II AVANT-PROPOS
que ces lois, Dupleix venait de les découvrir par un effort de génie et de les appliquer avec une habileté et un succès merveilleux. Ce passé de gloire et de honte vaut la peine d'être analysé, aujourd'hui que la France semble animée du désir de réparer les défaillances du règne de Louis XV et de glaner un domaine dans ce que l'Angleterre nous a laissé à occuper sur le globe.
Dupleix et Lally-Tollendal sont deux entités contraires, et pourtant ils sont inséparables l'un de l'autre. Dupleix, c'est l'âme de la nation, c'est l'esprit de lumière ; Lally, c'est le reflet de Versailles, c'est l'esprit de ténèbres. De leur opposition ressortent clairement les lois de formation coloniale; c'est à ce point de vue qu'il faut les étudier, et ce livre n'a point d'autre but.
Cet objectif donné, il fallait exposer et les secrets de la politique imposée à Lally et les secrets de son caractère; car on ne peut séparer l'une de l'autre, ou alors on ne s'explique plus ni l'action de l'homme ni l'action du ministère. Il n'y a pas d'histoire sans psychologie. Comment comprendre les faits, si on ne connaît profondément les caractères ? L'un est le mobile de l'autre. C'était donc une nécessité de rechercher, pour asseoir le jugement, les documents que le gouvernement de Louis XV n'avait pas voulu divulguer, et ces documents, ils ne m'ont pas manque.