ATHÈNES
Athènes, dont la fondation remonte à l'Égyptien Cécrops, selon quelques historiens ; à Uélémis le Pélasge, selon quelques autres, ne fut d'abord qu'une bourgade gouvernée par des chefb ''portant le titre de Basilem, roi. Laissant de côté les récits mythologiques et les fables dont le berceau des peuples est toujours entouré, je dirai que la -ville portant le nom d'yl^/fè/^rt (Minerve), à qui elle fut consacrée, ne mérita le nom de métropole qu'après le dévouement de Codrus, son dernier roi.
Après la mort de Codrus , les Athéniens qui avaient à se plaindre du gouvernement monarcliique, abolirent pour jamais la royauté, et nommèrent Mëdon, fils de Codrus, Archonte perpétuel, ou chef de la république. L'archontat fut, pendant quelque
temps, héréditaire ; puis, on en fixa l'exercice à dix ans, à cinq ans, et enfin à un an. Sous les premiers archontes, la tranquillité se rétablit dans l'Attique; la paix développa l'industrie, mais aussi les besoins et les vices. Le peuple se trouva, en peu d'années, criblé de dettes; et lorsque la rapacité du riche l'eut rendu misérable, il proféra des menaces ; bientôt des factions se formèrent ; un conflit entre le riche et le pauvre n'eût point tardé à éclater, si Dracon n'eût été choisi pour le prévenir. Dracon, homme de bien, mais d'une austérité rigide et presque sauvage, réprima la licence par des lois d'une sévérité poussée à l'extrême. On murmura bientôt contre l'excessive rigueur de ces lois qu'on taxa de barbares, et Dracon, menacé par le peuple, fut forcé de se retirer à Égine.
Après son départ, les divisions intestines recommencèrent ; plusieurs séditions portèrent le trouble au sein de la cité ; une ruine prochaine était imminente I II ne restait d'autre parti aux Athéniens que de se livrer à un seul homme. Tous les regards se portèrent sur Solon ; l'aristocratie et le peuple lui proposèrent de monter sur le trône ; mais il refusa constamment. Supplié chaque jour de faire tourner au profit de la nation son crédit et ses lumières, Solon se mit au travail ; il abrogea les lois de Dracon, hormis celle contre les assassins, et rédigea un code de lois plus conformes à la civilisation de son épo-
que. Les dettes du peuple furent remises, et il défendit à tout citoyen d'engager sa liberté. Selon fit jurer aux Atb'^niens de rester aveuglément soumis à ses lois pendant dix années au moins ; il reçut leur serment devant la statue de Jupiter et le lendemain s'expatria.
De retour à Athènes, après dix années d'absence, il eut la douleur de voir Pisistraté s'emparer de l'autorité suprême, et mourut au bout de quelques années. On prétend que le chagrin que lui causa l'usurpation de Pisistraté hâta sa mort. Hippias et Hipparque succédèrent à leur frère Pisistraté ; mais, n'en ayant ni les talents ni les qualités, ils mécontentèrent bientôt le peuple qui les regarda comme des tyrans. Hipparque tomba sous les poignards d'Harmodius et d'Aristogiton ; Hippias, deux ans après, fut chassé d'Athènes par l'Alcméonide Glisthène, et alla se réfugier à la cour du roi de Perse. Alors Clisthène, pour se rendre le peuple favorable, partagea les habitants de l'Attique en dix tribus, chaque tribu fournissait cinquante Aréopagites ou Sénateurs pour délibérer sur les affaires publiques, ce qui porta le nombre de ces magistrats à cinq cents. Toute la nation se trouva ainsi représentée aux grandes assemblées du peuple, et la démocratie, consolidée, resta comme la meilleure forme de gouvernement.
C'est à dater de cette époque mémorable que la
république athénienne poursuivit sa glorieuse car* rière, malgré les haines jalouses de Sparte. Ce fut sous le gouvernement républicain que les plus grandes choses furent entreprises et exécutées, qu'Athènes étendit ses utiles conquêtes, que ses nombreuses colonies allèrent porter au loin ses arts et sa puissance. Elle donna le jour à une foule de grands hommes, dont un seul suffirait pour illustrer un siècle. Elle attira et recueillit avec honneur les philosophes et les artistes de tous les pays ; ouvrit des écoles, des manufactures, des ateliers qui' accrurent ses richesses, sa célébrité, et la rendirent plus florissante que jamais. Le Prytanée fut bâti pour assurer la subsistance des hommes qui avaient renda service à la patrie et qui étaient restés pauvres par désintéressement. Tliémistocle relia la ville au Pyrée par de longues et hautes murailles ; les édifices publics se multiplièrent au sein de la cité , une force militaire imposante , une marine nombreuse et parfaitement exercée, établirent partout la supériorité du peuple athénien.
Périclès parut ! Périclès, dont le nom rappellera toujours la plus brillante époque de la civilisation grecque, s'empara du gouvernement, brisa l'aristocrat'ie et se rendit ainsi le peuple favorable. Sous l'administration de ce politique habile, une foule d'hommes de génie concoururent à l'illustration de leur patrie. La poésie, la musique, tous les arts de
luxe et particulièrement la sculpture, la peinture et l'architecture furent portées à un degré de perfection qu'on ne surpassera jamais. Parmi les nombreux monuments que Périclès fit bâtir, les Propylées^ ouvrage de Mnésiclès ; et le Partliénon, avec sa Minerve colossale, ouvrages de Phidias etd'Ictinus, resteront comme des preuves irrécusables de la supériorité de l'art monumental chez les Grecs. Mais, dois-je le dire, si Périclès éleva sa nation à l'apogée de la puissance , ce fut aussi lui qui prépara sa chute. En effet, pour conserver dans ses mains le pouvoir, il habitua les Athéniens aux fêtes, au luxe, aux dissipations de tous genres ; austère dans ses mœurs, il autorisa presque la licence et les écarts populaires. On lui reprochera toujours d'avoir fait la guerre aux alliés de la république pour les forcer à payer des tributs et flatter en même temps l'ambition des Athéniens, que les loisirs de la paix auraient rendus difficiles à gouverner, Périclès qui, à proprement parler, jouissait du pouvoir monarchique, aurait pu éviter une rupture entre Athènes et Sparte ; mais^ ne consultant que son ambition, il alluma la fatale guerre du Péloponèse pour affermir son autorité. La charmante Aspasie, qu'il épousa, et le bel Alcibiade, son neveu, augmentèrent le mal, l'une par ses galanteries, l'autre par son ambition et son amour effréné des plaisirs. Les jeunes Athéûiens de familles riches s'efforcèrent d'imiter ces
— 2-25 — deux charmants modèles; les mœurs se relfichèrent et la corruption étendit chaque jourses rapides progrès. Ce n'était que fêtes et festins, orgies nocturnes avec les courtisanes et les joueuses de flûte ; luxe de table, luxe de vêtements et de parures, prodigalités et folies à toute heure. La fortune des familles ne pouvait longtemps suffire à ces dissipations, et leur ruine devenait imminente, lorsque Périclès, alarmé des nombreuses plaintes de l'aristocratie, éloigna d'Athènes l'élégant Alcibiade, en lui donnant une mission. Alors, les jeunes gens, n'ayant plus ce brillant modèle sous les yeux, oublièrent pendant quelque temps leur passion pour le luxe et les plaisirs (1).
SECTION II