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VU le nombre qu'elle en a et la facilité d'en faire encore venir par mer »
Comme Plélo dans l'ambassade de Danemark, il est lincarnation de l'intelli^jence du pays. Il signale les périls et les ressouices, la ligne de conduite à tenir, il prédit les victoires et les défaites ; c'est un propliète qui lit dans 1 avenir, mais c'est un propbéte qui parle à des sourds.
L'accord entre Lally et d'Eguilles fut spontané; il y avait chez les deux abandonnés mêmes craintes, mêmes inquiétudes. D'Eguilles se serait damné pour obtenir un secours. Lally en eût fait autant pour l'apporter. Il ne voyait pas un rival dans l'ambassadeur secret, et par conséquent l'orgueil qui devait le dévorer et le perdre quelques années plus tard ne le troublait pas. Enfin, leur rencontre fut si courte qu'ils n'eurent que le temps de s'unir. Ils s'entendirent donc pour une tentative suprême en faveur du Prétendant, sorte d'appel in extremis adressé à Versailles, que d'Eguilles devait faire comme agent politique, dans ses dépêches, et que Lally appuierait près des ministres de son autorité de témoin et de militaire. Et comme pour mieux cimenter leur union, la fortune leur permettait de combattre côte à côte dans cette journée de Falkirk, la dernière victoire du Prétendant.
Lally partit bientôt après. II traversait l'Irlande, réchauffait le zèle des amis du prince Charles - Edouard, passait en Espagne pour y solliciter des secours, n'obtenait que des promesses et revenait en hâte à Londres avec l'espoir d y fomenter quelque conspiration. Il y était à peine depuis trois jours que
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la police lui transmettait Tordre de quitter immédiatement le royaume. Des messagers d'Etat le conduisirent à Portsmouth. Il s'évade au moment de l'embarquement et rentre à Londres. On le découvre. Sa tcte est mise à prix.'
Au moment où on vient l'arrêter, il s'échappe déguisé en matelot et gagne le bord de la mer. Des contrebandiers le rencontrent; ayant besoin d'un marin à leur bord, trompés par le costume, ils l'entrainent de force vers leur barque. Au bout de soixante pas, l'ami de Charles-Edouard entendit un de ces hommes proposer à ses camarades de chercher ce brigadier Lally, afin de gagner la somme promise par la proclamation à qui le livrerait. Après quelques hésitations, l'avis est rejeté, grâce à l'opposition de Lally lui-même, qui leur dit d'un air détaché qu'il y a mieux à faire et qu'il est préférable de débarquer clandestinement les marchandises du navire sur les côtes de France. « Je connais le rivage dans tous ses replis, assure-t-il, l'opération est facile et le gain sera énorme. » Il décide les contrebandiers à tenter l'aventure. Dans les eaux françaises, un garde-côte aperçoit la barque suspecte et lui donne lâchasse. Lally est au gouvernail; il manœuvre pour se laisser accoster, et bientôt lui et les contrebandiers sont conduits dans les prisons de Boulogne, oii il se fait reconnaître et délivrer par le marquis d'Avaray, gouverneur de la place. Il court aussitôt à Versailles.
Il dépensa beaucoup d'activité et d'éloquence pour ne recueillir, après tout, que de l'eau bénite de cour, des promesses timides faites sur un ton d'énergie qui lui en imposa, parce qu'il avait besoin de croire. Le
ministère n'avait au fond qu'un but : inquiéter les Anglais par l'apparence d'une descente à laquelle il ne songeait pas. 11 laissait quelques milliers d'hommes se démoraliser entre Calais et Boulogne, et pour se débarrasser de Lally, il l'envovait au milieu de ces troupes. Lally, parti avec les illusions habituelles aux émigrés, dut enfin reconnaître qu'il n'était pas à un poste d'action. Les nouvelles d Ecosse devinrent de plus en plus alarmantes, et aucun ordre d'embarquement n'arriva de Versailles. Rester l'arme au pied, quand son Roi était aux abois, en danger de mort })eutéfre, c'était pour Lally un supplice; il traînait sur la côte sa fureur et son désespoir, n'attendant plus rien que d'un miracle. Il apprenait le désastre de Culloden; il fut anéanti à la pensée de son prince fugitif, à la merci du berger qui l'abritait sous sa hutte, du matelot qui le cachait sous les cordages de sa barque. Les humbles, plus fidèles, plus grands que bien des grands de la terre, ne vendirent pas leur Roi. Charles-Edouard réussit à gagner la France. Lally ne pensa plus qu'à la guerre : « Songeons, écrivait-il, à battre les Anglais de ce côté-ci de l'eau, puisqu'on ne peut les battre chez eux. »
11 voulut revoir le Prétendant, alors à Saint-Ouen. L'entrevue fut cordiale et triste. La douleur et la colère de Lally éclataient au spectacle du dénùmentdu prince, au souvenir des trahisons. Charles-Edouard lui sautait au cou, lui remettait des lettres patentes qui le créaient pair d'Irlande, comte, baron, puis lui demandait de soutenir encore une fois les intérêts des Stuarts à Versailles, et de réclamer des secours pour une nouvelle
expédition en Ecosse, Les titres, Lally les refusait respectueusement mais obstinément, ne voulant les poiter qu'au lendemain de la victoiie. Quant à la mission, il Tacceptaitavecjoie '.Acte de courage et de dévouement de la part de Lally, car le lot probable pour le négociateur : c étaient la disgrâce à Versailles et la privation de tout commandement. Chose assez rare, le dévouement ne fut point imputé à crime; on l'envoya tout de même à l'armée.
Au combat, il se montra ce qu'il avait toujours été, un soldat, tout de bravoure et de fougue. Il fournit à la journée de LaAvfelds une charge aussi brillante que celle qui l'avait mis en réputation à Fontenoy. Maréchal général des logis de l'armée, il travaillait, sous la direction de Lowendal, au plan d'attaque de Berg-op- Zoom, et, pendant tout le siège, faisait avec une égale furie le double métier d'ingénieur et de garde de tranchée, blessé une fois et presque englouti par l'explosion d'une mine. Peu après, s'étant aventuré témérairement, en hussard, dans une reconnaissance, il fut pris, — Le maréchal de Saxe, qui craignait pour lui l'animosité des Anglais, menaça le général ennemi d'user de représailles sur les prisonniers qu'il avait au camp. On lui répondit que M. de Lally était ennemi des Anglais, mais que les Anglais étaient amis du mérite, et que, par conséquent, M. de Lally était au milieu de ses amis; qu'on l'échangerait, au reste, dès qu'il le voudrait. Lally revint à l'armée assez tôt
' Lettres de créance du prince C. Édounrd pour Lnlly. Archives <les affaires étrangères, fonds Stuart.
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pour contribuer au siège de Maëstriclit, y être gravement blessé et obtenir le gracie de mare'cbal de camp, avec ce bel éloge du marécbal de Saxe : « On peut dormir tranquillement, Lally est à l'ennemi '. »
La paix faite, Lally, à peine guéri de sa blessure, se reprenait à sa haine et partait pour Londres dans le dessein de porter de nouveaux coups à la maison usurpatrice. Le duc de Cumberland le fit expulser au bout de quelques jours. Dans cette aventure, il se rencontra dans une taverne avec le prince de Galles, qui s'était déguisé pour entretenir le conspirateur, en qui il trouvait quelque chose d'excentrique
Rien n'aigrit un caractère comme les alternatives répétées de fausses joies et de déceptions. Lally n'était plus l'homme aux mœurs douces qu'avait connu Voltaire; c'était un esprit ombrageux, irascible, défiant. On le craignait; on ne l'aimait pas, tout en estimant ses services. D'Argenson, en 1752, dans son journal, en parle comme d'un personnage méchant, ambitieux, cupide, ingrat. Il n'était pas si noir que cela pourtant; mais il y avait chez lui, certainement, une dangereuse modification de l'âme, et elle se manifestait juste à une période décisive de sa carrière, au moment où il obtenait le commandement d'une expédition chargée d'expulser les Anglais de l'Inde.
' Biorjraphie tiuiuerselle f-Ait. Lally).