‹ Laïs de Corinthe et Ninon de LenclosChapitre 35 sur 45 · CHAPITRE ÏY · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏY

Ariste. — Sa passion ponr Ninon. — I<ears poétiques amours.

Ninon se vit une seconde fois enceinte d'un personnage haut placé, qui la supplia de passer à la îampagne le temps de sa grossesse. Sa santé avait iéjà éprouvé quelques atteintes ; la vie dissipée du jionde ne pouvait qu'être funeste à la mère et à .'enfant. Ces considérations et l'instinct maternel iécidèrent Ninon à se retirer dans un charmant petit village peu distant de Paris. Elle emporta avec elle oon luth, sa musique, une bibliothèque choisie, et ie promit d'écrire, sous forme de mémoires, ses Aventures les plus saillantes. Ce temps de retraite fut pour elle le plus paisible de sa vie ; les journées s'écoulaient tranquilles, sans nuages, et les plaisirs de l'âme faisaient taire les désirs des sens.

Un jour, en se promenant dans la campagno, elle trouva, sous un rrhre qu'entourait un banc de gizon,

un petit volume oublié, sans doute, par quelque lecteur distrait ; elle ramassa le livre et l'ouvrit : c'était une traduction en vers des idylles de Théocrite. Ninon promena les yeux autour d'elle pour s'assurer si le propriétaire du volume ne se trouvait point quelque part aux environs ; elle ne vit personne. AlorS; s'étant assise sur le petit banc de gazon, elle se mit à lire. Arrivée à un passage où le poëte décrit la fête du printemps chez les Arcadiens, et fait danser autour de la statue de l'Amour les bergères couronnées de fleurs, elle s'écria involontairement :

— Oh! que vous deviez être jolies, jeunes bergères, et surtu'ut heureuses!...

— Moins jolies que vous, j'en jure par Vénus! dit une voix qui la fit tressaillir.

Ninon leva les yeux et aperçut, debout, derrière elle, un beau jeune homme qui lui souriait tendrement.

— Ce livre vous appartient sans doute, Monsieur ? lui demanda-t-elle.

— Oui, Madame; me sera-t-il permis de vous en faire hommage?

— Mais, Monsieur^ on n'accepte que de la part de ses amis.

— Oh l si vous me donniez la douce espérance de pouvoir le devenir un jour, je ferais tout pour mériter cette faveur.

La conversation continua quelque temps sur ce

ton gTacienx, et Ninon lui permit de l'accompagner jusqu'à l'entrée du village.

Le lendemain, Ariste, c'était le nom du jeune homme, alla s'asseoir sur le banc de gazon, avec la pensée que la belle inconnue y reviendrait; mais Ninon l'ayant aperçu de loin , donna une autre direction à sa promenade. Après l'avoir longtemps attendue, le jeune Ariste, qui connaissait tous les chemins et sentiers aboutissant au village, se mit à les battre et finit par découvrir la, beauté qu'il cherchait. Il vint à elle , l'aborda avec tant d'amabilité et lui dit des choses si charmantes, que Ninon se sentit une propension à l'aimer. La promenade se prolongea jusqu'au soir.. La conversation, douce et tendre d'abord, s'anima peu à pen; des phrases entrecoupées de soupirs ; des regards timides , mais éloquents ; quelques exclamations comprimées, apprirent à Ninon qu'elle était adorée. Ce soir-là, elle lui permit de l'accompagner jusqu'à la porte de son domicile. Ariste voulut lui baiser la main avant de se séparer : Ninon la retira; mais, voyant une Jarme sous les paupières du jeune homme , elle la lui abandonna et tressaillit soudain sous l'impression de deux lèvres ardentes.

L'ombre couvrait le village ; les bruits du soir avaient cessé; tout le monde dormait. îîmon, appuyée sur sa croisée, respirait le parfum (tes prairies que lui apportait la brise. Lés étoiles scintil-

laient dans un ciel pur ; la nuit marchait silencieuse et magnifique : c'était une de ces nuits favorables aux amoureuses sérénades. Ninon pensait à son bel inconnu, et involontairement elle soupira. Les connaissances variées d'Ariste, son langage et ses manières annonçaient une éducation soignée. Que pouvait-il être?... Un jeune seigneur, un poëte, un jeune artiste venant demander des inspirations à la nature? Elle se perdait ainsi en mille conjectures qui flattaient ses. désirs. Une tendre rêverie s'était emparée de son âme et la berçait doucement, lorsqu'elle en fut tirée par les accords d'une guitare et ces vers que chantait une voix mélodieuse :

Il faut t'aimer lorsqu'on te voit paraître, C'est une soif qu'on ne peut modérer : A ton regard s'embrase tout mon être ; Si tu souris, mon cœur n'est plus le maître, Il faut t'aimer, te chanter, t'adorer 1

Il faut t'aimer lorsque tu prends ta lyre Et qu'on l'entend sous tes doigts murmurer; Lorque ta voix suavement soupire Un chant d'amour : alors, avec délire Il faut t'aimer, t'écouter, t'adorerl

Il faut t'aimer, t'aimer à la folie

Quand tes beaux yeux nous ont dit d'espérer

En te voyant si tendre, si jolie,

Le cœur désire et la tête s'oublie...

Il faut t'aimer, soupirer, t'adorer !

Il faut t'aimer lorsqu'un charmant sourire Vient tendrement sur tes lèvres errer (

Nouvelle Armide en l'art de nous séduire, A toi des cœurs, à toi le doux empire ; Il faut t'aimer, t'obéir, l'adorer I

Ninon écouta cette amoureuse mélodie avec d'autant plus de plaisir qu'elle s'adressait cà elle. Le chanteur ne pouvait être que son bel inconnu ; elle laissa tomber son mouchoir pour en acquérir la certitude et promit de rendre heureux l'amant qui le lui rapporterait. Elle se retira de la croisée, mais elle y fut bientôt ramenée par la voix du chanteur, qui recommença plus tendrement encore:

Si, par une faveur divine,

Se réalisaient mes souhaiîsi,

0 belle maîtresse ! devine

Ceux qu'à ton insu je ferais?

Je voudrais, ainsi que ton ombre,

A tes pas me voir attaché,

Et pendant !a nuit la plus s nibre

Dans ton boudoir être caché.

Je serais la lyre amoureuse Qui chante et frémit sous ta main Je serais la fleur bienheureuse Qui brille et s'endort sur ton sein; Je serais la suave essence Dont lu parfumes tes cheveux.

Et le ruban qui se balance Autour de ton front gracieux.

Pour te couvrir d'or et de soie Quand tu gagnerais ton boudoir J'y viendrais, palpitant de joie, Prendre la place du miroir.

Mon cristal serait si fidèle Que, malgré ton cœur indécis, Le plaisir de t'y voir si belle Irait l'arracher un souris !

Le lendemain, Ninon alla au-devant d'Ariste qui l'attendait depuis longtemps sur le banc de gazon; elle le trouva plus charmant que la veille, mais moins timide. Ariste lui offrit son bras, en l'engageant à se promener sous une épaisse saulaie dont les branches s'entrecroisaient sur leurs têtes. Pendant cette longue promenade, Ninon causa de l'aimable trouvère, qui la nuit dernière, était venu lui donner une sérénade.

Ariste garda le silence, craignant de se trahir.

— Vous, qui habitez le village depuis plus longtemps que moi, demanda- t-elle, ne connaitiiez-vous point ce musicien-poëte à la voix douce et sonore? [1 m'a charmée, je l'aime sans l'avoir vu.

— Je ne connais personne que vous dans ce village, et ne désire faire d'autre connaissance,

— Alors, j'ai donc fait un rêve?

— Peut-être...

— Tant mieux; cela me tranquillise; car j'ai rêvé que j'avais laissé tomber mon mouchoir de la croisée et promis de favoriser celui qui me le rûjfijorterait,

■— - Oh! je vous demande à genoux la réalisaîioK. de cette douce promesse ! s'écria le jeune homme es sortant le mouchoir de son sein.

Cette fois sa timidité avait totalement disparu et Ninon fut obligée de se défendre. Ariste, ivre d'amour et palpitant d'espoir, se jeta aux pieds de sa maîtresse à moitié vaincue; il lui prit les mains dans les siennes et sa voix suppliante, jointe à l'éloquence de ses regards, lui assura une victoire complète.

De ce moment, il s'établit entre Ninon et Ariste une étroite intimité de sentiments, et tous les deux éprouvèrent le besoin de se voir et de se parler. Ils allaient ensemble s'égarer dans la campagne, jouer dans la prairie et s'asseoir sur le bord des ruisseaux. Tantôt ils philosophaient, tantôt ils composaient de charmantes élégies; d'autres fois, ils mariaient leurs voix aux accords de leurs luths et modulaient de délicieux chants d'amour ! Oh ! ce furent de charmantes journées que celles-là, loin des fêtes et des bruits étourdissants de la capitale. Ninon trouva que les amours, à la campagne, avaient bien leurs délices.

Un matin, Ariste entra, sur la pointe du pied, dans la chambre de sa maîtresse ; elle dormait encore. Ne voulant point tro'jbler son sommeil, il la contempla avec ivresse. Puis, il détacha une feuille de son souvenir, écrivit au crayon de^ vers qu'il déposa sur le pied du lit, et disparut légèrement.

Lorsque Ninon se réveilla, le papier frappa ses regards ; elle le lut et resta confuse. Scandalisée de

ce qu' Ariste avait eu la témérité de venir la surprendre pendant son sommeil, elle- bouda tout un jour. Ariste étonné de ne point la rencontrer à la promenade aux heures accoutumées, passa et repassa devant ses fenêtres: elle ne parut pas. Une fois cependant il la vit mettre la tête à la croisée et la retirer furtivement dès qu'elle l'eut aperçu. Ne sachant à quoi attribuer ce caprice, Ariste monta et frappa doucement à la porte ; il se nomma : on ne l'écouta point. Comme il s'obstinait à frapper, une voix brève lui répondit :

— Assez ! assez! Veuillez vous retirer, Monsieur; je suis fâchée contre vous.

Quand une femme est de mauvaise humeur, l'importuner par des prières, c'est perdre son temps ; la supplier, lui demander pardon, c'est l'irriter davantage. Le meilleur parti qu'on ait à prendre, c'est d'attendre que sa mauvaise humeur soit un peu calmée. Ariste savait cela; il se retira sans mot dire et atiendit l'heuc 3 du berger.

Mais ces jours tranquilles, cette sécurité dans le bonheur devaient êtie bientôt troublés. M. de Gersey, après cinq mois d'absence forcée, revint à Paris et se rendit en toute hâte auprès de Ninon. Il arriva au village plus amoureu.v que jamais, et pour son malheur, trouva les deux amants occupés à pincer du luth. Ariste était trop beau pour ne pas inspirer au comte une jalousie subite et des

craintes fondées sur l'infidélité de sa maîtresse. Cette jalousie perça à travers la froideur des hommages qu'il s'efforça d'adresser à Ninon.

— Vous avez dû bien vous ennuyer ici? mon ange, lui dit-il avec ce sourire obligé de la galanterie.

— Au contraire, mon ami, j'y ai passé des journées délicieuses.

— Ne préféreriez-vous pas rentrer daris ia capitale?

— Je ferai ce que vous voudrez : décidez vousmême, je suis prête à vous obéir.

Ninon n'aimait plus le marquis, mais il était le père de l'enfant qu'elle portait dans son sein, et il avait promis de lui assurer un brillant avenir. M. de Gersey possédait une fortune immense ; dans l'intérêt de son enfant, la mère se soumit à tout ce qu'on exigea d'elle. Ils partirent le soir même pour Paris.

Le marquis, homme d'esprit, ne lui demanda aucune explication sur ses liaisons avec Ariste; il savait que dans le monde un homme jaloux passe pour un sot, un être ridicule, et il eut garde d'en augmenter le nombre déjà si grand. Cette discrétion lui valut l'estime et l'amitié de M'" de Lenclos, qui ne se démentirent jamais dans la suite.

Quelques jours après son arrivée à Paris, Ninon en repartit secrètement pour aller retrouver Ariste

et s'excuser de la manière brusque dont elle avait été forcée de le quitter; cette femme adorable mettait de la délicatesse en tout; elle eût été très-peinée de faire, n'importe à qui, la moindre impolitesse; d'ailleurs un sentiment bien doux lui fit entreprendre cette démarche : elle aimait !

Ariste avait quitté le village ; on ignorait où il était allé.

Elle s'en retourna pensive et afligée."

A quelques jours de là, Ninon fut bien surprise de voir entrer dans son cabinet un jeune homme pâle, à la figure soucieuse, qui lui dit d'une voix pleine de tristesse :

— Madame, je viens vous remerci'i? de tout le bonheur que vous m'avez donné... hélas!... et vous adresser un éternel adieu... Il la salua et sortit précipitamment.

Vivement émue par !e timbre de cette voix si chère, Ninon voulut le rappeler, courir après lui; mais la force lui manqua, elle se sentit défaillir. Le soir elle reçut ce billet :

a Madame, jusqu'ici j'avais ignoré votre nom; en l'apprenant, mon espoir s'est anéanti sans retour : je voulais être aimé seul et vous posséder tout entière : deux choses impossibles à la belle Ninon... Adieu , oubliez-moi , si ce n'est déjà fait ; vous ne saurez jamais mon nom; vous ne me verrez plus!

« Ariste. »

A ce billet était jointe la lettre que voici :

« Va, ne crains pas que Je te maudisse et que je lance contre toi l'imprécation des amants vulgaires ; j'avais prévu ton inconstance; je l'ai apprise sans étonnernent, non sans douleur, mais je suis resté calme et résigné.

« Comment , toi , si délicatement mignonne, si spirituelle et si jolie ;, toi que la mode et les cercles brillants de la capitale réclamaient de toute la puissance de leurs prestiges, comment as-tu pu rester si longtemps aux bras d'un mauvais rimeur? C'est, en matière de constance, un tour de force qu'auront de la peine à croire les adorables avec lesquels tu vas vivre.

« Passer des heures entières, comme nous, à se regarder^ à causer d'amour; cela peut durer un ou deux jours au plus; mais des mois entiers!... oh! c'est si monotone , si bête ! au dire des femmes à la mode, qu'en vérité tu dois eu être étonnée, même honteuse. Une laide peut s'accommoder de cette vie stupide, par la raison que, délaissée de tous, elle est heureuse de rencontrer un homme qui s'éprenne d'elle et lui dise qu'elle est jolie : ce mot-là est si doux aux oreilles des femmes I

« Mais, pour toi, séduisante Ninon, qui peux, selon tes caprics, t' entourer d'une foule d'adorateurs, les congédier, les renouveler, les rendre

heureux ou les torturer, pour toi, de quelle valeur est une infidélité? une niaiserie d'enfant, l'ombre d'un léger remords que le désir de plaire efface, anéantit. Oui, je m'accuse d'avoir si longtemps privé les cercles élégants de ta présence... Mais alors tu m'aimais... Plus d'un seigneur a dû maudire le Tircis qui avait réduit au rôle de bergère la belle des belles d'une capitale. Selon eux, c'était sottise de ta part, et moi j'étais un égoïste, un brutal, de te garder pour moi seul. Une perle doit briller au soleil et ne pas rester cachée dans l'ombre. C'est vrai; je m'avoue coupable... Cependant j'étais si heureux de t'aimer dans le silence et le mystèï^, si glorieux d'être aimé seul!..

a 0 amie! te souvient-il de ces journées que rendait si belles la simplicité de nos désirs? Le silence des bois et leur fraîcheur, le doux murmure des ruisseaux, lorsque, assis sur leurs bords, par une tiède soirée, nous y faisions tendre causerie d'amour ; nos courses à travers les prairies dont nous cueillions les fleurs, pour en tresser des guirlandes avec lesquelles je t'enchaînais sur mon sein; hélas! ces plaisirs trop naïfs sont maintenant indignes de toi. Le culte que je t'adressais au village était trop modeste pour l'astre radieux devant lequel tant d'autres doivent pâlir. L'amour et l'admiration d'un seul ne te suffisaient plusj il te fallait l'encens et l'adov-ation de la foule.

« Les théâtres, les bals, les appartements joncliés de tapis, les salons aux lambris dorés, étincelants de lumières, sourient davantage à ton orgueil qu'une petite chambre de village. Va donc y étaler ces grâces que te prodigua la nature. Là, tu seras entourée d'une cour de jeunes seigneurs empressés à t'obéir; de doux propos, de tendres paroles caresseront tes oreilles; d'ardents soupirs t'embraseront peut-être... Et, tandis que tu t'enivreras de louanges et d'hommages, les autres femmes sécheront d'envie, étoufferont de dépit.

« Il es si doux d'attirer tous les yeux et d'être l'idole à laquelle s'adressent toutes les adorations 1 si doux d'éclipser ses rivales, de les forcer à la retraite! Va, tu auras toutes ces joies, tous ces bonheurs; mais, songes-y bien, cet apogée de glore ne durera pas toujours; tu déclineras, tu pâliras à ton tour; et, lorsque la vie du monde, cette vie dévorante, aura appauvri ton sang et flétri tes charmes; lorsque tes joues seront fanées, que l'étincelle ne jaillira plus de tes yeux fatigués, alors tu tomberas dans ce domaine des coquettes délaissées, affreux désert arrose par des flots d'amertume ; froides solitudes où le jour est sombre et le ciel glacé, où croissent aux flancs des rochers arides deux épines monstrueuses : Vimpuissance et le regret.

« 0 femme! les heures s'envolent, les jours passent, et le temps inexorable s'avance toujours, émis.

portant, chaque soir, une de noff belles journées. Rien jie peut s'opposer à sa marche fatale ; mais la sagesse nous conseille d'être sobre au printemps, pour conserver à l'automne de la vie les feux et la vigueur de l'été :

« Songes-y bien, dans sa course rapide, Le temps emportera ta beauté, mes soupirs, Et ton cœur, abreuvé de mille vains désirs, Maudira, mais trop tardç le fantôme perfide

De l'inconstance et de ses courts plaisirs.

Songes-y bien, songe à sa fuite légère : Le printemps disparaît, le jour succède au jour Encor quelques instants de douceur passagère. Bientôt l'hiver survient ! adieu, plaisirs d'amour, Et la jeunesse, bêlas ! a passé sans retour... »

Ninon, après cette lecture, mit tous ses gens et amis en campagne ; elle fit faire les plus actives recherches pour découvrir l'amant fugitif. Tous les coins et recoins de la capitale furent fouillés sans succès. Ariste avait disparu. On pensa depuis que ce jeune homme était un seigneur espagnol ou italien qui, blessé dans son amour, avait regagné sa patrie. Ninon ne le vit plus et n'en entendit jamais parler; elle y pensa toujours. Ce beau jeune homme lui avait inspiré une passion réelle, un profond amour. Elle conserva précieusement dans une petite boîte à secret les poésies et la lettre d'adieu de cet amant ; souvent elle les relisait, et plus d'une fois elle y laissa tomber une larme. Cet amour, brisé presque à sa naissance, fut un des chagrins de sa vie.

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