‹ Laïs de Corinthe et Ninon de LenclosChapitre 9 sur 45 · LES JOUEUSES DE LYRE · texte numérisé non relu

LES JOUEUSES DE LYRE

Buvez, passez la coupe à vos maîtresses, Tout est permis en ce discret séjour, Demandez-leur des soupirs, des caresses.

De doux regards, des paroles d'amour.

Des esclaves entrèrent, à un signe de Laïs, pour changer les coupes et les amphores d'argent contre de semblables en or ciselé. Ils apportèrent de nouvelles couronnes, afm de remplacer celles des convives, qui déjà s'étaient fanées.

— A ton tour, poète, dit à Erotidas la jeune Nélida, qui était venue se placer aux pieds de Laïs ; à ton tour, un hymne à Bacchus !

— Et à la beauté ! ajouta le poète en prenant la lyre que lui tendait Aristippe :

A nos banquets préside, sexe aimable, Mêle ta voix à nos joyeux accords ; Unis l'amour aux plaisirs de la table.

Que ta gaîté redouble nos transports!

Verse tout plein, verse, femme jolie,

Je sais aimer et boire tour à tour ;

D'un vin mousseux quand ma coupe est remplie,

Mon sein palpite et je brûle d'amour.

Oh ! j'aime à boire à ma jeune maîtresse. J'aime à surprendre un désir en ses yeux, Dans ses regards j'aime à puiser l'ivresse ; Mais c'est alors, c'est l'ivresse des dieux !

Armez vos mains de coupes écumantes.

Que par nous tous le plaisir soit fêté ; A toi Laïs ! à vous, femmes charmantes, Ivre d"amour, je porte une santé !

Le poëte achevait à peine de chanter, que la salle fut inondée d'un flot de jeunes danseuses couronnées de myrtes et de bluels, qui, agitant desthyrses dans leurs mains, exécutèrent, au grand plaisir des spectateurs , V Epîphallos et la Sybaritikis , danses dont les poses exprimaient la volupté. A ces danses succédèrent les pantomimes de Ganymède, puis celles de Léda, représentant toutes les circonstances amoureuses de leurs aventures. Elles se terminèrent par le hallet des nymphes, ronde délicieuse où les entrelacements de bras et de jambes, où les évolutions légères et gracieuses, offraient aux regards tous les charmes des jeunes danseuses.

Les vapeurs du vin, les chaudes émanations qui se dégageaient du corps des convives, avaient fané leurs couronnes; les yeux étincelaient d'amour i

déjà plusieurs jeunes hommes s'étaient levés pour se mêler aux danseuses, lorsque Laïs frappa sur son disque et' toutes les nymphes disparurent, légères comme des feux-follets.

Alors des voix s'écrièrent :

A Laïs, notre déesse!

A Bacchus !

A l'Amour 1

Les coupes se remplirent et furent immédiatement vidées,

— Amis, dit Laïs, ici l'air est lourd, les poitrines sont brûlantes : venez, suivez-moi ; les jardins sont frais et remplis de parfums.

Elle se leva et sortit au bras d'Arsambès. Les convives évacuèrent peu à peu la salle du banquet et se répandirent dans les jardins

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