, bien que les Attiques n’aient jamais cessé de la pratiquer, : est un peu la spécialité des fabriques insulaires et asiatiques’. Par leur aspect général et les tendances d’art qu’elles dénotent, les amphores chypriotes du 1v° siècle, avec leurs motifs floraux sur fond clair, annoncent nos lagynoi bien mieux qu'aucune série de la Grèce propre?. À l’époque alexandrine, c'est une technique et un style tout semblables qu’appliquent à leurs hydries funéraires les potiers égyptiens.

Enfin, la céramique punique, dont le caractère orientalisant n’est pas douteux, connaissait et la forme du lagynos 3 et la peinture sur fond blanc‘. Nous le savons par des trouvailles faites dans les nécropoles antiques de Tunisie et d'Espagne.

Toutes ces remarques dirigent nos recherches dans la même direction. À défaut de précisions plus grandes, on peut admettre que l’origine de ce modèle céramique doit être cherchée à l’Orient de la Grèce.

1. Des vases d’une technique identique à celle des lagynoi se trouvent notamment en Chypre dès l’époque archaïque. Atlas of the Cesnola Collect.. pl. 135, 989, etc.

2. Sur l’activité et l’influence des fabriques chypriotes à l’époque hellénistique, cf. Pagenstecher, ibid., p. 398.

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