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sions d’exercer l’organe (le la vue, si la nature les en a munis. Or, les animaux qui font partie d’un plan d’organisation dans lequel les 3'eux entrent nécessairement, en ont dû avoir dans leur origine. Cependant, puisqu’on en trouve parmi eux qui sont privés de l’usage de cet organe, et qui n’en ont plus que des vestiges cachés et recouverts, il devient évident que l’appauvrissement et la disparition même de l’organe dont il s’agit, sont les résultats, pour cet organe, d’un défaut constant d’exercice.
Ce qui le prouve, c’est que l’organe de l’ouïe 1 n’est jamais dans ce cas, et qu’on le trouve toujours dans les animaux où la nature de leur organisation doit le faire exister: en voici la raison.
La « matière du son », celle qui, mue par le ■ choc ou la vibration des corps, transmet à l’organe de l’ouïe l’impression qu’elle en a reçue, pénètre partout, traverse tous les milieux et même * la masse des corps les plus denses: il en résulte' que tout animal, qui fait partie d’un plan d’organisation dans lequel l’ouïe entre essentiellement, a toujours occasion d’exercer cet organe dans quelque lieu qu'il habite. Aussi, parmi les animaux; vertébrés, . n’en voit-on aucun qui soit privé de ■ l’organe de l’ouïe, et, après eux, lorsque le même* organe manque, on ne le retrouve plus ensuite* dans aucun des animaux des classes postérieures.
Il n’en est pas ainsi de l’organe de la vue; caron voit cet organe disparaître, reparaître et dis-
paraître encore, à raison, pour l’animal, de la possibilité ou de l’impossibilité de l’exercer.
Dans les mollusques acéphalés, le grand développement du manteau de ces mollusques eût rendu leurs yeux et meme leur tête tout à fait inutiles. Ces organes, quoique faisant partie d’un plan d’organisation qui doit les comprendre, ont donc dû disparaître et s’anéantir par un défaut constant d’usage.
Enfin, il entrait dans le plan d’organisation des reptiles, comme des autres animaux vertébrés, d’avoir quatre pattes dépendantes de leur squelette. Les serpents devraient conséquemment en avoir quatre, d’autant plus qu’ils ne constituent point lé dernier ordre des reptiles, et qu’ils sont moins voisins des poissons que les batraciens (les grenouilles, les salamandres, etc.).
Cependant les serpents ayant pris l’habitude de ramper sur la terre et de se cacher sous les herbes, leur corps, par suite d’efforts toujours répétés pour s’allonger, afin de passer dans des espaces étroits, a acquis une longueur considérable et nullement proportionnée à sa grosseur. Or, des pattes eussent été très inutiles à ces animaux, et conséquemment sans emploi : car des pattes allongées eussent été nuisibles h leur besoin de ramper, et des pattes très courtes, ne pouvant être qu’au nombre de quatre, eussent été incapables de mouvoir leur corps. Ainsi le défaut d’emploi de ces parties, ayant été constant dans les races de ces
animaux, a fait disparaître totalement ces mêmes parties, quoiqu’elles fussent réellement dans le plan d’organisation des animaux de la classe.
Beaucoup d’insectes qui, par le caractèi’e naturel de leur ordre et même de leur genre, devraient avoir des ailes, en manquent plus ou moins complètement, par défaut d’emploi. Quantité de coléoptères, d’orthoptères, d’hyménoptères et d’hémiptères, etc., en offrent des exemples, les habitudes de ces animaux ne les mettant jamais dans le cas de faire usage de leurs ailes.
Mais il ne suffît pas de donner l’explication de la cause qui a amené l’état des organes des difféü ents animaux, état que l’on voit toujours le même dans ceux de même espèce; il faut, en outre, faire voir des changements d’état opérés dans les organes d’un même individu pendant sa vie, par le seul produit d’une grande mutation dans les habitudes particulières aux individus de son espèce. Le fait suivant, qui est des plus remarquables, achèvera de prouver l’influence des habitudes sur l’état des organes et combien des changements soutenus dans les habitudes d’un individu en amènent dans l’état des organes qui entrent en action pendant l’exercice de ces habitudes.
M. Tenon, membre de l’Institut, a fait part à la classe des sciences qu’ayant examiné le canal intestinal de plusieurs hommes qui avaient été buveurs passionnés pendant une grande partie de leur vie, il l’avait constamment trouvé raccourci d’une
quantité extraordinaire, comparativement au même organe de tous ceux qui n’ont pas pris une pareille habitude.
On sait que les grands buveurs, ou ceux qui sel sont adonnés à l’ivrognerie, prennent très peu d’aliments solides, qu’ils ne mangent presque point, et que la boisson qu’ils prennent en abondance et fréquemment suffit pour les nourrir.
Or, comme les aliments fluides, surtout les boissons spiri tueuses, ne séjournent pas longtemps, soit dans l’estomac, soit dans les intestins, l’estomac et le reste du canal intestinal perdent l’habitude d’être distendus dans les buveurs, ainsi que dans les personnes sédentaires et continuellement appliquées aux travaux d’esprit, qui se sont habituées à ne prendre que très peu d’aliments. Peu à peu et à la longue, leur estomac s’est resserré et leurs' intestins se sont raccourcis.
Il ne s’agit point ici de rétrécissement et de raccourcissement opérés par un froncement des parties, qui en permettrait l’extension ordinaire, si, au lieu d’une vacuité maintenue, ces viscères venaient à être remplis; mais il est question de rétrécissements et de raccourcissements réels, considérables, et tels que ces organes rompraient plutôt (lue de céder subitement à des causes qui exigeraient l’extension ordinaire.
A circonstances d’âges tout à fait égales, comparez un homme qui, pour s’être livré à des études et des travaux d’esprit habituels qui ont rendu ses
digestions plus difficiles, a contracté l’habitude de manger très peu, avec un autre qui fait habituellement beaucoup d’exercice, sort souvent de chez, lui et mange bien; l’estomac du premier n’aura presque plus de facultés, et une très petite quantité d’aliments le remplira, tandis que celui du second aura conservé et même augmenté les siennes.
Voilà donc un organe fortement modifié dans ses dimensions et ses facultés par l’unique cause d’un changement dans les habitudes pendant la vie de
l’individu.
« L’emploi fréquent d’un organe devenu constant par les habitudes augmente les facultés de cet organe, le développe lui-même et lui fait acquérir des dimensions et une force d’action qu’il n’a point dans les animaux qui l’exercent moins ».
L’on vient de voir que le défaut d’emploi d’un organe qui devrait exister, le modifie, l’appauvrit et finit par l’anéantir.
Je vais maintenant démontrer que l’emploi continuel d’un organe, avec des efforts faits pour en tirer un grand parti dans des circonstances qui l’exigent, fortifie, étend et agrandit cet organe ou en crée de nouveaux qui peuvent exercer des fonctions devenues nécessames.
L’oiseau, que le besoin attire sur l’eau pour 3trouver la proie qui le fait vivre, écarte les doigts • de ses pieds lorsqu’il veut frapper l’eau et se mouvoir à sa surface. La peau, qui unit ces doigts à
leur base, contracte, par ces écartements des doigts sans cesse répétés, l’habitude de s’étendre; ainsi, avec le temps, les larges membranes qui unissent les doigts des canards, des oies, etc., se sont formées telles que nous les voyons. Les mêmes efforts faits pour nager, c’est-à-dire pour pousser l'eau afin d’avancer et de se mouvoir dans ce liquide, ont étendu de même les membranes qui sont entre les doigts des grenouilles, des tortues de mer, de la loutre, du castor, etc.
Au contraire, l’oiseau, que sa manière de vivre habitue à se poser sur les arbres et qui provientd’individus qui avaient tous contracté cette habitude, a nécessairement les doigts des pieds plus allongés et conformés d’une autre manière que ceux des animaux aquatiques que je viens de citer. Ses ongles, avec le temps, se sont allongés, aiguisés et courbés en crochet, pour embrasser les rameaux sur lesquels l’animal se repose si souvent.
De même l’on sent que l’oiseau de rivage, qui ne se plaît point à nager et qui cependant a besoin de s’approcher des bords de l’eau pour y trouver sa proie, est continuellement exposé à s’enfoncer dans la vase. Or, cet oiseau, voulant faire en sorte que son corps ne plonge pas dans le liquide, fait tout ses efforts pour étendre et allonger ses pieds. Il en résulte que la longue habitude que cet oiseau et tous ceux de sa race contractent d’étendre et d’allonger continuellement leurs pieds, fait que les individus de cette race se trouvent élevés comme
sur des déliassés, ayant obtenu peu à peu de longues pattes nues, c’est-à-dire dénuées de plumes jusqu’aux cuisses et souvent au delà. (Système des Animaux sans vertébrés, p. 14).
L’on sent encore que le même oiseau, voulant pêcher sans mouiller son corps, est obligé de faire de continuels efforts pour allonger son cou. Or, les suites de ces efforts habituels, dans cet individu et dans ceux de sa race, ont dû, avec le temps, allonger le leur singulièrement, ce qui est en effet constaté par le long cou de tous les oiseaux de rivage.
Si quelques oiseaux nageurs, comme le cygne et l’oie, et dont les pattes sont courtes, ont néanmoins ■ un cou fort allongé, c’est que ces oiseaux, en se promenant sur l’eau, ont l’habitude de plonger leur tête dedans aussi profondément qu’ils peuvent, . pour y prendre des larves aquatiques et différents animalcules dont ils se nourrissent et qu’ils ne1 fontt aucun effort pour allonger leurs pattes.
Qu’un animal, pour satisfaire à ses besoins, fasse des efforts répétés pour allonger sa langue, elle acquerra une longueur considérable (le fourmilier, . le pic-vert); qu’il ait besoin de saisir quelque chose avec ce même organe, alors sa langue se diviserai et deviendra fourchue. Celle des oiseaux-mouches, qui saisissent avec leur langue, et celle des lézardset des serpents, qui se servent de la leur pour palper et reconnaître les corps qui sont devant eux. sont des preuves de ce que j’avance.
Les besoins, toujours occasionnés par les circonstances, et ensuite les efforts soutenus pour y satisfaire, ne sont pas bornés dans leurs résultats il modifier, c’est-à-dire à augmenter ou diminuer l’étendue et les facultés des organes, mais ils parviennent aussi à déplacer ces mêmes organes, lorsque certains de ces besoins en font une nécessité.
Les poissons, qui nagent habituellement dans de grandes masses d’eau, ayant besoin de voir latéralement, ont en effet leurs yeux placés sur les côtés de la tête. Leur corps, plus ou moins aplati suivant les espèces, a ses tranchants perpendiculaires au plan des eaux, et leurs yeux sont placés de manière qu’il y a un œil de chaque côté aplati. Mais ceux des poissons que leurs habitudes mettent dans la nécessité de s’approcher sans cesse des rivages et particulièrement des rives peu inclinées ou à pentes douces, ont été forcés de nager sur leurs faces aplaties, afin de pouvoir s’approcher plus près des bords de l’eau. Dans cette situation, recevant plus de lumière qu’en dessous et ayant un besoin particulier d’être toujours attentifs à ce qui se trouve au-dessus d’eux, ce besoin a forcé un de leurs yeux de subir une espèce de déplacement, et de prendre la situation très singulière que l’on connaît aux yeux des soles, des turbots, des limandes, etc. (des pleuronectes et des achires). La situation de ces yeux n’est plus symétrique, parce qu’elle résulte d’une1 mutation incomplète. Or cette mutation est entièrement terminée dans
les raies, où l’aplatissement transversal du corps est tout ù fait horizontal ainsi que la tête. Aussi les yeux de raies, placés tous deux dans la face supérieure, sont devenus symétriques. i
Les serpents, qui rampent à la surface de la terre, avaient besoin de voir principalement les objets élevés ou qui sont au-dessus d’eux. Ce besoin a dû influer sur la situation de l’organe de la vue de ces animaux, et en effet ils ont les yeux placés dans les parties latérales et supérieures de la tête, de manière à apercevoir facilement ce qui est audessus d’eux ou à leurs côtés, mais ils ne voient presque pas ce qui est devant eux à une très petite distance. Cependant, forcés de suppléer au défaut de la vue pour connaître les corps qui sont devant leur tête et qui pourraient les blesser en s’avançant, ils n’ont pu palper ces corps qu’à l’aide de leur langue qu’ils sont obligés d’allonger de toutes leurs forces. Cette habitude a non seulement contribué à rendre cette langue grêle, très longue et très contractile, mais encore l’a forcée de se diviser dans le plus grand nombre des espèces, pour: palper plusieurs objets à la fois; elle leur a même permis de se former une ouverture à l’extrémité de leur museau, pour passer leur langue sans être obligés d’écarter leurs mâchoires.
Rien de plus remarquable que le produit des liai bi tudes dans les mammifères herbivores.
Le quadrupède, à qui les circonstances et les besoins qu’elles ont amenés, ont donné depuis long.
temps, ainsi qu'à ceux de sa race, l’habitude de brouter l’herbe, ne marche que sur la terre et se trouve obligé d’y rester sur ses quatre pieds la plus grande partie de sa vie, n’y exécutant en général que peu de mouvement ou que des mouvements médiocres. Le temps considérable que cette sorte d’animal est forcé d’employer chaque jour pour se remplir du seul genre d’aliment dont il fait usage, fait qu’il s’exerce peu au mouvement, qu’il n’emploie ses pieds qu’à le soutenir sur la terre pour marcher ou courir et qu’il ne s’en sert jamais pour s’accrocher et grimper sur les arbres.
De cette habitude de consommer tous les jours de gros volumes de matières alimentaires qui distendent les organes qui les reçoivent et de celle de ne faire que des mouvements médiocres, il est résulté que le corps de ces animaux s’est considérablement épaissi, est devenu lourd et comme massif, et a acquis un très grand volume, comme on le voit dans les éléphants, rhinocéros, boeufs, buffles, chevaux, etc.
L’habitude de rester debout sur leurs quatre pieds pendant la plus grande partie du jour, pour brouter, a fait naître une corne épaisse qui enveloppe l’extrémité des doigts de leurs pieds, et comme ces doigts sont restés sans être exercés à aucun mouvement et qu’ils n’ont servi à aucun autre usage qu’à les soutenir, ainsi que le reste du pied, la plupart d’entre eux se sont raccourcis, se sont effacés et même ont fini par disparaître. Ainsi,
dans les pachydermes, les uns ont, aux pieds cinq, doigts enveloppés de corne, et par conséquent leur sabot est divisé en cinq parties; d’autres n’en ont que quatre et d’autres encore en ont seulement trois. Mais dans les ruminants, qui paraissent être les plus anciens des mammifères qui sesoient bornés à ne se soutenir que sur la terre, il n’y a plus que deux doigts aux pieds, et mêmeil ne s’en trouve qu’un seul dans les solipèdes • (le cheval, l’âne).
Cependant, parmi ces animaux herbivores, et particulièrement parmi les ruminants, il s’en trouve • qui, par les circonstances des pays déserts qu’ilshabitent, sont sans cesse exposés à être la proie des animaux carnassiers, et ne peuvent trouver de salut que dans des fuites précipitées. La nécessité les a donc forcés de s’exercer à des courses rapides, et de l’habitude qu’ils en ont prise,, leur corps est devenu plus svelte et leurs jambes bêaucoup plus fines : on en voit des exemples dansles antilopes, les gazelles, etc.
D’autres dangers, dans nos climats, exposant continuellement les cerfs, les chevreuils, les daims, à périr par les chasses que l’homme fait h ces animaux, les a réduits à la même nécessité, les a contraints à des habitudes semblables et a donné lieu aux mêmes produits à leur égard.
Les animaux ruminants ne pouvant employer leurs pieds qu’à les soutenir et ayant peu de force dans leurs mâchoires, qui ne sont exercées qu’à cou-
per et broyer l’herbe, ne peuvent se battre qu’à coups de tête, en dirigeant l’un contre l’autre le « vertex » de cette partie.
Dans leurs accès de colère qui sont fréquents, surtout entre les mâles, leur sentiment intérieur, par ses efforts, dirige plus fortement les fluides vers cette partie de leur tête, et il s’y fait une sécrétion de matière cornée dans les uns, et de matière osseuse mélangée de matière cornée dans les autres, qui donne lieu à des protubérances solides: de là l’origine des cornes et des bois, dont la plupart de ces animaux ont la tête armée.
Relativement aux habitudes, il est curieux d’en observer le produit dans la forme particulière et la taille de la girafe (« camelo-pardalis ») : on sait que cet animal, le plus grand des mammifères, habite l’intérieur de l’Afrique, et qu’il vit dans des lieux où la terre, presque toujours aride et sans herbage, l’oblige de brouter le feuillage des arbres, et de s’efforcer continuellement d’y atteindre. Il est résulté de cette habitude soutenue depuis longtemps, dans tous les individus de sa race, que ses jambes de devant sont devenues plus longues que celles de derrière, et que son col s’est tellement allongé, que la girafe, sans se dresser sur ses jambes de derrière, élève sa tête et atteint à six mètres de hauteur (près de vingt pieds).
l'armi les oiseaux, les autruches, privées de la faculté de voler, et élevées sur des jambes très hau-
tes, doivent vraisemblablement leur conformation singulière à des circonstances analogues.
Le produit des habitudes est tout aussi remarquable dans les mammifères carnassiers, qu’il l’est dans les herbivores; mais il présente des effets d’un autre genre.
En effet, ceux de ces mammifères qui se sont habitués, ainsi que leur race, soit à grimper, soit à gratter pour creuser la terre, soit à déchirer, pour attaquer et mettre à mort les autres animaux dont ils font leur proie, ont eu besoin de se servir des do'gts de leurs pieds: or cette habitude a favori -é la séparation de leurs doigts et leur a formé les griffes dont nous les voyons armés.
Mais, parmi les carnassiers, il s’en trouve qui sont obligés d’employer la course pour attraper leur proie: or, celui de ces animaux que le besoin, et conséquemment que l’habitude de déchirer avec ses griffes, ont mis dans le cas, tous les jours, de les enfoncer profondément dans le corps d’un autre/animal, afin de s’y accrocher et ensuite faire efforts pour arracher la partiel saisie, a dii, par ces efforts répétés, procurer à ses griffes une grandeur et une courbure qui l’eussent ensuite beaucoup gêné pour marcher ou courir sur les sols pierreux: il est arrivé, dans ce cas, que l’animal a été obligé do faire d’autres efforts pour retirer en arrière ces griffes trop saillantes et crochues qui le gênaient et il en est résulté petit à petit, la formation de ces gaines particulières dont les chats, les tigres,