‹ LakanalChapitre 5 sur 19 · LES MISSIONNAIRES DE LA COX^'ENTION · texte numérisé non relu

LES MISSIONNAIRES DE LA COX^'ENTION

A la lecture de cet appel chaleureux, toute la population se sent électrisée ; riches et pauvres Tiennent offrir le secours de leurs bras. Au jour fixé chacun est à son poste de travail, depuis le représentant du peuple ceint de son écharpe jusqu'au dernier mendiant en haillons ; tous rivalisent d'ardeur, et, comme d'ailleurs les ingénieurs ont calculé d'avance avec précision les tracés, en peu de temps s'exécute une œuvre gigantesque qui métamorphose le pays.

Dès lors, la tâche devient facile à celui qui vient de se révéler aux yeux du pays comme un organisateur de premier ordre; il fait abattre des forets et transporter des bois pour l'artillerie et la flotte. Une fabrique d'armes est créée à Bergerac, d'où sortiront 20,000 fusils ; dans les couvents abandonnés, transformés en ateliers, on fabrique des affûts et des caissons ; des forpres sont installées à la Védèle, et le bronze des cloches se transforme en canons. Quatre mille chevaux sont rassemblés pour la remonte. Bref, on ne pourrait peut-être pas citer un exemple d'activité plus ingénieuse.

Cependant, Lakanal ne perd pas de vue le rétablissement de la concorde; il organise des commissions d'instruction sociale, un journal populaire, une sorte d'apostolat civique grâce auquel les principes de la Révolution sont répandus dans les campagnes par la parole convaincue de courageux. citoyens.

Les habitants de ces contrées d'un naturel litigieux se ruinaient en procès interminables ; Lakanal songe à mettre fin à cet état de choses en faisant intervenir partout la voie des arbitrages amiables.

Le 21 pluviôse an II (2 janvier 94), un étonnant arrêté est affiché sur les murs de Bergerac. Ah I sans doute il est rédigé dans un style qui parait singulier aujourd'hui, et on s'égayerait bien aux dépens d'un de nos préfets

actuels, s'il s'avisait d'édicter un semblable ukase aux processifs électeurs de la Normandie I Toutefois, s'il est vrai, comme le dit M. Renan, que la condition essentielle de la vraie critique soit de comprendre la diversité des temps, on ne sera pas surpris plus que nous ne le sommes de trouver pareil langage à cette époque d'une étrange grandeur et d'une épique simplicité. — a Au nom de la patrie en larmes, au nom de Tamour que j'ai voué à mes frères de la Dordogne, je les invite tous à terminer par la voie de l'arbitrage les procès qui les divisent, et ce, avant le 20 ventôse (2 février) prochain, jour auquel doit être célébrée dans ce département la fête auguste de l'Amitié. »

Nous croira-t-on si nous ajoutons que, grdce à l'ascendant -i

extraordinaire rapidement conquis par cet homme de ^

cœur et d'énergie sur les habitants fanatisés, sa tenta- \

tive de conciliation, si contraire aux sentiments habituels de la haineuse humanité, fut suivie de quelques résultats inespérés ?

En même temps Lakanal améliorait les hospices, et l'inimitable administrateur, que les circonstances venaient de

révéler, n'étouffait pas en lui le membre du Comité d'Instruction publique. !

a La République, répétait-il sans cesse, avec une convie- -?

tion profonde, ne peut se maintenir et prospérer que par l'instruction. La liberté sans les lumières ne fut jamais qu'une bacchante effrénée. « Aussi trouva-t-il le moyen d'ouvrir des écoles primaires, d'organiser des cours d'agri- . /

culture, de fonder des bibliothèques populaires, malgré la .. - .\ modicité des ressources dont il pouvait disposer en ces temps critiques.

Ce qu'il y a de vraiment surprenant c'est qu'il avait pu accomplir toute son œuvre de réformes sans presque avoir recours aux moyens coercitifs : il n'ordonna pas une seule arrestation. — On a attribué une noble parole à

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