LES MISSIONNAIRES DE LA CONVENTION
Robert Lindetqui, chargé au Comité de Salut public des \.' subsistances de l'intérieur et de Tapprovisionnement des
armées, se serait écrié en refusant d'apposer sa signature à un ordre de mort que lui présentaient ses collègues : « Je ne suis pas ici pour guillotiner la France, mais pour la nourrir. » — Lakanal eut un mot analogue. « J'ai fait tout avec le levier de la Raison, rien avec le tranchant de la guillotine. »
Il fit mieux que de s'abstenir de sévir, il risqua sa vie pour sauver celle des autres. — Un jour, apprenant qu'un de ses anciens condisciples, prêtre insermenté, se cache dans une retraite où il peut être à chaque instant découvert, Lakanal va le trouver, et, en lui fournissant les moyens de gagner la frontière, l'accompagne lui-même nuitamment, jusqu'à ce qu'il soit hors de danger.
Cet acte de généreuse clémence est dénoncé au Comité de Salut public comme une trahison ; mais Lakanal a donné trop de preuves de civisme, la lettre de dénonciation lui est renvoyée de Paris. Aussitôt il écrit à son accusateur cette lettre digne des héros de Plutarque : « J'avais reçu la mission expresse de te faire arrêter parce que tu avais signé une pétition calomnieuse contre moi. Mais lorsque Lakanal est juge dans sa. cause, ses ennemis sont assurés de leur triomphe ; il ne sait venger que les injures de la patrie. Je t'obligerai lorsque je le pourrai. C'est ainsi que les représentants du peuple repoussent les outra- * ges. Tu as cinq enfants devant l'ennemi : c'est une belle offrande faite à la liberté. Je te décharge de la taxe révolutionnaire. » Lakanal. »
Que dire de l'homme qui a pu tracer ceslignes? — A quelque parti qu'on appartienne, il faut céder à tant de grandeur d'âme et s'incliner avec respect devant la statue de cet inébranlable républicain.
L'enseignement primaire et la Révolution.
Le maître d*école sous Fanclen réprime. — Plans de réforme de Mirabeau, Talleyrand et Gondorcet.— Plan de LAkanai.
Sa mission glorieusement terminée, Lakanal était do retour dans le sein de la Convention à Tépoque où, par un elTroj'able aveuglement, elle laissait s'entre-égorger les plus illustres de ses membres.
Au moment où Danton succombait, nous voyons dans le Moniteur que, sur un rapport de Lakanal, on décrétait l'érection au Panthéon d'une colonne élevée aux vîtinqueurs du 10 août 1792 ; puis le silence se fit dans l'Assemblée terrorisée, et, jusqu'en juillet (9 thermidor), Lakanal continua, avec ses collègues du Comité d'Instruction publique, à préparer les grands projets de loi sur l'enseignement à tous les degrés, que la fin de cette année devait voir éclore. Il cherchait, sans doute, à oublier dans le travail les sinistres proscriptions qu'une majorité affolée accordait aux décemvirs du Comité de Salut public.
C'est de l'instruction primaire qu'il avait dû s'occuper tout d'abord. Depuis le commencement de la Eévolution cette question capitale était à l'étude, et de nombreux plans avaient été proposés dans chaque assemblée. En cette matière on peut dire que tout était à créer : il ne s'agissait plus seulement d'améliorer et de restaurer Tédiflce
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tout éloge dans raccomplissement d'une tâche aussi diffi- 5
cile que glorieuse, et nous allons voir que Lakanal peut |
en être cité comme un éclatant exemple. <
Déjà, au mois de mars précédent, il avait été envoyé, comme nous l'avons dit plus haut, dans le département de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise avec un de ses collègues, Mauduit. Pendant cette courte mission, les deux repré^ sentants avaient opéré, dans le chtUeau famonx du chef des émigrés, à Chantilly, une perquisition qui permit de faire rentrer dans le Trésor 550 kilogrammes d'or et d'argent. Ils y découvrirent, on outre, des correspondances secrè- . -,i
tes du roi, de la reine, de M"»*» Elisabeth, de Galonné, des plans secrets de campagne du prince de Condé. Cette précieuse capture fut envoyée à la Convention.
Ce fut, sans doute, la probité et l'habileté déployées en cette circonstance par Lakanal qui le signalèrent à l'attention du Comité de Salut public, lorsqu'il fallut, en jiFV'ilse an II (déccmbra 93"), envoyer un délégué do contiancc pour administrer les départements du bassin de la Dordogne, infectés de royalisme et agités par l'esprit séparatiste des Girondins. La gravité des circonstances lui fit conférer, les pouvoirs les plus étendus ; son autorité portait sur quatre départements : la Dordogne, le Lot, le Lot-et-Garonne, et la Gironde. En lui confiant ses dernières instructions, le principal chef de la Montagne lui avait donné cette consigne laconique : « Tape dur ».
Avant d'entrer dans le détail de cette mission, qui est un des plus curieux épisodes de cette existence mouvementée, nous ne pouvons manquer d'insister sur un trait caractéristique commun à tous les hommes de cette époque. Il semble que rien ne puisse les surprendre ; ayant voué leur vie au service de l'idée patriotique, ils sont prêts à toute éventualité. Si nouvelle pour eux que soit la tâche qui leur: incombe, aucun, ne cherche à l'éviter, pas plus par