STATUE DE ROUSSEAU
avec cette inscription :
Au nom du Peuple français, La Convention nationale A Jean-Jacques Rousseau , An u* de la République.
6^ D'un groupe d'habitants de Franciade et des communes de Groslay et de Montmorency.
Inscription :
C'est au milieu de nous quil fit HéloUe^ Émiî$ et le Contrat social»
7® D'un groupe d'habitants de la commune d'Ermenonville, autour de l'urne cinéraire, sur. laquelle sont gravés ces mots :
Ici repose l'ami do la nature et de la vérité. ......
S^ D'un groupe de Genevois avec l'ambassadeur de la République. : .
Inscription:
Genève aristocrate l'avait proscrit, Genève régénérée a vengé sa mémoire.
^ CoQYenlion nationale, entourée d*un ruban tricolore»
Les Ecoles normales.
Séance d*ouyerttire de TÉcole normale de Paris. — Professeurs et élèves.
Ce n'était pas tout que d'avoir décrété la création des écoles primaires ; on n'improvise pas des instituteurs, il fallait en assurer le recrutement régulier. Lakanal le comprit et c'est, sur son initiative, que la Convention décréta en octobre 94 (2 brumaire an m) la fondation des écoles normales.
Voici le mémorable rapport qu'il lut en cette circonstance :
Citoyens rcprésentaDls,
Je viens, au nom de votre Comité d'Instruction publique, vous présenter un plan d'organisation pour les écoles normales que vous avez décrétées. A ce nom seul d'organisation des écoles, un grand intérêt et une grande attente se réveillent dans la nation et dans la Convention. II y a quelques mois, des hommes, qui avaient leurs motifs pour vouloir tout couvrir de ténèbres, étaient prêts à traiter de criminels ceux qui vous auraient parlé d'instruction et de lumières ; c'est surtout des tyrans que vous avez renversés qu'il était vrai de dire qu'ils craignaient les hommes éclairés, comme les brigands et les assassins craignent les réverbères. Aujourd'hui, la Convention gouverne seule la nation qu'elle représente ; et le cri unanime do la France et de ses législateurs demande un nouveau
système d'enseignement pour répandre sur tout un peuple des • 'j
lumières toutes nouvelles. j
Il y a longtemps que nous nous sentions pressés de vous ]
parler de cet objet qui doit à la fois dominer la Révolution ]
dans la République française, et eu commencer une dans t
l'esprit humain ; et nous avons espéré qu'en faveur d'un in- |
térôt si grand, vous nous permettrez de vous en entretenir j
avec quelque étendue. ,
Ou s'est étonné que depuis cinq ans que la révolution est î
commencée, elle n'ait rien fait encore pour Tinstrucliou , et i
moi-même j'ai gémi souvent de ce long retard, comme s'il ^
avait occasionné des perles irréparables, et comme s'il avait ?
été possible de donner plus lot à la France un bon système I
d'éducation. i
De tels regrets anuonceul quo nous avons consulté l'impa- |
tieucc de nos désirs plus que la nature des choses, et nos ]
vœux plus que nos moyens. j
Pour enlreprendre avec succès d'établir un plan d'instruc- 5
i'uAi publique, sur lequel rc>pril humain puisse fonder des espérances qui soient grandes et qui soient légitimes, plusieurs conditions sont nécessaires. Il faut d'abord que les principes du gouvcrnenioiil .soient tels, que, loin d'avoir rien ù redouter des progrès de la rnison. ils y ])uiseul toujours une nouvelle loice el une nouvrlk* auU>ri(é. Il iVnit eu>uile que rexpérieiice, -oit celle du lumps, soit celle de.> malheurs, ait consolidé ce goiivernemeul, bon par sa nature; qu'il soit plein de vie et de mouvement, mais qu'il ne soit plus tourmenté par des orages ; que la liberté n'ait plus aucune conquête à faire, et que le peuple tout entier ail sculi que pour repoussera /"^^
jamais les attaques criminelles de la monarchie et de l'aristocratie, il faut soumettre la démocratie à la raison ; il faut enfin i que l'esprit humain ait fait assez de progrès pour être sûr de posséder les méthodes et les instruments avec lesquels il est facile d'éclairer tous les esprils et de faire tous les progrès.
Jusqu'à celte époque, peut-être jusqu'au moment où je vous parle; aucune de ces conditions n'a existé. De tout temps, les philosophes qui ont eu quelque génie, ont connu ou soupçonné la puissance d'une bonne éducation nationale ; de tout temps, ils ont deviné qu'elle pourrait améliorer toutes les facultés et changer en bien toutes les destinées de l'espèce humaine; et, avec cette simplicité de caractère qu'on nourrit dans la retraite et dans les profondes méditations, les philosophes ont proposé
quelquefois leurs vues à ce sujet à des rois C'était leur
proposer de mettre à bas leur trône. Mais les tyrans ont leur instinct comme les bêtes féroces ; sans beaucoup comprendre ce qu'on leur proposait, ils le redoutaient beaucoup ; ils sen-
LES ECOLES NOIcAiALiilS 83
talent confusément que, si les peuples apprenaient à penser, ils apprendraient à être libres, et que les monarchies, fondées sur tant de prestiges, perdraient toutes leurs bases, si les hommes perdaient leurs préjugés et leurs erreurs. Aussi ceuxlà mômes qui, sur les trônes, ont compté les plaisirs de l'esprit parmi les jouissances dont ils se servaient pour se consoler de ^ l'ennui de la puissance, se sont-ils bien gardés d'établir dans leur empire ces plans d'éducation propres à révéler au peuple et les secrets de sa raison et les secrets de sa grandeur.
D'Alembert a été auprès de Frédéric, el Diderot a été auprès de Catherine; et la Russie est rcslce peuplée de barbares, et la Prusse est restée esclave.
En France, avant la Révolution, VEifiile parut un roman encore plus qweV ffelohey et tandis queno» livres semaient dans toute l'Europe le goût de la bonne Instruction et les sentiments généreux de la nature et de la liborlé, l'intelligence et l'âme naissante de nos enfants étaient comprimées et étoulTées dans les sombres écoles de cette Université qui ne rougissait pas de s'appeler la fille aînée des rois.
A la Révolution de 89, amenée par les lumières répandues sur une petite partie de la nation, l'espérance la plus brillante, l'altoulo la plus uuiversollo étaionl collos d"un nouveau plan d'éducaliou qui mellrnil la nation loul onliore ou étal croxorcer dignement coite souvoraiuele qui lui ôlail rendue. On était impatient de voir remplir par dos principes le vide immense que laissaient dans les esprits tant de projugés anéantis. Mais l'Assemblée constituante, enorgueillie tout à la fois et fatiguée de toutes ces destructions, était arrivée sans force et sans courage au moment des grandes créations. En rassemblant et en révisant à la hûte les parties éparses de sa constitution, elle les avait comme flétries par les regards et par la faiblesse de ses derniers moments; elle avait voulu concilier deux choses inconciliables de leur nature, la royauté et la liberté. Elle ne pouvait plus savoir quel génie il fallait donner à la nation, puisqu'elle avait uni deux génies opposés et ennemis dans ses lois ; et lorsqu'on vint proposer à sa tribune un plan d'instruction publique, travaillé avec soin, elle en écouta la lecture comme si elle n'eût été qu'une académie, et comme si l'ouvrage n'eût été qu'un discours philosophique ! et ce sujet, dans la régénération d'un peuple, est incontestablement la partie la plus importante, après que la souveraineté est reconnue, et les pouvoirs dans lesquels on en divise l'exerctee, déterminés. L'instruction publique fut renvoyée à l'Assemblée législative.
Ceux qui avaient quelque pénétration d'esprit et quelcpie étendue de jugement, prévirent, dès lors, qu'une Assemblée
législative ne donnerait pas une nouvelle éducation nationale à la France. L'éducation, en effet, tient si essentiellement aux premières institutions sociales d*un peuple, la constitution doit dtre tellement faite pour l'éducation, et l'éducation pour la constitution, que toutes les deux sont manquées si elles ne sont pas l'ouvrage des mOmes esprits, du môme génie, si elles ne sont pas en quelque sorte des parties corrélatives d'une seule et môme conception. L'Assemblée législative, qui n'était pas fâchée peut-être d'une mission qui la forçait à se ressaisir . J
d'une portion du pouvoir constituant, ordonna un grand travail. Il fut préparé sur des vues très vastes. Un esprit véritablement philosophique coordonna toutes les connaissance humaines dans un plan d'enseignement public. Tous les foyers do toutes les lumières étaient tracés : à qui pouvait-on confier le soin de faire jaillir la lumière de ces foyers ? A un roi qui avait le plus grand intérêt à l'étoufibr, ou à des corps administratifs que ce roi avait mille moyens de faire entrer dans ses intérêts ? Ou l'instruction aurait renversé le trône, ou le trOne aurait corrompu l'instruction.
Ce fut un spectacle curieux et instructif, mais affligeant pour les observateurs, de voir alors l'Assemblée législative cherchant de toutes parts et des moyens d'écarter la puissance executive de la constitution sans avoir l'air de la détruire, et des moyens de trouver un pouvoir exécutif de l'éducation plus digne de sa confiance, sans avoir l'air de le créer. Le temps se consuma dans ces recherches dont le but était louable, mais dont la finesse était peu digne de la majesté d'une représentation nationale. Les événements, en quelque sorte, se soulevèrent contre ces limites constitutionnelles, qui étaient des barrières élevées entre les lois du peuple français et ses pensées les plus sublimes et ses plus hautes destinées ; le trône brisé fit jeter un cri de joie à la France et d'épouvante aux despotes de l'Europe; la Convention nationale parut, et le plan d'instruction de l'Assemblée législative, comme celui de l'Assemblée constituante, ne fut plus qu'une brochure.
Née au milieu de tant d'événements qui ébranlaient le monde, incessamment agitée par de nouveaux événements qui naissaient dans son sein et hors de son sein, et auxquels il fallait faire face, la Convention nationale n'a pas pu et n'a pas <lû s'occuper en même temps du soin d'éclairer la France, et asoin de la faire triompher. Elle a fait quelques essais pour l'instruction publique, et les a abandonnés, parce qu'elle a senti que le moment n'était pas venu encore où elle pourrait opérer avec toute la grandeur de ses vues, de ses intentions et de ses moyens. Ce n'est pas au moment oùla tempête soulève tous les flots, que l'architecte naval jette les fondements de ^
l'ouvrage qui doit encaisser et contenir Tocéan ; il attend au moins les derniers sifflements et les derniers murmures de l'orage. Lorsque du milieu de tant de crises, de tant d'expériences morales si nouvelles, il sortait tous les jours de nouvelles vérités, comment songer à poser par l'iuslruction des principes immuables? Les hommes de l'ûge le plus mùr, les législateurs eux-mêmes, devenus les disciples de celte foule d'événements qui éclalaienl à chaque instant comme des phénomènes, et qui, avec toutes les choses, changeaient toutes les idées, les législateurs ne pouvaient pas se détourner de l'enseignement qu'ils recevaient, pour en organiser un à l'enfance et à la jeunesse: ils auraient ressemblé à des astronomes qui, à l'instant où des comètes secouent leur chevelure étiucelante sur la terre, se renfermeraient dans leur cabinet pour écrire la théorie des comètes. C'était une nécessité, c'était une sagesse d'attendre la fin de ce grand cours d'observations sociales que nos malheurs mômes avaient ouvert devant nous.
Le temps, qu'on a appelé le grand maître de l'homme, le temps devenu si fécond en leçons plus terribles et mieux écoutées, devait être en quelque sorte le professeur unique et universel de la République.
Tel a été l'clat de la rrancc ; mais elle ou sort... Les événements, qui ne s'arrêtent point, se calment. Au dehors, nous n'avons plus qu'un cours régulier de victoires ; au dedans, nous ne sommes plus agités que par le besoin de réparer les insultes f ites à la justice, et de fermer les plaies faites à l'humanité. Toutes les crises ont rendu l'égalité des hommes plus parfaite, et tous les malheurs ont fait comprendre qu'il faut donner à la République une puissance exécutrice de ses lois, sous qui tout plie avec grandeur et se nivelle avec fraternité. L'égalité n'est plus seulement un principe, mais un sentiment ; et le besoin de l'empire des lois n'est plus seulement une théorie, mais une passion, comme l'amour de la vie et l'horreur de la mort.
L'Europe se soumet à la puissance de la République, la République se soumet à la puissance de la raison.
C'est le moment où il faut préparer celui où la Révolution s'arrêtera dans son accomplissement... C'est le moment où il faut rassembler dans un plan d'instruction publique digne de vous, digne de la France et du prenre humain, les lumières accumulées par les siècles qui nous ont précédés, et les germes des lumières que doivent acquérir les siècles qui nous suivront.
Vous n'avez plus à craindre de rendre immuables par l'enseignement les principes de l'ordre social que vous professez. Ce n'est pas une vaine idolâtrie, ce n'est pas un aveugle enthousiasme pour nos dogmes nouveaux qui nous persuade
qu'ils sont les meilleurs, qu'ils sont les seuls bons; c'est une démonstration aussi rigoureuse que celle des sciences les plus exactes. Plus la raison humaine fera de progrès, plus cette démonstration deviendra évidente. Vous devez donc poser l'instruclion sur cette base; elle est éternelle; d'une autre part, l'esprit humain tantôt si timide, tantôt si audacieux dans sa marche, et plus écarté encore des vrais sentiers par son • audace que par sa timidité ; l'esprit humain, conduit au hasard quand il se dirigeait bien comme quand il errait, a trouvé, j
après tant de siècles d'égarement, la route qu'il devait suivre ^
et la mesure des pus qu'il devait faire. Bacon, Locke et leurs j
disciples, en approfondissant sa nature, y ont trouvé tous ses . ^
moyens de direction ; un nouveau jour s'est répandu sur les î
sciences qui ont adopté cette méthode si sage et si féconde f
en miracles, cette analyse qui compte tous les pas qu'elle fait, mais qui n'en fait jamais un ni eu arrière, ni à côté. Elle peut ^
porter la même simplicité de langage, la môme clarté dans tous les genres d'idées ; car, dans tous les genres la formation de nos idées est la môme, les objets seuls diflerent. Par cette méthode qui seule peut opérer ce que demandaient Bacon et Locke, qui seule peut recréer l'entendement humain, les sciences morales si nécessaires aux peuples qui se gouvernent par leurt propres vertus, vont Otre soumises à des démonstrations aussi rigoureuses que les sciences exactes et physiques. Par elle, ou répandra sur les principes de nos devoirs une lumière si vive, qu'elle ne pourra pas être obscurcie par le nuage môme de nos passions ; par elle enfin, lorsque, dans un nouvel enseignement public, elle deviendra l'organe universel de toutes les connaissances humaines et le langage de tous les professeurs, ces sciences qu'on appelait hautes, parce que ceux mômes qui les enseignaient étaient trop au-dessous d'elles, seront mises à la portée de tous les hommes à qui la nature n'a pas refusé une intelligence commune. Tandis que la liberté politique et la liberté illimitée de l'industrie et du commerce détruiront les inégalités monstrueuses des richesses, l'analyse appliquée à tous les genres d'idées, dans toutes les écoles, détruira l'inégalité des lumières, plus fatale encore et plus humiliante. L'analyse est donc essentiellement un instrument indispensable dans une grande démocratie; la lumière qu'elle répand a tant de facilité à pénétrer partout, que, comme tous les fluides, elle tend sans cesse à se mettre à niveau.
Aucune objection raisonnable ne peut être opposée à ces idées et à ces espérances, tant qu'elles restent dans la spéculation et dans la théorie.
Une grande difficulté se présentait à l'entrée même de leur exécution lorsqu'on voulait les réaliser.
OÙ trouver un nombre suffisant d'hommes pour enseigner, dans un si grand nombre d'écoles, des doctrines si nouvelles, avec une méthode si nouvelle elle-même ? Il ne faut pas les chercher dans les instituteurs des écoles anciennes; ils n'y seraient pas propres. En général, les universités étaient au-dessous des académies ; elles-mêmes étaient au-dessous des vues par lesquelles vous voulez opérer une révolulion dans l'esprit humain. Existe-t-il en France, existe-t-il en Europe, existe-t-il sur la terre deux ou trois cents hommes (et il nous en faudrait davantage) en élat d'enseigner les arts utiles et les connaissances nécessaires, avec ces méthodes qui rendent les esprits plus pénétrants et les vérités plus claires; avec ces méthodes qui, en vous apprenant une chose, vous apprennent à bien raisonner sur toutes ? Non : ce nombre d'hommes, quelque petit qu'il paraisse, n'existe nulle part sur la terre. Il faut donc les former, et, par ce cercle vicieux et fatal dans lequel semblent toujours rouler les destinées humaines, il semble que pour les former, il faudrait déjà les avoir.
C'est ici qu'il faut admirer le génie de la Convention nationale. La France n'avait point encore les écoles où les enfants de six ans doivent apprendre à lire et à écrire, et vous avez décrété l'établissement des écoles normales, des écoles du degré le plus élevé de l'instruction publique.
L'ignorance a pu croire qu'intervertissant l'ordre essentiel et naturel des choses, vous avez commencé ce grand édifice par le faîte ; et je ne crains pas de le dire, c'est à cette idée, qui paraît si extraordinaire, qui s'est présentée si tard, que vous serez redevable du seul moyen avec lequel vous pouviez organiser, sur tous les points de la République, des écoles où présidera partout également cet esprit de raison et de vérité dont vous voulez faire l'esprit universel de la France.
Qu'avez-vous voulu, en efifet, en décrétant les écoles normales les premières, et que doivent être ces écoles ? Vous avez voulu créer à l'avance pour le vaste plan d'instruction publique qui est aujourd'hui dans vos desseins et dans vos résolutions, un très grand nombre d'instituteurs capables d'être les exécuteurs d'un plan qui a pour but la régénération de l'entendement humain dans une République de vingt-cinq millions d'hommes que la démocratie rend tous égaux.
Dans ces écoles, ce n'est donc pas les sciences que Ton enseignera, mais l'art de les enseigner ; au sortir de ces écoles, les disciples ne devront pas être seulement des hommes instruits, mais des hommes capables d'instruire. Pour la première fois sur la terre, la nature, la vérité, la raison et la
philosophie vont donc aussi avoir un séminaire ; pour la première fois les hommes les plus éminents en tout genre de science et de talents, les hommes qui. jusqu'à présent n'ont été que les professeurs des nations et des siècles, les honunes >
de génie vont donc être les premiers maîtres d'école d'un ''
peuple, car vous ne ferez entrer dans les chaires de ces j
écoles que ces hommes qui y sont appelés par l'éclat non . * contesté de leur renommée dans l'Europe. Ici, ce ne sera pas 1
le nombre qui servira, c'est la supériorité ; il vaut mieux qu'ils jj
soient peu, mais qu'ils soient tous les élus de la science et de ^
la raison ; tous doivent paraître dignes d'ôtre les collègues des -
Lagrange, des Daubenton, des Berthollet, dont les noms se ■■
présentent tout de suite lorsqu'on pense à ces écoles où doi- j
vent ôlrc formés les restaurateurs de l'esprit humain.
Nous vous proposons d'appeler de toutes les parties de la République, autour de ces grands maîtres des citoyens désignés par les autorités constituées, comme ceux que leurs talents et leur civisme ont le plus distingués. Déjà pleins d'amour pour la science qu'ils posséderont, enflammés d'une nouvelle ardeur pour le choix honorable qu'on aura fait d'eux, ravis d'entendre parler de ce qu'ils aiment le plus des hommes dont ils regardent la gloire comme le dernier terme de l'ambition humaine, leurs progrès dans l'art qu'ils étudieront auront une rapidité qui ne peut ôlrc ni prévue, ni calculée.
Aussitôt qtie seront terminés à Paris ces cours de l'art d'enseigner les connaissances humaines, la jeunesse savante et philosophique qui aura ces grandes leçons, ira les répéter à son tour dans toutes les parties de la République d'oii elle aura été appelée ; elle ouvrira partout des écoles normales : en repassant sur l'art qu'elle viendra d'apprendre, elle s'y fortifiera ; et en l'enseignant à d'autres, la nécessité d'interroger leur propre génie agrandira leurs vues et leurs talents. Cette source de lumières si pure, si abondante, puisqu'elle partira des premiers hommes de la République en tout genre, épanchée de réservoir en réservoir, se répandra d'espace en espace dans toute la France, sans rien perdre de sa pureté dans son cours.
Aux Pyrénées et aux Alpes, l'art d'enseigner sera le même qu'à Paris ; et cet art sera celui de la nature et du génie. Les enfants nés. dans les chaumières auront des précepteurs plus habiles que ceux qu'on pouvait rassembler, à gi'ands firais, ' autour des enfants nés dans l'opulence. On ne verra plus, . dansjl'intelligence d'une grande nation, de très petits espaces cultivés avec un soin extrême, et de vastes déserts en friche. La raison humaine, cultivée partout avec une industrie également éclairée, produira partout les mêmes résultats et ces ré-
'les éCOLSS NOBiLU.ES
Lnluiuil pntidaTit la Coiaiti d'InitructloD pubiiqu*.
sultals seront la récréation (îe renlendement humain chez un peuple qui va devenir l'exemple et le modèle du monde.
Citoyens représentants, tels sont les points de vue sous lesquels l'institution des écoles normales s'est présentée à votre Comité d'Instruclion publique. Celte idée, conçue par votre sagesse, est digne d'exciter votre enlhousiasme. Revêtus du pouvoir sans bornes par la nature de votre mission, comme Convention, vous vous féliciterez sans doute d'avoir en vos mains, comme gouvernement révolutionnaire, des moyens tout prêts de faire avec rapidité ce bien immense h la République et au genre humain.
Un homme qu'il est permis de citer devant vous, puisqu'il a honoré le nom d'homme par ses vertus et ses talents, Turgot formait souvent le vœu de posséder pendant un an un pouvoir absolu, pour réaliser sans obstacles et sans lenteur tout ce qu'il avait conçu en faveur de la raison, de la liberté et de l'humanité ; il ne vous manque rien do ce qu'avait Turgot, et tout ce qui lui manquait, vous l'avez. La résolution que vous allez prendre va être une époque dans l'histoire du monde ^
Nous empruntons au MonilCH}' du 9 pluviôse au II quelques détails snrV ouverture de V Ecole normale.
Dans la première séance on entendit un discours de G. Laplace, professeur de mathématiques, sur les erreurs de Leibnitz et de Newton, qu'il expliqua par les idées que ceux-ci avaient reçues dans leur enfance, en félicitant les élèves de l'Ecole normale du bonheur qu'ils avaient d'être appelés à former des instituteurs capables de donner une éducation dégagée de tous les préjugés. (Applaudissements.) — Puis vint un discours d'Haiiy, professeur do physique, sur la distinction des théories et des systèmes.
Dans la seconde séance, continue le Moniteur^ il a été
* L'idée de la création d'une école ot\ se fortneraitnt des instituteurs pour les disséminer etisuite dans tous les districts, idée déjà mise en avant par le Préiident Rolland d'Ërceville, en 1763, avait été exposée par Barère, le 13 prairial an 11. dans son rapport fait au nom du Comité du Salut public, sur l'École de Mars.
(Hippeau, L'Instruction publique petidant la Révolmtion,)
OS LÀKANÀL
proposé de voter une adresse à la Convention pour la ^
remercier de rétablissement de TÉcole et la féliciter sur ses glorieux travaux.
Tous les élèves se sont levés spontanément et l'adresse a été votée à Tunanimité. Mais il s'agissait de la rédi- .
ger et alors on demandait la parole de toutes les parties . | de TamphithéiUre. L'ordre ne peut s'établir dans une assemblée, sans quelqu'un qui la préside. Le doyen d'i\ge a été invité de prendre le fauteuil et on a vu monter au bureau un élève sexagénaire, le citoyen Bougainville, ancien chef d'escadre de nos armées navales, le même qui fit autrefois le tour du monde, découvrit l'ile d'Othaïti dans la mer du Sud, et qui aujourd'hui vient s'asseoir comme élève à coté d'hommes qu'il pourrait instruire.
Le 3 pluviôse, 2* leçon : — des professeurs Busche et Mentelle, sur la géogi^aphie ; — Volney, sur l'histoire ; — Bernardin de Saint- Pierre, sur la morale ; — Daubenton, sur l'histoire naturelle.
« Lorsque le bon, le vertueux B. de Saint-Pierre,- lorsque le respectable Daubenton se sont levés pour monter au bureau, c'est alors que les applaudissements unanimes et longtemps prolongés ont retenti dans l'amphithéâtre. L'oreille ne pouvait se lasser de les entendre, ni l'œil de les voir. Quelque chose de plus que l'attention suspendait tous les esprits : c'était de l'admiration, de l'attendrissement même, en voyant, en écoutant, ces vénérables interprètes de la morale et de la nature. Cet hommage universel que l'assemblée rendait à ces deux hommes illustres, aux amis de Jean-Jacques et de Buffon prouvait bien que les disciples de l'Ecole normale savent honorer la vieillesse, les talents et les vertus, »
L'Enseig:nement secondaire.
Création des écoles Centrales.
11 ne suffisait pas cVavoir garanti à tout Français le minimum indispensable de connaissances sans lequel un citoyen est incapable d*exercer avec discernement ses droits ; ce n'était pas assez non plus d'avoir assuré le recrutement des professeurs. Il fallait aussi ne pas négliger, en l'abandonnant uniquement à l'initiative privée, cette instruction que les jeunes gens de la classe moyenne et aisée vont chercher dans les collèges et les lycées pour se préparer aux carrières libérales.
Ce fut encore sur le rapport de Lakanal que naquit l'enseignement secondaire en France, le 25 février 95 (1 ventôse an III), par la création des Ecoles centrales.