CHAPITRE XV
Hetonr de Laîs dans sa patrie.
L'entrée de Laïs dans Corinthe fut un véritable triomphe; le peuple, toujours extrême dans ses manifestations, lui décerna les honneurs divins. On la porta, sous un dais tressé de myrtes et de roses, au temple de Vénus, où les Hiérodules et Bacchis, sa gouvernante, l'attendaient. Pendant trois jours, on célébra des fêtes en l'honneur de son retour.
Laïs était alors âgée de trente-trois ans ; par un de ces privilèges accordés aux femmes soigneuses de leur corps (1), sa beauté n'avait rien perdu de son éclat; un léger embonpoint accusait plus vivement la richesse de ses formes et leurs moelleux contours. La fraîcheur de son teint, les grâces de son sourire et les charmes de son esprit complétaient la femme
(1) Voyez l'ouvrage inlitcilé ; Hygiène et perfectionnement de la beauté humaine, dans ses li'jnes, ses formes et sa couleur.
la plus séduisante, la plus accomplie de son temps.
Rentrée dans ses foyers après trois années d'absence, Laïs prit la ferme résolution de consacrer désormais sa vie à l'amitié, aux arts, aux lettres et à la philosophie. Comme par le passé, sa maison devint le rendez-vous de la bonne société de Corinthe, et ses charmantes soirées firent les délices de la Grèce entière.
Pendant vingt années consécutives que les Parques lui filèrent des jours d'or, Laïs jouit de la considération de ses citoyens ; mais surtout de l'amour et de la reconnaissance du peuple; car elle était bonne, généreuse, prodigue, lorsqu'il s'agissait de soulager l'infortune. Ce fut pendant cette longue période d'une vie heureuse et tranquille qu'elle donna de charmantes symposies (1) où se rendaient les célébrités de cette époque.
(1) On donnait le nom de svmposies â des banquets où les convives, gens éclairés pour la plupart, s'entretenaient de science, d'art et de littérature. A Athènes et à Corinthe, les symposies s'annonçaient quinze jours d'avance, afin de donner à ceux qui devaient en faire partie le temps de se préparer. Les femmes grecques n'étaient point admises à ces sortes de réunions, à l'exception de quelques Rétères distinguées qui fréquentaient les écoles des philosophes en réputation. Mais, en revanche, on y voyait une foule de musiciennes, de danseuses et de jolies esclaves servant d'échansons. — Voyez, dans la seconde partie du présent ouvrage, la sym~ fosie intitulée : le Festin de Dinias, fragment descriptif des plus curieux, qui donne une idée de l'art culinaire et de la magnificence du service chez les Athéniens.
SECTION PREAIIÈRE
QDELQUCS PARTICULARITÉS PEU CONNUES DE LA VIE DE L\ÏS 1" Symposie, Aristippe étant symposiarque.
Laïs était allée à Égine porter des secours à une imie malheureuse ; pendant son absence, elle avait chargé Aristippe de la reiAplacer dans les symposies qui se tenaient chez elle à chaque décade. Beaucoup d'étrangers de distinction, qui se trouvaient à Gorinthe, ayant appris qu' Aristippe devait parler de la célèbre Hétère, avaient demandé et obtenu la faveur d'une invitation.
Le signal de la symposie ayant été donné, Aristippe s'exprima en ces termes :
— Je ne prendrai point la vie de Laïs du jour de sa naissance; les détails en sont peu importants. Il vous suffira de savoir qu'à l'âge de seize ans, sa beauté, son heureux caractère et son esprit naturel la firent distinguer d'un vieil Eupatride nommé Léontidès, qui en fit sa fille adoptive et lui légua tous ses biens à sa mort. Laïs en a si noblement profité, pour se faire aimer de tous, que ses absences sont pour Gorinthe des journées de deuil. G'estdonc de ses actes de bienfaisance et des charmes de son esprit que je vais vous entretenir,
A la mort du vieux Léontidès, la jeune Laïs partais.
gea son héritage en trois parts : un quart pour les funérailles de son bienfaiteur, qui furent faites avec une magnificence royale; un quart pour les pauvres de Corinthe; elle garda l'autre moitié et embrassa la condition de femme libre ou di'Hétère. Cette condition lui a permis d'orner son esprit, en fréquentant les philosophes, poètes, artistes, et de disposer en toute liberté de sa fortune ; choses qui lai auraient été impossibles, si elle eût été en puissance de mari. Parmi les traits nombreux de bonté et de générosité de notre amie, je ne citerai que les plus récents.
Un plombier que Laïs avait fait venir pour arranger les fontaines de son jardin, vit, par hasard, une de ses joueuses de flûte et s'en éprit subitement. Cet homme, pèv-e d'une nombreuse famille, avait jusqu'à ce jour mené une vie heureuse et tranquille; le violent amour qui s'empara de lui, bouleversa son être, égara sa raison : il vendit tout ce qu'il possédait pour acheter un collier et des bracelets, d'un prix élevé, dont il fit présent à la joueuse de flûte. Celle-ci les accepta à l'insut de sa maîtresse, La pauvre famille de l'artisan se trouva tout à coup ruinée et réduite à la misère.
Un jour Laïs, se promenant en litière, passa près d'une femme entourée de trois enfants en bas âge et d'une grande fille; leurs mains se tendirent vers elle pour lui demander une aumône ; Laïs leur jeta une pièce d'or; mais, son nom ayant été prononcé par
nn des jeunes hommes qui accompagnaient sa litière, la mendiante jeta brusquement loin d'elle 1? pièce d'or, et, s'avançant pâle de colère, elle se disposait à injurier Laïs, lorsque, éblouie par l'éclat de sa beauté, elle s'écria en se jetant à terre : -
— Pardonne-moi, Laïs, j'allais lancer contre toi l'imprécation et l'anathème, car, ne te connaissant point, je t'attribuais mon malheur; mais, en te voyant si belle, j'ai pensé qu'un aussi beau corps ne pouvait cacher une âme aussi noire... Laïs, si ton visage n'est point menteur, tu dois être bonne!
Étonnée de ce langage, Laïs en demanda l'explication à la mendiante, qui lui apprit son histoire en quelques mots. Alors Laïs lui donna sa bourse, en luirecommanaant de se présenter chez elle le lendemain. La pauvre femme s'y rendit avec sa fille aînée, âgée de quatorze ans. Laïs ayant appelé sa joueuse de flûte, lui lit rendre le collier ainsi que les bracelets, et la chassa de sa maison; ensuite, se tournant vers la mère :
— J'ignorais ton malheur, pauvre mère; mais, si je n'ai pu le prévenir, je veux aujourd'hui le réparer. Tiens, voici une somme égale à la valeur des joyaux pour lesquels ton mari s'est follement ruiné; cet argent t'appartient, et tu peux en disposer librement; à toi, jeune fille, je te donne le collier et les bracelets : le jour de ton mariage, ils seront ton cadeau de noce.
La mère et la fille se jetèrent aux pieds de leur bienfaitrice; Laïsles releva aussitôt et leur dit d'une voix pleine de douceur :
— Allez, mes amies, et recommencez à vivre heureuses, et surtout ne maudissez jamais personne.
Encore un trait qui prouve que Laïs fait tourner au bien tous les dons qu'elle a reçus des dieux.
Le jeune Nicétas, fils d'un riche Eupatride, fut subitement saisi d'une passion violente pour la dyctériade Gorgo. Ni les larmes de sa mère, ni la malédiction de son père ne purent l'en détourner. Cet amour insensé, désespoir de sa famille, eût infailliblement plongé ce jeune homme dans la plus atTreuse misère, si l'idée d'employer l'ascendant de Laïs ne fût venue à l'esprit de sa mère. Elle alla donc consulter la charmante Hétère qui la consola et promit de lui rendre son fils ; or, voici ce qui arriva :
Laïs, déguisée en jeune Eupatride, se rendit chez Gorgo; elle étala aux yeux de cette avide courtisane tout ce que le luxe et la richesse ont de plus éblouissant, — Je t'adore, séduisante Gorgo, lui dit-elle, un seul de tes regards a suffi pour me rendre ton esclave. Si tu veux m'écouter, ma fortune et ma main seront peu de chose en échange de ton amour. Je suis libre ; un seul mot de ta jolie bouche peut faire mon bonheur; parle, et je mets à tes pieds toutes mes richesses.
Interdite à la vue de cet élégant jeune homme.
charmée par sa beauté, mais encore plus séduite par ses offres, Gorgo balbutia quelques paroles et finit par avouer qu'elle avait pour amant Nicétas dont elle redoutait la jalousie violente.
— Nicétas est un fou ruiné, objecta Laïs ; il te sera bientôt à charge; si tu veux m'aimer, je saurai t'en débarrasser.
Gorgo accepta, sans hésiter. Il fut convenu qu'on renverrait l'amant ruiné et qu'on lui fermerait à jamais la porte.
En effet, le soir même, Nicétas trouva la porte de Gorgo fermée ; il eut beau frapper, appeler, crier ; on ne lui répondit pas. Furieux d'être ainsi congédié, il se mit à crier et à frapper plus fort, menaçant de briser la porte; lorsqu'un de ses amis, aposté par Laïs et qui était dans la confidence, l'aborda.
— Eh ! par Bacchus, s'écria-t-il, c'est mon ami Nicétas; quelle heureuse rencontre!...
Nicétas ne lui répondit point et se mit à frapper de nouveau.
— Pauvre ami, continua le jeune homme, je t'en avais prévenu ; ton sort est celui de tous les autres ; avec Gorgo, il n'y a pas d'exception.
— Que veux-tu dire, demanda Nicétas irrité?
— Que cette infâme Gorgo te trompe comme elle m'a trompé, comme elle a trompé et ruiné tous ceux qui ont eu l'imprudence de tomber dans ses mains avides. C'est là son trafic.
— Par Vénus! tu mens? s'écria Nicétas, pfile de colère.
— Que Vénus me punisse à l'instant même si je n'ai dit la vérité.
— C'est une infâme calomnie I je suis sûr de Gorgo.
— Dès ce matin tu as été remplacé et je m'offre de t'en fournir la preuve?
— Par Vulcainl se pourrait-il?... s'écria Nicétas. Dans un transport de rage, il eût fini par briser la porte, qu'il frappait à coups redoublés, sans une garde de nuit qui faisait sa ronde.
Son ami le prit par le bras et le força de s'éloigner.
— Insensé que tu es, lui dit-il, de dissiper ta fortune pour une misérable ; quel malheur de sacrifier les affections de ta famille à un être semblable ! Je ce comprendrais encore si c'était pour une Bacchis; nais une Gorgo!... Mon pauvre ami, je te plains... Et lorsque tu la surprends infidèle, l'aimer encore! En vérité, c'est folie.... Pardonne-moi ces dures ventes , elles partent d'un cœur sincère.
Nicétas écoutait, en silence, ces désillusionnantes paroles ; puis tout à coup, comme s'il fût sorti d'un lourd cauchemar, il murmura entre ses dents :
— Gorgo me tromper ! après tous les sacrifices que j'ai faits pour elle... non, c'est impossible...
— Je t'ai promis de te donner la preuve de son
~ 251 — infidélité; demain, situ veux, je tiendrai ma parole.
— J'accepte! et, sois-tu englouti dans les fanges iu Cocyte, si c'est un mensonge.
Le lendemain, Nicétas fut introduit secrètement 3t caché dans un cabinet de la maison de Gorgo d'où il pouvait entendre les serments et voir les caresses, les minauderies que sa maîtresse prodiguait à un beau jeune homme.
Vingt fois Nicétas fut sur le point de s'élancer du cabinet et de tomber sur l'infâme, de la fouler aux pieds, de l'écraser... Mais son ami, assisté de deux autres, était là pour le contenir et le bâillonner.
Devant la preuve irrécusable de la perfidie d'une misérable courtisane dont il avait été si longtemps le jouet, Nicétas sentit tomber sa passion; le calme succéda aux transports de sa fureur jalouse. Il tendit la main à son ami en lui disant :
— C'est assez 1 je suis guéri; sortons de cet enfer. Le soir même, le jeune Eupatride, accompagné de
quelques parents et amis, rentra sous le toit paternel pour demander pardon de sa conduite, s'offrant à la réparer par une entière soumission aux ordres de ses parents.
Ce trait de Laïs ne mérite-t-il pas des éloges? Eh bien! la vie entière de cette Hétère est semée de traits semblables, qui resteront comme preuve de son esprit, de son bon cœur.
SECTION II
BONS MOTS. — SAILLIES. — PIQUANTES HÉPARTIES DE LaYS
On prête une foule de bons mots et de saillies remarquables à cette célèbre Corinthienne; nous en rapporterons quelques-uns.
Un jeune Athénien lui faisait d'énergiques serments, et, ne pouvant l'attendrir, il s'écria :
— Je me tuerai à tes pieds de désespoir; alors, cruelle, tu auras la preuve de mon violent amour.
— Mon ami, répliqua-t-elle, n'use jamais de ce moyen, dans l'espoir de réussir auprès des femmes; car les femmes exigent de leurs amants des preuves réitérées de sincérité, de constance, et celle dont tu me parles ne peut se donner qu'une seule fois.
Un autre jeune homme, implorant d'elle une faveur qu'elle refusait obstinément, lui disait :
— Parvenus! prends pitié de mes souffrances, ô Laïs! Éteins Tincendie que tu as allumé dans mon sein.
— La meilleure preuve que je puisse donner de la pitié que tu m'inspires, jeune fou, c'est de te glacer par un refus complet; car ce que tu me demandes.
loin d'éteindre l'incendie qui te dévore, serrât la goutte d'huile jetée sur des tisons enflammés.
Le sculpteur Myr on, déjcà vieux, vit Laïs aux fêtes de Cérès, et en devint subitement amoureux. De retour à Gorinthe, il se présenta chez elle; mais Laïs le renvoya sans vouloir l'écouter. Myron, persuadé que c'était à ses cheveux gris qu'il devait ce dédain, reparut devant elle après s'être fait teindre en noir les cheveux. La Corinthienne, impatientée de cette folie de vieillard, le congédia de nouveau en ces termes moqueurs : « — Sot que tu es, tu me demandes une chose que j'ai refusée à ton père. »
Nous avons vu dans le courant de cet ouvrage, que Laïs se démit de ses rigueurs, et que Myron devint un de ses amis.
Laïs, qui connaissait les faiblesses de l'homme, disait des stoïciens : « Ils viennent frapper à ma porte plus souvent que les autres, »
— a La générosité n'est souvent qu'une ambition déguisée, » dis<s.\t-elle en parlant de Démosthènes qui était ambitieux et avare ; puis elle ajoutait : a La folie des avares est de regarder la possession de l'or comme un bonheur, tandis ^^u'il n'est qu'un des moyens de se le procurer. >
On lui demandait un jour son avis sur les assem» hlées populaires ; elle répondit : — « Je hais la multitude , parce que, plus il y a d'hommes rassemblés, plus il y a de vices, de ridicules, de sottises, de vanité et d'orgueil se donnant la main. »
Laïs avait dit, avant Montesquieu, que le rôle d'une coquette est beaucoup plus difficile qu'on ne le pense, et qu'il exige une foule de connaissances dans l'art de la parure. Elle comparait une coquette qui prépare dans son boudoir les armes avec lesquelles elle doit soumettre les cœurs les plus indifférents, à un général , qui, pour obtenir la victoire , organise savamment un plan de bataille.
Aristippe lui ayant amené un jeune fat richement habillé, mais nul par l'esprit, elle lui dit le lendemain : — « Cet homme ressemble à un trophée revêtu d'armures magnifiques, mais qui n'est au fond qu'un misérable morceau de bois remplissant le rôle de soutien. »
La courtisane Théodote se plaignait à elle de ce que les riches étaient fiers, hautains, peu géiiéreux et souvent d'une brutalité révoltante. — « Je ne m'en suis jamais aperçue, répondit Lais, car les hommes dont tu me parles sont des rustres, et je ne reçois chez moi que des hommes de bonne compagnie. »
Un libertin, ruiné et usé, lui disait que l'amout des femmes n'était qu'un jeu d'enfant pour les hommes forts comme lui.
— C'est pour cela, répondit-elle, qu'il t'a fait perdre tes forces et ta fortune.
Les femmes sont comme des hochets que l'enfant abandonne quand il s'en est servi, affectait de dire, devant elle, un prétendu philosophe.
— C'est pour cela, grand enfant, que tu ne peux t'en passer, lui répliqua-t-elle.
Une personne, arrivant d'Athènes, lui apprit qu'Aspasie l'avait chargée de s'informer de ce qu'on pensait d'elle à Corinthe.
— Tu lui répondras que nous serions moins curieuses de savoir ce qu'on pense de nous, si nous étions sûres qu'on en pensât bien.
On ne voit que des sots ou des fous qui se laissent ruiner par les femmes, lui disait un homme déjà grisonnant, et qui avait mangé sa fortune avec les courtisanes.
— En ce cas, lui répondit Laïs, la raison et l'esprit te sont venus bien tard.
Laïs répétait souvent à ses amies qui brutalisaient leurs esclaves, qu'une femme sans douceur était aussi méprisable qu'un homme sans courage.
'— 256 — Une de mes amies, amoureuse d'un jeune Eupatride avec qui elle vivait, vint la consulter pour savoir s'il n'y avait aucun moyen de vaincre le caractère emporté, despote ei liautain de cet homme.
— Tu l'aimes? demanda-t-elle.
— Au dernier degré de la passion.
— Baisse ton amour seulement de quelques degrés au-dessous du sien, et tu en seras maîtresse; car de deux amants, celui qui aime le moins est toujours le maître de l'autre.
On lui demandait si une femme pouvait se passer de miroir.
— Les jeunes filles, oui; les femmes, non : le miroir est un meuble indispensable à la coquette qui chaque jour le consulte afin de réparer les ravages du temps, et, selon moi, il est fort peu déjeunes femmes dont le cœur soit complètement fermé à la coquetterie. J'avouerai même, sans honte, que je considère mon miroir comme un meuble indispensable.
Vous le voyez; de même que la spirituelle Gnathène, Laïs possède l'esprit d'à -propos; mais le côté brillant de sa vie, c'est la bonté, c'est la générosité. Les traits de bienfaisance cités précédemment sont pris entre mille traits semblables. Laïs est donc un de ces êtres privilégiés à qui les dieux accordèrent le don précieux de la beauté parfaite; car vous n'i-
gnorez point que la beauté parfaite exige les qualités du corps et de rame. Jamais femme ne réunit è un si haut degré ces deux éminentes qualités. Parmles Hétères dont s'enorgueillit Corinthe et la Grèce entière, Laïs est la première; la jalousie féminine même, ne lui oppose aucune rivale. Il n'est de carrefours, de réduits obscurs, de pauvres cabanes qui ne proclament hautement ses bienfaits. Partout elle sèche les pleurs, calme les souffrances, cicatrise les plaies du cœur; sa présence est, pour les infortunés, le terme de leurs peines, de leurs misères. Laïs n'utilise pas seulement en bonnes œuvres ses richesses, elle emploie encore son crédit auprès de l'aristocratie, à faire tout le bien qu'elle peut. C'est ainsi que, chaque jour, elle éteint les haines, rétablit la concorde et la paix au sein des familles. Honneur à Laïs 1
Si mon récit a pu vous intéresser; si j'ai pu faire passer dans vos cœurs l'estime et l'admiration que mérite la reine de ce palais, j'aurai atteint mon but : celai de payer ma dette à l'amitié d'une femme dont la beauté et la bonté réunissent tous les suffrages.
Honneur à Laïs I
Ainsi termina le philosophe de Cyrène, et tous les assistants répétèrent avec enthousissme : Honneur à Laïs!