SIÈGE DE MADRAS
Description de Madras. — Combat du 14- décembie, — Bussv et Grillon. — Insuffisance des munitions et des approvisionnements. — D'Aché retient pour son escadre les troupes et l'arj^ent arrivés de la métropole à l'île de France. — Incapacité de l'ingénieui- Dure. — Batteries mal construites. — L'dly presque assiégé par la cavalerie ennemie. — Disette. — Découragement. — L'T"y pense à lever le siège. — Bussy conseille vainement de s'établir au Grand-Mont. — Les avantages de ce projet. — Tentative d'assaut. — La brèche impraticable. — Dernière attaque repoussée. — Levée du siège. — Les Anglais ne tentent rien pour gêner la reti'aite de l'armée.
Madras était bâtie sur la plage, dans une petite presqu'île circonscrite par la mer et le Montaron. Cette rivière se divisait, à une faible distance de la ville, en deux bras, dont l'un se dirigeait perpendiculairement vers l'extrémité' nord-ouest de la place, baignait le rempart et précipitait ses eaux vers la mer, tandis que l'autre, rencontrant une digue naturelle de pierres et de sable, se répandait dans la prairie pour former un étang. C'étaient pour la garnisondeux bonnes lignes de défense.
Les Anglais avaient, depuis l'époque de la prise de la ville par La Bourdonnais, considérablement augmenté les fortifications. Madras était formé, comme aujour-
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d'hui du reste, par la réunion de deux villes : la ville Blanche, la ville Noire. Cette dernière, qui renfermait cent mille habitants et couvrait une superficie d'une demi-lieue de lonp;, n'avait qu'un mauvais fos-é et une muraille démantelée. C'était autour de la ville blanche, que les ingénieurs de la Grande-Bretagne avaient accumulé les travaux. L'ancien système défensif de la forteresse consistait on une enceinte bastionnée de forme rectangulaire, avec une citadelle, le fort Saint-Georges, au centre. On y avait ajouté un solide rempart, bastionné, en forme de fera cheval, qui couvrait la ville du côté de la terre. De fortes demi-lunes en protégeaient les courtines. Un front également bastionné fermait cette demi-circonférence du côté de la mer, que la citadelle battait de ses feux. Un officier d'une haute valeur, dont la réputation était légendaire dans l'iude, le colonel Lawrence, à qui l'Angleterre avait dû au temps de Dupleix ses plus brillantes victoires, la France ses plus cruels revers, commandait la place. Il avait sous ses ordres un ingénieur de mérite, Jean Call.
Après une reconnaissance rapide, lially résolut de se loger dans la ville noire, et de prononcer l'attaque sur le bastion le plus rapproché de la mer, du côté opposé à l'étang formé par le Montaron. Le point était bien choisi. Crillon s'empara facilement de la ville noire. Le bataillon de l'Inde, le régiment de Lorraine s'y établirent, à l'angle d'un carrefour où se coupaient à angle droit deux rues, qui, au moyen de ponts jetés sur le Montaron conduisaient à Madi'as; mais l'une aboutissait à l'ouest de la ville, au sommet de l'enceinte en
fer à cheval; l'autre, au contraire, vers le nord, tout proche de la mer. La brigade de Lally, avec Grillon et les troupes de la marine, redescendant cette dernière rue, passèrent le pont, et prirent position sur la plage, vers six heures du soir.
Les soldats français étaient, on le iait, affamés et depuis longtemps privés de tout. Quand ils se virent au milieu d'une ville opulente et déserte, — les Hindous s'étaient enfuis, abandonnant leurs maisons, leurs effets, leurs richesses, — ils quittèrent leurs postes, et couruient au pillage. Le sac était dans toute son horreur, lorsque le colonel Lawrence, qui, du haut des remparts, contemplait le spectacle, résolut de profiter du désordre de nos troupes pour les écraser. Sur son ordre, le major Draper, avec Télite de la garnison et trois pièces de canon, se précipite, à onze heures du soir, par la porte de l'ouest, traverse le pont jeté sur le Montaron, s'engage, à la lueur des incendies, dans la rue qui aboutissait au carrefour où étaient postés le régiment de Lorraine et le bataillon de l'Inde. L'élan des Anglais a été si grand, leur mouvement si rapide, que nos soldats prennent tout d'abord la colonne ennemie pour un détachement de notre armée et la laissent approcher à bout portant. Une décharge terrible leur montre à la fois leur erreur et le péril. Ils se jettent dans les maisons, derrière les murs, et ouvrent un feu violent de mousqueterie. Un combat furieux s'engage; les maisons, les jardins, sont pris et repris tour à tour. Au bruit des détonations, qui se répercutent dans les échos de la nuit, les pillards, ramenés au devoir par le danger, prennent leurs armes et courent au feu;
mais le ralliement s'exe'cute au milieu d'un pêle-mêle.
Le comte d'Estain{|, revenant d'une reconnaissance de la place, donne presque seul au milieu d'un parti anglais, et, malgré sa résistance, est fait prisonnier. Bussy, qui le suivait de loin, s'empare du cheval du captif, et, à toute bride, rejoint le régiment de Lally, campé sur la plage. Cependant, suivi de quelques officiers, le général en chef, au galop de sa monture, arrive sur le lieu du combat au moment où la l)rigade de Lorraine, tournée par ses ailes, commençait à plier. Il ramène ses soldats à la charge. Quelques compagnies rejoignent. « A la baïonnette! » leur crie-t-il, et il les jette sur les Anglais. D'un élan, ils reprennent les canons perdus. Le combat est rétabli; mais les grenadiers de Draper tiennent comme des murs.
Lally donne alors l'ordre aux troupes de la manne, à la cavalerie, d'attaquer la colonne ennemie sur les flancs. Après un moment d'hésitation, les cavaliers, enlevés par leur commandant, O'Héguerty, s'ébranlent. Lally pousse de nouveau Lorraine et le bataillon de l'Inde sur le centre des Anglais. Les trois attaques simultanées, terribles, rompent les bataillons de Draper. Une faible partie se rend, l'autre fuit vers Madras, suivant le chemin qui conduit à la ville par le rivage de la mer. Des renforts, sortis de la forteresse par la porte de l'ouest, n'arrivent point à temps pour arrêter la déroute qui les entraîne eux-mêmes. Draper se juge perdu. Il lui faut traverser le Montaron, et il croit le pont au pouvoir du régiment de Lally, qu'il sait placé tout près. 11 tremble d'être coupé de Madras. Déjà il entend, du côté du pont, ce bruit sourdement ca-
dencé qui signale à l'oreille d\ni soldat la marche d'une forte colonne.
Grillon s'avançait en effet avec le régiment de Lally. Il avait, aux premiers éclairs de la bataille, compris que si on occupait le pont et le débouché de la rue par où redescendaient les Anglais, c'en était fait de ceux-ci et de la résistance de Madras, qui perdait du coup l'élite de sa garnison. Il s'était donc précipité avec ses troupes. A deux cents mètres environ du pont, il rencontre Bussy, qui Tarrête et lui dit que le mouvement est dangereux, car l'ennemi, qu'il vient de voir de trèsprès, a de l'artillerie. Il ajoute froidement', sur le ton d'un conseil, qu'il faut prendre avec soi deux des pièces de campagne des quatre qui sont attachées à la brigade. « Je n'ai pas besoin de canons, reprend Grillon ; il ne me faut que la baïonnette, et, se tournant vers ses liommes : « Allons, soldats, en avant, suivez-moi ! — Soldats, restez! » s'écrie Bussy, qui se retourne vers Grillon et insiste pour qu'on emmène du canon. Grillon, sentant qu'on perd le temps, s'élance; mais les soldats n'osent désobéir à Bussy, et, quoique frémissants de fureur, restent immobiles. Gep;ndant, Grillon marchait seul vers le pont. Un des officiers crie aux soldats : « Laisserez-vous massacrer votre colonel! » Le capitaine Kennedv, le major Allen, cinquante volontaires sortent des rangs et rejoignent Grillon.
Pendant ces débats, les ennemis avaient débouché de la rue et défdaient en courant le long de la rivière pour gagner un passage plus éloigné. On ne jnit atta-
' Arclilves nationales, procès rriinincls, Parlement, i:39j-l"î97.
quer que leur arrière-garde. Grillon leur tua une cinquantaine d'hommes, ramena trente-trois prisonniers! Mais le mouvement était manqué; le gros de la colonne de Draper avait réussi à rentrer dans la forteresse. Madras était sauvé !
Quelques heures après, Bussy et Lally se rencontraient. Le général en chef s'emportait contre son suhordonné, et mettait dans ses reproches une amère violence. Il l'accusait d'avoir par jalousie empêché la prise de Madras ; il n'était pas loin de croire que c'était le premier acte d'un plan conçu par Bussy, et dont l'objet était de faire échouer, sans en avoir l'air, toutes les entreprises d'un rival détesté, pour mieux reprendre, après la défaite de celui-ci, le jeu d'une politique déjà deux fois condamnée par les directeurs de la Compagnie.
Si telle était l'idée de Bussy, il n'en laissa rien voir. 11 répondit froidement à Lallv que, n'ayant aucun commandement effectif, quoique brigadier, il n'avait servi dans ce combat qu'en simple volontaire. « Je n'avais pas qualité j)Our prescrire'un ordre , je n ai rien ordonné ! J'ai simplement donné un conseil, celui d'emmener de l'artillerie, parce que je savais que l'ennemi en avait. Tout militaire eût fait comme moi '. » Lally se calmait peu à peu et, séance tenante, confiait à Bussy le commandement de la brigade de Lorraine, vacant par suite de la prise du comte d'Estaing; mais, au fond, il regrettait cette mesure et laissait voir qu'en cette occurence il obéissait uniquement à la nécessité.
' Mc'moiro pniir Unssv. Paris, 176fi.
Le combat du 14 décembre, quoiqu'il n'eût pas donné un résultat décisif, n'en constituait pas moins une victoire, dont le retentissement était (jrand dans l'Inde. Encore une fois les nababs crurent que les Français étaient les maîtres de la guerre, qu'aucune troupe ne pouvait résister à « ces démons qui, la baïonnette en avant, couraient en hurlant à travers les balles et les boulets » , qu'enfin ces soldats invincibles broieraient les reuiparts de Madras comme ils avaient culbuté ceux du fort Saint-David.
Les princes indigènes s'éloignèrent des Anglais, se rapprochèrent de nous. Le rajah de Tanjaour rompit les négociations entamées avec les émissaires de la Grande-Bretagne, et refusa de laisser partir les troupes qu'il avait promis naguère d'envoyer au secours de Madras. Il était tout prêt maintenant à ranger son armée du côté des Français; il n'attendait qu'une invitation. 11 écrivait qu'il ne souhaitait rien tant que l'amitié du général Lally. Mais Lally, comme au lendemain de la prise de Saint-David, ne voulut rien tenter pour attirer les princes- indigènes. Leur appui était pour lui quantité trop négligeable! Les Anglais, plus avisés, s'acharnèrent à renouer les négociations rompues; à la fin, ils réussirent à les rétablir. Ainsi, Lally avait laissé échapper l'occasion suprême de se munir de ce qui lui faisait tant défaut : des vivres et des batteurs d estrade. La suite des événements allait lui faire cruellement expier cette faute.
Le siège commençait dans de mauvaises conditions. Point d'approvisionnement au camp de l'armée assiégeante», l'oint de poudre, point de boulets dans le parc
d'artillerie. On n'avait rien amené avec soi. C'était la répétition du désordre qui avait signalé les préliminaires de l'attaque du fort Saint-David. Il fallait tirer tout de l'arsenal de Po.idichéry. On recevait irrégulièrement tantôt une charrette portant des sacs de poudre, tantôt une barque chargée de boulets. Le nombre de coups à tirer était dérisoire. Lally n'en faisait pas moins construire les batteries et commencer le feu ', quoiqu'on n'eût pas trois cents projectiles. II refusait d'écouter le conseil du chevalier Dure, qui, tout mauvais ingénieur qu'il fût, avait une idée pratique et proposait de n'ouvrir le tir sur la place, que lorsqu'on aurait au parc au moins la moitié des munitions nécessaires à rartillerie. Lally, qui n'avait point pensé à organiser les approvisionnementsavantledépart, était, comme à Saint-David, réduit à tout improviser, puisque tout lui manquait.
11 écrivait lettres sur lettres à Pondichéry, suppliant Leyrit de lui envoyer des boulets et de la poudre « par vingt, par cent, par mille livres, par terre, par eau, sur des chameaux, des bœufs, des chevaux, par des coolies, en un mot, par toutes les voies imaginables » . Les boulets n'arrivaient ni vite, ni en grand nombre. On manquait en outre d'argent; il ne restait pas quatre mille livres dans la caisse militaire. Lally, ne sachant comment payer la solde arriérée des troupes, craignait une nouvelle révolte; il empruntait vingt-quatre mille livres à un Arménien, pour lesquelles il s'engageait personnellement; il recevait d'un prince du pavs un présent de douze mille livres, et versait ces sommes dans le trésor
' Arcliives nationales, Parlement, procès criminel Lally, X' B, 1396.
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de Tarmée. Mais avec de si faildes ressources, comment continuer le siège? Lally, si habile à vivre d'expédients, ne trouvait plus rien. Loin de réfréner le pillaje, il en anivait à le considérer comme un instrument de salut, puisqu'il lui permettait de gagner du temps. Il s'écriait: « Le désordre ne se comprend pas, et il est sans remèrle ! Lenfer m'a vomi dans ce pays d'iniquité. »
Au plus fort de cette crise tragique, il reçut la nouvelle qu'une frégate venant de la France avait mouillé à Pondichéry. Précédait-elle donc une escadre et une armée? Non! Aucun navire ne la suivait! Elle n'apportait sur son pont que dix-neuf hommes de renfort, et dans sa cale qu'un million avec cette lettre de M, de Boullongne : « J'espère, disait le ministre, que vous ferez bon usage des secours qui vont vous parvenir. Il est un objet dont vous devez sentir l'importance : c'est l'économie dans vos dépenses ; vous sentez combien il serait dangereux pour vous de laisser dissiper les fonds qui vous sont envoyés. Vous vous trouveriez bientôt sans ressources. »
Secours grotesque, dont l'annonce cinglait l'armée comme une cruelle raillerie. Cette dérision dans l'abandon, la responsabilité n'en remonte point cependant au cabinet de Versailles. Le Roi avait fait partir de Brest quatre vaisseaux portant sept cents soldats et trois millions; mais d'Aché, qui s'obstinait à rester immobile à Tile de France, avait retenu au passage les vaisseaux, les troupes, l'argent.
Le gouverneur de l'ile de France, Magon, qui craignait de voir Pondichéry perdu et son île affamée, avait supplié l'amiral de reprendre la mer. « Il avait,
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pour nous servir de ses propres termes, proposé les moyens de faire reparaître dans peu, aux Indes, notre escadre fortifiée des quatre vaisseaux amenés par le chevalier d'E^juilIes, portant sept cents hommes et quatre cents Cafres de renfort pour l'armée. Sa proposition n'avait pas seulement été écoutée. Le seul mot de faire route était si odieux, qu'on aimait mieux risquer de périr de faim que de s'y exposer. » Il avait demandé ensuite qu'on envoyât du moins à Pondichéry deux frégates, deux millions et deux cents l)ommes, offrant même de prendre ces hommes sur sa garnison, et « représentant avec force la nécessité de faire passer des secours à M. de Lally » . Il n'avait pas été plus heureux. Il avait assemblé un conseil mixte; il avait prié, menacé en pure perte.
Le comte de Montmorency, qui allait porter à la cour la nouvelle de la prise de Saint- David avec Texposé de nos besoins, et qui se trouvait alors à l'ile de France, avait appuyé aussi fortement qu'inutilement la demande du gouverneur. L'amiral n'avait rien voulu entendre. Il annonçait ouvertement son intention formelle de ne partir pour l'Inde qu'au mois de mai suivant, et l'on était en octobre! Et il ajoutait qu'il n'y retournerait pas à moins d'un approvisionnement de sept mo s, ce qui ressemblait à une dérision, l'île manquant de vivres. Ainsi, il avait fallu, pour obtenir de l'amiral l'envoi à Pondichéry de la frégate qui jiortait le million et les dix-neuf hommes, la persévérance, l'énergie, les prières, les menaces, les fureurs du conseil et du gouverneur de l'île!
Lally était si désespéré qu'il reçut cette somme
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ridicule comme une manne du ciel. Ce million dans ses mains, c'était la continuation du siège, son suprême espoir, son unique pensée. Quelques jours de solde assurés aux troupes, Madras pouvait être pris! Il pousse donc les travaux d'approche avec une énergie nouvelle. Aux batteries précédemment construites et qui enveloppent le bastion d'attaque d'un demi-cercle de feu, il donne l'ordre d'en ajouter d'autres plus rapprochées de la place. Il s'efforce d'inspirer au chevalier Dure, l'officier du génie chargé des travaux d'attaque, le feu qui le dévore. Mais cet ingénieur, si médiocre devant Saint-David, l'est encore plus devant Madras. Et, pour comble, il apporte dans la direction du travail l'aigreur d'une vanité déçue.
Il blâme intérieurement Lallv d'avoir choisi pour point d'attaque le bastion nord; il lui en veut surtout de ne pas avoir accepté son projet d'opération contre le bastion sud. Au fond, le projet de Dure était absurde; car, si de ce côté le rempart était moins fort, l'étang formé par le Montaron constituait un obstacle à toute action sérieuse. En effet, de deux cboses l'une, ou il fallait établir les batteries entre le Montaron et la place, et alors faire défiler les troupes, les convois, l'artillerie sur un pont balayé à portée de fusil par le canon de la place, c'est-à-dire mettre dans les mains de l'ennemi la ligne de nos communications, ou enfin reporter de l'autre côté de l'étang tous les moyens d'attaque. C était alors creuser un large et profond fossé entre nous et l'ennemi, pourrendre celui-ci plus invulnérable encore. Il eût fallu yjefer un pont au jour de l'assaut! C'était, envérilé, ridicule!
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Mais le chevalier Dure croyait son idée bonne, ne voyant que le peu de solidité du rempart au côté sud. Il espérait quand même un retour à ses plans, et conduisait avec mollesse le creusement des tranchées, Télévalion des batteries. Puis, avec son peu de science, il se trompait dans ses calculs et dans ses profils. A chaque instant, quand il démasquait les pièces d'un ouvrage, il arrivait que celles-ci ou étaient masquées par des épaulements avancés, ou que leur dnection était en dehors de Taxe du point à foudroyer '.
Le tir, déjà si irrégulier, si faible à cause du manque de boulets, s'en trouvait plus ralenti encore; car il fallait aussitôt enlever les canons, démolir les terrassements pour les réédiher, ce qui donnait à l'ennemi le temps de rétablir ses défenses entamées. Lally avait ordonné la construction d'une batterie destinée à battre à ricochet le bastion d'attaque; le chevalier Dure la fait établir après de longues études, la démasque; elle tire, et l'on s'aperçoit que, pour remplir son objet, elle est trop près du bastion, que les boulets le dépassent et vont tomber dans la mer. Lally ordonne d'élever une autre batterie, dont il va lui-même marquer l'emplacement. Le chevalier Dure s'opiniâtre à faire tirer encore l'ancienne pendant cinq jours ^! Cette incapacité de l'ingénieur exaspérait le général. Sa fureur s'exhalait en reproches violents adressés au chevalier devant les troupes, et ces scènes se renouvelaient fréquemment. Lally cependant, à force d'instances,
' Journal de Jean Call, iiiçe'nieur, commandant en chef les opérations de la défense de Madras,
2 Journal de Jean Call, Mémoire de Lally-Tollendal pour son père.
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faisait établir une batterie de mortiers dont le feu exerçait dans la ville de terribles ravages. Les bombes allumaient bientôt de nombreux incendies dans Madras. Des magasins importants brûlaient avec ce qu'ils contenaient.
Les dispositions de Tingénieur avaient été si mal prises qu'on n'avait point pu encore éteindre le feu de la demi-lune qui flanquait le bastion. De ce jioste l'ennemi nous tuait beaucoup de monde; tant qu il l'occuperait, nulle attaque directe ne serait possible. Lally, après des prières et des menaces sans fin, obtint qu'on opposerait une batterie devant le front de cet ouvrage si dangereux. Pour armer celle-ci, Dure en désarme une autre qui tirait avec succès, battant en enfilade le bastion; ce n'est pas tout : il manque sa direction, les boulets passent par-dessus la demi-lune! On y fait tuer les artilleurs en pure perte. Enfin, les sapeurs, à force de dévouement, construisent la troisième parallèle et dépassent la terrible demi-lune. C'est alors le manque de munitions qui vient tout paralyser. Singulier siège, où l'on est réduit à ne tirer que quelques coups par heure, où tout l'effort se borne à garder la tranchée, où l'on considère comme un succès le creusement de quelques mètres de fossé. Tantôt les boulets manquent, tantôt ils ne sont pas de calibre, tantôt ce sont les poudres qu'il faut faire sécher! La défense, au contraire, était menée vigoureusement, avec habileté. Jean Call, l'ingénieur anglais, prenait d'excellentes dispositions. Il se préoccupait de garder la supériorité de feu sur l'artillerie ennemie, et lorsque celle-ci démasquait une pièce, lui, il en opposait trois. Il éta-
blissait sans cesse de nouveaux ouvrajjes et reparait habilement les anciens. Lawrence avait l'œil à tout, enflammait ses soldats et voulait vaincre.
La disette venait se joindre à toutes ces difficultés. Les convois de vivres n'étaient pas seulement irréguliers, ils étaient tout à fait insuffisants. Le gouverneur, M. de Leyrit, écrivait que les moyens de transport manquaient absolument. L'entrepreneur chargé de la nourriture des bœufs les laissait périr de faim; ces animaux, abandonnés de leurs conducteurs, qui n'étalent pas mieux nourris qu'eux, tombaient morts à la plus légère fatigue. On en détournait encore le plus qu'on pouvait pour les faire servir au brigandage. Une foule de bourgeois, de soldats, de noirs, foule qu'on évaluait à plus de six mille hommes, couvraient le chemin de Madras à Pondichéry, emportant de la ville Noire un butin qu'on se disputait et qu'on s'arrachait sur la route. Une autre partie des objets volés dans ce pillage éhonté était chargé, sur les chelingues nolisés pour porter la poudre et les boulets. Et, pour détourner ces chaloupes de leur destination, on poussait l'audace jusqu'à contrefaire la signature de Lally. Des officiers abandonnaient leurs postes et leurs troupes pour garder leurs trésors et leurs marchandises.
Les troupes avaient faim. Quelques troupeaux de chiens marrons (chèvres sauvages), quelques voitures de riz arrivaient à grand'peine de Pondichéry; on ne tirait rien de la province d'Arcate, la garnison de Ghinglepet et les cavaliers au service de l'Angleterre empêchant de passer quoi que ce fût. Ces batteurs d'estrade devinrent bientôt des adversaires redoutables. Le major
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Gaillaud, le commandant de Chinglepet, prit sous son commandement ', sur l'ordre de Lawrence, les quinze cents cipayes et les deux mille cavaliers d'Ipbiz-Kan, les appuya de six cents Européens et vint bientôt tourbillonner autour du camp français. Lally était comme assiégé dans ses lignes par ces hordes qui le tenaient sans cesse en alerte. Il les comparait aux mouches qui, lorsqu'on les chasse d'un côté, reviennent de l'autre. Gaillaud avait pris position sur le Grand-Mont, dont il avait fortifié les jardins et les maisons. L'en déloger devint une nécessité. Lally envova donc dans ce but un détachement de six cents Européens, avec quatre cents cavaliers, mille Mahrattes et de l'artillerie. L'affaire fut chaude; mais on ne put enlever les murs des jardins et infliger un désastre à Gaillaud. Le soir venu, les Anglais se replièrent sur Ghinglepet et les Français sur leur camp. Le lendemain, Gaillaud recommençait ses attaques sur nos convois. Pour rétablir ses communications, Lallv était contraint de s'emparer de Sadras, alors aux Hollandais.
La famine faisait son œuvre éternelle de démoralisation. Les soldats, rebutés de construire des batteries pour les démolir le lendemain, pleins de mépris pour le commandant de l'artillerie, se crovaient trahis et refusaient tout travail. La désertion devint une plaie. Des bandes entières passaient dans Madras. A peine entrés, ces traîtres se montraient sur les remparts une bouteille d'une main, une bourse de l'autre; ils criaient à leurs camarades de les imiter et de passer au service
' Mémoires de Lawrence.
de l'Angleterre, où l'on avait des officiers et où Ton payait les soldats!
Le découragement gagnait même l'êtat-major. Des officiers supérieurs disent hautement que le général avait le dessein de faire périr l'armée entière. Beaucoup pensaient que la levée du siège était une nécessité. Tous les mécontents avaient l'œil fixé sur Bussy; mais celui-ci restait muet, n'approuvant ni ne blâmant les opérations du siège. Un seul indice peut-être sur la nature de ses pensées : il n'allait point chez le général lui faire sa cour. H s'y transportait seulement tous les trois jours pour prendre l'ordre; rarement il y dînait. Les relations de Bussy et de son chef se bornaient donc à des affaires de service ou à des visites de bienséance et de politesse. Blessé au pied étant de tranchée, il se trouva hors d'état de remplir ces devoirs d'étiquette dont il savait mieux que personne combien Lally était jaloux.
Cette attitude toute de réserve et de froideur portait, en effet, ombrage au général. Quelques mots du « proconsul » sur les lenteurs et les misères du siège, paroles qui dans la bouche des rapporteurs prenaient un sens enfiellé de blâme et de haine, vinrent encore aiguillonner les défiances de Lally. Enclinpar nature à considérer à travers un nuage de bile les actions des hommes, il resta persuadé que son rival ne se tenait ainsi à l'écart que pour mieux faire jouer les ressorts de quelque noire intrigue. 11 estimait avoir désormais deux ennemis à combattre, les Anglais et Bussy. Celui-ci lui apparaissait comme le plus dangereux.
Il était en proie à une inquiétude et à une surexcita-
tion effrayantes. Il avait des accès de fureur, des malédictions contre le chevalier Dure et le conseil de Pondichéry; il criait qu'il tenterait Tassant avec toute l'armée, puis se laissait aller à Taccablement et se répandait en plaintes amères. « Je renonce, disait-il, à me mêler de quoi que ce soit. J'irai plutôt commander les Cafres de Madagascar, que de rester dans cette Sodome qu'il n'est pas possible que le feu des Anglais ne détruise tôt ou tard, au défaut de celui du ciel. » Il voyait avec épouvante qu'il lui faudrait lever le siège, si un coup de désespoir ne le sauvait.
Sous l'étreinte de cette anxiété , passant au quartier de Bussy, il entra pour le voir. Obéissait-il à un de ces retours fréquents chez les hommes de ce tempérament, ou voulait-il le tàter? Quoi qu'il en soit, après quelques mots de condoléance sur la blessure de Bussy, il dit avec un geste accablé et une expression de tristesse profonde, qu'on serait peut-être obligé de faire retraite, de lever le siège, qu'alors tout serait perdu. — « Eh! monsieur, reprit Bussy, si vous êtes forcé de vous retirer, vous pouvez le faire sûrement, tranquillement, avec avantage même , en vous établissant au Grand- Mont '. Votre armée se remettra de ses fatigues, aura des vivres, jouira d'un bon air, tandis que l'ennemi continuant, somme toute, d'être resserré et bloqué dans Madras, manquera de tout et périra par une espèce de peste qui y est déjà. Il n'y a nulle apparence que vous puissiez y être attaqué. En effet, les maisons des Anglais vous servent d abord de retranchement par leur posi-
' Mémoire poiu- Bussy. Paris, 1766.
lion. Puis VOUS êtes bien supérieur à Tennemi, qui, n'étant pas en état de faire une sortie sérieuse sur vos tranchées, n'osera s'avancer si loin contre votre armée entière. L'ennemi n'a-t-il pas mangé jusqu'au dernier bœuf de trait? Et le feu qui a consumé les bois, les cordes, les harnais nécessaires pour traîner l'artillerie, le met dans l'impossibilité de rien entreprendre. Votre cavalerie blanche et noire peut être employée à ce qu'il n'entre rien dans la place. Vous pourrez détacher, sans perdre la supériorité, quatre cents Européens, quatre pièces de canon, quelques cipayes et cavaliers, le tout commandé par un officier intelligent, pour aller recevoir les redevances et les tributs des Paléagars, qui n'attendent pour payer qu'à savoir, suivant l'usage, que quelques troupes marchent contre eux pour appuyer les demandes auxquelles la possession d'Arcate nous autorise.
« Vous aurez par'ce moyen de l'argent et des vivres de toute espèce ; vous pourrez en faire entrer dans Pondichéry et garnir vos autres places, parce que la coutume de ces Paléagars est de payer une partie de leurs tributs en argent et l'autre en vivres. Votre position au Grand- Mont ne sera pas prise par les gens du pays pour une retraite, et encore moins pour un abandon de Madras; ce qui est très-important pour le succès de vos opérations ultérieures, spécialement pour la levée des tributs. Il conviendra d'écrire aussi à toutes les puissances voisines et éloignées pour détruire l'impression désavantageuse que les Anglais, suivant leur coutume, ne manqueront pas de donner de cette expédition, soit pour nous enlever nos alliés, soit pour s'attacher de plus en plus les leurs, soit pour décider les neutres. »
C'était là l'avis le plus sage, le plus politique ; c'était de tous les partis à prendre le meilleur et le plus sûr. Il n'y avait aucun risque à courir, tout à espérer. On retournait la situation : c'était l'armée anglaise dans la disette. On ne cédait point de terrain. Pondichéry était protégée, Madras demeurait bloquée; on restait maître des événements, puisque l'armée anglaise ne pouvait tenir la campagne sans être ravitaillée par ses alliés; or rien ne semblait plus facile que d'enlever les convois, si toutefois il y en avait. Encore une fois, dans le plan de Bussy, rien n'était donné au hasard, tout était sûr.
Lallv avait écouté attentivement ce discours, dont la première partie, c'est-à-dire ce qui avait trait à l'occupation du Grand-lNIont, avait paru le séduire; mais quand il entendit parler des Paléagars, des tributs et d'un détachement à faire pour les prélever, ses bonnes dispositions s'évanouirent. Ses préjugés sur le caractère de Bussv lui revinrent en mémoire; il le revit dans la calèche lui offrant cent mille écus de rente pour retourner dans le Dékan, et il se dit que l'avarice du proconsul inspirait seule ce beau plan; que Bussy, au fond, se souciait fort peu du résultat du siège , et que l'unique préoccupation de ce dernier était de toucher de grosses commissions sur les sommes à recouvrer prés des Paléagars, et qu'il subordonnait tout à sa cupidité. Non ! il ne descendrait pas, lui, le représentant du Roi, à mettre en ligne de compte les chimères d'un songecreux!
Peu importait l'opinion de quelques gueux de princes noirs ! Il s'agissait bien, en vérité, de savoir quelle atti-
tude on prendrait vis-à-vis de cette racaille? Il fallait jouer le tout pour le tout, redoubler d'audace. Etait-il rare à la guerre de voir un audacieux réussir? Combien de généraux sortis d'une situation tragique par un coup hardi! Son parti était pris; mais il ne laissa rien percer des sentiments qui agitaient son àme, et se contenta de répliquer que le projet de Bussy lui semblait profond, et méritait d'être étudié. Il retourna aussitôt au quartier général préparer l'exécution de ses desseins.
Son premier acte fut de faire renforcer la batterie de mortiers, afin d'écraser Madras sous les bombes. De nombreux incendies s'allumaient sur tous les points de la ville. Lally donnait l'ordre d'activer encore le tir. Ses instructions lui enjoignaient de ne point accepter de rançon pour la place, mais de la brûler plutôt, s'il ne pouvait la garder. Eh bien, il leur obéirait ainsi en partie, et si la fortune se déclarait contre lui, s'il lui était impossible de s'emparer de Madras, il ne laisserait du moins aux Anglais qu'un tas de cendres.
Son second acte fut de tout disposer pour la tentative d'escalade. Il ne s'en ouvrit qu'à Grillon et à Mac- Grégor, son aide de camp. Le plan était de surprendre le fort Saint-Georges et de forcer nos troupes à monter à l'assaut, sans qu'elles le sussent tout d'abord : on devait annoncer comme imminente une sortie générale de l'ennemi, et, aussitôt, comme une précaution naturelle, échelonner tous les régiments le long des travaux de l'attaque, de façon que, tout en ayant l'air de ne garder que la tranchée, on eût en réalité une colonne d'assaut formée à l'avance. Ces dispositions prises, une soixantaine de volontaires choisis parmi l'élite devaient
se glisser, sans donner l'éveil, entre la mer et la batterie que les Anglais avaient sur FEstran, la tourner, s'en emparer, et se jeter aussitôt sur la brèche avec de grands cris. A ces clameurs, les premiers pelotons postés dans la tranchée s'avanceraient forcément pour soutenir les volontaires, qu'ils prendraient pour leur grand'garde attaquée. Toute l'armée s'engagerait ainsi peu à peu.
Les volontaires partirent à une heure, dans la nuit du 12 au 13 février. Ils n'avaient plus que quelques pas à faire pour enlever la batterie, lorsqu'un Gafre, apercevant les embrasures , s'écria : « Entrons par le fenêtre ! » Tous les autres Gafres, répétant : « Entrons par le fenêtre ! » se mirent à courir vers le front de la batterie, au lieu de la tourner. Les artilleurs les virent et les couvrirent de mitraille. Les Gafres, en déroute, se rejettent sur no5 tranchées. Aussitôt de tous les ouvrages anglais part une violente canonnade. Les bombes et les grappes de raisin pleuvent sur les troupes françaises postées derrière l'épaulementdes parallèles. L'attaque a [échoué. Il faut ramener l'armée dans ses cantonnements en arrière, et le mouvement ne se fait pas sans peine^j
Cet échec qui, somme toute, n'avait rien de surprenant, ne rebute pas Lallv. Il veut tenter un dernier coup de vigueur, et forme le projet d'une attaque ouverte et générale. Il va lui-même reconnaître la brèche qui, au fond, n'était pas très-abordable, et prend toutes les dispositions pour l'assaut, dont il fixe la date au 16 février, au soir.
Encore quelques instants, et les troupes allaient se mettre en mouvement pour une tentative suprême.
Déjà elles prenaient les armes, quand on aperçut, se proHIant comme des taches au-dessus de la mer illuminée par les rayons du soleil, les huniers de six grands navires. C'était l'escadre anjjlaise ! Elle apportait six cents hommes de renfort, des munitions de toute espèce à une ville qui en avait encore suffisamment pour sa défense. Et Lally n'avait plus, comme à Saint- David, des navires à opposer aux vaisseaux anglais. D'Aché était à l'île de France avec sa flotte et la division, venue de Brest, qu'il avait retenue si malheureusement. Comme tout eût changé, vraisemblablement, si cette escadre eût suivi sa destination. Arrivée avec la frégate qui avait apporté un million et djx-neuf hommes, elle eût bloqué Aladras. Elle eût disputé la mer aux Anglais. Elle leur aurait barré lecheminde Pondichéry, Mais elle n'était pas là... et la Grande-Bretagne était maîtresse de la mer. Elle pouvait bombarder Pondichéry, le brûler, l'enlever peut-être par un hardi coup de main ! 11 fallait lever le siège. C'était une nécessité. La vue des vaisseaux anglais avait exercé sur le moral des troupes un effet désastreux. Mais quelle position devaiton choisir pour y établir l'armée? Fallait-il se replier dans la direction de Pondichéry par Conjivaron et Arcate? Il n'était pas au pouvoir de Lally de suivre la route la plus directe, puisque Chinglepet la commandait précisément. — Ou plutôt ne valait-il pas mieux rester à proximité de Madras? C'eût été, certes, le cas d'écouter le conseil de Bussy et de s'établir au Grand- Mont. Mais Lally ne s'arrêta même pas un instant à peser les avantages de ce parti ! Il donna l'ordre de marcher sur Conjivaron.
La retraite se fît sans être inquiétée par les Anglais, qui n'étaient pas en état de marcher, et qui ne purent, au prix d'un effort gigantesque , tenir la campagne qu'un grand mois plus tard; mais l'armée souffrit des plus cruelles privations. « Il y a onze jours, écrivait Lally le 25 février, que je n'ai mangé un morceau de pain, ni bu un verre de vin. Gomme toutes les troupes sont dans ce cas depuis six semaines, la privation me paraît moins rigoureuse. " Les cipayes, traités avec mépris, se révoltaient à chaque instant. Le 1" mars, l'armée entière refusait de marcher et réclamait l'arriéré de la solde. On se cotisait; on vendait la vaisselle plate; on tirait dix-huit mille roupies du nabab deVelour; on eut la bonne fortune d'enlever un convoi de dix mille bœufs et de quatre mille chiens marrons, destinés à Madras ; et, grâce à tous ces expédients, on apaisa les séditieux, du moins pour quelque temps; on leur promit un peu de repos, et on les cantonna à Conjivaron. Lally retournait à Pondichéry pour essayer d'y créer quelques ressources, pour remettre un peu d'ordre dans l'administration.